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Full text of "Vieux médecins mayennais: 2e série"

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Kxtrait du Bulletin de la Commission historique 
et archéologique de la Mayenne. 

(1903 et 1904) 



TIRE A lOO EXEMPLAIRES. 



Paul DELAUNAY 

Interne des hôpitaux de Paris, 

Membre de la O>mmis8ion historique et archéologique de la Mayenne 

et de la Société Tiançaise d'Histoire de la médecine. 



V 



VIEUX MEDECINS 

MAYENNAIS 



DEUXIÈME 8éRIE 

Babbëu du Bourg. — G. du Tronchay. — Mellé. — Béré. 
Allard. — Paigis. — Plaichard-Gholtière. 

BUCQUET. — BoDARD DE LA JACOPIÈRE. 

Le Monde médical mayennais pendant la Révolution. 
Hygiénistes d'autrefois. 




LAVAL 

IMPRIMERIE-LIBRAIRIE V* A. GOUPIL 

1904 



^'iti -1 lj~, 



/â^/7T 



PREFACE 



Un précédent volume a réuni sur les vieux médecins 
mayennais une série d'études qui parurent dans le Bul- 
letin de la Société française d'histoire de la médecine. 
Ce livre, à son tour, rassemble les chapitres auxquels la 
Commission historique et archéologique de la Mayenne 
a bien voulu donner Thospitalité dans ses mémoires. 
Nous avons le devoir de remercier ici ceux dont Tobli- 
geance ne nous a jamais marchandé, dans le cours de 
nos recherches, les renseignements et les documents. 
M. le docteur Dure au, bibliothécaire de l'Académie de 
médecine; MM. Moreau, président, Grosse-Duperon, 
vice-président, et Laurain, secrétaire de la Commission; 
M. Tabbé Angot; M. Gustave Lelièvre, de Mayenne, 
M. Léon Sauvé, de Vitré. M. le comte de Lastic nous a 
fort aimablement permis de reproduire le portrait de 
Plaichard-Choltière qu'il possède. A tous, nous expri- 
mons notre vive reconnaissance. 

Nous avons tenté de retracer la carrière de quelques 
praticiens mayennais. 11 y a certainement dans ces pages 
des erreurs, des lacunes ; trop souvent nous avons 
manqué de documents intimes sur ces médecins et ces 
naturalistes de jadis. Nous verrons leurs gestes, mais 
ils ne nous livreront pas toujours leurs pensées ; il y a 
pourtant plaisir à essayer de la deviner, ne fût-ce qu'en 
s'inspirant d'une certaine communauté de goiUs et d'oc- 
cupations. On ressent pour ces disparus la sympathie 
curieuse et intriguée qui s'attache à un vieux portrait 
d'inconnu ; l'âme du personnage, on l'ignore, mais 



— II — 

devant cette toile Timagination se laisse prendre à Tat- 
trait mystérieux du passé, elle évoque les idées et les 
passions d'autrefois, et tout ce monde évanoui qui est si 
près et déjà si loin de nous. 

Et puis n'y a-t-il pas, dans le fond du tableau, un coin 
du décor où cet homme a vécu ? Ce cadre, c'est le vieux 
Paris, l'ancien Laval, la campagne mayennaise, et nos 
émotions et nos souvenirs trouvent toujours un écho 
dans l'âme des choses. 

Paul DELAUNAY. 




BARBEU DU BOURG 



I 

LES ANNÉES DE JEUNESSE. 

Le 4 juin 1705, M* Mesnage, notaire et tabellion en 
la ville et duché-pairie de Mayenne, dressait le contrat 
de mariage de M. Claude Barbeu, sieur du Bourg *, 
marchand en la dite ville, et de demoiselle Françoise 
Jeanne Gournay 2, fille de Simon Gournay, sieur de 
Fougerolles, et de Marie Leudière. Le 12 février 1709, 

i. On trouye au xvii* siècle deux frères Barbeu : le premier, Michel 
Barbeu du Tertre, avocat, époux (28 octobre 1649) d'Anne Lespinay, et 
souche des Barbeu du Tertre ; le second, Mathurin Barbeu, sieur du 
Bourg, avocat au parlement, licencié en droit, mort en 1682, époux de Jac- 
quine Trlguel. De ce mariage naquirent : i" François, baptisé le 26 avril 
1657; — 2« Renée, épouse (18 septembre 1719) de Jérôme Le Frère de 
Maisons ; — 3* Michel, baptisé le 6 septembre 1655 ; à lui sans doute se 
rapporte la pièce originale 189 du Cabinet des titres à la Bibliothèque 
nationale, le qualifiant de receveur des tailles de Mayenne, mort le 
17 novembre 1706 ; — 4* Claude Barbeu du Bourg, sieur des Cheminées, 
baptisé le 20 janvier 1665, marchand toiller à Mso^enne. 

Les armoiries de la famiUo Barbeu du Bourg sont très variées : d'a- 
près M. de Maude (Essai sur l'armoriai de l'anc. dioc. du Mans, Le Mans 
1865), François Barbeu, sieur du Bourg, oncle de Jacques Barbeu, por- 
tait : de gueules, à u/ne croix ancrée d^argent. — Georges Claude Barbeu 
du Bourg, de la branche mancelle, portait : d'azur à trois coqs d'argent 
séparés par v/ne pointe d'or posée en fasce. 

Nous adressons tous nos remerciements à MM. Grosse-Duperon et 
Gustave Lellèvre, de Mayenne, qui ont bien voulu nous communiquer 
d'Intéressants documents généalogiques sur les Barbeu. 

2. Armoiries des Gournay : d'azur au chevron d'argent accompagné 
de trois sonnettes de même^ i et 4, 

1 



un fils naquit de cette union ; le jour même, Claude Bar- 
beu, son père, et Françoise Renault, sa tante *, le tin- 
rent sur les fonts baptismaux en Téglise Saint-Martin 
de Mayenne, et il reçut le prénom de Jacques. 

L'enfant grandit. Intelligence précoce et vive, il eut 
tôt fait de terminer ses études : dès Tâge de quinze ans, 
il eut fini son cours de philosophie. Mais un philosophe 
de quinze ans est bien jeune pour décider spontanément 
de son avenir : Tinconsciente suggestion de Timitation, 
mille impressions du milieu ambiant orientent Tesprit 
sans qu'il s'en doute, alors surtout que l'âge n'a point 
parfait la personnalité morale. Cette influence eut plus 
de part à la détermination du jeune homme que la rigou- 
reuse et libre conclusion d'une volontée concentrée et 
réfléchie. « Deux des frères de M. Dubourg, dit Vicq 
d'Azyr, auxquels il était tendrement attaché, s'étant voués 
à l'état ecclésiastique, l'amitié fit naître en lui le même 
penchant et il crut être né pour suivre le même parti -. » 
Nous ne savons si le panégyriste a été bien renseigné, 
n'ayant pu retrouver le nom de ces deux ecclésiastiques ; 
mais d'autres parents de Barbeu étaient d'église : son 
cousin François-René Barbeu, qui fut plus tard curé 
de Saint-Martin de Mayenne -, et ce Claude du Bourg 3, 
de la branche mancelle des Barbeu, qui fut à Paris pro- 
cureur du collège du Mans. 

Quoi qu'il en soit, Jacques se lança à corps perdu dans 
Tétude de la théologie et des sciences sacrées ; il apprit 
l'hébreu qu'il parvint à posséder à fond et, plus d'une fois 
par la suite, il fut consulté sur des interprétations liti- 
gieuses de certains passages obscurs. « Tant qu'il ne 
fallut que de la piété, des mœurs et de l'application, 
M. Dubourg se regarda comme vraiment appelé au sacer- 

1. Epouse de Louis-François Gournay. 

2. Vicq d'Azyp, Eloge de M. Barbeu-Dubourg . 

3. Claude Barbeu du Bourg, boursier au collège de Bayeux en 1715, 
procureur du collège du Mans à Paris en 1727, docteur en Sorbonne le 
29 décembre 1728, pourvu de l'archidiaconé de Montfort. (Insinuations 
ecclésiast. du dioc. du Mans, reg. G. 389 (1730-1738) et G. 390 (1738-1741). 
Il mourut au Mans le 13 août 1739. 



— 7 — 

doce ; mais il fut éclairé sur sa vocation lorsqu'on exigea 
de lui le serment irrévocable qui lie pour toujours le prê- 
tre à Tautel et que Ton ne prononce jamais sans être 
sacrilège si Ton n'a pas le courage de s'élever au-dessus 
de soi-même à mesure qu'on se rapproche de la Divinité. 
M. Dubourg ne put se déterminer à prendre de tels enga- 
gements, et il quitta à regret un état dont il ne se crut 
pas digne * . » 

Rentré dans la vie du siècle, Barbeu n'eut que l'em- 
barras du choix : d'heureux dons d'esprit lui rendaient 
toute étude attrayante et il put à loisir butiner de science 
en science. Il dut à cette bonne fortune une intelligence 
très ouverte, douée d'une heureuse complexité de con- 
naissances qui lui permit d'aborder plus tard sans désa- 
vantage des sujets un peu disparates et d'y briller. A cet 
esprit encyclopédique il fallut des ragoûts très variés : 
la littérature l'attira d'abord ; il reprit l'étude du grec, 
du latin, sans négliger pour cela sa langue maternelle 
qu'il maniait avec une rare élégance ; il apprit plus tard 
l'anglais, l'italien, et put lire les poètes classiques dans 
le texte ; il se livra ensuite aux études historiques ; la 
physique, les mathématiques, retinrent encore un moment 
son attention : il aligna des équations et s'en souvien- 
dra en écrivant ses Objections à M. Basselin sur la 
quadrature du cercle. 

On n'est pas impunément petit-fils et neveu d'avocats, 
et ce vieux levain d'amour de la chicane que la tradition 
prête aux Manceaux, finit par amener Barbeu aux études 
juridiques ; il fit son droit, fut reçu bachelier en 1735 2. 
— Il en savait désormais assez pour dispenser à autrui 
les trésors de son érudition et entra comme précepteur 
dans la maison de Matignon. Mais d'autres soins l'atti- 
raient : linguiste et poète, historien et physicien, philo- 
sophe et juriste, Barbeu du Bourg voulut ajouter à ces 
titres celui de médecin. 

1. Vlcq d'Azyr, loc, cit, 

2. A. Angot, Dictionnaire de la Mayenne, article Barbeu, 



— 8 — 

II 
BARBEU MÉDECIN. 

Une fois admis à la Faculté de médecine de Paris, 
Barbeu du Bourg se donna tout entier à sa nouvelle car- 
rière. De rÉcole, il reçut non seulement renseignement, 
mais encore l'esprit de corps et il en partagea les rancu- 
nes contre les chirurgiens avec cette ardeur et cette 
verve dont il fit montre plus d'une fois au cours de son 
existence. S'il n'était que novice en l'art médical, il était 
passé maître en l'art d'écrire, et ne manqua pas l'occa- 
sion d'aiguiser quelques épigrammes à l'adresse des dis- 
ciples de saint Gôme. 

Pendant des siècles, la Faculté, jalouse de ses préro- 
gatives, avait tenu les chirurgiens sous sa suprématie ; 
elle avait eu fort à faire pour réprimer les velléités de 
révolte de ses subordonnés, tantôt opposant, par de 
machiavéliques machinations, les chirurgiens aux bar- 
biers, tantôt se servant des barbiers pour combattre les 
chirurgiens. Depuis longtemps ceux-ci cherchaient à 
s'émanciper, à secouer le joug qui entravait leur instruc- 
tion, à avoir un enseignement bien à eux : la Faculté vit en 
1731 se fonder une Académie royale de chirurgie ; en 1743, 
les chirurgiens admis et obligés à la maîtrise es arts. 
Cette année-là en effet, le corps de Saint-Côme obtint un 
édit portant que nul ne serait reçu dans son sein s'il n'était 
pourvu du diplôme de maître es arts. Grand émoi dans la 
Faculté : ce grade incorporait ses esclaves à l'Université, 
cette décision reconnaissait leur art comme libéral, elle en 
faisait presque des pairs, leur donnait le droit de porter 
la robe. Grand émoi aussi dans le monde des barbiers, 
autrefois les égaux, aujourd'hui les inférieurs des chirur- 
giens : l'édit les isolait du corps chirurgical, en les 
réléguant à l'avenir dans la communauté des barbiers- 



— 9 — 

perniquiers-baigneurs-étuvistes. La Faculté reprit sa 
vieille tactique, et conseilla aux « barbiers-barbants » de 
demander eux aussi le diplôme de maîtres es arts. 

C'est pour soutenir cette prétention des barbitonso- 
res que Barbeu écrivit sa Lettre d'un garçon barbier à 
M. V abbé des Fontaines y auteur des Observations sur 
les écrits modernes^ au sujet de la maîtrise es arts. — 
Zoïlomastix, porte-parole de Barbeu, y revendique la 
maîtrise es arts pour les oculistes, dentistes, herniaires, 
accoucheurs, sages-femmes, apothicaires, herboristes, 
et surtout pour les barbiers. 11 y démontre gravement 
combien les trois offices de barberie : raser, saigner, épi- 
1er, sont nécessaires à la conservation des hommes et 
exigent de belles-lettres et de philosophie, tant pour leur 
emploi que pour la science de leurs indications, contre- 
indications et suites opératoires. 

D'ailleurs la Faculté fut déçue ; tout ce qu'elle put 
obtenir fut un simple droit d'assistance aux examens de 
Saint-Côme, un droit d'assistance et d'avis en cas 
d'opérations, et l'envoi annuel à son bureau, en hom- 
mage-lige, de la liste des chirurgiens. C'est alors que, 
débarrassée d'une suzeraine tracassière, grandit cette 
belle école de chirurgie qui comptait dans ses rangs 
Mareschal, Tenon, Louis, Lassus, Sabatier, tandis que 
la Faculté, enlisée dans la routine, déclina jusqu'au jour 
où des tentatives de réaction et de relèvement aboutirent, 
malgré elle et contre elle, à la formation de la Société 
Royale ; alors Barbeu lui-même, désabusé, finira, comme 
nous le verrons, par se rallier au schisme. 

En attendant, il passait des examens. Une fois reçu 
bachelier, il s'attaqua aux thèses : le jeudi 1®' décem- 
bre 1746, sous la présidence de P. Borie, il soutint 
sa première thèse quodlibétaire, sur cette question : 
Daturne etiam vitalium organorum somnus^ ? Comme 

1. Recueil des thèses de la Faculté de Paris. — QiUBStionum medi- 
carum qtiœ circa medicinas theoriam et praxim... in scholis Facultatif 
medicinx Parisiensis agitatœ sunt, etc. par Th. Baron, Paris, 1752. 



— 10 — 

le requièrent les règles de la scolastique, il divisa son 
argumentation en cinq points : majeure, développement, 
établissement et discussion de la mineure, conclusions. 
11 conclut qu'en effet les organes des fonctions vitales 
peuvent présenter une sorte d'état de repos ou de som- 
meil ; il invoqua à l'appui de sa théorie des observations 
de léthargie chez l'homme, et le phénomène du sommeil 
hibernal auquel sont soumis certains animaux. 

Entre les Cendres et la Saint-Paul de l'année 1747, 
le jeudi 27 avril, il soutint la thèse cardinale par devant 
le doyen J.-B.-Th. Martinenq comme président; cette 
épreuve qui roulait, selon l'usage, sur un sujet d'hy- 
giène, eut pour titre : Utrum anni climacterici cœteris 
periculosiores ? Il répondit par la négative, enjolivant 
sa diction de quelques vers d'Horace. En décembre de 
la même année, il se présenta à sa deuxième thèse 
quodlibétaire devant un aréopage fort imposant : Denys 
Pautier de Labreuille occupait la chaire présidentielle, 
et, parmi les neuf docteurs chargés de la discussion, se 
trouvaient les anatomistes Lalouette et Winslow, les 
académiciens Macquer et Helvétius, le professeur de 
Lassone, censeur royal. La question était intéressante : 
An variolarum morbus absque eruptione ? De 6 heu- 
res du matin à midi, le candidat tint tête à toutes les 
objections et termina, avec raison d'ailleurs, par l'aflir- 
mative. 

Enfm, le jeudi 8 février 1748, il passa sa dernière thèse 
quodlibétaire qui traitait ce point : An tracheotomiœ 
nunc scalpellum, nunc trigonus mucro? a Respondit 
affirmative », disent les registres de la Faculté. Cette 
thèse, comme les précédentes, nous a été conservée, et 
l'on peut encore contempler à la bibliothèque de l'Ecole 
de médecine, son en-téte à vignette; au-dessous se lit la 
formule sacramentelle : « Deo optimo max. uni et 
trino, Virgini deiparœ et S. Lucœ orthodoxorum 
medicorum patrono. Quœstio medicochirurgica quod- 
libetariis disputationibus mane discutienda in scholis 



— Il — 

medicorum die Jovis oclavo mensis Februarii anno 
Domini MDCCXLVIII, M, Antonio Bergier, doctore 
inedico, prœside. » Elle se termine par la liste des rfo- 
mini doctores disputatuvi et la phrase : « Proponebat 
Parisiis Jacobus Barbeu du Bourgs CenomanensiSy 
saluberrimœ Facultatis medicinœ Parisiensis bacca- 
laureus, A. R. S, H. 17 i8, a sextâ ad meridiem, » 

Un beau jour du mois d'août 1748, les philiâtres 
purent lire, appendue aux piliers de la Faculté, Taffiche 
suivante * : 

Pro vesperiis 

M. Jacobi 

BARBEU DU BOURG 

In scholis medicorum 

Die Mercurii XXI mensis Augusti 

anno Domini MDCCXLVllI 

horâ decimâ matutinâ 

cor dis ad vitam ? 



An motus , , » • . i 

musculorum ad sanitatem ? 



L*acte de vespérie eut lieu au jour dit et fut ouvert 
comme de coutume par un discours du président au 
récipiendaire. Le président, David Vasse, cita la 
maxime grecque evjcatjoetv ym £impa:£ïv et fît de Tantithèse 
entre le bon et le mauvais médecin le fond de son dis- 
cours ; il dépeignit Tun sous les traits les plus tou- 
chants, il stigmatisa l'autre des couleurs les plus noires : 
aussi tous les auditeurs prenaient des airs de petits 
saints ^. 

Quelques jours après, le 26 août, Barbeu se présenta 
à Tacte doctoral et, sur les dix heures du matin, monta 
en chaire pour prêter les trois serments d'usage ; David 
Vasse lui imposa le bonnet, et, comme il fallait toujours 



i. AfQche intercalée dans le Recueil des Thèses de la Faculté de 
Paris. 
2. Gazette de Médecine, de Barbeu du Bourg, n"* 49 du i9 Juin i762. 



— 12 — 

disserter dans les cérémonies de la Faculté, on agita 
cette double question : 

aquœ thermales? 



. f . • ( aquœ tnermc 

An paralyticis , , . ., -, 
^ ^ \ electricitas ? 



Cette intronisation devait être confirmée par Tacte 
pastillaire : il eut lieu le mercredi 18 décembre 1748 et 
Ton y parla sur Thématose : 

. , , ( ab attritu? 

An hœmatosis - , . ^ 

\ a fermentatione ? 

Le lendemain, selon le rite, le nouveau docteur fit 
acte de régence en présidant la thèse quodlibétaire 
d'Alleaume : An prœcipua sanguinis officina pulmo ? 

Voilà donc Barbeu du Bourg docteur régent de la 
très salutaire Faculté de médecine de Paris; il était 
alors dans toute la force de la jeunesse : les traits 
pleins, Tœil vif, un fin sourire aux lèvres, tel il nous 
apparaît sur ses portraits ^ Les longues boucles de sa 
perruque poudrée, son rabat, Thermine de sa robe doc- 
torale lui donnent bien plutôt Tair d'un aimable abbé de 
cour que d'un grave examinateur : à cette époque, en 
effet, les médecins faisaient tous partie du corps ensei- 
gnant de rÉcole, et ils étaient forcés, à tour de rôle, 
d'argumenter thèses et candidats ; c'est à ce titre que . 
Barbeu prendra la parole aux thèses ^ de Grandclas le 
8 janvier 1750, de Morand le 5 mars 1750, de Guillaume 
Berthold en 1758. En février 1768, il présidera la thèse 
cardinale d'un jeune bachelier en médecine sur le sujet : 
An carbonum vapor in clausis cameris sedulo vitan- 
dus ? et ce candidat, c'est le futur parrain de la guillo- 
tine, Joseph-Ignace Guillotin. En 1772, il siégera 



1 . Son portrait (buste, de face) a été dessiné par Pelletier, lithogra- 
pliié par Duperray, édité par Monnoyer, du Mans ; signalé par M. Mau- 
toucliet (Essai d* Iconographie m4incelle, Revue tiist. et arcti. du Maine, 
t. XXXVII, p. 92). 

2. Voyez le Recueil des Thèses de la FactUté et le Sommaire précité 
de Tb. Baron. 



— 13 — 

encore dans le fauteuil présidentiel pour argumenter la 
thèse du bachelier G.-L. Varnier sur une question déjà 
débattue par lui-même au début de sa carrière : An 
variolarum morbus absque eruptione ? 

Des orages venaient quelquefois troubler la sérénité 
du jury à propos de l'admission de certains candidats. 
11 y eut par exemple, en 1750, des tiraillements au sujet 
de l'étudiant Combalusier ; les uns prétendant le dispen- 
ser de quelques examens, d'autres réclamant la stricte 
exécution des statuts. Du Bourg donna son adhésion à 
un acte de conciliation dressé à cette occasion le 22 mai. 

La Faculté de médecine réunissait à cette époque les 
fonctions remplies depuis par l'Académie de médecine, 
le Comité d'hygiène publique, les rapporteurs médico- 
légaux et la Censure; aussi, à chaque instant, lui 
demandait-on des médecins-légistes, des experts, des 
rapporteurs pour les ouvrages nouveaux. 

En 1760, Barbeu est nommé, avec Vieillard, Bellot et 
Hérissant, commissaire à l'examen des bains de Seine 
du sieur Poitevin ^ En 1761, on le charge de l'exper- 
tise des eaux minérales de Briquebec, en Normandie, et 
il leur consacre une étude de cinq ou six pages dans le 
Journal de MédecinCy Chirurgie, Pharmacie, de jan- 
vier 1761. En 1762, on recourt à ses lumières dans une 
affaire d'empoisonnement : il rédige avec ses confrères 
Petit et Missa une consultation que l'on joint au précis 
de l'avocat Oudet, en faveur de Lazare Brigand, prieur- 
commendataire de Talissieux, accusé par frère Antoine 
Villette, du monastère de Perrecy *. En 1769, la com- 
pétence de Barbeu comme botaniste lui vaut d'être 
commis, avec Le Camus et Gervais, au visa d'un 
ouvrage de Buchoz, médecin de Nancy, De herbis et 
arboribus Galliœ, visa nécessaire à V Imprimatur ^, 

Quelque besogne qu'elle lui demandât, la Faculté ne 

1. GazeUe de Médecine du 25 mai 1761. 

2. Gazette de Médecine du 6 novembre 1762. 

3. Tome XXlll des Commentarii de la Faculté; année 1769, p. 313-314. 



— 14 — 

nourrissait pas son homme, et il fallait courir la clien- 
tèle. 11 faut croire que, lorsque Barbeu s'établit, les 
malades n'affluèrent point en sa maison de la rue de 
rÉperon, car il avait du temps de reste pour travailler, 
et exécuter un projet qui lui demanda beaucoup de 
temps et de peine, une sorte de Sommaire chronologi- 
que. En se consacrant à Esculape, Barbeu n'avait pas 
délaissé Clio et il parlait avec enthousiasme des études 
historiques qui avaient charmé tant d'heures de sa stu- 
dieuse jeunesse : « Qu'est-ce que l'Histoire? écrivait-il, 
c'est le Recueil de tout ce que les yeux ont vu, de tout 
ce que les oreilles ont entendu; c'est une école enchan- 
tée où l'on s'instruit aux dépens de ses maîtres, où l'on 
censure les autres sans se compromettre, où l'on 
apprend tout à la fois à juger le passé, à discerner le 
présent et à prévoir l'avenir; où l'on fonde son expé- 
rience sur celle de tous les tems, de tous les pays, de 
tous les âges et de tous les états de la vie, enfin où, à 
mesure que la raison se développe et que l'esprit s'ouvre 
à la vérité, les mœurs s'adoucissent et le cœur s'attache 
solidement à la vertu. » 

Barbeu eut, l'un des premiers je crois, l'idée de dres- 
ser, pour l'étude de l'histoire, des tableaux synoptiques, 
ou mieux synchroniques, et le plan qu'il conçut est assez 
ingénieux. 11 donne, depuis Adam jusqu'à l'année 1753, 
le relevé des événements mémorables, la liste des 
empereurs, rois, princes, hommes célèbres, et la projec- 
tion de chacun de ces noms sur une échelle graduée qui 
borde le haut de la page, indique l'époque et les dates 
intéressantes de leur vie ; de plus, l'auteur s'ingénia à 
inventer toute une série de signes conventionnels desti- 
nés à préciser certaines données ou certaines qualités, 
et les plaça à la suite de chaque nom : de la sorte on 
peut juger d'un seul regard les faits et les hommes. Le 
tout était monté sur une sorte de machine * et se ven- 

1. La Bibliothèque municipale de Laval possède un exemplaire de la 
machine de Barbeu; M. Moreau le présenta à la Commission histori- 




Machine chronologique de Barbeu du Bourg 
/"Appareil ounevtj. 



K-fTûi- 




f Appareil jermèj. 



— 15 — 

dait 15 ou 18 livres chez Fauteur, en son domicile de la 
rue Saint-Benoît où il venait de s'installer au sortir 
d'un logis de la rue Saint-Dominique. Son ouvrage se 
trouvait aussi chez Lamote, rue Saint-Denis, et chez 
Fleury, à TEstrapade. Il fut publié en 1753 sous le titre 
de Chronographie^ ou Description des tems, contenant 
toute la suite des souverains de l'univers et des prin- 
cipaux événements de chaque siècle depuis la création 
du monde jusquà présent, en trente-cinq planches 
gravées en taille-douce et réunies en une machine 
d'un usage facile et commode, par M. Barbeu du 
Bourg, docteur en médecine et professeur de pharma- 
cie en V Université de Paris, à Paris, etc, avec appro- 
bation et privilège du Roi. Prix en feuilles, 12 /., avec 
la machine, 15 ou 18 l. 

Pour remédier aux défaillances de la mémoire et 
imprimer toute cette succession historique dans le sou- 
venir, Barbeu composa même un complément mnémo- 
technique, un Sommaire de chronologie en vers 
techniques, introuvable aujourd'hui. 

A cette époque, nous venons de le voir, il avait été 
promu à la dignité professorale et chargé d'enseigner la 
pharmacie aux Écoles de la rue de la Bùcherie. Aussi 
se rapprocha-t-il de la Faculté : en 1756, il avait élu 
domicile rue des Rosiers * ; il déménagea en 1757 afin 
de fixer, pour un peu plus longtemps, sa demeure rue du 
Cimetière-Saint-André % une rue quelque peu tortueuse 
et sombre qui a conservé jusqu'à nos jours ses vieilles 
maisons à balcons de fer forgé, et qui reliait la rue de 
l'Éperon à la rue Hautefeuille, le long de l'église Saint- 
André-des-Arcs. 

Il recommença cette année-là à satiriser les chirur- 
giens, qui vraiment n'avaient pas eu de chance avec ses 

que à la séance du 12 avril 1883, après l'avoir acheté a Laval môme. 
{Commission historique et archéologique de la Mayenne^ Procès-ver- 
baux et Documents, t. III, 1882-1883, p. 73). - 

1. Àlmanach royal. 

2. Aujourd'hui rue Suger. 



— 16 — 

compatriotes. Une première fois, en 1754, le coche de 
Bretagne amena à Paris un garçonnet de Placé, au dio- 
cèse du Mans, Claude Poncet. Ce malade était recom- 
mandé à Barbeu par son compatriote et collègue M. de 
la Rue, médecin à Mayenne ; il fut conduit à la Charité 
le 12 mai 1754. Devant sa fatigue et son affaiblisse- 
ment, le chirurgien-major fut d'avis d'ajourner l'opéra- 
tion de la taille jusqu'à ce que son état général se fût 
amélioré. Or, le 22 juin, arrivent à l'improviste trois 
autres chirurgiens qui se mettent en tète d'opérer sur 
le champ. Le P. Basile s'interpose, lève les bras au 
ciel : le malade n'est pas préparé, le médecin en chef 
Verdelhan n'est pas prévenu ! Les trois opérateurs pas- 
sent outre, emportent leur proie, empoignent un litho- 
tome inventé par l'un d'eux; l'instrumentateur avait 
déjà fait ses j)reuves, ayant tué un patient à Bicétre 
avec son procédé; ils attaquent et retirent la pierre; 
l'enfant, remis au lit, est pris de vomissements et 
meurt dans la nuit. Barbeu, averti trop tard, accourt à 
8 heures du matin, mais déjà l'autopsie est faite, toute 
pièce compromettante a disparu ; il s'en va tout racon- 
ter à Verdelhan, qui n'en peut mais, puis divulgue le 
scandale dans sa Lettre d'un médecin à une dame^ au 
sujet d'une expérience de chirurgie faite à Vhôpital 
de la Charité le 22 juin ilbk. Voilà tous les médecins 
en rumeur, les chirurgiens sens dessus dessous. Un 
élève en chirurgie lance à son tour une Lettre^ dénatu- 
rant les faits. Barbeu, dans une Seconde Lettre d'un 
médecin à une dame, rétablit la vérité ; peut-être d'ail- 
leurs mit-il quelque parti-pris dans l'affaire, car Vicq 
d'Azyr, son panégyriste, ne parle qu'avec des réticen- 
ces de son rôle en cette occurrence et dans la suivante. 
Trois ans plus tard, en effet, nouvelle escarmouche : 
cette fois Barbeu s'en prit à Louis, démonstrateur à 
Saint-Côme et assistant de Dufouard, chirurgien de la 
Charité. Un tapissier de Saint-Christophe-du-Luat, au 
Maine, Jean Beaubon, était entré dans cet hôpital le 



— 17 — 

21 septembre 1757 pour une plaie de la jambe qui ne 
tarda pas à se cicatriser; en outre le malade avait 
autrefois reçu un coup de fleuret et il en avait gardé 
au thorax une petite tumeur fistulisée et indolente. 
Dufouard jugea bon de n'y point toucher et s'absenta. 
Le 4 octobre, Barbeu arrive à Timproviste et trouve 
Louis en train de l'opérer : l'interventionniste com- 
mence par blesser l'artère mammaire ; une grave hémor- 
rhagie se produit; on bourre la plaie d'agaric, de 
charpie, rien n'y fait; on inonde le foyer d'alun, d'eau 
de Rabel, il saigne toujours; enfin la compression avec 
des bandes en vient à bout, mais le malade, anémié, 
infecté, meurt le 6. 

Barbeu dénonça les faits dans une Lettre dun gar- 
çon chirurgien à un de ses camarades actuellement 
en boutique à Avignon^ imprimée à Avignon et signée 
Alexis Diastillet. La conclusion laissait percer la ran- 
cune des médecins contre les chirurgiens émancipés de 
la Faculté grâce au vernis de latiniste que leur conférait 
le diplôme de maître es arts : « Quant à moi, ce que j'ai 
vu, ce que j'ai entendu, et le chef-d'œuvre de M. Louis 
dont je vous fais part et bien d'autres choses que je 
n'oserois dire, tout est plus que suffisant pour me prou- 
ver que mon cher oncle avoit raison de me dire qu'il 
avoit vu des chirurgiens françois avoir des succès plus 
marqués que je n'en verrai jamais de ces maîtres latins 
qui, après tout, ne sont bons qu'à nous faire chasser de 
Saint-Côme. » 

En réponse, Louis écrivit son Mémoire à consulter 
sur un Libelle diffamatoire publié contre M. Louis^ 
chirurgien-major adjoint de l'Hôpital de la Charité^ 
à PariSy mais, malgré ses protestations contre ces 
calomnies, les suppôts de la Faculté continuèrent leur 
campagne; l'oncle d'Alexis Diastillet prit la parole, 
et c'est Michel, s'il faut en croire le Dictionnaire 
des ouvrages anonymes de Barbier, qui écrivit la 
Première leçon de Boni/ace Diastillet, chirurgien- 



— 18 — 

juré de la communauté de X..., à Alexis Diasiillety son 
neveUy garçon chirurgien chez le chirurgien-barbier 
dHune compagnie du Régiment des gardes françoises^ 
au sujet des fréquentes méprises du sieur Louis, chi- 
rurgien-juré de la communauté et aide du premier 
chirurgien de l'Hôpital de la Charité de Paris, à 
Avignon, le 18 novembre 1757. 

Le bonhomme Boniface ne radota pas longtemps, car 
on donna bientôt au public l'avis que voici : « Messieurs, 
vous êtes avertis de la mort de Boniface Diastillet, maî- 
tre chirurgien de la Communauté de , décédé d'une 

fluxion de poitrine après dix et neuf saignées faites 
en trois jours par Babilas Pélican, ancien garçon et 
apprentif de Louison * et consors. Ce Babilas avoit, 
comme ils ont coutume de procéder, éludé téméraire- 
ment l'ordonnance de M. le Docteur , protecteur de 

Boniface Diastillet. Ce respectable médecin ne se con- 
sole point d'avoir été obligé de préférer au chirurgien, 

son protégé, un notable bourgeois de la ville de qui 

a eu recours à lui et qui a été guéri de la même maladie 
dont le pauvre Boniface est mort et pour laquelle M. le 
Docteur a ordonné et fait faire en sa présence trois sai- 
gnées seulement. » Cet avis promettait à brève échéance 
le Testament, ou la Suite des leçons de Boniface de 
Diastillet. 

Je ne serais pas étonné que cette lettre mortuaire 
anonyme fût de Barbeu, premier parrain d'Alexis Dia- 
stillet, et grand adversaire de la phlébotomie à outrance, 
comme nous le verrons plus loin. Mais après tous les 
réquisitoires de notre homme contre les chirurgiens in- 
capables, la Faculté ne pouvait faire autrement que de 
lui confier le soin d'apprendre la chirurgie aux ignorants : 
elle le nomma en 1758 professeur de chirurgie en langue 
latine. 

Le professorat sanctionna la réputation de Barbeu. 

1. C'est Louis. 



— 19 — 

La Société Royale des sciences de Montpellier, sorte 
d'annexé de l'Académie des sciences, qui montrait avec 
orgueil sur ses registres les noms de Colbert de Croissy , 
de Lamoignon de Basville, du botaniste Magnol, des 
anatomistes Astruc et la Peyronnie, ne tarda pas à con- 
férer à Barbeu le titre d'associé ; l'Académie Royale des 
sciences de Stockholm le mit au rang de membre asso- 
cié ; enfin la Société royale des médecins de Londres le 
compta également parmi ses adeptes. 

Mais toute célébrité se paye : un certain auteur 
escompta le crédit de Barbeu pour faire vendre ses ou- 
vrages *. Un beau jour parut sous le titre : Anecdo- 
tes de médecine, MDCCLXII^ un recueil fort décousu 
d'anecdotes tantôt médicales, tantôt extra-médicales, 
souvent grivoises. La préface, adressée « A mon ami, 
Monsieur L. C. D. M. M. C. D. L. » était signée : 
« Barb... du B..., doct. rég. de la Faculté de médecine 
en l'Univ. de Paris, à Paris, le 31 juillet 1761 ». Tout 
le monde lut, sous ces initiales trop transparentes, le 
nom de Barbeu du Bourg 2, et les mauvaises langues 
allèrent leur train. Grimm en profita pour décrier l'au- 
teur 3 ; le Journal de Médecine^ Chirurgie, Pharma- 
cie^ fit des commentaires désobligeants, arguant des 
éloges exagérés que la préface décernait à Lorry que du 
Bourg, altéré de réclame, en espérait un retour : asinus 
asinum fricat. Or, l'auteur des Anecdotes avait com- 
mis un faux. Du Bourg, que ce malentendu faillit brouil- 
ler avec Lorry, écrivit immédiatement au Journal de 
Médecine, Chirurgie^ Pharmacie '^ et au Journal des 
Sçavans ^ un démenti formel qu'il inséra également 
dans sa Gazette dJÉpidaure ^. Alors le coupable se 

1. Quérard, les supercheries littéraires dévoilées, Paris, 1869. 

2. Mémoires secrets pour servir à Vhistoire de la République des 
lettres. Londres, i784, t. I, p. 86. 

3. Correspondance littéraire, philosophique et critique, etc., par 
M. Tourneux. Paris, 1877, t. V, p. 76. 

4. Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, juin i762, p. 562. 

5. Journal des Sçavans, Juin i762, in-12, 2» vol., p. 1328. 

6. Gazette de Médecine, n* 22, du i7 mars 1762. 



— 20 — 

dénonça lui-même et envoya à Barbeu la lettre que 
voici : 

De Douay, le 22 mars 1762. 

« Monsieur, je vous dois des remerciements pour la 
manière obligeante dont vous avez bien voulu parler des 
Anecdotes de Médecine ; j'en saisis l'occasion pour vous 
témoigner la plus grande estime et aussi pour vous don- 
ner le mot de ce qui vous parait une énigme dans mon 
procédé. Vous pensez donc, Monsieur, que je serois fort 
embarrassé de dire par quel motif j'ai terminé mon épitre 
dédicatoire à M. Le Clerc de Montlinot, médecin et chi- 
rurgien de Lille, par une signature qui est bien précisé- 
ment la juste moitié de la vôtre. Eh ! non. C'est l'inverse 
des grands événemens par les petites causes, c'est l'effet 
de l'amour-propre, ce sentiment intime si puissant, et de 
cet autre amour paternel, affection toujours si irrésistible. 
Je fais un livre : c'est un enfant qu'il faut établir, qu'il 
faut avancer : je trouve qu'en le produisant sous votre 
nom je puis me flatter de lui faire un sort, et, tout natu- 
rellement, je le produis sous votre nom. Je sçaisbien que 
c'est une petite pyraterie, mais je vous en demande par- 
don, et en vérité vous ne risquez rien de pardonner ce 
petit tour à quelqu'un qui est aussi sincèrement, aussi 
volontiers et avec tant de respect que je suis. Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

« Du MONCHAU ». 

Ce du Monchau était un médecin des hôpitaux mili- 
taires de Douai, et son faux, tout autant que cette rétrac- 
tation, étaient en somme à la louange de Barbeu. Celui-ci 
se hâta de publier la lettre dans sa Gazette de Médecine 
du 3 avril 1762 et l'affaire en resta là. Mais l'ouvrage 
en acquit quelque notoriété et eut une deuxième édition, 
chez Panckoucke, en deux volumes, en 1766. 

Vers cette époque, plus exactement en 1759, Barbeu 
apprit que son cousin François-René Barbeu du Bourg, 



— 21 — 

curé de Saint-Martin de Mayenne *, avait résigné sa 
cure 2. Pendant son ministère, le digne homme avait eu 
maille à partir avec les jansénistes à propos de réta- 
blissement d'une confrérie, et Taffaire était allée jusque 
devant le Parlement. Les jansénistes furent battus, mais 
relancèrent sur le Maine des troupes fraîches : en 1759, 
la sœur Françoise, doyenne des convulsionnaires de 
Paris, vint faire de la propagande au Mans avec le 
P. Basile, son aumônier. Jacques Barbeu aurait pu do- 
cumenter son parent sur ces nouvelles ouailles, car il 
avait déjà vu à l'œuvre à Paris cette troupe de névro- 
sés 3. Voici à quelle occasion. 

Un beau jour de juin 1759, son confrère et ami Bouti- 
gny-Despréaux Taccosta : « Je vous emmène ! dit-il ; 
grand conciliabule, aujourd'hui, chez les Convulsion- 
naires ; dans une de ses crises, la sœur Françoise, qu'on 
a déjà crucifiée trois fois, a reçu de Dieu l'ordre de brû- 
ler sa robe sur son corps le jour de la Saint-Jean et la 
promesse de sa protection : c'est ce soir, j'ai le mot de 
passe ; venez-vous ? » Barbeu acquiesce, et les deux mé- 
decins partent bras dessus bras dessous, en parlant des 
scènes qui, près de trente ans auparavant, avaient 
révolutionné le quartier Saint-Médard. Ils arrivent à la 
maison, un coin perdu du Marais, heurtent, chuchotent 

1. François Barbeu, sieur du Bourg, frère de Claude Barbeu, et oncle 
de Jacques Baibeu du Bourg, fut baptisé le 26 avril 1657. Avocat, juge 
général civil et criminel de l'abbaye de Fontaine-Daniel près Mayenne 
dès 1685, élu en l'élection de Mayenne et contrôleur des tailles, il épousa 
Jeanne Lecomte ; il en eut deux enfants : 1* François-René Barbeu du 
Bourg, baptisé le 5 février 1691, maître es arts de Paris, curé-doyen de 
Javron le 22 mars 1734, successeur de Jacques Morin le 3 avril 1734, 
en la cure de Saint-Martin de Mayenne, qu'il résigna en 1759 ; on trou- 
vera le récit de ses démêlés avec les jansénistes mayennais et le curé 
de Notre-Dame dans les Souvenirs du Vieux-Mayenne et l'Ancien Hôtel- 
Dieu de Mayenne de M. Grosse- Duperon ; ~ 2« Renée Barbeu du Bourg, 
qui épousa, le 18 septembre 1719, Jérôme Le Frère de Maisons, écuyer. 

2. Le successeur de F.-R. Barbeu à la cure de Saint-Martin fut Fran- 
çois-Augustin Lair de la Motte, mort en juin 1767, fils de Michel Lair 
de la Motte et de Renée-Louise Barbeu du Bourg, et par conséquent 
neveu de Jacques Barbeu du Bourg. 

3. Correspondance littéraire, philosophique et critique, par Grimm, 
Diderot, etc., par M. Tourneux. Paris, 1877, t. IV, p. 379-980 et suiv. 



— 22 — 

par l'huis entrebaillé ; la porte s'ouvre. La salle est déjà 
pleine ; des frères et des sœurs aux yeux égarés con- 
templent le Père Timothée qui se démène et prend des 
airs inspirés, deux chevaliers de Saint-Louis sont blottis 
dans un coin, et M. de la Condamine, aux côtés de 
M. Sibille, directeur des fermes, observe tout d'un air 
investigateur. Tout à coup, la miraculée fort agitée fait 
son entrée ; l'on s'écarte, elle entre en transe, pâlit, se 
tord, grince des dents, il faut lui appliquer « les se- 
cours ». Les assistants Tentourent, prennent des épées, 
en appuient la pointe contre sa poitrine : la sœur reste 
insensible. Elle tombe à terre, on l'assomme à coups 
de bûche et d'enclume, et nul cri ne lui échappe ; M. de 
la Condamine, qui frappe plus dur que les autres, pense 
à part lui qu'elle a dû se matelasser d'une fameuse 
cotte de mailles. Mais ce sont là jeux d'enfants : le mo- 
ment solennel est venu ; on pose quelques pierres sur le 
plancher, car le parquet n'a pas, comme la sœur Fran- 
çoise, le don d'incombustibilité. Cette fois la victime 
récalcitre ; le Père Timothée se fâche, la presse, la sub- 
jugue, la tire dans la cheminée, la jette sur la paille qu'il 
enflamme ; mais, au lieu de chanter le cantique des en- 
fants dans la fournaise, la patiente crie, se signe, se 
roule par terre, éteint le feu. M. le Directeur des fermes 
clame : Miracle ! et tombe à genoux ; les convulsion- 
naires entonnent des psaumes à tue-tête, invoquent saint 
Paris et saint Soanen, M. du Bourg pousse le coude de 
son confrère, le P. Timothée fronce le sourcil : il faut 
recommencer l'épreuve manquée. En vain la martyre se 
débat, tremble et gémit, on l'entraîne au bûcher qu'on 
rallume ; une odeur de roussi se répand dans la chambre, 
la fumée auréole de sa gaze bleuâtre la sœur Françoise 
qui flambe et hurle. Tout à coup les assistants sont bous- 
culés par une force surhumaine, une trombe d'eau s'abat 
avec fracas sur l'holocauste : un frère de peu de foi, muni 
d'un grand seau d'eau, a suppléé juste à temps l'ange du 
sacrifice d'Abraham. Quitte pour la peur, la miraculée se 



— 23 — 

relève, les cheveux épars, couverte de loques noircies et 
ruisselantes, sans vouloir plus rien entendre. Le fermier 
retombe en extase, M. de la Condamine bâille, les che- 
valiers de Saint-Louis se mordent les lèvres, et le docteur 
Barbeu déçu dit à la bonne femme qui se retire : « Ma 
chère Sœur, nous nous attendions que vous nous édifie- 
riez davantage. » Mais le P. Timothée regarda de travers 
le sceptique interrupteur qui prudemment gagna la porte 
et s'esquiva vers la rive gauche, tandis que M. Despréaux 
rentrait en sa maison de la rue du Petit-Saint- Antoine. 



III 

JOURNALISME ET PAMPHLETS MÉDICAUX 
AU XVIIP SIÈCLE. 

Voltaire disait que, de son temps, deux cent soixante- 
treize journaux paraissaient et disparaissaient chaque 
mois sur notre hémisphère. Au début de Tannée 1761, 
Barbeu du Bourg en vint ajouter un deux cent soixante- 
quatorzième. Le l®*" avril 1761, J. A. Grange, imprimeur- 
libraire, rue de la Parcheminé rie, donna le premier 
numéro de la Gazette d'Épidaure^ ou Recueil de nou^ 
celles de médecine avec des réflexions pour simplifier 
la théorie et éclairer la pratique, par un médecin de 
Paris. La Gazette, bi-hebdomadaire, coûtait deux sols 
le numéro de huit pages ou douze livres d*abonnement 
annuel. 

Sa préface était empreinte d'une heureuse modestie et 
Fauteur, se défendant de vouloir faire concurrence à ses 
confrères en journalisme, demandait seulement aux 
géants séculaires de la presse de daigner faire une petite 
place à un humble roseau. Les vieilles branches furent 
charmées de tant de politesse et le Journal de Médecine, 
Chirurgie, Pharmacie, que dirigeait M. Vandermonde 



— 24 — 

souhaita gracieusement la bienvenue au nouvel arri- 
vant. Un entrefilet louangeur annonça que la Gazette 
d'Épidaure^ de MM. Lorry et Dubourg, était « le fruit des 
loisirs de deux médecins également connus par leur pro- 
bité, leur candeur, leur zèle et leurs talents. » D'ailleurs 
Barbeu y apporta une rectification dans sa feuille et 
annonça qu'il était le seul rédacteur du journal. Il faut 
croire que sa prose eut alors quelque succès et que les 
abonnements affluèrent au bureau d'adresses, chez 
Mignot, rue du Petit-Bourbon, car, trois semaines après, 
un M. R., citoyen de T., contrefaisait la Gazette d^Épi- 
daure à l'étranger. 

Vous pensez si Barbeu du Bourg est alors un homme 
occupé : il doit dépouiller un volumineux courrier, en 
extraire les observations intéressantes, découper avec 
ses grands ciseaux les nouvelles curieuses des autres 
périodiques, rédiger en hâte pour sa Gazette un compte 
rendu, des aphorismes médicaux ou quelque article 
humoristique, enfin courir rue de la Parcheminerie sur- 
veiller les épreuves chez l'éditeur. Il insère tout, catalo- 
gue de livres nouveaux, actes et prix de la Faculté, 
séances de l'Académie de chirurgie, panacées souverai- 
nes et recettes populaires contre diverses affections, con- 
seils d'hygiène, état sanitaire, etc., etc. De temps en 
temps, un de ses amis tire de son portefeuille une notice 
inédite et la lui envoie. Le Jau, un confrère de La 
Flèche, lui transmet la relation de l'ouverture du cada- 
vre d'un fameux glouton. Les Manceaux lui donnent 
des annonces : le sieur de Villiers, maître es arts et en 
chirurgie, bandagiste et correspondant de l'Académie 
de chirurgie, lui fait imprimer une réclame pour la mai- 
son de santé qu'il dirige au Mans, rue Courthardy. 
D'ailleurs ce prospectus sentait si fort son charlatan que 
le pauvre de Villiers faillit se faire rayer des cadres de 
l'Académie de chirurgie : Morand, furieux de voir ainsi 
prostituer le titre de l'Académie, lui enjoignit, au nom de 
la compagnie, de retirer ses affiches et de publier dans 



— 25 — 

la Gazette de Médecine la sentence qui le frappait, ce 
qu'il fît piteusement *. 

Il faut bien dire qu'au point de vue scientifique, la 
Gazette d'Épidaure qui devint par la suite Gazette de 
Médecine, n'était pas d'un niveau très élevé, et fut moins 
un journal technique et sérieux qu'un recueil d'annonces, 
de remèdes de bonnes femmes, de nouvelles et de curio- 
sités médicales émaillé de quelques gauloiseries 2. Peut- 
être le tirage diminua-t-il peu à peu, car Barbeu résolut 
de transporter le bureau d'adresses chez lui, rue du 
Cimetière-Saint- André, et prit Germain comme secré- 
taire de rédaction. La Gazette de Médecine vécut un 
peu plus de deux ans. Vers la fin de 1762, Barbeu fut 
forcé de faire un long séjour en province loin de Paris : 
son absence menaçant de se prolonger, il prit le parti 
de suspendre la publication de sa feuille, laissant à 
Germain le soin de rembourser les abonnés. 

Le 19 janvier 1763, parut le dernier numéro, car, à son 
retour, Barbeu ne jugea pas à propos de recommencer 
son entreprise. 

Sa démission de journaliste ne mit d'ailleurs pas un 
terme à ses saillies malicieuses : le moyen, quand on a 
la plume facile, l'esprit éveillé, de n'être pas un peu sar- 
castique ? Déjà,dans les premiers numéros de sa Gûrze/^c, 
il avait été légèrement irrévérencieux pour le fameux 
médecin Tronchin, ce que Grimm lui reproche de façon 
fort amère. Déjà, nous l'avons vu, il avait lancé plusieurs 
coups de griffe aux chirurgiens ; il ne tarda pas à avoir 
quelques démêlés avec des confrères même de la Facul- 
té — au point de vue doctrinal, je me hâte de le dire, — 
et il devint, il redevint... un pamphlétaire ! 

En 1756, avant la naissance de la Gazette, il s'était 
mêlé à une grande querelle au sujet de la saignée ; en 
1765, après la mort de son journal, il se lança dans une 

\. Gazette de Médecine du 24 mars 1762. 

2. D' Maxime, La Gazette (VÉpidaure {Journal de Médecine de Paris, 
30 mars 1902) et 3Iédecine anecdotiquey historique et littéraire, année 
19(^ 



— 26 — 

autre polémique à propos du terme de la grossesse, et 
les deux furent épiques. 

Un beau jour de Tannée 1756 parut dans le Journal 
œconomique une lettre scandaleuse de M. X... à M. Le 
Camus, docteur-régent de la Faculté de Médecine de 
Paris : elle osait prôner Témétique et déprécier les méri- 
tes de la saignée répétée dans le traitement des maladies 
aiguës, telles que les fluxions de poitrine. Heureuse- 
ment pour les principes, la Faculté veillait : elle était 
réunie le 26 juin pour délibérer sur l'admission des bache- 
liers qui venaient de passer Texamen de matière médi- 
cale, quand le Journal œconomique lui fut communiqué. 
Le doyen Chomel s'émeut, s'indigne, demande à l'assem- 
blée de répudier sur le champ une doctrine aussi perni- 
cieuse, et les docteurs électrisés de fulminer une excom- 
munication immédiate contre cette hérésie. La thèse 
incriminée est jugée un système funeste, contraire aux 
axiomes admis depuis Hippocrate, un système faux, 
erroné, né de l'ignorance et de Tinexpérience ; la saignée 
longue et copieuse est chaudement recommandée dans 
les maladies inflammatoires ; on décide de rechercher 
immédiatement le fauteur anonyme de l'hérésie et de 
publier sur l'heure, pour que nul n'en ignore, le décret 
de la très salutaire Faculté de médecine de Paris. — 
Ceci fait, les assistants s'en vont déjeuner avec l'appétit 
que donne la satisfaction du devoir accompli. 

L'auteur de la Lettre réclamait un compère qui voulût 
bien le dénoncer : le compère se trouva et fut Barbeu 
du Bourg; c'est à lui du moins que M. Pauly * attribue 
la Lettre à M, Ch,,,^ doyen de la Faculté de méde- 
cine de Paris ^ au sujet d'un décret du 26 juin sur la 
nécessité des saignées réitérées, par M***, docteur 
régent de la même Faculté^ lettre qui parut le 6 juillet. 
Elle commence par un éloge ironiquement pompeux de 
la vigilance du doyen contre toute atteinte à la saine 

1. Pauly, Bibliographie des Sciences médicales, Paris, 1874. 



— 27 — 

doctrine et accuse le docteur Marteau d'être Tauteur de 
ces blasphèmes ; elle félicite Chomel d'avoir osé violer, 
pour en obtenir condamnation, les statuts de la Faculté 
et la promesse faite à l'inculpé de provoquer trois déli- 
bérations sur la question en litige; elle lui demande 
d'exécuter avec la dernière rigueur son décret vengeur; 
de rayer à tout jamais des œuvres d'Hippocrate les 
maximes où ce médicastre grec expose les contre-indi- 
cations de la saignée, d'excommunier Sydenham, 
Boerhaave qui ordonne de laisser quelques forces aux 
malades, et Gesner qui osa guérir Haller d'une péri- 
pneumonie sans le phlébotomiser. — Et d'ailleurs, con- 
tinue Barbeu, c'est à la faiblesse de la Faculté qu'on 
doit la recrudescence de tant d'erreurs ! Elle a fait con- 
damner l'antimoine, et tolère pourtant qu'aujourd'hui 
des médecins ignares guérissent leurs malades avec 
de l'émétique. De la fermeté, M. le Doyen ! Fermez 
la bouche à quiconque trouve des réserves à l'emploi 
de la saignée. Souvenez-vous du temps où Sidobre 
tira huit fois du sang à un varioleux, où Chirac et 
Besse saignèrent soixante-quatre fois un rhumatisant 
qu'un purgatif guérit à la soixante-cinquième reprise. 
Rappelez malades et médecins à leur devoir et que 
nul n'ose plus guérir anti-réglementairement ! La phlé- 
botomie se meurt ! Les lancettes se rouillent ! Aux 
armes ! 

Ce libelle de douze pages eut quelque succès ; on en 
fit, ce qui est rare pour un pamphlet si spécial, une 
deuxième édition de dix-neuf pages : médecins et philiâ- 
tres se l'arrachaient, et le pauvre Chomel, sur les 
épaules duquel Barbeu venait de lancer la robe de 
Purgon, fut couvert de ridicule et ne fut pas réélu aux 
élections décanales d'octobre. Barbeu resta sur ses 
positions et proclama sa conviction à tous présents et à 
venir en faisant placarder une affiche ainsi conçue : 
« M. Barbeu Dubourg, docteur en médecine de la 
Faculté de Paris^ cy-devant précepteur de Mes- 



— 28 — 

sieurs de Matignon^ et auteur de deux livres d'his- 
toire nouvellement donnés au public^ avertit qu'il 
continue de traiter les fluxions de poitrine et autres 
maladies inflammatoires sans saignée. Il est protégé 
par le Frère Philippe, religieux apothicaire de la 
Charité, qui répond de ses succès. » 

Cette fois-ci, la querelle avait fini par des bons mots; 
mais en 1765 elle s'aggrava de paroles aigres-douces, 
voire de personnalités blessantes. 

Le point de départ fut une discussion médico-légale. 
Un M. de Villeblanche, conseiller au Parlement de Bre- 
tagne, était intéressé à faire déclarer bâtard un enfant 
posthume, pour conserver un héritage à certains colla- 
téraux. Quand cet enfant naquit, sa mère. Renée de 
Villeneuve, était veuve depuis dix mois et vingt jours; 
avait-il droit à la succession paternelle ? Telle fut Tori- 
gine du procès. 

Cette cause fit quelque bruit, surtout à cause des 
altercations qu'elle ne tarda pas à provoquer au sein du 
monde médical. Antoine Petit, membre de TAcadémie 
des sciences, admit la possibilité des grossesses prolon- 
gées et publia à Tappui de sa thèse un Recueil de 
pièces relatives à la question des naissances tardives. 
Bertin, Chomel, Tenon, Le Bas, furent du même avis, 
ainsi que Barbeu, qui publia en 1765, à Amsterdam, 
ses Recherches sur la durée de la grossesse et le 
terme de F accouchement. Il y soutient, avec son 
élégance et sa clarté habituelles, que la grossesse peut 
se prolonger au-delà du neuvième mois. D'abord il 
invoque des raisons physiques, et il lui suffit d'énumé- 
rer les causes provocatrices du travail pour montrer 
qu'elles peuvent se manifester prématurément ou tardi- 
vement : parmi ces causes, les unes sont accidentelles, 
comme les traumatismes, les fatigues, etc.; les autres 
sont naturelles, et tiennent tantôt aux conditions phy- 
siologiques dans lesquelles se trouve la mère (Barbeu 
insiste tout particulièrement à ce point de vue sur le 



— 29 — 

retour de Tépoque du processus cataménial) *, tantôt 
à Tétat du fœtus. Ses organes se développent dans Tor- 
dre de ses besoins, et nous n'avons aucune notion pré- 
cise sur le temps qu'exige leur formation : il n'est pas 
illogique de penser que leur genèse peut se ralentir, leur 
fonctionnement se prolonger, retardant ainsi le terme 
de la grossesse. « C'est seulement, dit Barbeu, lorsque 
les parties appropriées au fœtus ne sont plus en état 
d'exercer librement leurs fonctions, ou que la place qu'il 
occupe n'est plus tenable pour lui, ou que la source d'où 
il tire ses sucs nourriciers est tarie », qu'il lui faut 
« périr ou naître » ^^ 

En second lieu, l'auteur passe au relevé et à la critique 
des faits observés : la difficulté de connaître la date 
exacte de la conception est telle, les symptômes qui 
marquent les divers stades de la gravidité sont si 
incertains, que l'échéance classique des neuf mois n'est 
rien moins que prouvée; il croit donc pouvoir admettre, 
avec Aristote, Harvey, Haller et BuflFon, que la prolon- 
gation de la grossesse jusqu'au onzième mois est raris- 
sime, mais possible, et qu'il y en a eu des exemples 
authentiques. 

En fin de compte, il expose en faveur de son opinion 
quelques probabilités tirées des variations très grandes 
et bien constatées qu'on observe dans la durée de 
rincubation des oiseaux et du développement des œufs 
d'insectes, des germes végétaux. Il prend bien soin de 
remarquer en terminant que rien dans la jurisprudence 
ne contredit sa thèse, et que par conséquent les juris- 
consultes, en s'abstenant de se prononcer, ont admis 
implicitement que le terme de la grossesse peut être 



i. M. Auvard, dans la 2' édition de son Traité pratique d'accouché- 
menta (Paris, 1891), p. 278, attribue à l'accoucheur anglais Tyler Smith 
(1815-1873) la théorie qui fait de la congestion produite par la dixième 
époque cataméniale la cause provocatrice du travail. Barbeu a émis 
cette théorie avant Smith dans l'ouvrage que nous analysons. Cuique 
8uum. 

2. Recherches sur la durée de la grossesse, p. 10. 



— 30 — 

retardé de façon à échapper à toute évaluation légale. 

Telle était l'opinion de Barbeu. D'autre part, Louis *, 
Astruc, restaient partisans de la fixation du terme à neuf 
mois ; le médecin Bouvart, très combatif, probablement 
en sa qualité de chevalier de Tordre de Saint-Michel, se 
rangea de leur côté et prit très violemment à partie les 
dissidents ^ ; il alla même jusqu'à composer en 1770 un 
libelle fort outrageux contre Antoine Petit. M. de Sartines 
le fit appeler, lui demanda des explications, et, sur son 
refus, l'avertit qu'il allait faire saisir son factum ; Bouvart 
sortit et le prévint en allant retirer lui-même le ballot de 
chez le libraire ; quand la police arriva, le corps du délit 
avait disparu. Mais ces procédés n'attirèrent pas beau- 
coup de sympathies au délinquant, et Grimm parle en 
fort mauvais termes de « ce Bouvart, tueur privilégié 
sur le pavé de Paris », qui, « quand il a expédié ses ma- 
lades dans l'autre monde, est bien aise de dire par passe- 
temps des injures à ses confrères ou de leur faire même 
de petits procès criminels. C'est lui qui a attaqué Tron- 
chin, qui a accusé Bordeu d'avoir volé une montre et des 
manchettes à un mort et qui s'est colleté avec Petit ^. » 

On comprendra que ce personnage n'ait pas été très 
sympathique à Barbeu, et cela explique, sans les excu- 
ser d'ailleurs, les personnalités fâcheuses qui reviennent 
presque à chaque page des Recherches sur la durée de 
la grossesse; pour une fois le bonhomme a la dent 
trop dure et il ferait mieux de ne point user contre 
Bouvart des procédés de Bouvart ; il s'acharne sur cet 
adversaire, le persillle, le déchire : à chaque note ce 
nom revient au bout d'une invective : « M. Bouvart, 
il faudroit réfléchir un peu avant de parler ; M. Bouvart, 



1. Mémoire contre la légitimité des naissances prétendues tardives^ 
etc., par M. Louis. Paris, 1764. 

2. Voy. les divers factums de Bouvart sur la question, et La gros- 
sesse, études sur sa durée et sur ses variations^ par Bouchacourt. 
Paris, 1901, chap. II, p. 70-77. 

3. Correspondance littéraire, philosophique et critique, pat Grimm, 
Diderot, etc. Paris, 1877 (t. VIII, p. 405). 



— 31 — 

il faut avoir perdu tout sentiment de pudeur ! La raison 
dllarvey s'y prête et la vôtre en est violemment offen- 
sée! M. Bouvart, votre raison et celle d'Harvey n'ont 
aucune analogie ensemble *. » 

Pour qu'il ne manquât rien au pauvre Bouvart, son 
physique, non moins que ses théories, lui attirait force 
quolibets : il était fort laid et portait au front une cica- 
trice que les mauvaises langues prétendaient être la 
trace d'une corne coupée. La chose fut mise en rimes, et 
l'abbé Le Monnier, fabuliste en son temps, lui consacra 
une longue satire : 

Un Savoyard 
D'un coup de poing sur une borne 
Un jour le jeta, mais si fort, 
Qu'au front il lui vint une corne. 
La cicatrice existe encore 
Quoique la corne soit coupée ; 
11 n'en est pas plus beau garçon, 
Je n'en ferais pas ma poupée.... '. 

11 faut bien reconnaître, d'ailleurs, que les vers de 
M. Le Monnier ne valaient guère mieux que les argu- 
ments de M. Bouvart. 



IV 
QUERELLES DE MÉDECINS : L'INOCULATION 

Au xviii® siècle, les épidémies de petite vérole étaient 
fréquentes et désastreuses. En Europe, les médecins ne 
savaient qu'opposer au fléau ; mais depuis longtemps, 
en Orient, on pratiquait la variolisation qui consiste à 



i, Loc. cit., p. 42. 

2. Correspondance littéraire, philosophique et critique, par Grimm, 
Diderot, etc., Paris, 1877 (t. VIII, p. 4(fô). 



— 32 — 

inoculer à un individu sain la maladie d'un varioleux 
attaqué de façon bénigne, pour le préservera tout jamais 
d'une atteinte plus grave : on ne fît pas mieux jusqu'au 
jour où Jenner découvrit dans la vaccine un virus idéale- 
ment atténué. Lady Montagne, femme de l'ambassadeur 
d'Angleterre à Constantinople, connut en cette ville la 
variolisation ; elle fit inoculer son fils en 1718, puis ap- 
porta cette nouveauté en Angleterre. En 1722, la prin- 
cesse de Galles et lady Bathurst y soumirent leurs 
enfants ; cette pratique passa en Amérique en 1722, en 
Allemagne et en Russie en 1725 ; de la Coste essaya 
alors de l'introduire en France, mais sans succès. Pour- 
tant l'exemple donné par l'aristocratie anglaise ne fut 
pas perdu pour toujours : dès 1756, le duc d'Orléans fit 
inoculer par Tronchin ses enfants, le duc de Chartres et 
la duchesse de Montpensier ; la même année, le comte de 
Gisors et la duchesse de Villeroy subirent eux-mêmes 
cette opération. 

Ce n'est qu'en 1763 et 1764, en pleine épidémie, que 
la question du traitement revint à l'ordre du jour et que 
le Parlement décida de consulter la Faculté sur l'inocu- 
lation de la variole. Cette affaire suscita une quantité 
innombrables de pamphlets, de factums, de lettres, de 
déclarations et de protestations, dont l'énumération tien- 
drait vingt pages. Le Parnasse lui-même s'émut : aux 
Jeux Floraux de Toulouse, un poète chanta en vers la 
variolisation. Parmi les médecins, les uns s'en tinrent 
aux anciennes médications ; l'on racontait dans tous les 
salons comment le docteur Gatti avait traité la variole 
de Mme Ilelvétius, exécutant devant elle force cabrioles 
et sauts périlleux et la faisant circuler dans sa chambre, 
les fenêtres grandes ouvertes, au cœur de l'hiver. Le 
sceptique praticien prétendait démontrer par là que la 
gaîté et le grand air sont les seuls remèdes efficaces et 
que la mortalité de la petite vérole n'est due qu'aux 
drogues des apothicaires. Il avait bien autrefois inoculé 
deux jeunes filles, mais elles n'avaient point, par la 






Paul DELAUNAY 

Interne des bdpiUux de PariH. 

Membre de 1« Commission historique et archéologique de la Mayenne 

et de la Société française d'Histoire de la médecine. 



VIEUX MÉDECINS 

MAYENNAIS 



DKUXIÉMK SÉRIK 

Barbeu du Bourg. — G. du Tronchay. — Mbllâ. — Béré. 
Allard. — Paigis. — Plaichard-Choltièrk. 

BUCQUET. — BODARD DE LA JaCOPIÈAE. 

Le Monde médical mayennais pendant la Révolution. 
Hygiénistes d'autrefois. 




LAVAL 

IMPRIMERIE-LIBRAIRIE V" A. GOUPIL 



— 33 — 

suite, échappé à la contagion ; depuis ce temps-là, Gatti 
avait totalement perdu la foi. 

Pourtant, bon nombre de ses confrères, et Petit fut 
un des plus ardents, recouraient à ce moyen prophylac- 
tique. Barbeu du Bourg, abusé par de faux renseigne- 
ments, s'était d'abord déclaré son adversaire, et sa 
Gazette dÉpidaure publiait cette nouvelle terriblement 
laconique : « M. Liger, médecin de Clermont, en Au- 
vergne, ayant inoculé son propre fils, le fils est mort de 
la petite vérole et le père est mort de chagrin. » Mais 
les démentis arrivèrent ; l'information était controuvée. 
Barbeu avoua loyalement son erreur, revint sur la pre- 
mière impression, pour devenir un des plus fermes par- 
tisans de ce mode de traitement préventif. Il le défendit 
dans son journal ; en 1769, il écrivit en sa faveur son 
Opinion d'un médecin de la Faculté de Paris sur 
r inoculation de la petite vérole y qui parut à Paris, chez 
Quillau l'aîné. 

Il y discute d'abord le fond de la question, ensuite la 
conduite à tenir ; après la définition et un bref histo- 
rique de cette pratique, il expose les inconvénients 
qu'entraînerait sa proscription et réfute les objections 
qu'on lui oppose. Il démontre gravement que si la reli- 
gion défend de tenter Dieu, ce n'est pas tomber dans ce 
péché que d'essayer l'inoculation ; que, s'il n'est pas 
permis de risquer un homicide, il est presque certain 
d'autre part que les dangers de la variolisation ne sont 
pas si terribles. Ce luxe d'arguments théologiques et 
moraux, qui fait sourire, était pourtant de mise : un théo- 
logien n'avait-il pas fait observer que le saint homme 
Job avait gagné la lèpre grâce aux artifices du diable ; 
que Satan avait été de la sorte le premier inoculateur, et 
que par conséquent il fallait bien se garder d'une in- 
vention pourvue d'aussi détestables antécédents ? Aussi 
Barbeu crut-il devoir insérer une lettre de M. Ribalier, 
censeur royal et syndic de la Faculté de théologie, con- 
firmant que « bien loin d'aller contre les ordres de la 



— 34 — 

Providence, c'est entrer dans ses vues que de recourir à 
un prései^atif dont la bonté paraît constatée par des 
épreuves si souvent réitérées et par les succès les plus 
constants. » 

Ayant ainsi réhabilité la variolisation aux yeux des 
dévots, Barbeu réfute les arguments plus sérieux tirés 
des inconvénients possibles de cette pratique. Il dit que, 
si elle n'immunise pas absolument contre la variole, elle 
réussit pourtant à la prévenir dans la plupart des cas ; 
que la certitude de l'immunité, acquise au prix d'un 
léger malaise, est bien préférable à la chance fort pro- 
blématique d'échapper spontanément à la contagion ; 
que si parfois on a inoculé en même temps une autre 
maladie, ou une variole grave, ces accidents exception- 
nels tenant à une faute opératoire ou à la négligence du 
médecin ne sauraient prévaloir contre la méthode. Cela 
posé, que faire ? Convoquer la Faculté et lui demander 
avis ; s'il y a unanimité contre la variolisation, l'inter- 
dire ; s'il y a unanimité en sa faveur, l'admettre ; s'il y a 
ballottage, la tolérer ou ramener une majorité à l'un ou 
à l'autre avis par une étude plus approfondie. Pour ce, 
l'auteur propose de faire observer les inoculés par trois 
docteurs, au début, à la fin de la maladie et après un 
mois de convalescence ; de communiquer ces procès- 
verbaux aux réunions mensuelles de la Faculté qui 
transmettra à la cour ses conclusions. 

C'est ainsi que la sagesse parlait par la bouche de 
Barbeu ; mais un vent de folie soufflait sur la Faculté et 
la délibération demandée par le Parlement y avait sou- 
levé de terribles tempêtes ^ Une première réunion s'y 
constitua pour décider du sort de l'inoculation : parmi 
les douze docteurs présents, six votèrent pour, six 
contre. Une deuxième conférence eut lieu : soixante-dix- 

i. Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des 
Lettres, années 1767 et 1768, passim. — Correspondance littéraire, 
philosophique et critique ^ par Grimm, Diderot, etc., Paris, 1877. — 
Commentariorum Facultatis medicinœ Parisiensis tomus IXIII, 
année 1768, p. 215 et suiv. 



— 35 — 

huit membres s'y rendirent, cinquante-deux émirent un 
avis favorable, vingt-cinq se déclarèrent anti-inocula- 
teurs. La question paraissait jugée ; les bons esprits 
s'en applaudirent. « On dit que la Faculté, écrivait 
Grimm en août 1764, vient enfin de se déclarer en faveur 
de la tolérance de Tinoculation ; si cela est, il ne lui a 
fallu que quatorze mois pour prendre un parti sensé ; ce 
n'est pas trop ^ » Mais il en fallut bien plus : les anti- 
inoculateurs battus revinrent à la charge. « C'eût été 
la première fois, observa Grimm, qu'un corps assemblé 
eût pris un parti sage : il y a lieu de se flatter que les 
fripons et les sots réunis de droit dans cette illustre 
compagnie y mettront bon ordre 2. » D'ailleurs, l'opi- 
nion publique ne s'était point préoccupée d'attendre leur 
avis pour accepter l'inoculation, et demandait même que 
l'hôpital Saint-Louis fût affecté à l'expérimentation de 
la nouvelle méthode. On rappelait plaisamment que, 
quatre-vingts ans auparavant, la Faculté, interrogée par 
le Parlement, avait déclaré dangereux les petits pains à 
la levure ; dociles, les gens de robe signèrent leur arrêt 
de proscription, et puis s'en furent au buffet croquer des 
petits pains tout chauds à la levure de bière. 

Et la Faculté délibérait toujours : il fallait, pour que 
l'inoculation fût adoptée, que la décision favorable fût 
émise à trois reprises par la majorité. Battus aux deux 
premières, les anti-inoculateurs se démenèrent pour em- 
pêcher la convocation de la troisième assemblée qui eût 
consacré leur défaite. La discorde animait les esprits : 
un des plus enragés réactionnaires, de l'Épine, compo- 
sait mémoires sur mémoires. On se réunit le 9 juillet 1768 
pour fixer la date de la dernière et définitive délibération. 
Le doyen Berger, endoctriné par de l'Épine, fit si bien 
qu'il parvint à éluder la fixation du terme fatal : on décida 
que dans cette occurrence on emploierait, pour recueillir 
les opinions, la voie du scrutin écrit ; que les absents, 

i. Grimm, loc, cit., t. VI, p. 52. 
S. Ibidem, p. 91. 



— 36 — 

auxquels on laisserait le temps de répondre, pourraient 
communiquer leurs réflexions par lettre. C'était faire 
renvoyer Taffaire aux calendes grecques : plusieurs 
docteurs étaient en Amérique ! Immédiatement Bernard, 
Antoine Petit, Geoffroy, Mallet et Barbeu du Bourg 
mirent opposition à ces conclusions et cette résolution 
fut signifiée le jour même, au nom de Barbeu, au doyen 
et à la Faculté. 

Berger décida de passer outre et fixa au 5 août 1768 
une réunion pour confirmer les précédentes détermina- 
tions. Il fallait vaincre ou mourir : de TEpine avait 
mobilisé le ban et Tarrière-ban des anti-novateurs, der- 
niers fidèles des saines traditions. La Faculté vit alors 
arriver, de tous les coins de Paris, des revenants à 
silhouettes falotes, coiffés d'antiques perruques, accou- 
trés d'habits démodés, et vieux, vieux ! On eût dit les 
ombres des médecins de Molière errant depuis cent ans ; 
mais c'étaient des ombres bruyantes ! Plus de cent robes 
noires et bonnets carrés s'agitent dans la salle au milieu 
d'un tapage infernal ; on se passe de main en main un 
libelle de Barbeu qui attise les disputes et porte le 
tumulte à son comble ; à grands cris les inoculateurs, 
Geoffroy et Bordeu, en réclament la lecture et finissent 
par l'obtenir ; puis du Bourg se lève et demande au pré- 
sident de relire les conclusions favorables à la variolisa- 
tion, émises par les deux premières assemblées : Berger 
refuse. Au plus fort de la mêlée, un huissier vient remet- 
tre au doyen un paquet ; il l'ouvre : c'est un ordre du 
Parlement qui reçoit valable l'opposition de Barbeu et 
consorts ; le docteur Bernard se lève, adjure le doyen 
de suspendre la délibération et de donner connaissance 
aux auditeurs du pli qu'il vient de décacheter ; Berger 
cherche encore à se dérober, on lui en arrache à grand 
peine la communication. Une explosion de cris de triom- 
phe ou de fureur accueille la nouvelle, les invectives se 
croisent. Berger pourpre de rage s'époumonne et se 
démène dans sa chaire et semble, sous les plis de son 



— 37 — 

épitoge d'écarlate, le génie de la discorde planant sur 
rassemblée. Les anti-inoculateurs, forts de son appui et 
de leur nombre, veulent passer outre, mais la minorité 
fait un tel vacarme que la séance est levée sans conclu- 
sion. 

Le surlendemain 7 août la publication du factum de 
Barbeu mettait Topinion au courant des faits. Ce 
Mémoire à consulter pour M. Jacques Barbeu du 
Bourg et consorts^ tous docteurs-régents de la Faculté 
de Médecine de Paris, était daté du 3 août et suivi 
d'une consultation de Tavocat Tenneson : il y était 
prouvé que le scrutin écrit en matière doctrinale était 
contraire à Tarticle 8 des Statuts de TEcole ; que ce 
moyen permettant aux médecins résidant à Paris de se 
dispenser d'assister aux actes de la Faculté était contre 
tous les us et coutumes ; que la proposition d'attendre 
l'avis des confrères partis pour l'Amérique et n'ayant 
jamais répondu aux demandes antérieures n'était qu'un 
moyen d'ajourner indéfiniment la conclusion ; à la fin 
l'avocat-conseil approuvait le recours des appelants au 
Parlement qui, ayant homologué les Statuts de l'Ecole, 
avait le droit de veiller à leur application. 

Le doyen Berger était au désespoir : il se voyait déjà 
sur les bras un procès au Parlement ; d'autre part il ne 
voulait pas se dédire et laissa les anti-inoculateurs tenir 
le 9 août une troisième assemblée et décider, malgré la 
procédure en instance, qu'il serait procédé au vote par 
écrit. Cette fois les dissidents se fâchèrent tout rouge, 
coururent rédiger une nouvelle protestation et réitérer 
leur opposition auprès de la justice ; Barbeu montrait 
une ardeur sans pareille : on n'est pas pour rien Manceau 
et bachelier en droit ! Un Normand fort expert, comme il 
sied, en matière de chicane, le docteur Bernard, vint à 
la rescousse. Quinze docteurs de ce parti demandent au 
doyen de convoquer la Faculté dans un but de concilia- 
tion le 30 août ; Bernard y propose de nommer dans 
chaque camp un avocat muni de pleins pouvoirs pour 

3 



— 38 — 

arriver à une transaction ou à un arbitrage. Cette fois 
les réactionnaires ne sont pas en nombre, et la proposi- 
tion de Bernard est adoptée par vingt-trois voix contre 
dix-neuf. Le doyen battu craignant de s'engager à se 
soumettre à un arbitre qui sans doute lui donnerait tort, 
prétend avoir besoin du concours d'un avocat avant de 
ratifier la délibération ; en vain le presse-t-on de remplir 
ses fonctions et de sanctionner le vote ; on exige acte de 
son refus, il se dérobe encore. Alors un des assistants 
se lève et déclare que, s'il persiste, on va discuter sans 
lui et rédiger des conclusions qui seront signées par le 
plus ancien des docteurs présents ; sur cette menace 
Berger cède, donne acte de son refus et s'enfuit. Les 
inoculateurs sont donc encore joués. Barbeu saute sur 
sa bonne plume, rédige un second mémoire en date du 
4 septembre, et court demander avis à l'avocat Target. Le 
nouveau Mémoire à consulter pour M. Jacques Barbeu 
du Bourg et consorts, tous docteurs-régents de la 
Faculté de Médecine de Paris, parut quelques jours 
après : il énumérait les récents griefs des novateurs contre 
le doyen, et l'avocat déclarait que l'arrêt du Parlement 
donnant acte aux réclamants de leur opposition suspen- 
dait de droit toute délibération sur le sujet qui avait motivé 
l'appel. La procédure à suivre était interminable et ces 
débats sur la question de forme rejetaient la question de 
fait à une époque indéterminée. Berger tenta de répon- 
dre et publia à son tour, au début de novembre, un 
Mémoire justificatif, peu fondé d'ailleurs. 

Pendant toutes ces dissensions, expirait le décanat de 
Berger : l'élection de son successeur provoqua bon nom- 
bre de pourparlers et de brigues ; finalement les deux 
partis décidèrent de laisser les hostilités en suspens, en 
nommant un homme dépourvu de valeur personnelle, 
incapable de faire pencher la balance en faveur d'un des 
deux camps. Il fallait un soliveau : ce fut Le Thieullier 
qu'on élut. 

A cette date réglementaire du premier samedi après 



— 39 — 

la Toussaint — alors 5 novembre 1768, — on nommait 
après le doyen, les professeurs ; on mettait pour chaque 
chaire trois noms dans Turne, deux noms de jeunes doc- 
teurs et un nom d'ancien. Pour le cours de chirurgie 
française, ce furent ceux de Barbeu du Bourg, Potier et 
Grandclas ; au second tour, le bulletin de Barbeu sor- 
tit ^ ; c'était la troisième fois qu'il était appelé aux hon- 
neurs du professorat. 

Dans sa lettre sur l'inoculation, Barbeu avait inséré 
la parabole que voici à l'adresse de Sa Majesté très chré- 
tienne. Un grand vizir disait à son roi : il était une fois 
un batelier du Gange, qui avait perdu les trois quarts 
de sa famille dans les flots ; des quelques enfants qui lui 
restaient, un seul savait nager ; serait-ce un mal que 
d'apprendre aux autres la natation ? — Votre parabole 
n'est pas diflicile à entendre, dit aussitôt le monarque ; 
je suis moi-même le père, l'inoculation est l'art de nager, 
la petite vérole est le fleuve du Gange, et tous les hommes 
sont de la caste des bateliers. 

Grand mal en prit au roi Louis XV de n'avoir point 
suivi des avertissements si sages, car il fut emporté 
par la variole. Mais deux mois après sa mort, la famille 
royale se fît inoculer, au château de Marly, par de Las- 
sone, qui en vint lire le rapport à l'Académie des Scien- 
ces le 20 juillet 1774. Le sage Barbeu fut ravi de ce que 
le souverain donnât le bon exemple sur les rives de la 
Seine comme le rajah au bord du Gange, et il demeura 
convaincu que pour aider aux progrès de l'hygiène il 
n'est rien de tel qu'une belle parabole. 



1. Commentariorum Facultatis medicinœ Parisiensis tomus 1X111 ^ 
année 1768-1760, p. 252. 



— 40 — 

V 
BARBEU DU BOURG BOTANISTE. 

Dans ce monde blasé du xviii" siècle, où la conver- 
sation court, alerte, étourdissante, du paradoxe au 
scandale, du sarcasme à la politique, tout à coup le rire 
se tait, la poésie s'éveille, Tamour de la nature se fait 
jour, et voici qu'à contempler ce chef-d'œuvre de l'Etre 
suprême, les sceptiques retrouvent une émotion vraie, 
une sensibilité délicieuse, et se prennent à l'aimer comme 
on aimerait un bouquet de fleurs des champs dans un 
parterre de roses. Les belles dames quittent Montesquieu 
pour Jean-Jacques, réclament pastorales et bucoliques ; 
un beau jour même, Estelle se mit en tête de connaître 
le nom des fleurs que lui offrait Némorin. Les rébarbatifs 
ouvrages de M. Linné, écrits en latin, hérissés de noms 
barbares à faire frémir, n'étaient point faits pour de si 
jolis doigts ; il manquait un Manuel : ce fut Barbeu du 
Bourg qui l'apporta. Il écrivit en français, dans un style 
limpide, deux charmants volumes faciles à glisser dans 
la poche des robes de linon, sous leur reliure de maro- 
quin gaufré. Le Botaniste français — c'est leur titre 
— fait fortune, et voilà Barbeu du Bourg consacré grand 
botaniste. 

Botaniste, il l'était; il goûtait mille charmes à traver- 
ser les champs diaprés, à respirer le parfum des haies 
en fleurs, et le souvenir de ces bonnes excursions qui 
satisfont à la fois l'esprit et les yeux le remplissait 
d'enthousiasme pour cette aimable science et d'admira- 
tion pour l'auteur de la nature : 

Melibœe ! Deus nobis hœc otia fecit ! ^ 
1. Épigraphe du Botaniste français. 



— 41 — 

s'écriait, dans la langue de Virgile, le docteur Barbeu 
devant quelque plante rare ! Il n'en parlait jamais 
qu'avec ravissement : « Parcourant à loisir les plaines, 
les collines, les vallons, les vergers, ces coteaux verds, 
ces rives fraîches, ces forêts sombres, ces prairies 
émaillées de fleurs, vous trouverez partout à vous amu- 
ser et à vous instruire ; vous ferez un cours de botanique 
sans autre maître que Dieu, sans autre livre que la 
nature. Au reste, si quelquefois vous aviez besoin de 
consulter de vive voix les botanistes, ils ne sont point 
d'un accès difficile ; ils recherchent peu les autres hom- 
mes, mais ils les fuient encore moins; tout le monde est 
admis presque indistinctement à leurs promenades phi- 
losophiques, et les vieux comme les jeunes y trouvent 
toujours à s'instruire *. » 

Les dimanches d'été, de grand matin, le bonhomme 
du Bourg prenait sa canne et sa boîte et s'en allait her- 
boriser; quelquefois il emmenait Madame du Bourg. 
Paris n'était point alors la ville entourée de terrains 
vagues, de noires cités ouvrières que voile la fumée des 
usines. Vaugirard, Grenelle, Ménilmontant, aujour- 
d'hui banlieue lépreuse, étaient des villages nichés dans 
la verdure, le long des grands chemins; au milieu des 
champs suburbains se dressaient çà et là les toits et les 
charmilles des « Folies » des financiers. Barbeu explo- 
rait Gentilly, Arcueil, Vincennes, Bercy, Ivry, Saint- 
Maur, les coteaux de Belleville, les taillis du bois de 
Boulogne, les fondrières du Cours-la-Reine, les soli- 
tudes des Champs-Elysées, où poussaient des fougères 
comme l'ophioglosse ; mais quand le ciel était serein, il 
s'aventurait plus loin de Paris, dans les bois de Meu- 
don, de Saint-Cloud, de Saint-Germain, de Versailles, 
de Verrières, de Bondy, de Fontainebleau, de Montmo- 
rency ; puis il rentrait à la ville, ayant fait pour toute la 
semaine provision d'air, de poésie et de gaieté. D'ail- 

1. Le Botaniste français, t. I, p. XIVXV. 



— 42 — 

leurs il n'avait pas besoin du repos dominical pour 
herboriser : il pouvait le faire à deux pas de chez lui, 
au Jardin du Roi, où il rencontrait M. de Jussieu, au 
Jardin botanique de la Faculté, sur les vieux murs de 
la capitale; enfin ne possédait-il pas, hors Paris, mais 
tout près des barrières, son jardin à lui? Il y cultivait 
bon nombre de plantes médicinales et de plantes com- 
munes, disposées par classes, à l'ombre d'étiquettes 
notant les noms scientifiques et usuels ; il le laissait 
visiter, moyennant une modique rémunération, par les 
curieux et les herboristes *. La liste des espèces qu'il 
y faisait pousser fut publiée par lui sous le titre de 
Catalogue d'un jardin déplantes usuelles par classes 
et familles -. 

La mauvaise saison, tueuse de fleurs, n'interrompait 
pas ses plaisirs : Barbeu s'intéressait fort aux champi- 
gnons, pauvres plantes qui s'accommodent de l'hiver, 
de la pluie et de la pourriture. Dans le quartier on 
connaissait les goûts du vieux médecin, et ses voisins 
lui apportaient leurs trouvailles. M. Touin lui récoltait 
des champignons sur les souches des saules de la 
Bièvre, à Gentilly; M. Pallé lui en cueillait sur les 
châssis des serres du Jardin des Plantes ; Barbeu visi- 
tait scrupuleusement les troncs d'arbres du jardin de 
M. Verdier, les planches du chantier de M. Gudin, tout 
heureux quand une découverte inattendue récompensait 

1. Au mois de mai 1768, les apothicaires, qui relevaient de la Faculté, 
eurent l'audace de faire afficher un cours public de botanique. Plu- 
sieurs docteurs, Barbeu, Hazon, Hérissant. Bellot, Pourtour du Petit, 
émus de cette infraction, coururent demander au doyen Berger de con- 
voquer d'urgence la Faculté pour le 31 ; ce qui fut fait. On décida de 
s'adresser aux autorités pour réprimer cette rébellion, avant que le 
cours ne fût commencé ; le doyen alla trouver le lieutenant de police et 
obtint satisfaction. Mais pour ôter aux apothicaires tout prétexte de 
plaintes, la Faculté voulut tenir la promesse qu'elle leur avait faite de 
leur ouvrir un jardin botanique pour les besoins de leur instruction : 
Barbeu proposa le sien, où les plantes médicinales étaient soigneusement 
cultivées ; la Faculté l'agréa et lui vota des remerciements. {Commen- 
tariorum Facultatis medicinœ Parisiemis tomus XXIII, année 1768, 
p. 212). 

2. Dans Le Botaniste français, 1. 1, 



— 43 — 

ses investigations. Dans Thiver de 1766, il eut un jour 
la bonne fortune de trouver une touffe de Gélatins sur 
les planches vermoulues de son puits de la rue 
Copeau *, et chaque matin, en descendant, il allait con- 
templer la prolifération de ses cryptogames : ce sont là 
joies de botaniste intraduisibles aux profanes. Avec une 
de ses grandes amies, Mademoiselle Biberon 2, Barbeu 
avait formé le projet de faire une collection de champi- 
gnons, et il prenait grand plaisir à rendre visite à sa colla- 
boratrice pour ces trois bonnes raisons qu'elle était fort 
aimable, savait Tanatomie et s'entendait à la botanique. 
Mademoiselle Biberon était une vieille fille, dévote, 
sans fortune, et fort instruite; elle habitait près de 
TEstrapade une maison où avait demeuré Denis Dide- 
rot. Elle s'était fort adonnée à l'étude de l'anatomie et, 
presque sans modèles, d'après quelques croquis pris au 
hasard, les descriptions des livres, et quelques dissec- 
tions vues en cachette, elle s'était exercée à faire des 
pièces anatomiques artificielles, modelées à l'aide d'une 
pâte qui était son secret; elle était arrivée à imiter la 
nature avec une rare perfection. Le chevalier Pringle, 
visitant le musée qu'elle avait formé et qui fut plus tard 
acheté pour Catherine II par l'ambassadeur de Russie, 
s'écria : « Mademoiselle, il n'y manque que la puan- 
teur! » Lorsque le roi de Suède, Gustave III, de pas- 
sage à Paris, vint à l'Académie des sciences, Mlle Biberon 
eut l'honneur de faire en sa présence plusieurs démons- 
trations anatomiques. Mais la Faculté jalousait ce pro- 
fesseur en jupons, elle lui créa toutes sortes de difficultés 
et lui fit défendre d'avoir des élèves; la pauvre fille 
garda pourtant quelques protecteurs, Hunter et Hewson 
de Londres, Villoison et Barbeu du Bourg, à Paris ^. 

\. Le Botaniste franrois, t. II, p. 497. 

2. Voy. P. Dorveaux, Les Femmes médecins au XVIIl* siècle. — 
Mlle Diheron, dans Médecine anecdolique, historique et littéraire, par 
le D' Minime, fascicule V, mai 1902. 

3. M. Lipinska, Histoire des femmes-médecins. Ttiëse de Paris, 1900, 
p. 187 190. 



— 44 — 

Barbeu lui faisait également modeler ses champi- 
gnons; elle en récoltait de son côté, et le botaniste, fort 
galamment, lui en dédia un genre qu'il nomma Bihero- 
nia ou Biheron ^ Il Ta décrit dans son ouvrage. Le 
Botaniste français^ qui parut à Paris en 1767, en deux 
volumes, précédés d'une dédicace à Madame du Bourg. 
Cette mauvaise langue de Grimm trouva encore moyen 
de lancer, à propos de cette préface, quelques plaisan- 
teries d'un goût douteux -, 

Les premiers chapitres de ce travail contiennent un 
exposé succinct, mais très clair, des éléments de la 
botanique : la fleur, la feuille, la tige, la racine, sont 
successivement passées en revue, et leur étude est 
éclairée d'heureuses comparaisons dans un style égale- 
ment imagé et fleuri (il ne saurait l'être plus à propos) : 
« On peut regarder la fleur, dit Barbeu, comme le lit 
nuptial de la plante; les pétales en sont les rideaux, le 
calicule la housse, l'étamine et le pistil sont l'époux et 
l'épouse, et le réceptacle est la couchette 3. » A propos 
des plantes parasites, il s'écrie : « Nous ne voyons 
parmi les hommes rien qui ressemble au guy ni à 
l'orobanche; mais que d'agarics et de cuscutes! ^ » 

Viennent ensuite trois Lettres à M*** sur f applica- 
tion de la botanique à la médecine^ émaillées d'utiles 
réflexions sur la nécessité de surveiller Tinstruction et 
le commerce des herboristes, réflexions qui suscitèrent 
dans ce sens plusieurs utiles réformes de la part de la 
Faculté, puis quelques Avis sur la récolte y la dessic- 
cation et la conservation des simples, le Catalogue 
d'un jardin de plantes usuelles par classes et familles, 
et un Index alphabeticus plantarum agro Parisiensi 
sponte innascentium. 

Le deuxième volume, intitulé le Botaniste françois 

\. Le Botaniste franrois, t. II, p. 486. 

2. Grimm, Correspondance littéraire, philosophique et arti8tiqu€,eic. 
Paris, 1877, t. VI, p. 427-428. 

3. Le Botaniste françois, l. I, p. 15. 

4. Le Botaniste françois, t. 1, p. 107. 



45 — 



CLASSES 



ï Fleurs 
composées. 



g S 

=3^ 



i 

J 8 

Cm ^ 



I 

;? -3 -s 



V. Fleurs 
hétéroclites 

(pas d'ortfa- 

piesreproaiic- 

teara nets;. 



VI. Fleurs 

inooimues on 

nulles. 



SECTIONS 



Radiées. 

A fleurons. 

Lactucées (:= aemiflosculeuaes). 



1. Dipsacées. — 2. Ombellifbres. — 3. Crucifères. — 4. Pavérines 
(:= Papavéracées). — 5. Rosacées. — 5'. Rhamnides. — 6. Péonides 
(= Renonculacées para.). — 7. Caryophyliées. — 8. Joubarbes 
l^Crcusulacées). — 9. Malvacées.— 10. Légumineuses.— 11. Cam- 
panifères (= Campanulacées). — 12. Solanons. — 13. Cucurbitacées. 
— 14. Apocynées.— 15. Borraginées.— 16. Rabiacées.— 17. Muflaudes 
(= Antirrhinées, Scrofulariéea et Rhinantacéea). — 18. Labiées. 
Ordre 1 : Ari)res, arbrisseaux. Genres : Acer, 
Evanymus^ Tilia^ ^scuXus^ BtucuSj Fraxi- 
nt«, Cornus^ Hedera, Vitia, Berberis^ etc. 
Ordre 2 : Herbes. Genres : Nymphœay Ly- 

19. Pluripétales 1 thrum, PepliSy ResedOy Statice, Géranium^ 
à reconfronter. \ Cistus, Oxalis^ Pyrola^ Buta^ Pamasaia, 

Saxifraga^ Hypericuniy Viola, Balsamine^ 
PariSy Trapa, Euphorbia, FumaTHay Sa- 
gittaria, Butomus, Hydrockaris, Triglo- 
chin, Ctrcœa, etc. 

Ordre 1 : Arbres, arbrisseaux. LtToc, Ilex, 
LigustrutHy Sambuctia, Vtbumum, etc. 

Ordre 2. Hert)es. Genres : ConvolvultiSy Ver- 

20. Unipétales 1 bascumy CuactUay Lystmoc/iia, Primula, 
à reconfrontrer. \ Samolua, Erythrœa, Gentianay Menian- 

theSy Siratiotea, AnagalliSy Ericay PlantagOy 
GlobulariOy Hyosciamuêy Veronicay Poly 
galOy VerbenGy Valeriana,VaterianeUayeic. 



1. Mélampides (= Benonculacéea para.). — 2. Liliacées. — 
3. Orchides. 

Ordre 1 : Arbres. Genres : Ultnua, Celtia, 

Morua, Viacum. 
Ordre 2 : Herbes. Genres : BiUomuay Tamua, 
RumeXy Paronychia, Cannabiay Hummu- 
4. A reconfirontrer.^ lua, AtripleoCy Chenopodiuniy UrticOy Pota- 
mogetonyFumariayMyriophyllum,BUtumy 
Sparganiuniy Callitrichey CharUy Cerato- 
phylluniy Polygonuniy ParietariayAaarumy 
Mercurialiay Ariatolochiay Lemnay etc. 



1. Fleurs à spathes (= Aroïdëes). — 2. Cédrines (= Conifèrea). 
— 3. Amentacées. — 4. Graminées. Première lignée : Carex, 
Scirpuay Cyperua, Typhay etc. Seconde lignée : Graminéea. 

- -^ i Ordre 1. Arbres : Fraxinua. 

5. Fleurs nues. | ordre 2. Herbes. 

6. Fleurs cachées (genre Ficus). 



1. Fougeroles (= Fougèrea). — 2. Mousses. — 3. Crustelles 
(= Hépatiquea et Lichena). — 4. Plantes à reconfirontrer. Genres : 
Pilulariay Equiaetum. 



1. Fongueuses (= Champignona). — 2. Genres : NoatoCy Fucua, 
Conferve, Cavalline et Eponge (1) 



— 46 — 

ou Manuel (T herborisation, contient la lîste des plantes 
de la flore parisienne, rangées par classes, familles, 
genres, espèces et variétés, le tout décrit en français. 

On trouvera à la page précédente la classification de 
Barbeu qui, ainsi qu'on le peut voir, comprend en 
somme six classes, subdivisées en trente-sept sections ou 
familles ; de ces classes, les 1*", 4% 5^ et 6° sont natu- 
relles, et leur agencement rappelle assez bien les grandes 
lignes du système de Tournefort. Quant aux familles, 
elles sont naturelles pour la plupart, sauf les sections 
dites « à reconfronter, » où Barbeu se débarrasse do 
toutes les plantes qu'il n'a pu ranger dans les précédentes. 
Les genres sont également des genres naturels. Quant à 
la nomenclature des espèces et des variétés, elle n'est pas 
très rigoureuse. A cette époque la nomenclature bino- 
minale linnéenne n'était pas toujours strictement appli- 
quée, et les espèces sont désignées par des chiffres, ou 
de brèves descriptions, ou des adjectifs qui n'ont pas 
encore toute la précision que l'usage accorde aux adjec- 
tifs spécifiques actuels. Lorsque Barbeu donne des noms 
latins, comme dans VIndex, il prend les noms généri- 
ques classiques ; mais dans le Manuel d'herborisation y 
fait pour les commençants, il francise et les noms géné- 
riques et les noms spécifiques, ou les remplace par le 
sobriquet populaire, ou les crée de toutes pièces. Il 
baptise certaines plantes du nom de leur localité ou de 
celui qui les a récoltées : c'est ainsi que le Touin fut 
dédié à M. Touin, que le Gudin faillit rendre immortel 
^L Gudin, que le Sinclou fut consacré à sa patrie, 
le bois de Saint-Cloud, la Senarde, à la forêt de Sénart, 
enfin le JaCy la Bouffète, le Gélatin^ portent des dénomi- 
nations de pure fantaisie. 

D'ailleurs, presqu'aucun de ces noms génériques n'a 
prévalu, l'usage de la langue latine s'étant maintenue 
dans la nomenclature classique. Barbeu les proposa 
parce qu'il voulut n'être qu'un vulgarisateur, un guide 
pour les curieux, les étudiants, les herboristes, les phar- 



— 47 — 

maciens, et qu'il tenait à ne pas rebuter les profanes par 
des mots scientifiques trop rébarbatifs : « Tachons d'ar- 
racher, dit-il (fidèle à sa devise Emendat ridendo)^ 
tâchons d'arracher les épines de la botanique sans en 
ternir les fleurs, afin d'y rendre l'étude aisée et agréable 
à tous les âges de la vie et que nos dames même puissent 
quelquefois s'amuser une heure ou deux dans les beaux 
jours d'été, soit à cueillir dans les prés de ces fleurs 
simples auxquelles la nature a attaché des grâces et un 
charme secret, ou à rechercher sur les montagnes des 
herbes encore plus précieuses par leurs vertus salu- 
taires *... Je n'écris pas pour les savans ; s'ils daignent 
jeter les yeux sur mes foibles productions, pour peu 
qu'elles leur paroissent pouvoir être utiles à quelqu'un, 
je suis sûr de leur indulgence -. » Un seul lecteur la 
lui refusa; ce fut... Joan-Jacques. Il fit à l'auteur du 
Botaniste françois le reproche, bizarre dans sa bouche, 
d'être un imaginatif ^ ! 

Barbeu est pourtant plus qu'un simple vulgarisateur : 
il nous apparaît comme un des premiers propagateurs 
de la méthode naturelle, et ceci le range dans une hono- 
rable minorité de botanistes, car la classification artifi- 
cielle de Ijinné régissait et devait régir longtemps encore 
la science des plantes *. Tournefort lui-même n'avait 
guère délimité qu'une demi-douzaine de familles natu- 
relles. Mais si c'est à Barbeu que revient l'honneur 
d'avoir un des premiers su goûter la méthode naturelle, 
cVst à Adanson que revient celui de l'avoir énoncée et 
développée. C'est Adanson qui, dans ses Familles des 
plantes, en 1763, a créé toutes ces familles encore uni- 

\. Le Botaniste franroia, 1. 1, p. \0. 
2. /rf.,p. 154. 

3. HauréaUf Histoire littéraire du Maine^ article Barbeu. Nous n'avons 
pu retrouver ce passage dans Rousseau. 

4. En 1749, Th.-F. Dalibard, dans son Florœ Parisiemis prodromus, 
avait, le premier en France, appliqué le système botanique linnécn. En 
1776, Bulliard, dans sa magnifique Flora Pariaiensis, en 1816, Le Tur- 
quier-Delongchamps, dans sa Flore des environs de Rouefi, suivent 
encore la méthode sexuelle de Linné. 



— 48 — 

versellement adoptées, des Composées^ des Campanu- 
lacées^ des Ombellifères^ des Labiées, des Crucifères, 
des Graminées, etc. ; c'est à lui que Barbeu les a em- 
pruntées, ainsi que quelques genres. Mais il eut le 
malheur de ne point nommer Adanson : le vieux bota- 
niste qui avait été nommé censeur de Touvrage, s'en 
froissa, et Barbeu demanda et obtint un autre censeur *. 
Quoi qu'il en soit, Le Botaniste français a été et est 
encore un excellent ouvrage élémentaire. « On n'y 
trouve, dit M. Dupetit-Thouars, aucune découverte, 
mais celles qui ont été faites précédemment y sont mises 
en œuvre d'une manière exacte et très habile. » 

Au Botaniste françois^ Barbeu avait promis une 
suite 2. En 1767 il donna, d'après le Dictionnaire de 
Dechambre, le Dictionnaire de botanique de H. Bail- 
Ion et la Biographie médicale de Panckoucke, Les 
âges des plantes, Paris, 1767, 2 vol. in-12. La Biogra- 
phie de Michaud intitule ce livre : « Usages des plan- 
tes. » En 1768, parut encore, au dire de Desportes, un 
Manuel de Botanique, in-12. Nous ne nions pas l'exis- 
tence de ces ouvrages, mais nous n'avons pu les trouver 
nulle part, et le Journal des Sçavans qui avait fait du 
Botaniste françois un si vif éloge, et rendait compte 
de toutes les publications scientifiques nouvelles, ne les 
mentionne point dans ses colonnes de 1767 et 1768, pas 
plus que V Année littéraire, de Fréron, de 1767, ou la 
Bibliotheca botanica, de Haller. D'ailleurs Le J9o/flnw/e 
françois seul aurait et a sufli à assurer la réputation de 
Barbeu comme botaniste, comme le Florœ Parisiensis 
prodromus a fait celle de son compatriote Dalibard. 
Aussi un botaniste moderne a-t-il eu raison de jeter 
quelques fleurs sur la mémoire de Barbeu, en lui dédiant 
le genre Barbeuia ^, 

\, Hauréau, Histoire littéraire du Maine. — Biographie de Michaud : 
article Barbeu-Dubourg, par Dupetit-Thouars. 

2. Le Botaniste françois, t. I, p. xx. 

3. Ce genre a été créé par Dupetit-Thouars, et nous en donnons la 
description originale, à titre de curiosité : « Dicotyledones-Àpetalœ 



— 49 — 

VI 
LES AMIS DE BARBEU DU BOURG. 

« Si j'avais hérité de dix esclaves, dit Barbeu du Bourg, 
j'en aurais bientôt fait un ami et neuf ingrats : car je ne 
sais rien de plus beau que de pouvoir faire des ingrats 
ni rien de plus heureux que de pouvoir acquérir un 
ami *. » Les amitiés qu'il méritait ne lui firent point 
défaut : il connut Jussieu, dont il a fait dans son Bota- 
niste français un si magnifique éloge * ; il se lia avec 
des savants italiens, avec des anglais comme Boling- 
broke 3, avec des américains comme Franklin. 

C'est probablement dans le salon des Matignon que 
Barbeu rencontra lord Bolingbroke, alors aussi célèbre 
comme écrivain que comme homme d'état : principal 
auteur du traité d'Utrecht, deux fois ministre, grandi 
par l'exil et par la haine de Walpole, il était revenu 
demander asile à la France en 1735. Comme il avait 
vendu La Source, lieu de son premier séjour, il loua en 

incertœ sedis : G. 18^ Barbeuia. Calix monophyllus, profunde Sjidus ; 
lacinia concava membranacea ; corolla o ; stamina numerosa, fHa- 
menta complanata, brevia, fundo calicis inserta, antherœ oblongœ 
sagittatœ ; ovarium superum, styli 2 brèves^ crassi, hirsuti ; capsula 
biloba, bilociUaris, loculis monospermis, semina a/fixa, semi-arillata. 
Frutex debilis sarmentosus vicinis plantis adhœrens ; ramiAli flexiles, 
débiles, folia alterna, petiolata, ovata-oblonga, glaberrima, lurida ; 
flores fasciculati ; pedunculus communis brevis elongatus, compres- 
sus, Tota planta sub desiccatione nigrescit. An quidam afjînitas cum 
Prockiis ? A.-D. Barbeu du Bourg, florœ Parisiensis nomine Botaniste 
fraoçois autor, » (Dupetit-Thouars, Gênera nova Madagascar iensia 
sectmdvmur methodum Jussiœanam disposita). Le genre Barbeuia, dont 
on ne connaît qu'une seule espèce, se trouve à Madagascar. Sprengel l'a 
classé parmi les Rosacées ; Dupetit-Thouars, dans les Buxacées et les 
Tiliacées ; Melssner, dans les Euphorbiacées ; enfin H. BaiUon {Diction- 
naire de Botanique, Paris, 1S76), dans la famille des Phytolaccées, tribu 
des Barbeuiées, 

1. Petit code de la raison humaine, notes, p. 112. 

2. Tome I, p. 16. 

3. Vicq d'Azyr. 




— 50 — 

Touraine la terre de Chanteloup qui devait plus tard 
devenir la retraite d'un autre exilé, Choiseul ; il y par- 
tageait son loisir entre Tétude et la société des gens de 
lettres et des savants auxquels il accordait la plus fas- 
tueuse hospitalité ; c'est là qu'il composa ses Lettres sur 
l'histoire^ ses épîtres à lord Bathurst sur la retraite et 
l'étude, sa lettre à Pope sur le plan d'une histoire de 
l'Europe. Il y resta sept ans, renouant avec Voltaire, 
avec les Matignon, les relations contractées lors de son 
premier exil ; il ne les brisa jamais, et lorsque, revenu 
en Angleterre, il se sentit mourir d'un cancer au visage 
(1751), il légua au marquis de Matignon le diamant qu'il 
portait au doigt, tandis que la marquise recevait la bague 
de lady Bolingbroke. Il n'oublia pas non plus le précep- 
teur des princes de Matignon : ce fut Barbeu qu'il char- 
gea, dès 1741, de traduire ses lettres sur l'édition de 
Pope, lettres qui ne devaient être livrées au public qu'a- 
près la mort de leur auteur. 

Barbeu du Bourg tint sa promesse : en 1752 parurent 
les Lettres sur V histoire, par Henry Saint- Jean y lord 
vicomte Bolingbroke, traduites de l'anglais. Le nom 
de Barbeu ne se trouve nulle part dans cet ouvrage, pas 
même en initiales ; mais on ne tarda pas à le dévoiler, et 
Voltaire, qui avait l'épiderme fort sensible, répondit par 
quelques reparties aigres-douces à quelques critiques et 
rectifications que Barbeu lui avait adressées dans la 
préface du volume ^ Il eut pourtant la franchise de 
défendre la cause des Lettres, que Grimm avait attaquées 
par besoin de mordre ^ et que d'autres avaient dépré- 
ciées comme contraires au dogme. Ce n'est pas que tou- 
tes les idées de Bolingbroke fussent orthodoxes, et Bar- 
beu le savait mieux que personne : il en prévient les 
lecteurs dans son préambule, il supprime môme un pas- 



1. Voltaire. Œuvres complètes (Garnier, Paris 1885), t. XXIII, p. 547; 
t. XXIV, p. 47 ; t. XXXVIl, p. 52i. 

2. Giimm, Correspondance littéraire, philosophique et critique^ etc. 
(Paris 1877), t. II, p. 152. 



— 51 — 

sage de la troisième lettre de Tédition de 1752, trop cho- 
quant pour les oreilles pieuses *. Mais il a l'esprit trop 
large pour en vouloir à son illustre ami ; cette tolérance 
ne l'empêchait point d'être profondément croyant, et 
quand dom Piolin l'accuse d'être un voltairien 2, il le 
juge mal. Nul homme n'a eu plus que Barbeu le respect 
des convictions d'autrui, partant le droit de revendiquer 
les siennes et d'en faire montre ; il sut garder intacte sa 
personnalité morale sans se départir un seul instant de 
son agréable commerce avec des intelligences qui ne 
partageaient point toutes ses idées. Pas plus qu'il ne 
s'offensait de leurs propos, il ne leur cachait ses propres 
sentiments. Quand il publiera le Calendrier de Phila- 
delphie, il ne se gênera pas pour dire dans sa préface 
que, sans avoir les mêmes opinions religieuses que Fran- 
klin, il ne se fâche point de quelques-unes de ses pointes 
contre certains abus ; il croit pouvoir passer outre et les 
éditer du moment qu'elles n'intéressent pas le dogme. 
Le bonhomme Richard ne se froissa pas plus de cette 
franchise que le bonhomme Barbeu ne s'était offusqué 
de la sienne, et tous deux s'accordèrent toujours à pen- 
ser que la courtoisie et la tolérance sont des formes de 
la charité. 

C'est dire qu'un des plus beaux jours de Barbeu du 
Bourg fut celui où il fit la connaissance de Franklin. Le 
physicien, alors délégué des colonies américaines en 
Angleterre, vint passer quelques jours en France au 
mois de septembre 1767 et il y excita une grande curio- 
sité. Les savants parisiens coururent voir le célèbre 
voyageur et se retirèrent ravis. Barbeu sans doute fut 
du nombre, car de là datent le début de la correspon- 
dance entre le médecin et le physicien et les premiers 
élans de sympathie de notre Mayennais pour les citoyens 
de la libre Amérique. 

Ces liens d'amitié durent se resserrer au second séjour 

1. Préface, p. 23. 

8. D. Pioltn, Histoire de VÉglise du Mans, t. VI, p. 543. 



— 52 — 

en France de Franklin, en juillet 1769, et les lettres 
qu'ils s'envoyaient devinrent plus fréquentes encore et 
plus affectueuses. L'Américain confie les siennes tantôt 
à la poste anglaise, tantôt aux allants et venants, 
comme le docteur Lettson, médecin quaker, qui part de 
Londres pour Paris. Les deux correspondants y abor- 
dent une prodigieuse variété de sujets, Barbeu surtout, 
esprit investigateur, toujours en quête, pour s'instruire, 
d'un plus savant que lui : à pareille école il doit devenir, 
il devient électricien : « Il faudrait avoir l'esprit bien 
bouché pour ne pas devenir électricien avec vous » *, 
écrit-il à Franklin ; et pour se rendre digne d'un tel 
maître il se met à l'étude et court emprunter à M. de 
Lor, professeur de physique, une histoire de l'électricité. 
Il en peut dès lors discuter savamment : un jour, c'est 
Franklin qui lui expose les rapports du magnétisme et 
de l'électricité ; un autre, c'est Barbeu qui lui soumet 
des difficultés techniques ou pratiques, choix du verre 
des bouteilles de Leyde, possibilité d'attendrir les viandes 
fraîches au moyen de l'électricité ; ou bien il s'attarde 
à parler médecine, hygiène, discute les causes de la 
mort par la foudre, la possibilité de sauver les foudroyés, 
l'utilité de la natation, la nécessité de la variolisation, 
et joint à sa missive son mémoire à la Faculté sur cette 
question d'actualité. Par hasard il applique son ingénio- 
sité à faire des carrés magiques : il l'avoue à Franklin et 
les voilà tous deux prodigieusement intéressés par ces 
récréations mathématiques. 

Constamment tenu en éveil par cette correspondance 
souvent hebdomadaire, Barbeu du Bourg s'avisa de 
passer du domaine spéculatif dans celui de la pratique, 
et il se fit inventeur. N'imagina-t-il pas un paratonnerre 
portatif destiné à protéger le piéton en marche pendant 
Torage ? Le promoteur des paratonnerres ne put qu'en- 
courager les essais ; l'instrument fut même construit ; 

1. Œuvres de M, Franklin» 1. 1, p. 3i4. 



— 53 — 

un voisin de Barbeu, aussi habitant de la rue Copeau, 
M. Bairin de la Croix, ingénieur du cabinet de physique 
et d'optique du roi, se chargea de Texécution. « On eut 
alors le parapluie-paratonnerre, le pépin-acrocéraunique, 
surmonté d'une tige de fer reliée au sol par un fil con- 
ducteur. Le porteur tenait l'appareil par un manche en 
bois isolateur et bravait la foudre sous le dôme de 
soie ^ ». Malheureusement l'esprit routinier des contem- 
porains persista à n'employer contre les fureurs de l'orage 
que le vulgaire parapluie, et l'inventeur ne fit pas for- 
tune. Il ne se découragea pas d'ailleurs, et entama de 
nouvelles expériences, longues et coûteuses cette fois, 
sur les fours à poulets et l'influence de la compo- 
sition du sol sur les grains. Le résultat le plus net 
fut une forte brèche à ses finances, et Barbeu ne trouva 
point dans ses couveuses le secret de la poule aux 
œufs d'or. 

Grâce à ces relations épistolaires, Barbeu était tout 
désigné comme éditeur des lettres de Franklin, et non 
des moins intéressantes, toute la correspondance scien- 
tifique. La traduction fut faite en grande partie par 
Lecuy, abbé des Prémontrés 2, mais ce fut Barbeu 
qui la revit, l'augmenta, et la publia en 1773 sous le 
titre à' Œuvres de M. Franklin^ docteur es loîx, etc., 
traduites de Vanglois sur la quatrième édition par 
M. Barbeu Dubourgy avec des additions nouvelles et 
des figures en taille-douce. A Paris ^ chez Quillau, 
MDCCLXXIII, » en 2 volumes in-4®. Franklin consen- 
tit môme à tirer de son portefeuille quelques lettres 
inédites en faveur de cette édition. On y trouve les let- 
tres de Barbeu à Franklin, les réponses de Franklin à 
son aiyi d'abord, et à l'élite des savants de l'époque : 
CoUinéon, de la Société royale de Londres ; le physicien 
Dalibàrd, un Génoman ; le D*^ Heberden de Londres, etc. 



1. Lectures pour tous, décembre 19(fâ, p. 259. 

2. J.-M. Quérard, Les supercheries littéraires dévoilées. Parts 1869. 



— 54 — 

Une foule de sujets y sont traités, météorologie, géolo- 
gie, acoustique, médecine, hygiène domestique, musi- 
que, économie générale et commerciale, et des études 
sur la salure de la mer y alternent avec des vues tou- 
jours ingénieuses sur les trombes, les étoiles filantes ou 
des considérations d'un intérêt beaucoup plus immédiat 
comme la construction des calorifères en Pensylvanie. 
Franklin avait gardé de son métier manuel un grand 
sens pratique, et son esprit éminemment utilitaire ne 
pensait point déroger en s'occupant d'améliorer la vie 
matérielle. Le bonhomme se fit même précepteur : il faut 
lire dans ce recueil les conseils qu'il donne à la jeune 
miss Stevenson, de Wanstead, ses réponses à d'enfanti- 
nes questions de physique. « Je suis persuadé, dit Bar- 
beu, que beaucoup de pères de famille désireraient un 
semblable Mentor à leur fille » *. Nulle part mieux que 
là n'éclate l'intimité des relations de Franklin et de Bar- 
beu, l'activité investigatrice de leur intelligence disper- 
sée sur tous les points, trouvant partout quelque chose 
à glaner, et l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus de 
la prodigieuse fertilité d'esprit du bonhomme Richard ou 
de l'aimable érudition de son correspondant. 

Du Bourg était pour Franklin plus qu'un ami : un 
allié. De bonne heure, il s'était épris d'enthousiasme pour 
la nation qui, de l'autre côté de l'Océan, réalisait ses 
idées les plus chères de justice, de sage liberté, de tolé- 
rance : « La Pensylvanie, écrivait-il, est le premier pays 
policé de l'univers où la tolérance réciproque de tous les 
cultes religieux ait été garantie par une loi authenti- 
que 2. » Admirateur de cette nouvelle Salente, il fut 
dès le début un passionné de la constitution américaine, 
un vulgarisateur des idées et des institutions de là-bas. 
Barbeu suivit attentivement toutes les phases de la riva- 
lité entre le Nouveau-Monde et l'Angleterre. Membre de 



i. Œuvres de M. Franklin, t. H. Discours préliminaire, p. o. 
2. Petit code de la raison humaine, p. 87. 



— 55 — 

la société philosophique de Philadelphie, il lui donna 
beaucoup plus qu'une banale cotisation : son activité, 
sa propagande *. Il composa des brochures de circon- 
stance, comme sa Lettre d'un Philadelphien à un ami 
de Paris ^ et vulgarisa en France les protestations anglo- 
phobes des Américains. 

Dickinson, de Philadelphie, rédigea, pour dévoiler à 
l'Europe les vexations britanniques, un factum qui eut 
le plus grand retentissement en Amérique : trente édi- 
tions furent épuisées en six mois. Un jour Franklin le 
fait réimprimer à Londres, et Barbeu se charge de le 
traduire en français. Grâce à lui paraissent en 1769 les 
Lettres d'un fermier de Pensylvanie aux habitants de 
C Amérique septentrionale, traduites de l'anglais. A 
Amsterdam , aux dépens de la Compagnie, MDCCLXJX. 
Barbeu leur adjoint une préface de vingt-quatre pages 
où il expose à grands traits Torigine des colonies anglai- 
ses du Nouveau-Monde, l'intolérance religieuse des 
nations d'Europe peuplant la Nouvelle-Angleterre de 
non-conformistes, le Maryland de catholiques, la Pen- 
sylvanie de quakers, New- York de huguenots allemands, 
la Virginie de protestants français. Il admire la simpli- 
cité de mœurs, l'esprit libéral, les sages constitutions 
des Américains, que viennent surprendre les vexations 
du despotisme anglais : l'entretien des troupes britan- 
niques imposé aux colons par la métropole, la dissolu- 
tion de l'Assemblée protestataire de New- York, le bill 
du timbre (1764). Ce bill soulève une opposition énorme, 
l'Amérique met en quarantaine le commerce de la métro- 
pole. L'Angleterre, fort sensible à la bourse, révoque 
l'impôt du timbre... pour le remplacr par d'autres droits 
sur le verre, le papier, etc., dont l'importation est réser- 

1. Transaction of Ihe american philosophical Society held at Phi- 
ladelphia. Philadelphia, 1786. La page xxvii du tome H mentionne 
parmi les membres étrangers de la Société élus depuis Janvier 1771 
« Monsieur Dubourg of Paris » et, au nombre de ses compatriotes, 
Daubenton, l'abbé Raynal, Barbé de Marbois, La Fayette, Vergennes, le 
comte de Guicben, etc. 



— 56 — 

vée, à grand renfort de tarifs protectionnistes, aux négo- 
ciants anglais. Telles étaient les décisions qui avaient 
soulevé l'indignation de Dickinson, et dont Barbeu 
expose la genèse : il sait déjà prévoir, à la fin de son 
préambule, la brouille définitive qui va éclater entre les 
deux pays, raccroissement formidable de population et 
de puissance qu'en recueillera l'Amérique, et la prospé- 
rité future de l'Union. 

Franklin d'ailleurs le tient au courant des événements. 
Lisez cette lettre qu'il écrit de Londres à du Bourg, le 
2 octobre 1770 : 

« Monsieur, je vois avec plaisir que nous pensons à 
peu près l'un comme l'autre au sujet de l'Amérique an- 
glaise. Nous n'avons jamais prétendu que les colonies 
dussent s'exempter de contribuer aux dépenses commu- 
nes et nécessaires au maintien de la prospérité du 
royaume. Nous soutenons seulement que, puisque nous 
possédons des Parlemens chez nous, que nous n'avons 
pas de représentation dans le Parlement de la Grande- 
Bretagne, c'est à nos propres Parlemens de décider ce 
que nous pouvons et ce que nous devons dans tous les 
cas donner à l'Angleterre, sans qu'elle ait aucun droit 

de nous arracher notre argent Les différends qui se 

sont élevés entre les deux pays coûtent déjà au com- 
merce de l'Angleterre plusieurs millions sterling, et 
l'Amérique n'a fait que gagner dans la proportion même 
de cette perte. Le commerce de l'Angleterre consistoit 
principalement en superfluités, en objets de luxe et de 
mode, dont nous pouvons très bien nous passer. La réso- 
lution que nous avons prise de n'en plus importer jus- 
qu'à ce que nous ayons obtenu une juste réparation des 
torts que nous avons soufferts n'a fait qu'encourager un 
grand nombre de manufactures. Quoique naissantes, 
elles vont s'étendre, s'accroître, se consolider, et bientôt 
il ne sera pas facile de nous les faire abandonner ; elles 
jouiront toujours de notre protection quand bien même 
nous viendrions, par une circonstance inattendue, à nous 



— 57 — 

réconcilier plus cordialement que jamais avec l'Angle- 
terre * » 

A ses brochures américanophiles, Barbeu ajoutait 
parfois des contes plaisants, et c'est un amusement de 
ce genre, inspiré d'ailleurs par la présente lettre de 
Franklin, qui donna naissance au Calendrier de Phila- 
delphie. Voici le récit du fabuliste Barbeu. Après la 
mort de son maître Don Quichotte, Sancho, le bon 
Sancho, le légendaire souverain de Barataria, s'en va 
trouver à la caverne de Montesinos le magicien Parafa- 
ragaratamus ; Tenchanteur le frappe d'un coup de ba- 
guette et l'endort pour quelques siècles, après lui avoir 
promis, pour son réveil, le rôle de législateur d'un grand 
peuple. Solon-Sancho ronfle donc de son mieux, tout en 
conversant en songe avec Socrate, Aristide et Titus, qui 
complètent son éducation. Tiré de son sommeil séculaire, 
Sancho se trouve, dans un pays inconnu, en présence 
d'un bonhomme nommé Richard, de son métier faiseur 
d'almanachs. Richard lui explique que les Anglais per- 
sécutent ses compatriotes avec force impôts sur le timbre, 
le thé et bon nombre d'objets de luxe. Or, les colons sont 
trop amis du confort pour « boycotter » les produits an- 
glais ; il s'agit de les convertir à une patriotique fruga- 
lité. Sancho donc les harangue sans grand succès, et 
ses apophtegmes ne les touchent guère ; il rentre alors 
en son palais où il ne trouve heureusement aucun docteur 
Tirtea Fuera pour lui interdire le chester et le bon vin, 
et avale force rasades en compagnie du bonhomme 
Richard, de sir Thomas et Mrs Rachel. Aussi ne tarde- 
t-il pas à trouver, au fond de son verre, un moyen d'in- 
citer ses sujets à quitter un luxe ruineux pour une mâle 
simplicité : c'est de leur donner un almanach pourvu de 
belles maximes pour chaque jour de l'année. 

Ce récit est en effet suivi du calendrier annoncé, avec 
ses moralités. C'est de la part de Barbeu un prétexte 

1. Correspondance inédile et secrète du docteur Franklin,., depuis 
rannée 11 ôZ jusqu'en 1790 (Paris, 1817), tome I, lettre 140, p. 393-394. 



— 58 — 

ingénieux pour donner au public un choix de ces maximes 
que Franklin excellait à faire, maximes pratiques qui 
prônent la tolérance, la philanthropie, le travail, et con- 
damnent tous les vices. L'instant était bien choisi, car 
la vogue de Franklin était alors à son comble. 

En effet, deux ans auparavant, Franklin, septuagé- 
naire, avait encore une fois traversé T Atlantique ; il 
débarquait en France, arrivait à Paris, et la capitale 
frémit d'enthousiasme pour le promoteur de la liberté 
américaine. Son effigie orna le pommeau des cannes, le 
couvercle des tabatières ; sa miniature sourit au cercle 
d'or des médaillons et sur Témail des bracelets. Un vent 
de liberté qui soufflait des savanes du Nouveau-Monde 
avait grisé toutes les têtes : marquises poudrées et che- 
valiers de Saint-Louis s'engouaient du vieux républicain 
qui arrivait en bonnet de martre dans le salon de Mme 
Helvétius ou de Mme du Deffand. Sa résidence de Passy 
regorgeait de visiteurs : un jour, Turgot, qui venait de 
trouver fort à propos dans le vieux poète ^lanilius un 
vers de circonstance : 

Eripuil cœlo fulmen sceptrunique tyrannis; 

un autre jour, le duc de la Rochefoucauld, Lavoisier. 
Il voisinait avec les assidus du salon d'Auteuil, la société 
de Mme Helvétius, Cabanis, l'abbé Morellet ; de temps 
en temps arrivait le bon Barbeu, qui venait voir à la 
fois son ami Franklin et son neveu Lair de la Motte ^ 
secrétaire du grand homme. Le neveu de Barbeu n'était 
pas d'ailleurs dans une sinécure, et Dieu sait combien 



1. Jean Lair de la Motte, 111s de Jean-Claude et de Renée-Jeanne 
Morice de la Rue, petit-flls de Michel Lair de la Motte, marchand cirier, 
qui, veuf de Marie Foulard, épousa le 22 novembre 1717, en l'église 
Saint-Martin de Mayenne, Renée-Louise Rarbeu du Bourg, fllle de 
Claude Barbeu et sœur de Jacques Barbeu (Renseignements commu- 
niqués par M. H.-J. Lelièvre, de Mayenne, allié deja famille Lair). 
Claude Barbeu se maria probablement deux fois : l"» avec Renée Morin 
(Contrat du 21 janvier 1687, devant Mesnage, notaire à Mayenne) ; 2» avec 
Françoise-Jeanne Gournay (contrat du 4 juin 1705). Renée-Louise naquit 
sans doute du premier lit, Jacques du second lit. 



— 59 — 

d'importuns assiégeaient la maison de Passy : sollici- 
teurs en quête de recommandations, américains de pas- 
sage, français prêts à franchir TAtlantique, amateurs 
électriciens, preneurs de constitutions nouvelles à es- 
sayer aux Etats-Unis, inventeurs de procédés infaillibles 
pour anéantir TAngleterre, pour débarquer à Londres 
de formidables et invisibles corps d'armée ! Sceptique 
sous des apparences de naïveté, pyrrhonien malgré ses 
lumières de savant, imperceptiblement ironique sous sa 
froide politesse, Franklin écoutait tout, arrangeait tout, 
veillait à tout, ne rebutait personne, et sa bonhomie 
matoise laissait la France emballée, altérée d'idéal, 
éprise de rêveries généreuses, verser son sang et ses 
derniers écus pour la nation sœur et les Français ne se 
doutaient point que cet entraînement qui allait donner 
à l'Amérique le bonheur sous la république de Franklin, 
hâtait pour eux la banqueroute, la ruine, le prélude de 
la Révolution. 

Bien des gens rêvent, à cette époque, d'une ère de 
paix et de fraternité, d'un état social rajeuni aux néces- 
sités présentes, où tous les droits seraient sauvegardés, 
tous les bonheurs assurés, tous les abus réprimés, 
toutes les prospérités pour jamais enchaînées par la 
puissance du roi et la volonté de la nation. C'est l'ère 
des utopies, des études sociales, morales, philosophi- 
ques, surgissant de ce mouvement d'idées qui commence 
à V Esprit des Lois pour finir au Contrat social^ et qui 
sera l'esprit de la Révolution. 

Barbeu du Bourg, lui aussi, imaginait un âge d'or, 
où la jeunesse aurait dansé des rondes dans les vertes 
prairies, en chantant dos hymnes à l'Etre Suprême, et 
où les vieillards. Mentors vénérables, auraient fait de 
la botanique. Il se mit en devoir d'élaborer la constitu- 
tion de sa nouvelle Salente. Il avait lu, relu et couvert 
d'annotations V Esprit des Lois ; un jour il publia le fruit 
de ses méditations et se révéla moraliste. Il précisa les 
termes de la religion et du droit naturels, les droits et 



— 60 — 

les devoirs de Thomme, du citoyen, du pouvoir, dans 
une série d'apophtegmes dont Télégance et la finesse 
rappellent le style de Montesquieu. D'ailleurs il se plai- 
sait à donner à ses pensées le ton d'une maxime ; déjà 
en 1768, le Mercure de France en avait inséré quelques- 
unes ; mais c'est en l'année 1774 qu'il en publia son 
principal recueil. Il les dédia à Franklin, qui en fut 
charmé, avec cette préface : « Monsieur, vous recon- 
nûtes, dans la première esquisse de ce Petit Code^ l'ef- 
fusion simple et naïve de votre propre cœur : j'ai achevé 
de le développer autant que je l'ai pu et j'espère que 
vous ne vous y reconnaîtrez que mieux. S'il m'étoit 
échappé quelque chose de moins exact, daignez le recti- 
fier ; c'est pour vous le soumettre que je vous l'ai dédié, 
ayant été assez heureux pour trouver réunis en vous un 
grand maître et un bon ami. Vous allez vous éloigner 
de cet hémisphère, et je ne puis vous suivre dans l'autre ; 
mais l'immense Océan que vous avez à traverser ne sé- 
parera point les meilleures parties de nous-mêmes, nos 
âmes seront toujours unies comme elles l'ont toujours 
été. Je me fais l'honneur de le publier et vous ne rougi- 
rez pas de l'avouer : vous pouvez avoir de plus nobles 
émules, mais vous n'avez point de plus fidèle serviteur. » 
C'est en 1774 que parut à Londres, in-8**, ce Petit 
code de la Raison humaine; en 1782, une deuxième 
édition, in-24, fut faite à Passy par l'imprimerie de 
Franklin ^ ; presque tous les exemplaires passèrent en 
Amérique. Enfin, en 1789, on le redonna au public en 
un volume in-12, avec cet avis : « L'auteur de ce livre 
l'avoit fait imprimer en 1782 pour en faire présent à ses 
amis. Assurément lorsqu'il en fit hommage à M. Franklin 
il ne prévoyoit pas qu'une révolution rapide le rendroit 
utile et même nécessaire à chaque citoyen. Il est du 
petit nombre de ces ouvrages qui, comme le Contrat 
social^ sont trop au-dessus de leur siècle pour être ap- 

i. Voy. Connaissances nécessaires à un bibliophile, par E. Rouveyre 
(Paris, 1899), t. III, section 25 du chap. VII, p. 150. 



— 61 — 

préciés par la multitude. Nous nous hâtons de le donner 
au public parce que le temps de son triomphe est venu. » 
Malheureusement les promoteurs de Tâge d'or qui com- 
mençait ne tardèrent pas à prendre comme bréviaire 
le Père Duchêne au lieu de Topuscule du bonhomme 
Barbeu. 

Barbeu y envisage très simplement la vie, les droits, 
les devoirs de Thomme ; sa liberté, source de ses devoirs 
naturels envers Dieu, envers lui-même, envers autrui ; 
autrui, c'est-à-dire la famille, puis la Société, qui reçoit, 
mais qui en retour assume la charge de protéger les 
arts, les sciences, la religion, le commerce, l'agricul- 
ture, et d'exercer la police. Si le contribuable a envers 
elle des obligations, il exerce sur elle un légitime con- 
trôle, d'où l'exposé des droits et des devoirs civiques, 
des droits et des devoirs des officiers publics et de l'ad- 
ministration souveraine. Cela amène l'étude des diverses 
constitutions politiques. Enfin, l'auteur étudie les droits 
et devoirs réciproques des nations, blâmant la guerre, 
prônant la tolérance. 

Dans toute cette argumentation, il entend ne s'ap- 
puyer que sur des principes universellement adoptés, 
rationnels, incontestables ; il ne veut pas baser sa morale 
sur un fondement métaphysique ou dogmatique : « Le 
grand livre de la Nature est notre premier catéchisme... 
et nous ne devons cesser de l'étudier que quand nous 

n'y trouverons plus rien à apprendre Quelques-uns 

ont voulu appuyer la morale sur la métaphysique : c'est 
vouloir bâtir en l'air l'édifice du monde le plus impor- 
tant. Contemplez l'ordre immuable de la nature et l'en- 
chaînement des êtres, voilà la base que Dieu a donnée 
à la morale. Eh ! pourquoi lui en chercher d'autre ? » 
Tel est donc le fondement de nos devoirs ; telle doit être 
aussi la source de nos droits ; ii du homo homini lupus 
de Hobbes ! « Dieu nous a tous faits pour la société et 
pour l'assistance mutuelle. » « 11 semble, à entendre les 
jurisconsultes et les financiers, que des droits peuvent 



— 62 — 

être créés d'un trait de plume, et il semble, à entendre 
les politiques et les guerriers, que des droits peuvent 
être fondés sur des coups de canon ! » Non, ils ont une 
origine plus profonde, ils découlent de Tharmonie uni- 
verselle qui est la loi de Tunivers et la volonté de la 
Providence, et Tégalité des droits découle de ce fonde- 
ment naturel : « La liberté est aussi bien un don de 
Dieu que la royauté, don moins brillant mais non moins 
précieux. Si donc quelques hommes se disent rois par la 
grâce de Dieu, pourquoi les hommes ne se disent-ils pas 
libres par la même grâce ? » 

Ainsi Barbeu est partisan d'une royauté respectueuse 
des droits de tous, d'un pouvoir souverain auquel la 
volonté nationale ait quelque part ; il n'en est pas moins 
profondément royaliste, et quelque admirateur qu'il soit 
des institutions américaines, il soutient que la monarchie 
est le mode de gouvernement qui convient le mieux à la 
France. La société qu'il se forge est bien celle dont rê- 
vent alors les âmes aussi délicates que la sienne ; les 
principes sur lesquels il la fonde seraient parfaits si les 
hommes étaient aussi bons qu'il le prétend, et la révolu- 
tion nécessaire à son avènement serait très belle, n'étaient 
les révolutionnaires. Mais son optimisme candide et sa 
bonté foncière ne pressentaient point les catastrophes 
prochaines, et je ne sais rien qui les reflète mieux que 
les deux jolies maximes par lesquelles je voudrais clore 
ce chapitre. 

« L'espérance est une banque ouverte à tous les 
hommes, qui en fait vivre un grand nombre sur leur 
crédit et les laisse mourir sans rien solder K 

« Faites le bien sans appréhender de faire des ingrats. 
Dieu vous rendra au double le bien que vous aurez fait 
à vos frères ; il vous rendra au centuple celui que vous 
aurez fait à vos ennemis ', » 



1. Petit code de la Raison, page 92. 

2. Ibident, p. 98-99. 



— 63 — 

VII 
LA SOCIÉTÉ ROYALE DE MÉDECINE 

Les années 1775 et 1776 furent marquées en France 
par de nombreuses épidémies. Le gouvernement s'in- 
quiéta; Malesherbes et Turgot consultèrent M. de Las- 
sone, premier médecin de la reine et du roi en survivance, 
conseiller du roi en son Conseil d'État. Le savant leur 
démontra Timpossibilité de prendre des mesures pro- 
phylactiques sérieuses tant que les médecins, isolés, 
livrés à leurs propres ressources, ne pourraient se con- 
certer, recueillir des documents, centraliser les observa- 
tions ainsi recueillies. Louis XVI se décida dès lors à 
agir. Le 29 avril 1776, un arrêt du Conseil créait une 
commission officielle de huit médecins, qui devaient 
tenir une correspondance permanente avec tous les pra- 
ticiens du royaume pour aviser aux moyens de combattre 
la contagion. De Lassone en fut nommé président; Vicq 
d'Azyr, membre de TAcadémie des sciences, médecin du 
comte d'Artois, précédemment chargé de missions en 
pays contaminés, fut créé commissaire général ; le choix 
des six autres médecins fut laissé à de Lassone. Il fut 
décidé que ces six commissaires pourraient être délé- 
gués partout où besoin serait pour protéger l'hygiène 
publique, et que Vicq d'Azyr ouvrirait un cours spécial 
auquel serait admis le public médical. La Commission 
se réunit le 13 août, le V septembre l'arrêt la concer- 
nant fut publié : la Société de Correspondance royale 
de médecine était fondée. 

La Faculté vit d'un fort mauvais œil cette rivale ' ; 

1. Mémoire.^ aecrets pour servir à r histoire de ta République des 
Lettres, tomes XI, XII, XIII, passim. — Commentaires de ta Faculté. 
— A. Corlieu : l'Ancienne Faculté de médecine de Paris (Paris, 1877). — 
Journal de Médecine, Chirurgie^ Pharmacie, année 1776. 



— 64 — 

Lorry et Maloët, qui faisaient partie de Tune et de l'autre, 
ne se gênèrent pas pour déclarer qu'ils démissionneraient 
immédiatement si la nouvelle institution devait léser les 
prérogatives de l'Ecole. On entra donc en pourparlers 
et, le 8 octobre 1776, la Faculté nomma quatre députés 
en vue d'une entente avec de Lassone ; quelques jours 
après, le doyen Alleaume cessa ses fonctions, léguant à 
son successeur des Essarts des négociations fort déli- 
cates. Le nouvel élu alla en personne trouver de Lassone, 
lui exposa les alarmes de la Faculté et lui proposa, pour 
en sauvegarder les droits, une communication réci- 
proque bisannuelle des travaux des deux sociétés ; de 
Lassone promit d'y réfléchir et ne s'engagea point. Des 
Essarts attendait sa réponse ; il attendit longtemps. La 
Commission s'augmentait de nouveaux membres, nom- 
mait des correspondants, proposait des sujets de prix 
et s'intitulait « Société royale de médecine établie pour 
entretenir sur tous les objets de médecine pratique une 
correspondance suivie avec les médecins les plus habiles 
du royaume et des pays étrangers. » Le l*"" février 1778, 
elle tint même en grand apparat sa première séance pu- 
blique dans la salle des actes du Collège royal. 

Pevantces empiétements audacieux, la Faculté se met 
en rumeur, et le doyen dépêche à M. de Lassone, dans 
le courant du même mois, quatre plénipotentiaires afin 
de faire cesser le schisme ; de Lassone les reçoit poli- 
ment, mais froidement, et leur demande de rédiger leurs 
doléances. La rédaction faite, le doyen envoie à de 
Lassone lettres sur lettres ; elles restent sans réponse. 
Un jour, se dérobant tout à fait, le président de la Société 
royale déclara que ces missives étaient impolies et qu'il 
dédaignait d'y répondre. Le 11 avril, la Faculté s'assem- 
bla en grand tumulte ; les uns voulaient commencer sur 
le champ les hostilités ; d'autres, moins enragés, prô- 
naient les moyens de conciliation ; leur voix fut étouifée, 
la réunion décida de faire opposition, auprès du Procu- 
reur du Parlement, à l'enregistrement des lettres paten- 



— es- 
tes créant la Société royale, et d'envoyer une adresse au 
roi. Celui-ci la prévint ; le garde des sceaux avisa les 
protestataires que Sa Majesté défendait de poursuivre 
cette affaire. 

Mais Vinvidia medicorum est fort tenace. Le 30 juin, 
la Société royale devait tenir une séance publique 
au Collège royal ; la Faculté fulmina en latin, huit 
jours à l'avance , une bulle d'excommunication contre 
tous ceux de ses membres qui n'auraient pas, dans le 
délai d'une semaine, quitté la Société royale ; le lende- 
main, elle présenta au Parlement une requête contre la 
séance de la société rivale, et le Procureur général, 
favorable à sa plainte, envoya à de Lassone une interdic- 
tion. Le 26 juin, le Conseil d'État annulait cette déci- 
sion, rétablissait les docteurs membres de la Société 
royale dans tous leurs droits et privilèges académiques, 
faisait rayer par ministère d'huissier sur les registres 
de l'Ecole la délibération du 22, et tolérait que les con- 
trevenants rédigeassent leurs doléances contre la Société 
royale. La Faculté atterrée se soumit, la rage dans le 
cœur, et se réunit le 30 juin pour écrire ses plaintes, qui 
furent transmises au garde des sceaux vers le milieu 
de juillet. Elle eut pourtant la mince satisfaction d'avoir 
fait rejeter, par son intervention, la séance publique de 
ses adversaires du 30 juin au 20 octobre. En revanche, 
an mois de septembre, la Société royale vit enregistrer 
au Parlement et afficher en public les lettres patentes la 
concernant. La Faculté connut cette nouvelle le 18 sep- 
tembre, et le doyen la lut le 22 à l'assemblée de l'École, 
au milieu d'une grande consternation. 

Le règlement de la Société royale lui attribuait : le 
premier médecin de Sa Majesté comme président ; comme 
associés ordinaires, trente docteurs régents, dont vingt 
de Paris et dix de province ; douze associés libres rési- 
dant à Paris, soixante associés regnicoles, soixante 
étrangers et un grand nombre de correspondants. Le 
doyen et l'ancien de la Faculté de médecine en faisaient 



— 66 — 

partie de droit; enfin deux commissaires délégués par 
la Société devaient aller à la Faculté deux fois par an 
pour échanger des communications. Elle devait s'occuper 
des questions d'hygiène publique, épidémies, épizooties, 
remèdes nouveaux, de médecine théorique et pratique ; 
elle proposait et décernait des prix sur les questions à 
Tordre du jour. 

Devant cette concurrence, la Faculté donna tout à 
coup dans les réformes : la rivale fondait des prix, elle 
aussi ouvrit un concours, et donna comme question le 
traitement de la fièvre miliaire des femmes en couches. 
La rivale prétendait au monopole de Thygiène publique, 
la Faculté décida de faire revivre ses « Prima mensis », 
antique institution depuis longtemps languissante, et le 
doyen des Essarts, sur décret de la Faculté du 8 mars 
1777, les réorganisa. Chaque docteur reçut un petit avis 
ainsi conçu : « Doctor sapientissime ! Aderis^ si placel, 
menstruis comitiis prima mensis dictiSy hora quinta 
postmeridiana, cum decanç,., » Barbeu du Bourg ne 
manqua point de se rendre à ces réunions, pour y en- 
tendre délibérer des maladies épidémiques et sporadi- 
ques en cours, des cas intéressants, des autopsies 
curieuses et de Texamen des nouveaux médicaments. Il 
y prit plus d une fois la parole *. Le 25 juillet 1778, il 
y lut des observations sur Teau aérée des brasseurs, 
prise en boisson pour la guérison de la gravelle ; le 
14 août, il demanda que des commissions fussent char- 
gées de l'examen d'une nouvelle drogue anti-vénérienne 
dans laquelle il n'entrait point de substances métalli- 
ques ; le l®*" décembre, il y communiqua un nouveau 
mémoire sur les bons effets des eaux gazeuses dans 
diverses maladies. 

La Faculté cherchait à reconquérir sa suprématie par 
tous les moyens. Le 20 octobre 1778, en présence 
d'Amelot et Franklin, la Société royale avait tenu sa 

1. Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, années 1778 et 1779, 
pasiim. 



— 67 — 

grande séance publique. Le jeudi 5 novembre, la très 
salutaire Faculté de médecine de Paris tint à son tour 
des assises publiques et solennelles, et, tant la concur- 
rence l'avait rendue progressiste, on y parla français ^ ! 
Jamais la langue de Virgile n'avait reçu pareil affront. 
La Société royale s'était illuminée de quatre-vingts 
bougies, la Faculté vida ses derniers sacs d'écus et en 
alluma deux cents. Il vint beaucoup de monde, de nom- 
breuses dames en grande toilette caquetaient dans les 
tribunes. Le recteur de l'Université vint prendre place 
aux côtés du doyen, mais aucun membre du gouverne- 
ment ne fut invité. Le doyen des Essarts entama un 
grand discours, loua fort la Faculté, son indépendance, 
son désintéressement, rappela qu'elle avait rendu de 
grands services qu'aucune faveur royale n'avait jamais 
reconnus ; il glorifia cette pauvreté qui la forçait d'em- 
prunter en ce jour solennel les locaux de la Faculté de 
théologie, mais qui lui permettait aussi de dédaigner 
l'intrigue et la cabale. Toutes ces allusions à la protec- 
tion officielle dont jouissait la Société royale étaient cou- 
vertes d'applaudissements. Descemet parla ensuite, puis 
Barbeu du Bourg qui lut une sorte de statistique météo- 
rologique et médicale de l'année 1777. On l'avait aussi 
chargé de résumer les thèses d'hygiène soutenues par 
les bacheliers pour bien démontrer à l'assistance que la 
Faculté s'occupait, autant et plus que sa concurrente, de 
la santé publique ; son travail fut lu par Noilan. Cela 
dit, le président proclama lauréats du prix de la Faculté 
Goubelli, de Paris, et Gastelier, de Montargis. Il y eut 
encore un élégant éloge de B. de Jussieu par Le Preux, 
un mémoire de Majault sur les contrepoisons, une rela- 
tion d'autopsie par Sallin. La séance dura trois heures, 
et chacun s'accorda à reconnaître qu'elle avait éclipsé 
l'éclat de celle de la Société royale. 

La Faculté avait une autre arme : le pamphlet. Le 

1. Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des 
Lettres, tome XII, année 1778. 



— 68 — 

docteur Le Preux écrivait libelles sur libelles, plus vio- 
lents les uns que les autres, contre de Lassone, Amelot, 
Halle, Vicq d'Azyr ; il composa des comédies de circon- 
stance, Lassone voleut\ prévôt et juge^ des chansons, 
Noël nouveau. Chanson historique^ qui faisaient la joie 
des philiâtres et le désespoir de la police, car le roi avait 
défendu à la Faculté d'imprimer aucune réclamation. Il 
imagina des dialogues satiriques entre Pasquin et Mar- 
forio, dialogues où l'invention ne dépasse guère le niveau 
des soties et moralités du moyen âge. Qu'on en juge : 
Pasquin veut devenir médecin et s'adresse à la Société 
royale, figurée par une idole dont le trône est soutenu 
par l'Ambition, la Faveur, l'Artifice et l'Autorité ; non loin 
de là, un autel divinise l'Ingratitude sous les traits de 
Néron, l'Intrigue sous la figure d'un serpent, l'Intérêt 
sous la forme d'un tigre, et la Calomnie ; Vicq d'Azyr 
vient faire un grand discours, mais la foudre éclate, le 
renverse, brise tout, et du nuage fulgurant sort un en- 
chanteur nommé Franklin ! Le magicien prononce le mot 
magique de Liberté et change d'un coup de baguette 
tous les sociétaires en animaux, veaux, tigres, loups, etc. 
Ces lourdes plaisanteries faisaient le bonheur des irré- 
conciliables : ils riaient, dansaient, et chantaient, comme 
la cigale de la fable, car la bise était venue et la Faculté 
se trouvait sans asile. Chassée de ses écoles en ruine, 
elle avait quitté la rue de la Bûcherie pour venir de- 
mander abri à d'autres ruines, les anciennes écoles de 
droit de la rue Saint-Jean de Beauvais ; elle implorait, 
vainement d'ailleurs, le terrain du Cloître-Saint-Jacques 
de l'Hôpital, pour y établir ses pénates (1777). Pendant 
ce temps-là, les Écoles de chirurgie se faisaient construire 
un palais sur les fondations du Collège de Bourgogne *, 
et la Société royale trônait au Louvre, au pavillon de 
l'Infante. 

Les malheurs de la Faculté n'avaient point abattu sa 

1. Emplacement de la Faculté de médecine actuelle. 



— 69 — 

fierté. Lorsque la Société Royale procéda, le 2 octobre 

1778, à sa séance d'installation, Lorry donna lecture 
d'une missive du doyen et de l'ancien de la Faculté, refu- 
sant de s'y rendre ; de quatre lettres de démission, celles 
de Bouvart, Maloët, Darcet et Guenée, tous docteurs- 
régents ; enfin Lieutaud, premier médecin du roi, mû 
par une secrète répugnance, avait décliné d'occuper la 
place présidentielle. Ces affronts répétés causèrent un 
moment de stupeur, mais la vengeance ne tarda pas : la 
Faculté avait établi à son tour un comité de correspon- 
dance générale avec les médecins français, de Lassone 
lui fit refuser le contre-seing de circulation pour sa cor- 
respondance. Elle se rabattit sur un comité de vingt- 
quatre docteurs qui devaient s'assembler pour conférer 
sur la médecine : Lassone obtint du conseil du roi un 
arrêt défendant à ce comité de se réunir. Le 2 janvier 

1779, la Faculté ferma ses écoles. 

La Faculté était donc morte et enterrée après une lon- 
gue et douloureuse agonie dont la Société Royale avait 
attentivement suivi les progrès, en donnant chaque jour 
au public le bulletin de santé de son ennemie. Dès le 
19 décembre, elle la trouvait au plus mal, comme l'indique 
ce billet : « L'usage des bains et de l'ellébore n'a rien 
produit de satisfaisant ; on craint d'être obligé d'en venir 
à des remèdes violens et que la crise n'entraine une 
désorganisation nécessaire dans un corps sans action et 
qui languit depuis longtemps. Bon-Sens. » Et quand 
l'issue fatale arriva, on chanta dans Paris : 

Plus de mort ! Plus d'enterrement ! 
Les médecins ferment boutique. 
Oh ! dit un curé, doucement ! 
Ils n'ont pas quitté la pratique ! 

Louis XVI comprit alors qu'il avait été trop loin, et 
l'ordre fut rapporté. Le doyen rouvrit donc le 13 janvier 
les portes de la Faculté, et le 15, les docteurs-régents 
convoqués écrivaient à Miromesnil : <k Monseigneur, les 

5 



— 70 — 

membres de la Faculté de Médecine se glorifient tous 
d'être français ; Tobéissance la plus prompte aux ordres 
du roi est un devoir dont jamais le sentiment ne s'est 
affaibli dans leur cœur. Quelque affreuses que soient 
les couleurs sous lesquelles la calomnie les a peints pour 
se ménager les moyens de consommer ses projets ambi- 
tieux, leur conduite est un témoignage authentique de 
leur soumission ^ » 

Où était le temps heureux où la Faculté altière, sou- 
tenue par le pouvoir royal, faisait dissoudre la Chambre 
royale des médecins provinciaux et poursuivre ses mem- 
bres ? le temps où, cénacle de la science officielle, elle 
proscrivait victorieusement les innovations et les nova- 
teurs ? Plus grande avait été sa fortune, plus lamenta- 
ble était sa chute ; et cette déchéance était méritée. 
Enlisée dans sa routine (nous Tavons vu pour la varioli- 
sation), occupée de mesquines querelles de préséance, 
elle avait laissé l'étranger distancer la France dans le 
mouvement médical ; maintenant elle se consumait en 
vains efforts pour subjuguer ceux de ses compatriotes 
qui tentaient de regagner le temps et le terrain perdus, 
qui reniant les formules usées, secouant le joug retarda- 
taire, créaient malgré elle l'Académie de chirurgie ; ou 
bien accueillant toutes les bonnes volontés, réhabilitant 
les médecins provinciaux, ralliant les novateurs et les 
expérimentateurs dédaigneux des traditions stériles, fon- 
daient en dépit d'elle et contre elle la Société Royale. 
Quand la Faculté s'aperçut de son erreur, il était trop 
tard; encore quelques années de misère, et elle allait 
être balayée, avec ses heureux et célèbres rivaux, parla 
tourmente révolutionnaire. 

Pourtant, quelques-uns de ceux qui gardaient à la 
déchue quelque gratitude de son enseignement, tout en 
rendant justice au mérite de ses adversaires, eurent pour 
elle un mot de pitié, une velléité de relèvement. De ce 

1. Commentariorum Facultatis medicinœ Parisiensis tomus XXIV, 
p. 179. 




BARBEIJ- BIDB OITR (&, 



— 71 — 

nombre fut Barbeu du Bourg. Il eut le courage de 
se mettre entre deux feux, d'énoncer franchement son 
opinion sur cette lutte fratricide, de dire leur fait aux uns 
et aux autres sans se soucier des injures : « Je me suis 
fait de bonne heure, écrivait-il, une étude de prendre tous 
mes maux en patience et surtout de mépriser les injures 
qui ne tombent que sur moi ; j'y suis plus sensible quand 
elles portent sur mes amis. » A l'assemblée générale de 
Saint-Luc, en 1778, il s'interposa, préchant la concilia- 
tion : son vieux tempérament de journaliste se réveilla 
et prit une dernière fois la plume pour écrire sa Lettre 
(Tun médecin de la Faculté de Paris à un de ses con- 
frères au sujet de la Société Royale de Médecine ; elle 
parut vers le mois de février 1779 ; il cherchait à y pré- 
ciser les termes d'un accord possible, proposant de 
recourir à l'intervention royale pour réconcilier et amal- 
gamer les deux groupes : la Faculté continuerait à avoir 
le monopole de la pratique médicale et de l'enseigne- 
ment ; la Société Royale recevrait dans son sein quel- 
ques vieux médecins et la plupart des jeunes, se canton- 
nant dans le domaine purement spéculatif des travaux 
scientifiques et de la correspondance médicale avec les 
praticiens français et étrangers. Les uns, pensionnés par 
l'Etat, pourraient s'y adonner tout entiers ; les autres 
pourraient repasser, à leur gré, dans le corps exerçant 
de la Faculté. Tous les docteurs assisteraient de droit 
aux assemblées de la Société, et les Sociétaires éminents 
s'agrégeraient à volonté à la Faculté moyennant certains 
droits de dispense d'examens. 

Le médiateur s'attira force invectives des intransi- 
geants de la Faculté, une bonne part des qualificatifs de 
boucs, singes, ânes, veaux, moutons, dindons, oies, pies, 
geais, perroquets, vipères, frelons, chauves-souris, ser- 
pents à sonnettes et autres aménités que Pasquin déco- 
chait à « l'Arche de Noé », la Société Royale ; et je ne 
sais quelle main haineuse a griffonné sur l'exemplaire de 
la Lettre conservé à la Bibliothèque nationale ces mots 



— 12 — 

aujourd'hui jaunis : « par M. Barbeu du Bourg qui 
ensuite s'est fait sociétaire, ayant perdu sa femme, sa 
tête et son argent *. » 

Une secrète sympathie portait en effet Barbeu vers 
cette Société qu'animait Tesprit de progrès. Ne comp- 
tait-il pas d'ailleurs parmi Ses adhérents un bon nombre 
d'amis et de compatriotes, Franklin qui depuis 1776 en 
était associé étranger, Vétillard du Ribert, habile méde- 
cin manceau, correspondant regnicole, et bien d'autres ? 
Il se laissa aller à en fréquenter les séances, et finit par 
lui demander une place d'associé ordinaire qui lui fut 
décernée le 18 mai 1779 *. Ce jour-là Jacques Barbeu, 
sieur du Bourg et docteur-régent de la très salutaire 
Faculté de Paris, perdit pour jamais l'amitié de Jean 
Charles, sieur des Essarts et doyen de la même Faculté. 

Barbeu trouva à la Société, dont il suivit assidûment 
les travaux, de quoi occuper les loisirs de sa vieillesse. 
Son grand âge, les tristesses du veuvage, l'avaient 
fait renoncer à la pratique ; il n'exerçait plus guère 
qu'en faveur des pauvres et de ses amis. Il passait ainsi 
ses derniers jours à faire le bien, à travailler, à ensei- 
gner les premiers principes de la médecine à son neveu 
Lair de la Motte : il composa pour lui des aphorismes 
médicaux qui furent lus à la Société Royale, et ne furent 
publiés qu'en 1780 en un volume in-12 de 104 pages, 
sous le titre à' Éléments de Médecine en forme d^ apho- 
rismes 3. L'ouvrage comprend quatre parties, chaque 
partie des sections, chaque section des aphorismes. La 
Gazette d^Épidaure en avait autrefois donné quelques- 



1. L'auteur du tome XIV des Mémoires secrets pour servir à l'his- 
toire de la République des Lettres, dit à la p. 315 au sujet de Barbeu : 
« H venait de s'y agréger (à la Société Royale) c'est-à-dire de se désho- 
norer sur le bord de sa tombe ». 

2. Histoire et Mémoires de la Société Royale de Médecine pour /777 
et ms, page 14. 

3. C'est probablement la traduction allemande de cet ouvrage que 
Wilhelm Engelmann cite, au nom de Barbeu du Bourg, dans sa Biblio- 
theca medico-chirurgica (Leipzig, 1848), sous le titre : Erste Grunde 
der Àrzneikunde, aus d. Franz. V. J. Fr. Pichler, 8% Stra8l>oarg, 1783. 



— 73 — 

uns dans ses colonnes. Il y envisage les connaissances 
médicales sous trois points de vue : ce qui est certain, 
ce qui est probable, ce qui est douteux. Barbeu aimait 
beaucoup à donner à sa pensée le tour ingénieux de 
Tapophtegme si bien assorti à la finesse de son esprit, 
et plus d'une fois il arrive presque à Toriginale et frap- 
pante concision des aphorismes d'Hippocrate ; il repro- 
duit quelques-uns des préceptes du père de la médecine 
et ne souffre pas du rapprochement. Un semblable 
ouvrage ne saurait être analysé ; citons pour exemple 
deux maximes de Barbeu : « Dans un corps sain, l'âme 
est saine ; toutes les facultés de Tune et de l'autre se 
déploient tour à tour avec une égale aisance ; s'il y en a 
une qui prédomine, c'est que les autres ont été négli- 
gées. » « La vie est un passage laborieux, la naissance 
et la mort en sont la porte d'entrée et la porte de sortie ; 
de l'une à l'autre la pente est glissante. » 

Barbeu du Bourg arrivait au bas de la pente : il avait 
quitté sa maison de la rue Copeau où il avait passé près 
de quinze ans, pour se retirer à l'abbaye Saint-Germain. 
Il travaillait avec ardeur, chargé d'une commission par 
la Société Royale, lorsque le 1" décembre 1779 il fut 
atteint d'une fièvre maligne. La mort vint le prendre le 
mardi 14 décembre 1779, à l'âge de soixante-dix ans et 
neuf mois. 

Le lendemain il fut enseveli, devant la Faculté, 
à Saint-Germain-des-Prés, dans la chapelle Saint- 
Symphorien. Le 8 janvier 1780, la Faculté fit célébrer 
à son intention un service funèbre en la chapelle de ses 
écoles *, et Vicq d'Azyr prononça son éloge à la Société 
Royale. 

i. On lit, dans le Commentariorum Faeultatis Medicinœ Parisiensis 
tomus vigesimus quartus ah anno 1777 ad annum /7..., sur la liste des 
docteurs-régents dressée le 6 novembre 1779 le nom de « if. Jacobm 
Barbeu du Bourg, Cenomanensis, Regiœ Scientiarum Àcademiœ 
Stock holmiensis, Societatis regiœ Monspeliensis, Societatis Medicœ 
Londinensis et Philosophicœ American^ socius. » A la page 324, sous 
la rubrique Obitus Doctorum, on note encore : « Die Martis decimo 
quarto mensis decembris anni 1779 naturx tributum persolvit 



— 74 — 

Il ne parait pas que Barbeu du Bourg soit jamais 
retourné dans sa patrie. Les occasions ne lui manquaient 
pourtant pas, car il y avait encore des Barbeu au 
Mans *, à Laval 2, à Mayenne, Quand son oncle Tabbé 
J.-F. Ghabrun de la Carlière mourut 3, après quarante 
ans de préceptorat au collège de Mayenne, Barbeu, 
retenu dans le tourbillon de la vie parisienne, ne put se 
rendre dans sa ville natale, et dut charger son parent, 
Tavocat Lair de la Motte, de régler les affaires d'héri- 
tage avec les familles Guyard et Gournay. 

De nos jours la ville de Mayenne a baptisé une de ses 



Magister Jacobus Barbeu du Bourg ^ et die Mercurii sequenli turmUa- 
tus fuit, prœsente FctcuUate, in cœmeterio Capellanâ,., Sancti Sym- 
phoriani in conventu abbatiali Sancti Germani de Pratis. Eidem vero 
collegœ die Sabbati octava memis Januarii anni IISO sacro solemni 
parentavit in scholarum sacello FacuUas saluberrima. » Pourtant, 
la Topographie historique du Vieux-Paris, peLT heriy eiTissereLud, Paris 
i876, tome I (Région da Bonrg Saint-Germain), ne cite point le nom 
de Barbeu parmi ceux des personnes inhumées à Saint-Germain-des- 
Prés. 

i. La branche mancelle des Barbeu du Bourg remonte à Georges- 
GlaudCf apothicaire, écbeyin du Mans, né en 1696, mort au Mans paroisse 
Saint-Vincent, le 15 février 1761. H épousa en décembre 1725Marie-Mag- 
deleine Dutertre ; il en eut deux fils : 1* Georges- François, négociant à 
Orléans, qui épousa à Blois en 1758 Anne-Glaire Daubichon ; — 2* Vincent- 
Antoine, droguiste et maître apothicaire au Mans, qui épousa en juillet 
1764 Renée-Marie Morin. De cette union : 1* Antoine-Georges- Vincent, 
négociant, épousa en 1779 Agathe-Françoise GarnJer, et en secondes noces 
Jeanne-Marie Marlotteau ; — 2* Pierre-Louis ; — 3» Renée-Marie- Julienne 
qui épousa au Mans en 1773 F.-R. Cordelet, contrôleur des fermes du 
roi au Mans ; — 4* Julienne, qui épousa en 1788 Pierre-Michel Baii>eu 
du Bourg du Rocher, négociant {Inventaire des minutes anciennes des 
notaires du Mans, par l'abbé Esnault, publié par l'abbé Chambois. Le 
Mans, 1895, t. I et II, passim). 

2. Dans la Mayenne, la famille Barbeu se divise en nombreuses bran- 
ches, les Barbeu du Bourg, les Barbeu du Boulay, les Barbeu du Tertre, 
les Barbeu de la Chevalerie (en Marcillé), les Barbeu de la Couperie en 
partie lavallois ; elle a donné à la ville de Mayenne et à l'abbaye de 
Fontaine-Daniel de nombreux magistrats. On en retrouve les noms dans 
le Dictionnaire de la Mayerme de M. l'abbé Angot, VHistoire des Sei- 
gneurs de Mayenne par Guyard de la Fosse, l'Histoire de l'abbaye de 
Fontaine-Daniel de MM. Grosse-Duperron et Gouvrion, l*Essai su/r 
l* Armoriai de l'ancien diocèse du Mans par M. de Maude, Vancien Hôtel- 
Dieu de Mayenne et les Souvenirs du Vieux-Mayenne de M. Grosse- 
Duperon. 

3. Jean-François Ghabrun de la Carlière, prêtre, principal du Collège 
de Mayenne pendant quarante ans, mort le 16 février 1767, fils de Jean 
Ghabrun et de Renée Gournay, sœur de Simon Gournay de Fougerolles. 



— 75 — 

voies du nom de Jacques Barbeu du Bourg. Sa mémoire 
méritait cet hommage : toucher à toute science, s'y poser 
à peine, juste le temps d'en goûter le nectar, et s'envoler 
plus loin vers d'autres fleurs, voilà un plaisir exquis. 
Un petit nombre d'élus ont l'apanage de pouvoir ainsi 
multiplier leurs jouissances intellectuelles, et Barbeu fut 
de ces privilégiés. Ce devait être une agréable conver- 
sation que celle d'un homme à la fois moraliste, juris- 
consulte, littérateur, théologien ; un homme qui avait 
parlé histoire avec Bolingbroke et botanique avec Jussieu, 
raisonné médecine avec Vicq d'Azyr et physique avec 
Franklin ; et qui loin de tirer orgueil de son commerce 
avec de tels esprits, avait gardé toute sa simplicité. Il 
savait allier l'érudition à la bonhomie, s'empreindre 
d'une douce philosophie relevée toutefois d'une pointe 
de malice : car s'il était incapable de garder rancune, il 
l'était de retenir un bon mot, l'épigramme qui pique, 
mais ne blesse pas. Et que l'on ne dise pas que ce savant 
souriant fut un inutile : si son activité trop dispersée ne 
lui a permis de faire aucune grande découverte, il a du 
moins apporté l'appoint de son influence à quelques 
œuvres bonnes. Médecin instruit et dévoué, l'un des 
premiers journalistes médicaux, défenseur de la varioli- 
sation, seule arme d'attente avant Jenner, vulgarisateur 
de la botanique bien avant les Lettres de Jean-Jacques 
Rousseau, tels sont ses titres à l'estime. Plus remarqua- 
ble par ses qualités d'esprit que par son œuvre scienti- 
fique, il n'en fut pas moins, et dans toute l'acception du 
terme, ce qu'on appelait alors un honnête homme *. 

i. Pour la biographie de Barbeu du Bourg consulter : Ansart, Biblio- 
thèque littéraire du Maine, ou traité historique et critique des auteurs 
de cette province, Ghalons, Le Mans et Paris, 1784, t. I. — GarrèrE; 
Bibliothèque littéraire, historique et critique de la médecine ancienne 
et moderne. Paris, 1776, 1. 1, p. 313. — Eloy, Dictionnaire historique de 
la médecine ancienne et moderne, Mons, 1778. -- Notice sur la yie des 



— 76 — 



ŒUVRES DE BARBEU DU BOURG 

1* Lettre d'un garçon harhier à M, l'abbé des Fon- 

taineSy auteur des Observations sur les écrits moderneSy 

au sujet de la maîtrise es arts, 1743, s. 1., in-12. 

(Anonyme, attribué à Barbeu par Vicq d'Azyr.) 
2° Daturne etiam vUalium organorum somnus ? Thèse 

quodlibétaire de Paris, 1*' décembre 1746, in-4*. 
3° Utrum anni climacterici cœteris periculosiores? 

Thèse cardinale de Paris, 27 avril 1747, in-4®. 
4** An variolarum morbus absque eruptione ? Thèse 

quodlibétaire de Paris, 29 décembre 1747, in-4®. 
5** An tracheotomiae nunc scalpellunty nunc trigonus 

mucroP Thèse quodlibétaire de Paris, 8 février 1748, 

in-4^ 

( cordis ad çitam ? 
6** An motus 

musculorum ad sanilatem? 

Acte de vespérie du 21 août 1748. 

Îaquss thermales? 
electricita^ ? 
Acte doctoral du 26 août 1748. 

( ab attritu? 
8** An hœmatosis , 

a fermentatiofie ? 

Acte pastillaire du 18 décembre 1748. 

grands hommes de la proYince du Maine. Ms. G 182* de la Bibl. mun. 
du Mans, f. 219. — J.-C. Lebrun, E^%ai de Topographie médicale de la 
ville du Mans et de ses environs. Le Mans, 1812. — Histoire de la Société 
royale de médecine. Paris, 1780. Eloge de M. Barbeu-Dubourg, par 
Vicq d'Azyr, pp. 63-74. — Mémorial de la Mayenne, 1845, t. IV, p. 315, 
Jacques Barbeu-Dubourg , par J. R. P. — Dictionnaire des sciences 
médicales, Biographie médicale. Paris, Panckoucke, 1820, t. I. — Bio- 
graphie universelle anciemie et moderne. Mlchaud, Paris et Leipsig, 
t. m. — Dechambre, Dict. encyclopédique des sciences médicales, art. 
Barbeu-Dubourg, t. VIII. — Renouard, Essais historiques et littéraires 
sur la ci-devant province du Maine. Le Mans, 1811. — N. Desportes, 
Bibliographie du Maine. Le Mans, 1844. — Hauréau, Histoire littéraire 
du Maine, 1870, t. l. — la Grande Encyclopédie, art. Barbeu-Dubourg. 
— Abbé Angot, Dict. de la Mayenne, 1. 1", Laval, 1900. — H. -G. Lelièvre 
DE LucÉ, Notes généalogiques inédites. — Le Bibliophile du Maine^ 
n* 11, p. 7. Uyal, 1896. 



— 77 — 

9® Lettres sur l'histoire par Henry Saint^Jearty lord 
vicomte Bolingbroke, traduites de l'anglois. 1752, 

2 vol. in-8**. (Traduction anonyme attribuée à Barbeu 
par Vicq d'Azyr.) 

10* Chronographiey ou Description des tems, contenant 
toute la suite des souverains de l'univers et des princi- 
paux événemens de chaque siècle depuis la création 
du monde jusqu'à présent^ en trente-cinq planches 
gravées en taille-douce et réunies en une machine 
d'un usage facile et commode, par M. Barbeu du 
Bourgy docteur en médecine et professeur de pharma^ 
cie en l'Université de Paris, à Paris, etc, 1753. 

11** Sommaire de chronologie en vers techniques, in-8** de 

3 pages. (Attribué à Barbeu par Desportes dans sa 
Bibliographie du Maine), 

12** Lettre d'un médecin à une dame au sujet d'une 
expérience de chirurgie faite à l'Hôpital de la Charité 
le 22 juin ilSk. S. 1. n. d. In-8**. (Anonyme, attribuée 
à Barbeu par Vicq d'Azyr). 

13** Seconde lettre d'un médecin à une dame, etc. S. 1. 
n. d. In-8**. (Anonyme, attribuée à Barbeu par Vicq 

d'Azyr). 

14** Lettre à M, Ch*^*, doyen de la Faculté de médecine 
de Paris, au sujet d'un décret du 26 juin sur la 
nécessité des saignées réitérées, par M***, docteur 
régent de la même faculté. S. 1. n. d., 2 éditions. 
(Anonyme, attribuée à Barbeu par Pauly dans sa Biblio- 
graphie des Sciences médicales^ Paris, 1872). Doit être 
classée à Tannée 1756. 

15^ Lettre d'un garçon chirurgien à un de ses cama- 
rades actuellement en boutique à Avignon. Avignon, 
s. d. (Doit être classée à Tannée 1757). Signée : 
Alexandre Diastillet (pseudonyme de Barbeu du Bourg). 

16** Examen des eaux de Briquebec, par M. Barbeu- 
Dubourg, médecin et ancien professeur de la Faculté 
de médecine de Paris, dans le Journal de médecine, 
chirurgie, pharmacie, de janvier 1761, t. XIV, pp. 46-51. 

17^ Gazette d'Épidaure (plus tard Gazette de médecine) 
ou Recueil de nouvelles de médecine avec des 
réflexions pour simplifier la théorie et éclairer la 
pratique, par M. Barbeu-Dubourg. Paris, 1761, 1762, 
1763, in-8^ 



— 78 — 

18^ Recherches sur la durée de la grossesse et le terme 
de l'accouchement, A Amsterdam, 1765, in-8^. (Ano- 
nyme, attribué à Barbeu par Vieq d'Azyr.) 

19** Le Botaniste françois, comprenant toutes les plantes 
communes et usuelles disposées suivant une nouvelle 
méthode et décrites en langue vulgaire, par M. Bar- 
beu'Dubourg, A Paris, 1767, 2 vol. in-12. 

20® Code de Vhumanité, ou Loix immuables qui servent 
de base aux devoirs, aux droits et au bonheur de 
Vhomme^ dans le Mercure de France de décembre 
1768. Signé : J. Barbeu-Dubourg. 

21° Manuel de botanique, 1768, in-12 (?). 

22** Les âges des plantes ou Usages des plantes, 1767, 
2 vol. in-12 (?). 

23** Mémoire à consulter pour A/" Jacques Barbeu du 
Bourg et consorts, tous docteurs- régents de la Faculté 
de médecine de Paris, Daté du 3 août 1768. Attribué à 
Barbeu. 

24** Mémoire à consulter, etc. Daté du 4 septembre 1768. 
Attribué à Barbeu. 

25** Opinion d*u'n médecin de la Faculté de Paris sur 
l'inoculation de la petite vérole, A Paris, chez Quillau, 
s. d., in-12. (Anonyme, attribué à Barbeu. Doit être 
classé à Tannée 1769). 

26** Lettres d'un fermier de Penst/lvanie aux habàans 
de l'Amérique septentrionale, traduites de l'anglois, 
A Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1769. 
Traduction française anonyme, attribuée à Barbeu, 
avec préface de 24 pages, in-8**. 

27** Œuvres de M. Franklin, docteur es loix, etc. Tra- 
duites de l'anglois sur la quatrième édition, par 
M, Barbeu-Dubourg, avec des additions nouvelles et 
des figures en taille-douce, A Paris, chez Quillau, 1773, 
2 vol. in-4^ 

28** Petit Code de la raison humaine, ou Exposition 
succincte de ce que la raison dicte à tous les hommes 
pour éclairer leur conduite et assurer leur bonheur, 
par M, B,-D, Londres, 1774, in-8**. — Passy, 1782, 
in-24. — Paris, 1789, in-12. 

29** Précis sur l'histoire, les effets et l'usage de la 
saignée, ou article Saignée (Médecine thérapeutique), 
extrait du Dictionnaire encyclopédique, Amsterdam et 



— 79 — 

Paris, 1778, in-12. (Attribué à Barbeu par Pauly, dans 
Bibliographie des Sciences médicales, Paris, 1874.) (?). 

30* Calendrier de Philadelphie, ou Constitution de 
SanchO'Pança et du Bonhomme Richard en Pensyl^ 
{fanie. Philadelphie et Paris, in-12, 1778. 

31" Lettre d'un médecin de la Faculté de Paris à un de 
ses confrères au sujet de la Société royale de méde- 
cine, (Anonyme. Doit être classée au mois de février 
1779. Attribuée à Barbeu par les Mém. secr, de la 
Rép, des Lettres, février 1779). 

32" Éléments de médecine en forme d'aphorismes, par 
M. BarbeU'Dubourg, docteur et ancien professeur de 
la Faculté de médecine de Paris, de la Société royale 
de Montpellier, de la Société médicale de Londres, de 
l'Académie des sciences de Stockholm, de la Société 
philosophique de Philadelphie, etc, A Paris, chez 
P.-Fr. Didot, in-12, 1780. 

33" Objections à M, Basselin sur la quadrature du 
cercle, S. 1. n. d. Attribuées à Barbeu par Vicq d'Azyr 
(manuscrites) (?). 

34" Projet d'un cours complet de médecine. Date 
incertaine (manuscrit) (?). 

35" Lettre à Mlle X,,, sur les vents, de date incertaine. 
Attribuée à Barbeu par Vicq d'Azyr (manuscrite) (?). 



GASPARD DU TRONCHAY 



La maison du Tronchay était originaire d'Angleterre 
et, d'après la tradition, remontait à un certain mylord 
Tronck. Quoi qu'il en soit, on sait qu'elle s'établit en 
Bretagne, où elle fonda une abbaye près de Dol ; le nom 
de Perrin du Tronchay est cité dans l'association des 
gentilshommes de l'évéché de Rennes en 1370 ; son fils 
aine, Briand, mentionné en 1427, épousa une demoiselle 
de la Saudraye, qui lui donna deux fils : Pierre, inscrit 
en 1482 au catalogue des gentilshommes ^ et Gilles, 
époux de Marguerite Cordel ou Cordeau, qui, le premier, 
s'établit au Maine ; il y possédait la seigneurie de Mon- 
targ^s, à laquelle il fit donner le nom du Tronchay par 
lettres patentes. Ce fut là le nouveau berceau de la famille, 
celui de Thomas, sieur du Tronchay, du Haut-Breil et 
de Baladé, époux de Jacquine Pitard, fils de Gilles, et 
du petit-fils de Gilles, Jean du Tronchay, sieur du Haut- 
Breil, qui fut licencié es lois, enquêteur de Mayenne. 
C'est à lui sans doute que se rapporte la pierre tombale 
de « Jean Tronchay, sieur du Breil, » inhumé à Notre- 
Dame de Mayenne en 1556 ou 1557. En 1513, Jean du 
Tronchay avait demandé la main de Geneviève, fille de 

1. Son fils, Raoul du Tronchay, sieur do la Saudraye, épousa Perrine 
Freslon de la Preslonnière ; de ce mariage naquit Jacques, sieur du 
CliàtelierRamard, en la paroisse de Béton, ctievalier, cité en 1513, époux 
de Plezon de Bouais. Jacques n'eut qu'une fille, Anne, qui s'allia à Guil- 
laume Louail, chevalier, chef de la branche de la Saudraye-Louail. 



— 82 — 

Jean de Letoré, sieur des Loges ; elle lui donna plusieurs 
héritiers : Tainé, Baptiste, sieur de Baladé en Aron *, 
qui serait né à Sablé en 1508, selon La Croix du Maine, 
épousa, le 7 mars 1537, Jeanne Pancelot de la Paqueraye. 
Il cultiva les belles-lettres et fut conseiller au présidial 
du Mans où il mourut le 21 juin 1557 2. Son frère cadet, 

1. On y voit encore une motte féodale. 

2. Ses fils, neveux du médecin Gaspard, furent remarquables : 

1* Le cadet, Louis-Baptiste, sieur de la Porterie, né au Mans en 1525, 
s'était acquis dès l'âge de vingt-deux ans une grande réputation de 
science ; il vivait dans l'étude, voyageant, visitant la France, ayant hâte 
de jouir des plaisirs intellectuels avant d'épuiser la tragique destinée 
que lui avait prédite l'astrologue Jacques Viard. Le drame ne se fit pas 
attendre. De retour au Mans, Louis se laissa séduire par les sermons de 
l'avocat Gervais Le Barbier de Francourt, qui y prêchait la réforme au 
début de 1560. Les troubles religieux éclatèrent ; en mars, mai, juin 1560, 
en 1561, des rixes sanglantes divisèrent catholiques et calvinistes. Le 
3 avril 1562, les huguenots, maîtres du Mans, pillèrent les monastères à 
la voix du pasteur Merlin, saccagèrent les splendeurs de la Cathédrale, 
tandis que l'évoque Charles d'Angennes s'enfuyait en son cb&teau de 
Touvoie. Les protestants gardèrent la place jusqu'à la panique subite 
qui, le 11 juillet 1562, jour de sainte Scolastique, les jeta hors de la ville ; 
les désordres continuèrent alors dans la campagne du Maine. Après ces 
aventures, Louis du Tronchay dut quitter le pays, et écrivit une histoire 
des troubles religieux auxquels il avait pris part ; elle n'a pas été im- 
primée. Reconnu en 1569 à Thou, près de la Charité-sur-Loire, en Niver- 
nais, par des troupes catholiques, il fut massacré. Les Réformés brûlèrent 
plus tard, pour le venger, le village de Thou. 

2° Georges, frère atné de Louis du Tronchay, né à Morannes, près 
d'Angers, en 1540, eut une destinée plus paisible. Grand amateur d'an- 
tiquités, versé dans la numismatique et la glyptique, c'était un artiste, 
jouissant des beautés de sa collection de médailles et de camées antiques 
qui faisaient l'admiration de son ami La Croix du Maine. U écrivit sur 
la grammaire, composa des poèmes français, un livre d'étymologies, 
un livre des Proverbes à l'exemple d'Erasme, une Lettre en versa Pascal 
Robin du Faux sur la mort de sa femme. Plusieurs de ses productions 
sont citées dans le tome H du Menagiana. Il rédigea les plaintes du 
tiers état du Maine pour les États de Blois. Une mort prématurée l'enleva 
au Mans, le 20 août 1582, à quarante-trois ans. 

Des quatre autres enfants de Baptiste du Tronchay : 

3* Jacques fut sieur de Launay ; 

4* Louise épousa Eustache Neveu, sieur de la Bataille et du Coudray ; 

5* Félix, sieur de la Noô ou de la Noue, en Morannes, appartint, comme 
son frère Louis du Tronchay, au parti de la Réforme ; ministre protes- 
tant à Beaufort-en-Vallée, à Saumur, il fut député au Synode national 
de Montauban ; 

6* Enfin Nicolas du Tronchay, écuyer, sieur de Baladé en Aron, des 
Grandes-Maisons de Launay, de Bagnères, la Bohordière, la Sanguinière, 
Martigné et Champdemanche, receveur des tailles de La Flèche, gentil- 
homme ordinaire de la Chambre du roi, maître des eaux et forêts du 
comté de Mayenne, puis grand audiencier de France, demeurant à Paris, 
rue Saint-André-des-Arcs, épousa, le 26 novembre 1581, Renée, fille de 



— 83 — 

Gaspard ou Gazai du Tronchay , naquit en 1524 ou 1525 à 
Mayenne la Juhel, comme on disait ; celui-là fut médecin. 

François Le Bret, sieur de Plainchamp, conseiller au présidial d'Angers. 
Il eut la réputation d'être un des plus riches de son temps, et fit bien, 
car il eut à doter de nombreux enfants : 

i* François, chevalier, sieur de Martigné, en Avessé, secrétaire du roi, 
pourvu grand audiencier de France à la mort de Thibaud des Portes, 
épousa Claude, comtesse de Brehan de Lisle. Son fils Louis, sieur de 
Martigné et de la Tour-au-Bègue. mort le 5 février 1710, épousa le 
23 décembre 4670 Renée-Suzanne Huault, dame de Vayres, fille de 
Pierre, marquis de Vayres, comte de Jouy, gentilhomme ordinaire de la 
Chambre du roi, et d'Anne d'Heilly de Pisseleu, qui mourut en 1716. De 
ce mariage naquirent : a. Jean-Paul du Tronchay« chevalier, marquis de 
Vayres, qui épousa, le 4 septembre 1715, Anne Aubourg ; b. Jean-Louis, 
gui fut d'église ; c. Renée-Françoise, qui épousa, le 14 août 1690, Charles- 
François du Pouget, marquis de Nadaiilac, et mourut le 5 Janvier 1709 ; 
d. Geneviève-Marie, qui épousa, le 13 janvier 1695, Godef roy de Chausse- 
court, comte de l'Espinasse, mort en 1709, et, en secondes noces, Philippe 
de Tournyol, sieur de Bournazeau, président de l'élection de Guéret. 

2* Renée, mariée, par contrat du 18 avril 1610, à Charles Le Roy de la 
Potherie, conseiller du roi, procureur au Ghfttelet, d'où Robert et Claude 
Le Roy. 

3* Catherine, mariée à Jean Gilles, chevalier, sieur de la Groie ou de la 
Grue, président des trésoriers de France à Tours, maître d'hôtel de Marie 
de Médicis. 

4* Guillaume, sieur de Vion, conseiller au Grand Conseil en 1625, puis 
au Parlement de Paris; époux de Françoise Sain, qui lui donna deux 
enfants : Charles, docteur en Sorbonne, chanoine de la sainte chapelle 
du Palais, à Paris, mort le 7 août 1714 ; Marie-Elisabeth, femme de 
François Mouster ou Moustier, sieur de Monguichet, secrétaire du roi, 
ambassadeur près des cantons Suisses. 

5* Charles, chevalier, conseiller au Parlement le 30 août 1621, conseiller 
du roi en 1640, président de la troisième Chambre des enquêtes en 1645, 
intendant de Caen en 1646, épousa Louise Leboults, qui lui donna : une 
fille, Marie, et un fils, Louis, époux, en septembre 1668, d'Eléonore Le 
Pauvre. Louis, fils du précédent, capitaine au régiment de Picardie, eut 
pour enfants : Éléonore, épouse de J.B. Pinot de la Godinaye, et Louis- 
Joseph-Denis, sénéchal, lieutenant général de Saumur en 1731, époux, 
en 1727, de Charlotte-Françoise Poulain d'Egrie. De ce mariage naquit 
Louis-Guy- Éléonore, le 28 février 1731. 

Charles du Tronchay, chanoine de la Cathédrale du Mans dès 1595, 
mort le 30 juin 1630, et dont l'épitaphe de cuivre était dans la croisée 
de la Cathédrale, à droite de la nef, se rattache probablement à la même 
famille. Son mausolée avait été dessiné par Gaignières. 

M. l'abbé Angot mentionne aussi : Jérôme du Tronchay, sieur de la 
Monnerie, époux de Catherine Sinan, et dont un fils, Damien, est cha- 
noine de Chartres, en 1586 ; — Pierre du T., en 1586 ; — et les héritiers 
de Jacquine du T., épouse de Jean Le Breton, présentateurs à la chapelle 
des Perrouins, à Mayenne (1656). 

Citons enfin, vers la fin du xvi' siècle, Anne du T., épouse de Jérôme 
Gueau ; — Marie du T., épouse de Claude Guestre, président du grenier à 
sel de Mamers ; — Charlotte du T., femme de Guillaume Le Febvre, 
•leur de la Butte, baiUi de Mamers. 



— 84 — 

Nous ne possédons guère de renseignements sur lui 
que ceux fournis par Tavocat Blondeau et par La Croix 
du Maine qui semble l'avoir connu. Que fît-il ? que fut-il ? 
Sans doute un de ces prodigieux érudits du xvi" siècle, 
« expert en toute clergie », glouton de lettres, librorum 
helluo, connaissant par cœur Hippocrate, Galien, Aris- 
tote, Pline, Dioscoride, Elien, Nicandre, parlant latin, 
grec, hébreu, arabe, ébahissant les gens par sa faconde 
de polyglotte. Philosophe, évidemment, comme tous les 
beaux esprits de son époque qui pâlissaient sur les pro- 
blèmes de la Scolastique et la Logique du Stagirite. Il 
s'adonna aussi à la philologie et s'amusa à réformer 
l'orthographe, ce qui était beaucoup moins dangereux 
que de réformer l'Église ou l'Etat. Sa grammaire fran- 
çaise, avec une orthographe nouvelle de son invention, 
resta malheureusement en portefeuille ; c'est du moins 
ce que La Croix du Maine nous apprend. Peut-être fait-il 
une confusion, car il attribue aussi à Baptiste du Tron- 
chay un Traité de la Grammaire françoisey avec inven- 
tion (Taulcuns caractères nouveaux. S'il dit vrai, cette 
réforme de l'orthographe était vraiment une marotte de 
famille ; d'ailleurs elle hanta à cette époque pas mal de 
cerveaux, qui voulurent réagir contre l'abus des lettres 
étymologiques dont les humanistes Rabelais, Ronsard, 
des Périers, avaient surchargé la pauvre langue fran- 
çaise. Les érudits se mirent à donner la chasse aux 
lettres parasites, Louis Meigret ^ Taillemont^, Ramus^ 
tranchèrent et taillèrent dans les mots dont quelques-uns 
faillirent périr de consomption. Le médecin Pelletier *, 
un manceau, prôna l'orthographe phonétique, mais sa 
phonétique était celle de l'accent manceau. II s'attira les 



i. Le TreUé de la Grammère françoèze, fet par Louis Meigret, Lionoès. 
Paris, 4550, in-4*. 

2. Ses deux ouvrages, La Tricarite, Lyon, 4536, in-8», et Discours des 
champs faez^ Lyon, 4553, sont écrits dans une orttiograplie bizarre un 
peu analogue à celle de L. Meigret. 

3. Gramere ffransoezej. Paris, 4562, ln-8*. 

4. Dialogues de Vorihographe et prononciation françoise. Lyon, 4555. 



— 85 — 

foudres de Meigret, qui écrivait d'après la prononciation 
lyonnaise. Malgré ces polémiques, malgré les diver- 
gences des dialectes provinciaux fatales à tous projets 
d'écriture phonétique, de la Noue préconisera encore 
cette théorie en 1596 à la fin de son Dictionnaire des 
rimes *, et, en 1578, à l'exemple de du Tronchay, Hono- 
rât Rambaud 2, de Marseille, simplifiera la question en 
supprimant l'alphabet pour y substituer des lettres de sa 
façon. 

Gaspard du Tronchay était encore poète, et portait 
avec raison sur ses armes l'emblème d'Apollon, le soleil 
d'or rayonnant sur champ d'azur ^. Il composa des ou- 
vrages latins et français, en vers et en prose, demeurés 
inédits. Fort lié avec le poète Jean- Antoine de BaTf, il lui 
dédia un poème intitulé Le Jour ; nous n'en avons point 
trouvé mention dans les œuvres de Baïf, qui ne dédia 
pas même un sonnet à son confrère du Parnasse. Il mit 
de la poésie jusque dans la médecine, et composa sur 
la santé un poème de 1.208 vers français de seize 
syllabes, intitulé V Allégresse selon La Croix du Maine. 
L'avocat Blondeau lui en attribue un, latin, sous le titre 
de De Sanitate tuendâ. Ce n'est peut-être qu'une ver- 
sion latine du précédent. Il ne suivit sans doute pas 
toutes les rigueurs des bons principes d'hygiène qu'il 
avait rimes, car il fut atteint de la fièvre. Il en fit une 
complainte à Dieu en 262 vers, et la dédia à son confrère 
le médecin Pena *. 



1. Diciiomivaire des rimes françaises selon l'ordre des lettres de 

ralphabet plus tm amas d'épithetes recueillies des œuvres de 

Dubartas. Genève, 1596, in-8*. 

2. La Déclaration des abus que l'on commet en écrivant et le moyen 
de les éviter et représenter naïvement les paroles, ce que jamais 
homme n'a fait. Lyon, 1578, in-8«. 

3. Les armes des du Tronchay sont r d'azur» à l'aigle d'or, au soleil 
de même posé au canton droit du chef de Vécu, — Plus tard, la branche 
de Vayres y ajouta deux aigles comme support, la couronne de marquis 
et la devise : Solus intueor, 

4. Pierre Pena pratiquait à Paris, à la fin du zvi* siècle, et fut médecin 
de Louis XIII ; il mourut en 1620. 11 signa aussi le procès-verbal de 
l'autopsie d'Henri IV, sans doute en qualité de médecin du roi. 

6 



— 86 — 

Les listes doctorales de la faculté de Paris, fort incom- 
plètes d'ailleurs pour cette époque dans l'ouvrage de 
Baron, ne mentionnent pas le nom de Gaspard du Tron- 
chay. Il exerçait pourtant dans la capitale, mais il eut, 
paraît-il, quelque brouille avec Fernel qui aurait été 
jaloux de sa science. S'il quitta la ville à la suite de ces 
démêlés, c'est avant 1558, année de la mort de Fernel. 

Gaspard du Tronchay prit le chemin de la Bretagne, 
berceau de ses ancêtres, et pratiqua la médecine à 
Rennes. Il y ilorissait encore en l'année 1584, malgré 
ses soixante ans bien sonnés. C'est dire que la mort ne 
tarda pas sans doute à rappeler à l'auteur du poème sur 
La Santé le couplet mélancolique du médecin de la 
grande danse macabre : 

Long temps a qu'en Fart de phisique 
J'ay mis toute mon estudie. 
J'avois science et praticque 
Pour guérir mainte maladie. 
Je ne sçay que je contredie, 
Plus n'y vault herbe ny racine 
N 'autre remède, quoy qu'on die : 
Contre la mort n'a médicine ^ 

Au dire de Blondeau, le docte médecin Gaspard laissa 
un fils, Mathurin du Tronchay, sieur de Vautorte, éga- 
lement humaniste, et qui fut, d'après ce biographe, 
« fort considéré à la cour de Henri III où il composa, entre 

1. Pour la biographie de du Tronchay, consulter : Bibliothèque natio- 
nale, cabinet des titres : Cabinet d'Hozier, 324 ; Ihid.y Dossiers bleus, 647 ; 
Ihid,, Carrés de d'Hozier, 612. — Bibl. mun. du Mans, Mss de Négrier de la 
Crochardière, n» 351. — Les Portraits des hommes illustres de la pro- 
vince du Maine, par Blondeau. Le Mans, 1676. — Bibliothèque françoise, 
de La Croix du Maine et de du Verdler, sieur de Vauprivas. Paris, 1772, 
t. I, p. 259. — Dictionnaire historique, de Morerl. Paris, 1759, t. X. — 
Dictionnaire topographique, historique et généalogique de la province 
et du diocèse du Maine, par Le Palge. Le Mans, 1777, t. II, p. 309. — 
Seconde partie de l'histoire de Sablé, par Gilles Ménage (publiée par 
Hauréau). Le Mans, 1844. — Essai de topographie médicale de la ville 
du Mans et des environs, par J.-C. Lebrun. Le Mans, 1812. — Histoire 
littéraire du Maine, par B. Hauréau. — La France protestante, par 
Haag. Paris, 1853, t. IV. — Dictionnaire de la Mayenne, par l'abbé 
Angot, t. III. 



— 87 — 

autres ouvrages, un livre de V Instruction des Princes ». 
On trouve son nom parmi ceux des notables qui décidè- 
rent, le 16 avril 1606, rétablissement d'un monastère de 
capucins à Mayenne. Le poète manceau Jacques Tahu- 
reau lui a dédié une pièce de vers *. 

1. A Mathurin du Tronchay, l'un de ses plus grands amys. 

Si tu fis onq prouve de l'estlncelle, 

mon Tronchay, du brandon furieux 

Dont cet enfant, le plus puissant des dieux, 

Nous va bruslant par sa flèche mortelle, 

Si onq hélas ! quelque belle cruelle 

T'a fait mourir des doux traits de ses yeux 

Et si tu as d'un beau vers gracieux 

Fait vivre après sa cruauté trop beUe : 

Vien, mon Tronchay, vlen m'ayder à chanter 

Le fier amour dont me fait enchanter 

L'œil, mais trop beau, de ma Nimphe admirable. 

Ou vien au moins, après que mon destin 

Par cet amour m'aura fait prendre fin. 

Pleurer sur moi, tendrement pitoyable. 

{Les poésies de Jacques Tahureau, du Mans, mises toutes ensemble 
et dédiées au révérendissime cardinal de Guise. Paris, 1574). 



ANDRÉ MELLÉ 



On peut voir à la Bibliothèque Mazarine un vieux 
volume dont la reliure fatiguée protège des parchemins 
recroquevillés ; ce grimoire vénérable, bourré de notes 
latines, n'est autre que le Liber procuratorius Nationis 
Gallicœy le registre de gestion des procureurs de la très 
honorable Nation de France en l'Université de Paris. 

L'Université, dont le recteur était le chef suprême, 
comprenait quatre Facultés ; d'abord celles de théologie, 
de médecine, de droit canon, soumises à l'autorité de 
leurs doyens. La quatrième, celle des Arts, était la plus 
importante, car elle seule élisait le recteur, qui était tou- 
jours pris dans son sein ; ses étudiants se groupaient en 
quatre Nations, France, Picardie, Allemagne et Norman- 
die, divisées elles-mêmes en tribus. Chaque Nation était 
gouvernée par son procureur, assisté de quelques dignitai- 
res, censeur, trésorier, tous choisis parmi les professeurs 
ou les bacheliers. Le procureur, chef et syndic de la 
Nation, la convoquait au besoin, en présidait les assem- 
blées, et était assesseur au tribunal du recteur ^ Mais 
le procureur de la Nation de France avait des prérogati- 
ves plus hautes que celles de ses collègues, car il possé- 
dait le privilège d'assembler au besoin, et de présider la 
Faculté des Arts tout entière, lorsque le recteur manquait 
ou était absent. Telles furent les hautes fonctions dévo- 
lues en 1586 à André Mellé. 

André Mellé, Andrœas Mellœus, Tremulanus Pare- 
nœus Lavallensis CenomanuSy était né, comme l'indi- 

1. Le tribunal du recteur se composait du recteur, président, des trois 
doyens, des quatre procureurs des Arts, d'un syndic et d'un greffier à vie 



— 90 — 

quent ces titres aussi pompeux que ceux d'un sénateur 
romain, à la Tremblaye en Parné près Laval. Il avait 
d'abord professé pendant cinq ans au collège du Plessis ' 
en l'Université de Paris, puis rempli les fonctions de 
préfet dans le même collège. Lorsqu'il fallut remplacer 
le procureur sortant, Charles Gilmerius, doyen de la 
province de Reims, le rapporteur, maître Mathieu Bar- 
doul 2, proposa de nommer son compatriote Mellé ; c'est 
en effet le préfet du collège du Plessis que désigna le 
choix unanime des écoliers de la Nation de France, le 
10 février 1586. Cinquante ans auparavant, un autre 
Lavallois, Jean Morel, professeur au collège des Bons- 
Enfants, avait aussi occupé ce poste d'honneur ^. 

Il était d'usage que le procureur fît choix d'une devise ; 
Mellé en prit deux : « Non melle (mel) nisi apibuSy » et 
cette maxime fort stoïque : « Nemo justus esse poiest 
quimortem, quidolorem^ qui exilium, qui egestatem 
timet ; aut qui his contraria œquitali anteponit. » Ce 
dignitaire qui primitivement ne devait rester qu'un mois 
dans sa charge, aux termes d'une décision prise par la 
Nation le 13 janvier 1459, l'occupait en général deux 
mois. Le 9 avril 1586, Mellé, qui venait d'être reçu bache- 
lier de la très salutaire Faculté de médecine de Paris, fut 
prorogé pour deux mois ; mais il ne pouvait l'être qu'une 
fois. A l'expiration de ses fonctions, il rendit aux cinq 
tribus de la Nation ses comptes de gestion qui furent 
approuvés. Marcellin Cordier (Corderius) lui succéda. 

Trois événements graves avaient marqué le passage 
aux affaires de notre Lavallois : d'abord M* Philibert, 

1. Le collège du Plessis, situé rue Saint- Jacques, à côté du coUège de 
Marmoutiers, avait été fondé en 1323 par Geoffroy du Plessis, protono- 
taire de France, pour les écoliers pauvres des diocèses de Tours, SisdntMa- 
lo,Evreux, Rouen, Sens, Reims. Restauré en 1646 par l'architecte I^mer- 
cier, puis réuni à la Sort>onne, il servit de prison pendant la Révolution ; 
il fut ensuite occupé par l'École Normale, par quelques sections de la 
Sorbonne, et finalement rasé pour faire place au lycée LouisleGrand. 

2. Mathieu Bardoul (Bardoliu^), né dans le Maine, fut élu procureur 
de la nation du Maine, le 6 mai 1582. 

3. Liber procuratorius, p. 15. — Jean More! fut élu procureur de la 
Nation de France le 14 Janvier 1537, 



— 91 — 

avocat de TUniversité auprès du Parlement *, mourut. 
On dut le remplacer ; M® Gaultier fut désigné. 

Ensuite il lui fallut résoudre, de concert avec le rec- 
teur Jean Filesac, la question du grenier au parchemin. 
Une fois par an, au mois de juin, la foire au parchemin 
avait lieu pendant les fêtes du Lendit, dans la plaine 
Saint-Denis. L'Université partageait avec les parche- 
miniers du roi le privilège de choisir, la première, la quan- 
tité qui lui était nécessaire ; elle faisait ses emplettes en 
grande pompe, et les écoliers faisaient force ripailles en 
cette occasion de réjouissances ; c'est seulement lorsque 
l'Université était pourvue que les débitants ordinaires 
pouvaient faire leur provision. Mais le recteur touchait 
encore un droit sur la vente du parchemin (16 deniers 
parisis ou 20 tournois par botte). Il fallait qu'il pût la 
contrôler et estampiller les feuilles, car les parchemjlniers, 
pour se soustraire à cet impôt, faisaient souvent entrer 
des liasses en fraude ^ ; une halle au parchemin avait 
donc été complaisamment offerte à l'Université par les 
Mathurins. Cette servitude fit l'objet de contestations 
qui duraient depuis cinquante ans lorsque Mellé arriva 
au pouvoir. En effet, après avoir longtemps donné une 
hospitalité gratuite au parchemin universitaire , les moines 
avaient demandé en 1537 qu'on leur payât un loyer. Leur 
réclamation fut entendue, et ce débours fut pris sur les 
fonds publics de l'Université. Mais en dépit de cette 
satisfaction, les religieux voulurent définitivement se 
débarrasser de ce bail. « Ces religieux, dit Crevier, n'é- 
taient plus également sensibles à l'honneur de donner 
l'hospitalité à un corps tel que l'Université ^. » Les pour- 
parlers traînant en longueur, ils y mirent fin en fermant 
un beau jour la halle au parchemin. 

A cette nouvelle, Jean Filesac convoqua en toute hâte 

1. L'Université avait quatre avocats près du Parlement et deux avo- 
cats au Chàtelet. 

2. En 1585, un parcheminier avait été condamné par le parlement 
comme contrebandier à une amende de 40 écus d'or au profit du recteur. 
Pour s'éviter ces contestations, le recteur affermait son droit depuis 1561. 

3. Crevier, HUt. de l'Université de Paris, Paris, 1761, t. VI, p. 342. 



— 92 — 

rUniversité. On décida d'abord que le parchemin serait 
logé dans les bâtiments de la Nation à laquelle appar- 
tiendrait le recteur ; mais le recteur changeait tous les 
trois mois, c'eût été faire trop de déménagements. On 
se résolut donc à louer une salle à cet effet dans un des 
collèges de l'Université. Le 20 mai 1586, les quatre 
Nations chargèrent le trésorier et le recteur de chercher 
un local et de payer sur les fonds communs les frais du 
déménagement ; c'est le collège de Justice qui abrita 
désormais la précieuse denrée ^ 

La dernière entreprise dont notre procureur eut à 
s'occuper, ce fut le maintien des saines doctrines contre 
les novateurs, je veux dire le fameux Giordano Bruno et 
ses sectateurs. « Fugitif de l'Italie, dit Crevier, où ses 
dogmes impies le mettoient en danger d'éprouver les 
traitemens les plus rigoureux, et cherchant un asyle dans 
des pays où il pût espérer plus de liberté, Paris lui sem- 
bla un séjour convenable à ses vues '^... » Repoussé de 
Genève par le fanatisme de Bèze et de Calvin, Bruno 
avait gagné Lyon, puis Toulouse, puis Paris où il deman- 
da au recteur de l'Université la permission d'enseigner 
publiquement la philosophie. Comme Henri III proté- 
geait le solliciteur, le recteur accorda l'autorisation, et 
en 1582-1583, l'Italien exposa aux Parisiens les doctrines 
de Lulle ; puis il alla passer quelque temps à Londres, 
et revint à Paris en 1585-1586. Mais il résolut alors de 
divulguer ses idées à lui, idées fort audacieuses d'ailleurs, 
puisqu'il ne s'agissait de rien moins que de contester les 
dogmes péripatéticiens 3. 

Bruno écrivit trois lettres, l'une aux fervents de la 
philosophie, l'autre au roi, la dernière au recteur. Il 

i. « Cum pergamenariis defuisset loctis ad recipiendum pergame- 
num aliunde advectum, quatuor nationibu^ statutum est procurato- 
rem a fisco et quœstorem Àcademim locum idoneum quœsituros 
conducturos, et ex mrario publico (su/nt anteaJ prœcium condu^tionts 
persoluturos esse, 20 maii 1586 n. [Liber procuratorius , toc. citj. — 
Voy. aussi Crevier, loc. cit., t. VI, p. 382 et suivante. 

2. Crevier, loc, cit., p. 384. 

3. Cf. Chr. Bartholmess, Jordano Bruno, Paris, 1846-1847, 



- 93 — 

demandait qu'on ouvrit un débat public où il se chargeait 
de combattre, ou tout au moins de discuter les principes 
de la physique d'Aristote. Le recteur, Jean Filesac, était 
un esprit large : il permit à Bruno de s'expliquer. Une 
foule énorme d'écoliers et de maîtres accourut à cette 
joute oratoire, qui commença le jour de la Pentecôte de 
Tannée 1586 ; Jean Hennequin soutint la thèse, et Bruno, 
qui présidait, dirigea ses coups. Ils dissertèrent encore 
pendant trois jours sur la nature et l'univers, et l'Ita- 
lien opposa au dogmatisme du Stagirite le critérium de 
«l'évidence , » seule lumière devant laquelle la raison humai • 
ne puisse s'incliner. Après cet éclat, on ne pouvait plus 
tolérer Bruno : il fut expulsé de l'Université de Paris, 
et reprit le cours de sa vie errante. Il partit pour Mar- 
bourg et continua son apostolat philosophique dans tou- 
tes les écoles de l'Allemagne, ici applaudi, là suspect ou 
pourchassé ; c'étaient autant d'étapes vers le bûcher sur 
lequel il devait finir à Rome, en 1600, moins de quinze 
ans après sa grande controverse à Paris. Mellé relata 
avec satisfaction sur son registre le bannissement du phi- 
losophe * : il oublia ce jour-là de regarder au verso de 
la page la devise — la sienne — dont le proscrit s'était 
certainement plus inspiré que les proscripteurs : « Nemo 
justus esse potes t qui mortem^ qui dolorerriy qui exi- 
lium^ qui egestatem timet ». 

Bruno, dans sa fuite, avait entendu pour la dernière 
fois retentir à ses oreilles ce « Galliœ tumulius » qui 
déjà l'avait épouvanté à son arrivée à Paris, le murmure 
menaçant des dissensions politiques qui allaient bientôt 
éclater plus bruyamment et ensanglanter la France. 
Dans une pareille crise, l'Université achevait de se désor- 
ganiser. En 1580, 1581, 1582, la peste avait dispersé maî- 
tres et écoliers ; en 1583 une nouvelle épidémie fit rage ; on 
songea même un moment à fermer l'Université : on se 

1. (( Mense maio Jordanus Brunus Nolanus Italiens qui maximum 
numerum indigestarum propositionum contra Aristotelem et péri- 
patelicos defendendum suscepisset, nec unicam potuisset, cwm ma- 
ximo populi applausu expulsus est n. (Liber procuratorius, loc. citj. 



— 94 — 

borna seulement à exclure les externes des collèges, et 
à ne plus faire de cours qu'aux internes. La peste finie, 
la politique se chargea d'en continuer les effets : la dis- 
solution des mœurs, le relâchement de la discipline, la 
décadence des études, les dissensions philosophiques et 
religieuses accélérèrent la décadence. « En 1584, dit 
M. Ch. Jourdain, avant que la turbulence de la populace 
de Paris eût dégénéré en révolte ouverte, Henri III se 
plaignait déjà que les troubles avaient grandement dimi- 
nué et dépravé T Université ; les plus doctes étaient morts 
ou s'étaient exilés, et il ne s'était point trouvé de sujets 
en nombre suffisant pour les remplacer. Au lieu d'éco- 
liers étaient entrés dans les collèges des solliciteurs et 
locataires de chambres, la discipline y étant pour la plu- 
part délaissée *. » La Faculté des arts, qui avait trouvé 
assez d'énergie pour faire preuve d'intolérance contre 
Bruno, n'en avait point gardé pour tenter de se réorga- 
niser, et dans la Satire Ménippée M. d'Aubray pourra 
dire tristement à M. Roze : « Où est l'honneur de notre 
Université ? Où sont les collèges ? Où sont les escho- 
liers ? Où sont les leçons publiques où l'on accourait de 
toutes les parties du monde ? Où sont les religieux étu- 
dians aux couvents ? Ils ont pris les armes, les voilà tous 
soldats débauchez ! » 

Ainsi, professeur, préfet ou procureur d'Université, 
Mellé n'eut sous les yeux que d'afiligeants tableaux. 
Lorsqu'il eut résigné ses fonctions et griffonné au bas 
de son registre de gestion les arabesques de sa dernière 
signature et les volutes capricieuses de son paraphe, il 
se remit avec ardeur aux études de médecine. Il fut reçu 
licencié sous le décanat de Jean Riolan (1586-1587), après 
avoir soutenu dans le courant de l'année 1587 ses deux 
thèses : l'une sous la présidence de P. Collier : a An ut 
vir sic mulier conférât ad generationem foetus ? Aff. » ; 
— l'autre sous la présidence de N. Marchand : « An 

i. Ch. Jourdain, Histoire de rVniversité de Paris au XVII' et au 
XVIIP siècle, Paris, 1862, p. 2. 



— 95 — 

morbi capitis quant thoracis periculosiores ? Aff. » 
Resta-t-il à Paris pendant les terribles jours du siège 
et les troubles de la Ligue ? Je ne sais. Toujours est-il 
qu'en 1602 on le retrouve établi comme docteur en méde- 
cine dans la ville de Laval, et marié à demoiselle Renée 
de Torchard. Il parait qu'il consacra ses loisirs de prati- 
cien à cultiver les Muses, et La Croix du Maine nous 
apprend qu'il « a écrit plusieurs poèmes françois, soit 
Cantiques ou Noëls, traductions de poètes, sonnets de 
son invention, desquels il y en a quelques-uns d'impri- 
mez. » Nous n'avons pu retrouver ces pièces. 

Nous savons pourtant par ailleurs que Mellé fut un 
érudit et un curieux, et M. l'abbé Angot raconte qu'il fut 
victime de la plus cruelle mésaventure qui puisse arriver 
à un fureteur : la perte d'un document. Son voisin, Claude 
de Meaulne, seigneur de Rouessé, sachant qu'il se plai- 
sait « à la recherche des antiquités de ce pays », lui avait 
un jour communiqué un parchemin intéressant, parche- 
min authentique, unique, introuvable, le testament de 
Guy VII écrit « de caractères antiques, garni de neuf 
sceaux pendants ». Mellé, fort intéressé par ce vieux 
texte de 1265, eut la malencontreuse idée de le montrer au 
procureur fiscal du comté de Laval, M. Annibal de Farcy. 
Ce magistrat peu scrupuleux s'empara de la pièce : en 
vain Mellé, bouleversé, s'indigna, discuta, supplia, l'autre 
ne voulut rien entendre. Notre médecin dut aller confes- 
ser, la tête basse, son malheur à M. de Meaulne. Celui- 
ci, qui avait besoin de son parchemin pour compléter ses 
titres de famille, porta plainte, et le juge des exempts 
condamna de Farcy, le 9 août 1614, à la restitution. Je ne 
sais ni où ni quand Mellé mourut, mais on peut penser 
qu'il ne fréquenta plus jamais les procureurs ^ 

\. A consulter : Bibliothèque française de La Croix du Maine et de 
du Verdier, par Rigoley de Juvigny. Paris, i772, t. I, p. 20. — Histoire 
littéraire du Maine, par B. Haureau, Paris, 1876, t. Vni,p. i79. — Dic- 
tionnaire historique de la Mayenne, par l'abbé Angot. Laval, 19(fâ, 
t. III. — Liber procuratorius Nationis Gallicœ, Mss. 3312 de la Biblio- 
thèque Mazarine, p. 145. (La signature d'A. Mellé ligure à la p. 146). 



JULIEN BÉRÉ 



Julien Béré, Bere ou de Bere, naquit à Laval vers le 
milieu du xvi" siècle, de Jean Béré et de Marie Rebuffé. 
« Sa patrie, dit Ansart, ne lui offrant pas les ressources 
que l'étendue de son génie lui iaisoit désirer, il n'y resta 
que le temps nécessaire pour apprendre les premiers 
principes de la langue latine et alla chercher des leçons 
plus relevées dans les écoles de Paris. Son application 
l'eut bientôt tiré de la foule ; ses professeurs, surpris de 
l'intervalle qu'il laissoit entre ses condisciples et lui, le 
suivirent de plus près et firent éclore tant de talens dans 
cet élève qu'il attira les regards et même l'admiration de 
l'Université. » Un tel sujet devait rapidement passer 
maître. On lui donna une chaire au collège d'Harcourt, 
où il enseigna pendant huit ans. 

On pérorait beaucoup dans l'Université : l'éloquence 
de Béré fut mise à contribution. En 1571, probablement 
lors d'une séance solennelle, notre Lavallois prononça un 
long discours à la plus grande louange du grec et du 
latin. Il vengea ces deux nobles langues méconnues par 
d'obscurs blasphémateurs, « hœc studia ab indigna et 
insolenti talium nebulonum criminatione ». 11 versa 
d'amères larmes en voyant s'éclipser à nouveau, au mi- 
lieu des discordes civiles, les lettres que la munificence 
de François P' avait fait briller d'un si vif éclat, « ex 
diuturna jactatione gothicoque naufragio enatantes... 
densissimis ignorantiœ tenebris iterum immergere. » 
Et après un éloge pompeux de la Grèce et de Rome, il 
termina son discours par cette enthousiaste péroraison : 
« Ah ! puissé-je raviver vos souvenirs, hâter votre course. 



— 98 — 

vous inciter à cultiver l'étude de Téloquence, à appro- 
fondir celle de la langue grecque et latine avec toutes les 
ressources de votre esprit ! Mettez-vous bien dans l'idée 
que vous ne pouvez rien faire de plus digne de l'homme, 
de plus utile à l'intelligence, de plus propre à tous les 
genres de vie que d'employer à ces travaux le plus dur 
de vos labeurs, le meilleur de votre zèle. C'est là un port 
contre tous les orages de la fortune cruelle, le plus sûr 
abri où vous puissiez vous arrêter, vous reposer. C'est 
le refuge où vous vous sauverez, la citadelle d'où vous 
repousserez les traits du destin ; cette science n'est nui- 
sible à personne ; salutaire à tous, nécessaire aux stu- 
dieux, elle sera aussi l'amie des affligés, l'agrément des 
vieillards, la richesse des pauvres, la parure des riches, 
l'illustration des nobles. Dixi! » 

Il semble que cette apologie de l'emploi des langues 
mortes au préjudice de la langue française ne soit qu'une 
pure déclamation de rhétorique, car à cette époque tous 
les ouvrages savants étaient écrits en latin. Mais il fait 
bon voir la Sorbonne écouter l'éloge du grec, elle qui 
avait si longtemps suspecté les langues hellénique et 
hébraïque qu'on enseignait au Collège de France ; on se 
rappelait encore les anathèmes furibonds fulminés par 
Noël Beda *, qui avaient fait bien rire Clément Marot : 

a L'ignorante Sorbonne ! 



Est défendu qu'on ne voise, alléguant 
Hebrieu, ni grec, ni latin élégant, 
Disant que c'est languaige d'héréticque. 
O pauvres gens de sçavoir tout étiques ! * » 

Après le discours de Béré, Marot n'aurait pu que faire 
amende honorable à la Sorbonne. Ce plaidoyer aurait 
été, d'après Ansart, imprimé à Paris en 1571, chez 

1. Noël Bedier, dit Beda, principal du coUëge de Montalgru, sjndic de 
la Faculté de théologie, adrersaire acharné de la Renaissance, d'Érasme, 
de Berquin. Il mourut interné au Mont-Saint- Michel en 1536. 

2. Marot. An Roy, de son ezU à Perrare. 



— 99 — 

Mathieu David. Il fut sans doute réédité, car Texem- 
piaire que possède la Bibliothèque nationale, sortit des 
presses de Denis Dupré, en 1572 : Juliani Beroei Lava- 
lensis oraiio avTtya>l(èai^(xuqpro veteris Grœci et Latini 
sermonis usu retinendo, habita Lutetiœ anno 1511; 
ad cLarissimum virum et omni virtutum génère cumu- 
latissimum Baronem Castri-Russi. Parisiis^ ex typo* 
graphia Dionysii a Prato, via Amygdalina ad Veritatis 
insigne y 1572 K C*est une brochure de dix-sept pages, 
précédées de deux pages de dédicace où Fauteur accable 
de louanges François de Maillé de la Tour-Landry, comte 
de Châteauroux, seigneur d'Entrammes au Maine 2. 

A Tentendre, Béré était d'une timidité excessive, il 
s'en accuse dans sa préface et dans son discours : « Pu- 
dore subrustico condita est (natura). » Pourtant, il 
acceptait volontiers des éloges pompeux, si j'en juge par 
les pièces de vers qu'il insère en première page : 

Juliano BeroeOy authori kujus orationis eloquentiss. 
Fr. Le Picard Rhotomagœus Caletensis : 

Si quant ver a fidem faciunt oracula vatum 

Et 8unt Pythagorœ dogmata vera seniSy 
Tullius eloquii princeps gentisque togatœ 

Primus honos nundum mortis obivU iter; 
Vivit adhucy vel tu, mutato nomine, cœlo 

Tractam hujus mentent, docte Beroee, capis! 
Cur ita ? Mellitos redolent tua dicta lepores 

Et redivivus adest Tullius ore tibi. 

D'ailleurs, pour ne pas faire de jaloux, sans doute, le 
complimenteur crut bon de congratuler toute la famille 
de Cicéron-Béré : il félicita son frère, Jean Béré, avocat 
au Parlement de Paris : 

En lege fratris opus, cujus facundia tanta est, 
Gratia quanta tua est, quantus in ore lepos. 

1. Béré était encore à cette époque au collège d'Harcourt, car on lit à 
la fin de la préface : Vale e Museo Baricuriano S cal. februarii, 
MDLXXII. 

2. Chambellan du roi et du duc d'Alencon, François de Maillé épousa, 
le 3 (éyrier 1564, Diane de Rohan. U mourut en 1586. 



— 100 — 

Est vobis in eo paritas fraterna duobus 
Sed ços dissimiles vita futura notât : 

Nempe inpurpureo dices tu jura senatu, 
Alter opus medica clarus ab arte dabît. 

Quoique simple étudiant en médecine, Béré fut élu 
procureur de la Nation de France en TUniversité de 
Paris, le 7 des ides de juin 1573, au rapport de Jean 
Moreau ; l'unanimité des voix le porta à la place laissée 
vacante par Martin Gyard, de Poissy. Le nouveau digni- 
taire inscrivit sur le registre des procureurs ces deux 
devises, qui me font encore douter de sa timidité : 

Famam extendere factis hoc {^irtutis opus. 
Non levis ascensus qui petit ardua. 

Son administration ne fut signalée pourtant par aucun 
fait bien saillant. Il fit seulement rassembler et mettre 
au net sur un beau registre les titres de la Nation de 
France. Il note aussi que des laïcs auraient voulu abolir 
les privilèges universitaires, mais que Tintervention du 
cardinal de Bourbon, évéque de Beauvais, sauvegarda 
ces droits ; l'affaire ne devait pas être bien sérieuse, car 
Crevier n'en parle pas. D'ailleurs, le prélat, en dépit de 
son titre de conservateur apostolique des privilèges uni- 
versitaires, n'eût été, en une grave occurrence, qu'un 
protecteur fort tiède : « La faiblesse du cardinal de 
Bourbon, dit Crevier, est connue par toute l'histoire, il 
entra si peu dans les vues de l'Université dont il étoit 
protecteur par sa charge qu'il reçut dans ce temps-là 
même et lui envoya une requête des jésuites ^ » Or, les 
jésuites étaient alors en guerre avec l'Université. 

Béré écrivit également dans son Mémorial que cette 
année-là le duc d'Anjou, plus tard Henri III, fut procla- 
mé et couronné à Paris roi de Pologne. Peut-être 
assista-t-il à la cérémonie, car tous les dignitaires de 
l'Université y furent convoqués ; et le recteur prit rang 
immédiatement après le Parlement. 

1. Crevier, Histoire de l'Université de Paris, t. VI, p. 299. 



— 101 — 

Le 23 septembre 1573, notre Lavallois remit ses fonc- 
tions à Claude Fannelet, de Sens. L'année suivante, le 
13 juin 1574, il eut Thonneur d'être promu au rang 
suprême : il coiffa le bonnet à gland d'or et ceignit la 
ceinture violette, insignes de la dignité de recteur de 
l'Université. Il la représenta donc aux obsèques solen- 
nelles du roi Charles IX à Paris et à Saint-Denis, les 
12 et 13 juillet. Dès le 22 juin, l'Université avait fait 
célébrer aux Mathurins un service pour l'âme du mo- 
narque. Le 9 août, l'Université présidée par Béré admit 
le curé de Saint-Germain-le-Vieux, Beuvart, à permuter 
avec Gilles Sçavant, qui céda en échange à son prédé- 
cesseur son canonicat de la cathédrale de Laon. Le 
recteur eut à s'occuper également des réclamations du 
médecin Maurice de la Corde, l'un des six docteurs exclus 
de la Faculté de médecine comme hérétiques par décisions 
de 1562, 1569, 1571 et 1573. De la Corde, pour rentrer 
dans ce corps, s'était fait octroyer par le roi des lettres 
de grâce, le 17 mai 1571. La Faculté refusa de l'admettre 
sans l'autorisation du recteur de l'Université qui devait 
connaître de ces délits. Le huguenot en référa au Parle- 
ment qui rendit, le 3 août 1573, une décision confirmant 
un arrêt de 1569 en sa faveur. Le recteur, avisé par le 
doyen, demanda qu'avant toutes choses, de la Corde 
abjurât publiquement son erreur devant l'Université. 
Celui-ci de réclamer encore auprès du Parlement : les 
magistrats déléguèrent Poésie au doyen de la Faculté 
de médecine, en vue d'un accommodement ; le refus fut 
formel, et le 24 septembre 1574, le recteur, qui était 
alors Béré, rédigea une requête contre la décision de la 
Justice. Ce fut son successeur Jean Deniset, qui reçut, 
le 28 décembre, la rétractation du calviniste ; d'ailleurs, 
quand il s'agit de la répéter devant l'Université assem- 
blée, de la Corde fit défaut, et je ne sais s'il fut réintégré ^ 

En 1575, Béré, redevenu simple bachelier en médecine, 
était principal du collège du Mans, en l'Université de 

1. Égasse du Boulay, loc. cit 

7 



— 102 — 

Paris ^ L'année, suivante il passa ses thèses pour con- 
quérir le grade de licencié ; Tune sous la présidence de 
Jean Beauchesne : An aquiloniœ quant austrinœ pieu- 
ritidis curatio difficilis ? Le pauvre Eole fut rangé ce 
jour-là parmi les facteurs des pleurésies. La seconde 
thèse fut présidée par Le Gros : An ut venm sectio sic 
purgatio mentis affectibus salutaris ? Affirmative. 
Baron ^ ne donne pas le titre de la thèse doctorale de 
Béré ; mais il nous apprend que la question débattue à 
Tacte pastillaire, le 12 décembre 1576, fut : 

. ( febri quartanœ catharticum salutare ? 
' paroxysmi die molienda purgatio ? 

Ceci se passait sous le décanat d'Etienne Gourmelen 
(1574-1576) et de Claude Rousselet (1576-1578). En 1576, 
le nouveau docteur présida la thèse de Pierre Artuys : 
An omnis a temperamento facultas? En 1587, celle de 
Pierre Pijart : An nuptarum quam virginum morbi 
periculosiores ? Je ne sais pourquoi Béré fut si rarement 
honoré de la présidence des actes de TEcole ; peut-être 
sa santé était-elle trop chancelante pour lui permettre 
ces fatigues, car il mourut prématurément le vendredi 
31 juiUet 1598 3. 

1. Le collège du Mans fut fondé à Paris au début du xvi' siècle pour 
douze écoliers pauvres de ce diocèse par le testament du cardinal de 
Luxembourg, évoque du Mans. Le cardinal Louis de Bourbon y affecta 
l'hôtel que les évêques du Mans possédaient dans la capitale, rue de 
Reims, sur la montagne Sainte-Geneviève ; les statuts furent édictés en 
4526. Les jésuites du collège de Glermont l'achetèrent en 1682 et le réuni- 
rent à leur établissement qui fut reconstruit sous le nom de collège Louis- 
le-Grand. 

2. Th. Baron, Quœsiionum medicarum quœ circamedicinœ theoriam 

et prdxim m scholis Fac. Med. Par. agitatœ sunt chronologica 

séries. Paris, 1752. 

3. Commentaires Mss. de la Faculté de médecine, t. IX (i597-ieO(), 
f* 31, verso. « M. Julianus Béré obiit die Veneris uUimajulii antw 4598. » 

Pour la biographie de Béré, consulter : 

Ansart, Bibliothèque littéraire du Maine, Ghalons, Le Mans, Paris, 
1784, t. I. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine. — Abbé Angot, 
Dictionnaire de la Mayenne. Laval, 1900, t. L — César Egasse du Boulay, 
Historia Universitatis Parisiensis, Paris, 1673, t. VI, pp. 737-738. — 
Liber procuratorius Nationis Gallicœ, mss., Bibl. Mazarine, n« 3312, 
f* 106 (la signature de Béré y figure). 



ALLARD 



Le 18 mars 1789, les représentants des communes des 
cinq sénéchaussées d* Anjou se rassemblèrent à Thôtel 
de ville d'Angers pour rédiger leurs cahiers de doléan- 
ces et nommer huit députés aux États-Généraux. 
M. Milscent, lieutenant civil de la sénéchaussée, trônait 
au fauteuil présidentiel, assisté du procureur du roi et 
du greffier Baret. M. le lieutenant civil était ce jour-là 
en veine d'éloquence : il parla de sa profonde sensibilité, 
du monstre de la tyrannie, de Fabime du despotisme ; 
il sut flétrir comme ils le méritaient les scandales du 
pouvoir arbitraire, trouva des accents émus pour pleu- 
rer la patrie expirante, louer l'indépendance de la vertu, 
la bonté du roi et les réformes de M. Necker. 

Quand l'orateur fut à bout de métaphores, on s'occupa 
de la fusion des cahiers de vœux en un cahier unique, ce 
qui demanda deux séances, après quoi l'on procéda aux 
élections. 

Elles durèrent deux jours, les 20 et 21 mars. Bariller 
de Pallée, le négociant Riche, l'avocat Brevet de Beau- 
jour, furent nommés scrutateurs, et l'assemblée du Tiers 
désigna ses huit représentants : c'étaient Milscent, 
Constantin-François Chassebœuf-Volney, bourgeois, 
Louis-Marie de la Revellière de Lépeaux, bourgeois. 
Brevet de Beaujour, Riche, Th. -M. -G. Desmazières, 
conseiller au présidial, J.-C. Le Meignan, lieutenant cri- 
minel de Baugé, et Louis-François Allard, médecin à 



— 104 — 

Château-Gontier. Les nouveaux élus acceptèrent immé- 
diatement leur mandat ^ 

Aiiard était né à Craon. Son père, René Aliard, négo- 
ciant, était un des notables ; en effet nous le voyons con- 
voqué en 1770 par le Conseiller du présidial, ainsi que 
maître Jacques-René Chassebœuf '^, avocat à Craon et 
ancien administrateur de Thôpital, pour délibérer sur les 
réformes à apporter à la mauvaise gestion de THôtel-Dieu 
de Craon. René Aliard avait épousé Marthe-Marie Gous- 
set ; le 10 mai 1734, elle lui donna un fils qui reçut les 
noms de Louis-François 3. 

Louis-François conquit très jeune le grade de docteur 
en médecine de la Faculté d'Angers, le 19 novembre 
1754 4. Son diplôme gagné, il songea à s'établir, et le 22 
février 1759 il épousa Marie-Marguerite Millet, fille de 
Jean-Aubin Millet, bourgeois, et de Marie-Marguerite 
Chevron du Boullay. Ce mariage le fixait à Château- 
Gontier et il se fit agréger au collège des médecins de 
cette ville. En 1786, avec ses confrères Theulier ^ et 
Jousselin 6, il rédigea et envoya à l'intendant un mémoire 
sur la situation sanitaire de la cité et sur ses eaux miné- 
rales ferrugineuses, fort prisées dans la région sous le 
nom d'eaux de Fougues. Le docteur Aliard n'avait pas 
tardé à jouir d'une grande popularité : il avait un cœur 
d'or. Il s'en cachait pourtant, toujours accueillant à la 
demande, mais revêche aux remerciements, dissimulant 



1. Archives nationales, B* 13, procès-verbal de nomination des dépu- 
tés pour la sénéchaussée de Ch&teau-Gontier. 

Archives nationales, G<^, procès- verbal d'assemblée des communes 
des cinq sénéchaussées d'Angers, Baugé, Beaufort, La Flèche et Gh&teau- 
Gontier. 

2. Père de Volney. 

3. D'après un autre document, Aliard serait né le 17 août 1735. (Archi- 
ves nat., F< G III, Mayenne 3). Robert et Gougny donnent la date du 
10 mai 1734. 

4. Archives nationales, F^ II. 

5. René Theulier, reçu docteur de la Faculté d'Angers le 23 août 1759, 
médecin à Gh&teau Gontier ; il y exerçait encore en l'an XII. 

6. Louis Jousselin, reçu docteur de la Faculté d'Angers le 23 décem- 
bre 1776, médecin à Ch&teau-Gontier. 



— 105 — 

sa charité sous des façons brusques : les pauvres écou- 
taient ses semonces d^un air contrit, car il leur donnait 
sans compter son temps, ses soins, et son argent quHls 
ne manquaient pas d'aller boire à la santé du bourru 
bienfaisant. Voilà pourquoi, lorsqu'il fallut élire un dépu- 
té, les voix des électeurs nommés au premier degré par 
la ville de Chàteau-Gontier se portèrent sur le médecin 
Allard K 

Il n'avait point brigué cet honneur ; il ne crut pas 
devoir le décliner. Ce philanthrope grondeur trouvait, à 
bon escient d'ailleurs, autant de défauts à reprendre dans 
l'état social que chez ses clients, et il s'associait tout 
à fait aux paroles de Milscent demandant des réformes : 
« Rassemblés sous les voûtes de l'auguste demeure de 
leur souverain, avec quelle ardeur je vois les François 
poser les fondements de la puissance et de la tranquillité 
publiques ! Approfondir les besoins de l'État et connoitre 
ses ressources ; prévenir les déprédations et la perversité 
des ministres ; établir une juste proportion entre les pro- 
vinces ; assurer la plus exacte répartition des charges 
publiques entre tous les citoyens ; réformer des impôts 
moins intolérables encore par leur énormité que par la 
tyrannie insultante des exacteurs ; encourager le com- 
merce et le protéger ; rapprocher la législation de nos 
mœurs, donner au citoyen la liberté, à l'homme la digni- 
té, porter partout le flambeau de la raison, le génie du 



1. Le 22 mars 1789, Milscent écrivait au lieutenant général de la séné- 
chaussée d'Anjou, en lui rendant compte des élections : « M. Allard, 
médecin à Chàteau-Gontier, homme de 55 ans, on en parle comme d'un 
homme de bon sens, intègre, instruit dans sa partie. » (Arch. nat., 
B» 13, fascic. 3, pièce 22). Dans la même lettre, Milscent parle de Volney 
dans les termes suivants : « Cet homme a un talent extraordinaire pour 
se faire des partisans ; il estoit dans sa chaise immobile et tous nos 
babitans des campagnes alloient lui demander mistérieusement qui ils 
dévoient nommer. Il est en général adoré ou détesté, les honnêtes gens 
gémissent d'un choix semblable, qu'on a qualifié de scandale... Ses idées 
sont aussi exaltées que son caractère. » Milscent voulait même démis- 
sionner pour ne pas siéger aux côtés de Volney, mais la Galissonnière 
l'en dissuada. Le 6 mars 1789 un ouvrage de Volney, la Lettre de M. C, 
F, de Volney à M, le Comte de 5... t, avait été condamné par le Parlement. 



— 106 — 

patriotisme, le respect pour rhumanité, tel est, Messieurs, 
Taperçu rapide des opérations de l'Assemblée la plus 
solennelle, la plus célèbre dont se soit jamais honoré 
aucun empire de TEurope *. » 

M. Allard partit donc pour Versailles, le gousset garni 
des 400 livres que la province d'Anjou allouait aux dépu- 
tés pour leurs frais de route, et trompant les ennuis du 
voyage en rêvant à la régénération de la France. Dans 
la ville royale, les députés affluaient de toutes parts, un 
peu dépaysés, mais conscients déjà de leur force, et se 
sentant poussés par Télan confus des aspirations nationa- 
les. Ils se réunirent d'abord le 4 mai, dans la procession 
des Etats où les trois ordres paradèrent avant d'entrer 
en lice. Qu'on se figure la pompe de la cérémonie. Pré- 
cédés du vol du cabinet, des princes du sang roulant 
carrosse à grand fracas, les gardes du corps caracolant 
aux portières, les souverains arrivent à Notre-Dame de 
Versailles ; le cortège alors s'ébranle : en tête les Récol- 
lets, le clergé versaillais ; puis sur deux files les députés 
du Tiers, et parmi eux ces pauvres Vannetais qui ont 
gardé leurs vestes et leurs bragou^braz de bure, et 
regardent derrière eux, étonnés, éblouis, les courtisans 
chamarrés, la noblesse, la musique du roi, le clergé fourré 
d'hermine, gazant de dentelle la pourpre ou le violet du 
rochet, et là-bas, l'ostensoir rayonnant entre les mains 
de l'Archevêque de Paris, entouré des princes du sang, 
du Roi, de la Reine, de la Cour. Et le long serpent 
humain, scintillant de cierges, gagne lentement, sous le 
soleil, l'église Saint-Louis, et tout Versailles, tout Paris, 
se presse aux fenêtres, dans les rues, sur les avenues, 
les plus hardis des curieux envahissant la crête des murs, 
la cime des toits. Le soir, dans le splendide décor de la 
salle des Menus, eut lieu la séance royale, puis la réu- 
nion du Tiers, premier conflit avec les privilégiés. 



1. Cahier contenant les vœux des Communes de la Province d'Anjou, 
A Angers, de l'Imprimerie de Pavie, rue S. Laud. 1789, 




Jean-François ALLARD 

DOCTEI'R-MÉDECIN 

DÉPUTÉ A L'Assemblée Nationale 



— 107 — 

Brisé de fatigue, M. Allard rentra à son domicile, 
pavillon Journé, cul-de-sac de THôtel de Limoges, n® 5 *, 
et déposa avec une notable satisfaction son costume de 
cérémonie, habit, veste et culotte de drap noir, manteau 
court, cravate de mousseline et tricorne sans ganse ; il 
avait bien gagné, ce jour-là, les douze livres d^ndemnité 
quotidienne que lui allouait la sénéchaussée de Château- 
Gontier. Allard venait de jouer son rôle de législateur ; 
trois jours après il revint au rôle de médecin : on vint le 
chercher pour un de ses collègues. M. Héliand, député 
du Mans, dangereusement malade, avait déjà consulté 
deux praticiens : que pouvait-il faire contre trois ? Le 
soir même, le moribond guérit pour toujours et de sa 
fluxion de poitrine et de Tambition politique 2. 

Nous n'avons point à raconter les détails de la longue 
lutte du Tiers contre les résistances des deux autres 
ordres ; les députés d'Anjou tiennent leurs électeurs au 
courant des événements grâce à la chambre de corres- 
pondance élue à cet effet. Le terme « des délais, écrivent- 
ils, n'est peut-être pas loin d'expirer. Sitôt que la nation 
sera bien convaincue qu'il n'a rien été oublié de ce qui 
pourroit tendre à rapprocher les deux ordres privilégiés, 
qu'en un mot toutes les voies de conciliation ont été 
employées pour réunir tous les membres de la patrie, 
l'assemblée des communes se déterminera dès lors à se 
constituer en un corps national et à régler en cette qua- 
lité les intérêts de la nation 3. » On sait comment elle 
s'y décida le 20 juin au Serment du Jeu de Paume : 
Allard s'y trouve comme les autres et signe la protesta- 
tion du Tiers entre Lesterpt et Millon de Montherlant. 

1. Almanach royal pour 1790. 

2. Lettres de M. R. Maupetit, député à l'Assemblée Nationale Consti- 
tuante. Lettre du 8 mai 1789, dans Bulletin de la Comm. hist. et arch. 
de la Mayenne, 2* série, t. XVII, 4* trimestre de 1901, p. 446. 

3. Lettre de MM. les députés de la sénéchaussée d* Anjou à leurs com- 
mettanâ. Versailles, le 14 mai 1789. Signée Milscent, Volney, Allaid, etc., 
députés. Pilastre, Leclerc, adjoints. [Correspondance de MM. les députés 
des communes de la province d'Anjou avec leurs commettans, eic, 
Angers, Imprimerie de Pavie, 1789). 



— 108 — 

Trois jours après, c^est la séance royale ; sept jours après, 
la réunion des trois ordres ; le Tiers état est vainqueur, 
l'Assemblée nationale constituante est formée. 

Les tergiversations du roi, les résistance maladroites 
du clergé et de la noblesse, entretiennent dans le pays 
et dans l'assemblée une agitation dont le parti du désor- 
dre fait son profit : les malandrins répandent partout 
l'épouvante, saccagent les châteaux en province, affluent 
dans Paris, futurs vainqueurs de la Bastille. Le renvoi 
de Necker donne un prétexte aux démagogues, qui crient 
bien plus haut encore lorsque le prince de Lambesc, gou- 
verneur d'Anjou, bouscule aux Tuileries à la tête du 
Royal-Allemand les émeutiers à cocardes vertes sortis 
du Palais-Royal à la voix de Desmoulins. Enfin arrive la 
nuit fameuse du 4 août ; entraînés par l'éloquence de 
M. de Noailles, nobles et prêtres résignent à l'envi leurs 
privilèges et droits seigneuriaux ; à deux heures du 
matin, au sortir de la séance, les députés angevins écri- 
vent et signent en hâte la bonne nouvelle à leurs conci- 
toyens *. De cette nuit mémorable, on perpétuera le sou- 
venir enthousiaste par la frappe d'une médaille destinée 
aux députés ; AUard va chercher la sienne à la suite de 
ses collègues, en signe le reçu et passe la plume... à 
Robespierre 2. 

La France est libre, mais elle meurt de faim ; la disette 
est mauvaise conseillère, le peuple s'agite, dénonce à 
tort ou à raison. Le maire d'Angers, Claveau, est accusé 
d'agiotage, d'accaparement des blés et farines, et vient 
protester de son innocence auprès des députés d'Anjou 
et de l'Assemblée ^, La grande discussion sur le Veto . 



i. Correspondance de MM. les députés... d'Anjou, t. II, p. 35. 

2. Collection de documents inédits sur VHist. de France. Recueil de 
documents relatifs à la convocation des Etats-Généraux de 4789, par 
A. Brette, Paris, 1894. Etat de distribution des médailles frappées... 
en mémoire de l'abandon des privilèges. La planche V du t. II porte 
la signature d'Allard. 

3. Correspondance de MM, les députés de la province d'Anjou, elc, 
T. II, p. 63, 



— 109 — 

royal est une autre occasion de désordres : Mirabeau, 
Mounier montent à la tribune, le Veto absolu va triom- 
pher peut-être. Mais le Palais-Royal veille : les émeutiers 
rédigent au café de Foy des motions incendiaires, parlent 
de marcher sur Versailles pour terroriser les menées 
royalistes ; ils se passent la liste de proscription des 
députés favorables au Veto^ Mounier en tète, et bien 
d'autres, dont Allard. Mais l'Assemblée est loin, trop loin : 
le jour n'est pas encore venu où la force lui arrachera la 
proscription des Girondins ; la garde nationale barre le 
chemin de Versailles aux bandes de Saint-Huruge. 
D'ailleurs l'Assemblée docile s'incline, et le Veto suspen- 
sif est admis, le 11 septembre, par 673 voix contre 325, 
dont celle d'Allard, données au Veto absolu. 

Saint-Huruge s'y était pris trois semaines trop tôt ; les 
5 et 6 octobre, la route de Versailles est libre, les mas- 
sacreurs de Maillard ramènent à Paris la famille royale, 
et l'Assemblée Nationale surprise par les événements se 
met en quête d'un logis dans la capitale. 

M. Allard, qui commençait à craindre pour l'avenir, 
devint plus revéche que jamais. Le 4 novembre, laissant 
l'Assemblée provisoirement installée dans le palais de 
l'Archevêque de Paris, il demanda un congé de quinze 
jours * et s'en alla revoir la ville de Chàteau-Gontier et 
admirer la grâce avec laquelle son fils Aubin portait l'u- 
niforme de capitaine de la garde nationale castrogonté- 
rienne. A son retour, les députés avaient pris possession 
de la salle du Manège aux Tuileris. Allard s'établit près 
de là, cul-de-sac du Coq Saint-Honoré à l'Hôtel d'Ar- 
tois -, demeure moins paisible assurément que le pavillon 
Journé. Parmi les locataires, il retrouva quelques collè- 
gues, l'avocat Biroteau de Burendières, député du Poi- 
tou, l'avocat Francheteau de la Glaustière, député des 



1. Procès verbal de r Assemblée Nationale imprimé par son ordre. 
Paris, 1789. T. VI, n- H6. 

2. Almanach royal pour 1194. — La rue du Ooq (auj. rue Marengo) 
reUait la rue de Beauvais à la rue Saint-Honoré. 



— 110 — 

Marches de Bretagne, et le curé Bertereau, député de la 
sénéchaussée du Maine. 

D'ailleurs les députés ne restaient guère chez eux : il 
y avait souvent deux séances par jour, et le travail abon- 
dait dans les commissions. L'Assemblée faisait force 
besogne : elle commença par retirer à AUard sa qualité 
d'angevin pour l'adjoindre à la représentation du nou- 
veau département de la Mayenne, qui englobait l'an- 
cienne sénéchaussée de Château-Gontier. Puis vinrent 
les réformes religieuses, la création des arrondissements 
métropolitains et des diocèses départementaux. Quand 
il fallut fixer le siège du trône épiscopal de la Mayenne, 
le 6 juillet 1790, M. Boislandry, rapporteur du Comité 
ecclésiastique et de constitution, proposa la ville de 
Laval ; aussitôt Maupetit se lève et intercède pour 
Mayenne ; Allard réclame pour Château-Gontier * ; l'As- 
semblée passe outre et crée l'évêché de Laval. 

Quelques jours après, on termina les débats sur la 
constitution civile du clergé qui traînaient depuis le 
29 mai : Allard, qui était profondément religieux, ne crut 
pas devoir appuyer une loi qui bouleversait la hiérarchie 
ecclésiastique et soulevait des questions de conscience. 
Cette fois encore il se sépara de la gauche et vota contre 
la constitution civile comme il avait voté contre le Veto 
suspensif. 

Le 2 novembre il fut, en sa qualité de médecin, nommé 
membre du comité de Salubrité de l'Assemblée natio- 
nale ^, créé sur l'initiative du docteur Guillotin et prési- 
dé par lui ; le bureau fut installé au couvent des Capucins 
de la rue Saint-Honoré, devenu bien national et évacué 
par les moines depuis le commencement de 1790. Allard 
n'avait que deux pas à faire pour gagner les locaux du 
comité, par les couloirs de planches recouvertes de toi- 



1. Gazette nationale ou le Moniteur universel^ du mepcredl 7 juUlet 
1790. Compte rendu de la séance du 6 Juillet. 

2. Procès verbal de VAssemblée nationale, Paris, 1790. T. XXXV, 
n*459. 



— 111 — 

les rayées qui reliaient la salle du Manège aux bâtiments 
des Feuillants et des Capucins. Aux archives nationales, 
il ne reste pas trace des travaux de cette commission ; le 
dossier est vide, et ne contient qu'une liste manuscrite 
des membres du comité *. On sait seulement qu'il devait 
s'occuper de l'enseignement et de la pratique de la méde- 
cine, des établissements hospitaliers et sanitaires, et de 
l'hygiène publique. 

Les réformes de la Constituante vinrent justement 
porter le trouble parmi les ministres même de la santé 
publique : la suppression des corporations bouleversait 
leurs us et coutumes, et, le 13 août 1791, la communauté 
des chirurgiens et le corps des apothicaires de Château- 
Gontier envoyaient à leur député Allard une lettre de 
protestation contre leur dissolution ; vœux stériles ! 
plaintes vaines ! L'Assemblée a bien d'autres soucis que 
l'exercice de la pharmacie et de la chirurgie ! Les événe- 
ments se précipitent sous la menace de l'anarchie à l'in- 
térieur et de la guerre étrangère ; la fuite de Varennes 
accélère la chute de la royauté, et c'est au milieu de ces 
graves événements que l'Assemblée nationale consti- 
tuante termine ses travaux, en octobre 1791. 

La Constituante avait décidé que ses membres ne 
seraient pas éligibles à la Législative ; d'ailleurs Allard 
n'^aurait brigué aucun nouveau mandat ; la politique, 
depuis qu'il en connaissait les dessous, ne lui inspirait 
plus que de la répugnance. A quoi bon n'être que le 
témoin impuissant de cette course à l'abtme que personne 
au monde ne pouvait plus arrêter ? Plus morose que 



1. Archiyes nationales, D XXVI, 1. Le Comité se composait d'abord 
de tous les médecins députés à l'Assemblée nationale : Guillotin prési- 
dent ; Gallot, secrétaire ; Fos de la Borde ; La Vie ; La Loi ; Meyer ; Salle ; 
Thoret ; Girerd ; Allard ; Fisson Jaubert ; Dufau ; Descotes ; de Sèze ; 
Boussion; Blin; Carapmas; — membres non médecins : La Merville, 
vice-président ; Périsse du Luc, vice- secrétaire ; l'évoque d'Autun ; 
Rabau ; Gossin ; Lebrun ; Malouet ; Bureau de Puzi ; l'abbé de Bonnefoy ; 
la Rochefoilcault ; de Delley d'Azier ; du Mouchet ; Livré ; Bousmard ; 
Lanjoinais ; l'abbé Grégoire ; Creuse de la Touche ; — secrétariat : de 
Ricke ; Ternois ; Simon ; Petit. 



— 112 — 

jamais, il revint à son métier de médecin et de philan- 
thrope, laissant son confrère Paigis prendre sa place à 
l'Assemblée législative. 

Malheureusement la ville de Château-Gontier, jadis 
paisible, ne tarda pas à devenir aussi troublée que 
Paris *. Au mois d'octobre 1793, les Vendéens, battus à 
Gholet, passent la Loire à Saint-Florent-le- Vieil, gagnent 
Varades, Ingrandes, Candé, Segré, et occupent Château- 
Gontier ; ils n'y restent que quelques heures, le temps 
de se reformer, de massacrer le juge de paix et quelques 
autres jacobins notoires, et partent vers Laval, pour 
aller battre les bleus à Entrammes. Les Vendéens dispa- 
rus, les républicains réintégrent Château-Gontier ; c'est 
le règne de la terreur : afficher le jacobinisme, c'est se 
compromettre en cas de retour possible des chouans ; le 
réprouver, c'est se désigner au tribunal révolutionnaire. 
Les sans-culottes sont féroces comme tous les gens qui 
ont eu peur, et les perquisitions font rage : aristocrates, 
prêtres, modérés, suspects sont appréhendés, emprison- 
nés. Le 21 janvier 1794, on guillotine l'aumônier de l'hô- 
pital, un curé et un cordelier ; au mois d'août, on exécute 
encore le curé de Châtelain, l'officier Malécot, on fusille 
l'ancien curé de Préaux ; la garde nationale est sur les 
dents, la ville est un camp plein de troupes dont les 
colonnes sillonnent le pays ; pourtant, les chouans rôdent 
aux environs, Joli-Cœur, Va-de-bon-cœur et Danse-en- 
l'ombre. Jambe d'Argent et La Gaîté battent la cam- 
pagne. En vain les généraux d'Halancourt, Vachot, 
llumbert, d'Aage, Dumoulins, Chabot, Descaën, Josnet, 
Danican, Duhesme, lancent leurs colonnes mobiles contre 
les brigands de Scépaux ; les escarmouches sont conti- 
nuelles, et, en juin 1797, Jambe d'Argent a l'audace 
d'attaquer, d'ailleurs sans succès, Château-Gontier. 

Dans cette ville en état de siège, un homme circule en 
paix : c'est Allard. L'indépendance est alors un délit, la 

1. Voy. Jean Morvan, Les Chouans de la Mayenne. Paris, s. d. 



— 113 — 

charité suspecte, la pitié criminelle ; lui garde le front 
haut, il prie, il donne. Dans Thiver de 1795, il casse lui- 
même du bois qu'il porte aux religieuses détenues aux 
Ursulines ; il soigne avec la môme ardeur les blessés de 
Va-de-bon-cœur et les fusiliers de d'Halancourt. Il ne 
fallait rien moins qu'une popularité à toute épreuve, une 
estime au-dessus de toute suspicion pour sauver la tête 
d'un homme qui osait, en pleine Terreur, faire tout son 
devoir, se dévouer à tous, amis et ennemis, et, forçant le 
respect, désarmant la délation, intimidait par les audaces 
de sa charité la commission révolutionnaire elle-même. 

Vers la fin de 1796 et le début de 1797, la lutte se 
ralentit ; le coup d'état du 18 fructidor la ravive, on pour- 
chasse les insermentés trop tôt sortis de leur cachette, 
les émigrés imprudemment rapatriés ; mais c'est heureu- 
sement la dernière convulsion des luttes civiles. Le Con- 
sulat est établi, la France respire et se réorganise. En 
1801, le curé insermenté Bréhéret peut rentrer dans son 
église, Saint-Remy de Château-Gontier, dont la révolu- 
tion avait fait une halle aux grains et un arsenal. Son 
paroissien Allard lui fut d'un secours précieux : le vieux 
médecin, qui prenait au sérieux ses fonctions de conseil- 
ler de la fabrique, fit beaucoup pour l'embellissement de 
l'église, et les archives de la fabrique de Saint-Remy ont 
conservé des marchés passés par lui avec David père, 
d'Angers. Un de ces contrats, dressé le 8 avril 1806, 
concernait l'exécution de deux belles statues de saint 
Remy et de saint Sébatien qui devaient flanquer le grand 
autel. 

Le 14 prairial an XI, Allard fut élu au premier tour 
de scrutin par 107 voix sur 130 au collège électoral du 
département de la Mayenne. Sa vieillesse fut triste : il 
était devenu veuf avant 1809 ; il perdit encore successi- 
vement ses trois fils, et vécut assez pour voir l'émeute 
et la chouannerie menacer de nouveau Château-Gontier 
en 1812 et en 1815. Il fut, jusqu'au dernier jour, d'un 
dévouement et d'une charité inépuisables, et lorsqu'il 



— 114 — 

mourut, le 30 juin 1819, à l'âge de quatre-vingt-quatre 
ans, ce fut pour la ville un deuil public ; jamais la devise 
transiit benefaciendo ne fut mieux appliquée qu'à cet 
homme de bien ^ 



1. Son portrait, dessiné au crayon par Morean, se tronye an Cabinet 
des Estampes de la Bibliothèque nationale, parmi les portraits non gra- 
vés et inédits des députés à l'Assemblée nationale, formant la Collection 
Dejabin, cote Na 42. 

Pour la biographie d'AUard, consulter : Mouvement provincial en 
4789. Biographie des députés de r Anjou depuis l'Assemblée consti- 
tuante jusqu'en 4845, par M. Bougler. Paris, 1865, t. I, p. 274-276; — 
Revue de l'Anjou, 1856, p. 237-239. — Histore de l'église du Mans pen- 
dant la Révolution, par Dom Piolin, t. VII, p. 16. — Documents histori- 
ques sur Château-Gontier première baronnie de la province d'Anjou, 
par Tabbé M. Foucault, Laval 1883, p. i05 et passim. — Chroniques 
craonnaises, par M. de Bodard de la Jacopière. Le Mans, 1871, p. 373. 

— Dictionnaire des parlementaires français, par A. Robert et G. Cou- 
gny. Paris, 1889, t. I. — Dictionnaire historique, topographique et 
biographique de la Mayenne, par l'abbé Angot. Laval, 1900, t. I. — 
Collection de documents inédits sur l'histoire de France, publ. par 
le ministère de l'Inst. publ. Recueil de documents relatifs à la convo- 
cation des Etats-Généraux de 4789, par A. Brette. Paris, 1894, t. II, p. 38. 

— Les médecins dans l'histoire de la Révolution, par Miquel Dalton. 
(Chronique médicale, 15 novembre 1901). 



PAIGIS 



Le 25 août 1791, à neuf heures du matin, les membres 
de TAssemblée électorale du département de la Mayenne 
se réunirent à Laval, dans l'église des ci-devant Corde- 
liers, sous la présidence du procureur général syndic 
Enjubault. Après le discours d'ouverture, les citoyens 
Joseph Gaudin, René Guillard-Fresnay, René Le Chat, 
et Desrochers, doyens d'âge, furent nommés scrutateurs 
provisoires, et J. Dalibourg devint secrétaire provisoire ; 
on désigna enfin les commissaires chargés de la véri- 
fication des pouvoirs, après quoi les assistants allèrent 
se restaurer, car un législateur à jeun ne saurait faire de 
bonne besogne. Le soir même, à trois heures de relevée, 
les pouvoirs étant vérifiés, les électeurs procédèrent au 
choix du président, et les suffrages se portèrent sur 
l'évéque constitutionnel Villar. 

Le vendredi 26, dès six heures du matin, tous étaient 
rassemblés pour élire les scrutateurs définitifs et le 
secrétaire définitif, qui fut Dalibourg. L'évéque prit alors 
la parole et invita les assistants à la messe du Saint- 
Esprit. « Cette proposition, dit le procès-verbal, a été 
accueillie avec transport, » et l'on hâta « le moment 
d'aller demander à l'Etre Suprême la grâce de ne porter 
son choix que sur de vrais amis de la Constitution, et 
sur des hommes aussi instruits qu'honnêtes gens ^ » 
L'après-midi fut consacré à de nouvelles délibérations. 

Le 27 août, Dalibourg et Bissy furent élus députés. 
Le 28, le premier tour de scrutin pour le troisième siège 

1. Procès Terbal de TAssemblée électorale du département de la 
Mayenne. Arch. nat., C^ (46•60)^ C 137. 



— 116 — 

à la Législative ne donna pas de résultat ; au deuxième 
tour, la majorité fut acquise à M. François-Pierre-Marie- 
Anne Paigis, médecin, électeur de Grez-en-Bouère, 
district de Château-Gontier, par 202 voix, contre 100 
données à Grosse du Rocher, de Lassay K 

Paigis était né à Azé, près de Château-Gontier, le 
7 juillet 1760. Il fit probablement ses études médicales 
à Angers : toujours est-il qu'en Tannée 1789 il pratiquait, 
son art dans le bourg de Gennes. 11 se montra fort par- 
tisan des idées nouvelles et fut envoyé à l'Assemblée 
électorale qui se tint à Laval du 28 juin au 6 juillet 1790, 
pour nommer les administrateurs du nouveau départe- 
ment de la Mayenne. Le 3 juillet, Paigis fut élu par 
242 voix, avec Sourdille de la Valette, membre du dépar- 
tement pour le district de Château-Gontier. Il assista à 
la session de juillet du Conseil départemental, avec les 
trente-cinq autres membres, réunis aux Cordeliers pour 
désigner les membres du Directoire de la Mayenne. A la 
session de novembre, il siégea de nouveau parmi les 
administrateurs du département, et, le 4 du même mois, 
fut affecté au Comité d'aliénation des biens nationaux 
formé au sein de cette assemblée 2. En 1791, il était, 
comme nous venons de le voir, du nombre des électeurs 
à la Législative, et remplaça, comme député de l'arron- 
dissement de Château-Gontier, son confrère Allard, qui 
ne pouvait se représenter en vertu nlu décret de non- 
rééligibilité des Constituants. On nomma après lui les 
cinq autres députés qui dev.âent compléter la représen- 
tation mayennaise. Sur l'initiative de l'évéque Villar, 
l'Assemblée termina ses travaux par une messe solen- 
nelle et un Te Deum à la Trinité. Le l®*" septembre, 
avant de se séparer, elle vota une adresse d'adhésion aux 
décrets de l'Assemblée Constituante, et émit le vœu que 
le nouveau parlement conservât la constitution de 1791 3. 

1. Il fut élu le soir. 

2. ArchiTes oatioDales, F^^ III, Mayenne 5. 

3. Procès-Terbal de l'Assemblée électorale du département de la 
Mayenne. 



— 117 — 

L'Assemblée législative devait se rassembler le 1"' oc- 
tobre 1791 ; Paigis se rendit à Paris et élut domicile rue 
des Grands-Augustins, n'^Sl *. Surexcitée par la gravité 
des événements, Topinion publique suivait attentivement 
les élections, discutait les tendances de la nouvelle 
Assemblée, les périls intérieurs et extérieurs auxquels 
elle aurait à parer. La politique est dans toutes les 
bouches ; mille journaux jettent alors leurs nouvelles en 
pâture à la curiosité ; factums, pamphlets, avis, alma- 
nachs, déblatèrent, raillent, pérorent, donnent la liste, 
discutent les mérites des représentants du peuple. Tel 
follicule nous apprend que « Pages » est un « homme 
à système 2 », et YAlmanach historique et critique ^ 
qui s'imprime à Goblentz, crible d'épigrammes les nou- 
veaux Solons. A son goût, le médecin Paigis, « ce 
législateur, est un excellent physiologiste ». Quant à 
Grosse du Rocher, son collègue, « c'est sur ce rocher 
que se repose l'Assemblée Nationale ; vous voyez à quoi 
elle tient ! ^ » 

Dédaignant ces plaisanteries faciles, l'élu est tout fier 
de son mandat, fier d'arborer son insigne, une plaque 
rayonnante portant les tables de la Constitution et des 
droits de l'homme. Le 2 octobre 1791, Paigis est validé 
avec les autres députés mayennais *. Le 4 octobre, il 
prête le serment constitutionnel ^. Tous les représentants, 
debout, jurent de vivre libres ou de mourir ; puis les 
doyens d'âge et le garde des archives apportent l'acte 
constitutionnel, le dépc e^t sur la tribune ; la salle se 
lève ; le premier, le président Pastoret promet fidélité à 



i. Àlmanach royal^ 1792. 

2. Liste des députés à la nouvelle Législative, contenant leurs noms 
et qualités, leur caractère et leurs principes, avec des anecdotes rela- 
tives. Paris, chez Lauréat, 1791, in-8% p. 11. 

3. Àlmanacn historique et critique des députés à la première Assem- 
blée législative pour Vannée i792. A Coblentz, de l'Imprimerie des 
princes françois, p. 86. 

4. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, imprimé par son ordre, 
Paris, 1791, t. I, p. 10. 

5. Ibid., p. 29. 

8 



— 118 — 

la loi, et à sa suite, les 491 membres de TAssemblée 
répètent le serment. 

Paigis fut nommé, le 22 octobre, membre du comité 
d'examen des comptes *, séant au couvent des Capucins, 
et réélu à la même fonction le 8 mars 1792 ^. 

L'année suivante, il fut victime d'une mésaventure : 
en qualité de membre du Comité des rapports et pétitions, 
il avait été chargé d'un rapport sur l'interdiction d'un 
administrateur de l'Ain. Le 13 février 1792, au soir, son 
portefeuille sous le bras, il passait tranquillement dans 
la Cour des Ministres, aux Tuileries, pour aller soumettre 
son travail au Comité, aile du Noviciat, aux Feuillants. 
Un homme, qui depuis quelques instants le suivait dans 
l'ombre, bondit, lui arrache ses papiers, s'enfuit. M. le 
Rapporteur ébahi chancelle, tourne, s'arrête, reprend 
ses esprits, crie au voleur ! Le voleur est déjà loin. Paigis 
courut à sa poursuite dans tous les coins des Tuileries, 
mais on sait quel dédale de rues, d'impasses, de cours, 
encombrait alors le Carrousel, et protégea la fuite du 
coupable. Le pauvre député, tout essoufflé, n'eut d'autre 
ressource que de porter plainte au commissaire de police 
de la section, et s'en fut, fort penaud, confesser son in- 
fortune à ses collègues. Plus de rapport! plus de pièces 
originales ! Bérard lui apprit qu'un quart d'heure aupara- 
vant, un individu était venu demander à quelle heure 
arriverait le rapporteur, et que deux hommes fort agités 
étaient aussi passés pour s'en enquérir : le guet-apens 
était prémédité. Cet attentat fut dénoncé le lendemain à 
l'Assemblée, et, sur la demande de Paigis, on chargea 
le Directoire du district de Nantua de reconstituer les 
minutes perdues ^, C'est la seule fois qu'il prit la parole 
dans l'enceinte de la Législative; peut-être trouvait-il 
qu'elle comptait, à commencer par Roland, assez de gens 
qui parlaient pour ne rien dire. 

1. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, p. 200. 

2. Ibid., t. VI, 1792, p. 86. 

3. Moniteur» 1792, p. 46, et Procès-verbal de l'Assemblée nationale. 



— 119 — 

Le même jour, sur sa motion sans doute, T Assemblée 
décida d'entendre sur le champ le rapporteur du Comité 
de surveillance, au sujet de quatre détenus de Château- 
Gontier, incarcérés voici pourquoi. Un adjudant de la 
garde nationale de la ville, un brigadier de gendarmerie, 
un tanneur et un quatrième citoyen, gens fort perspicaces, 
avaient deviné à certains indices qu'une grande émeute 
ravagerait la ville de Château-Gontier, dans la nuit du 
29 au 30 septembre 1791. Sourdille, Tadjudant, court 
prévenir la municipalité du péril imminent, passe outre 
aux ordres d'un commandant incrédule, renforce les 
postes de sa propre autorité, fait des patrouilles. Suivi 
de ses coaccusés, il désarme de braves gardes nationaux 
qui rentraient tranquillement chez eux et qu'il prend 
pour des conspirateurs. L'aube arrive, les brigands, in- 
timidés sans doute, n'ont pas paru. La ville apprend le 
danger auquel elle a échappé, et Sourdille, tout fier 
d'avoir sauvé la situation, est tout simplement mis aux 
fers, en compagnie des autres étourdis, par les autorités 
de son ingrate patrie. L'affaire suivit la voie administra- 
tive, c'est-à-dire la plus longue, et les inculpés gémis- 
saient depuis plus de trois mois sur la paille humide des 
cachots, lorsqu'enfin, le 13 février, l'Assemblée nationale 
décida qu'il n'y avait pas lieu de les décréter d'accusation 
et leur rendit la liberté qu'ils avaient trop bien défendue * . 

Paigis siégeait parmi les modérés constitutionnels, et 
se fit inscrire à la Société des amis de la Constitution ou 
Club des Feuillants,^ qui tenait ses séances au couvent de 
la rue Saint-Honoré; il y retrouva son compatriote et col- 
lègue Richard de Villiers. A la fameuse séance du 10 août 
1792, les députés jurèrent de périr pour la défense de 
la liberté et de l'égalité. Paigis était sans doute absent, 
car il fut admis à prêter ce serment à la séance de nuit 



1. Procès-verbal de l'Assemblée nationale. Paris, 1792, t. V, p. 182. 
Moniteur du 15 février 1792. 

2. ChaUamel, Les Clubs contre-révolutionnaires. Paris, 1895, p. 315, 
322. Liste des membres du Club» 4 octobre 1791. 



— 120 — 

du 12 *. Quelques jours après, il vota, de même que son 
parti, contre la mise en accusation du « traître Lafayette w^. 
Ce vote lui fît le plus grand tort et il s'en fallut de peu que 
les sociétés jacobines ne réclamassent pour les députés 
indulgents le même châtiment que pour le général trans- 
fuge. Lorsque les électeurs mayennais eurent à élire leurs 
conventionnels, la candidature de Paigis ne fut pas 
même proposée. 

Paigis revint pratiquer la médecine à Gennes, mais 
pas pour longtemps sans doute, car il ne figure pas sur 
la liste, dressée en Tan XII, des médecins autorisés à 
exercer dans le département et s'était adonné à la cul- 
ture. Il fut maire de la commune de Gennes une première 
fois depuis le 13 mai 1808 jusqu'en 1814, et de 1830 à 
1835 3. D'autre part, il n'avait pas renoncé à toute ambi- 
tion politique ; désigné par arrêt consulaire du l*' prai- 
rial an VIII, il représentait le canton de Bierné au conseil 
d'arrondissement, dont il présida la première réunion, 
le 15 messidor an VIII *. Il fut membre du collège élec- 
toral du département pour l'arrondissement de Château- 
Gontier, mais mal vu du despotisme impérial qui le 
considérait comme un jacobin. Ce fut bien pis encore au 
retour des lis. Il eut beau recueillir, le 14 novembre 1820, 
une voix pour la députation, être nommé, le 25 février 
1824, scrutateur de l'Assemblée électorale, le personnel 
administratif le regardait comme un révolutionnaire dan- 
gereux. Il fut dénoncé comme tel en 1823. En octobre 
1824, le sous-préfet de Château-Gontier, d'Ozouville, 
demanda sa destitution ; aussi les amis du suspect dimi- 
nuèrent, et le nombre de voix qu'il réunit aux sessions 
suivantes du collège électoral ne put l'en faire nommer 
scrutateur ^. Malgré les foudres administratives, il n'en 

1. Procés-verbal de l^ÀssembUe nationale, séance du 18 août 1792, 
p. 155. 

2. 19 août 1792. 

3. Archives nationales, F'c m, Mayenne 3. 

4. Archives nationales, F'<^ 5. 

5. Arch. nat., F*^ m, Mayenne 4. 



— 121 — 

garda pas moins sa place de conseiller d'arrondissement 
jusqu'en 1839; il démissionna à cause de son grand âge, 
et fut remplacé, le 29 septembre de la môme année, par 
le notaire Pénil, adjoint au maire de Saint-Denis-d'Anjou. 
Il se retira à Château-Gontier et devint alors un de ces 
vieux messieurs qui, lents et voûtés, promènent leur 
désœuvrement dans les rues vides des petites villes et 
font de la stratégie du bout de leur canne sur le sable du 
jardin public : il devisait de longues heures sur les bancs 
du Bout'dU'Monde ou les fauteuils du cercle de la ville, 
avec les notaires, les médecins retraités et le président 
du tribunal *. La mort vint l'interrompre le 23 février 
1855. 



1. Foucault, Documents historiques sur Château-Gontier. Ce cercle 
comptait parmi ses membres les médecins Paigis, Binet, GheTaUier, 
Jousselin, Tertrais, et les officiers de santé Georg^es et Jean-Remy 
Levayer. 

Pour la biographie de Paigis, consulter : Queruau-Lamerie, Les Dé- 
pûtes de la Mayenne à l'Assemblée législative de 4194. Mayenne, 1884. 
— Robert et Ck)ugny, Dictionnaire des Parlementaires français. Paris, 
1889. — Miquel Dalton, Les Médecins à l'Assemblée législative {Chro- 
nique médicale, 1" mai 1902). — Abbé Angot, Dictionnaire historique 
de la Mayenne. Laval, 1902, t. IIl. 



PLAIGHARD-CHOLTIERE 



René-François Plaichard de la Choltière * naquit à 
Laval le 10 octobre 1740 ; il alla conquérir d'abord à 
Angers, en 1758, le grade de maître es arts, puis 
entreprit à la Faculté de Montpellier ses études 
médicales ; il y revêtit la robe de Rabelais le 30 juin 
1762 2. Le nouveau docteur revint s'installer dans sa 
ville natale et y épousa, en 1765, Marguerite-Gene- 
viève Renusson ; elle lui apporta douze mille livres de 
dot, une maison rue des Ursulines et quelques terres 
dans les communes de Cossé, de Viré et d'Avénières ^. 



i. Son père, René Plaichard, sieur de la Choltière, mourut prématu- 
rément, laissant plusieurs enfants, tous mineurs, à la charge de sa 
veuve, Pauline-Anne ou Antoinette Aveneau de la Grancière. Le conseil 
de famille réunit M' Sébastien Plaichard, prêtre. M' Joseph Leduc, prê- 
tre, Jean Le Chauve, mattre chirurgien juré, et Gabriel Choquet. Un 
acte du 20 juillet 1743 nomma tuteur Tabbé Sébastien Plaichard (Archi- 
ves de la Mayenne, B 233, f" 24). — Le 26 septembre 1744, une sentence 
du siège ordinaire de Laval confirma la demande en retrait lignager du 
lieu de la Choltière, en Argentré, cédé par l'abbé René-Joseph Plaichard 
à Jean Le Lamier, sieur des Prés-Neufs, demande formulée par Anne 
Aveneau, veuve Plaichard, et les frères et sœurs de son mari, Antoi- 
nette Plaichard, épouse de Jean Le Chauve, Marie Plaichard, Nicolas 
Plaichard, sieur de Bois-Martin, et Jean Plaichard, sieur du Tertre 
(Archives de la Mayenne, B 675). Le nom du conventionnel mayennais 
a été très diversement orthographié dans les documents de l'époque : 
Pléchard, Ploichard, Plaischard, Chollière, Cholière, Chottière, Chotère, 
Choture. 

2. Autrefois, à l'Université de Montpellier, le candidat à l'acte docto- 
ral revêtait la robe de Rabelais. 

3. Etat de la fortune des représentants du peuple. — Archives nat., 
C 353 = C". 1838, 169. Les Bonnelières et l'Honnière, commune de 



— 124 — 

Une fille et deux garçons naquirent de cette union *. 

Homme instruit, médecin capable, Plaichard, sans 
répit, court la campagne et la ville : à peine s'arréte- 
t-il entre deux visites pour bavarder un peu avec quel- 
que connaissance : justement Madame de la Jourdonnière 
est à sa fenêtre, et Plaichard aime beaucoup taquiner 
Madame de la Jourdonnière ; la brave dame est, comme 
toute bonne dévote, fort à Taffût des potins, et les bour- 
geoises de Laval s'inquiètent de savoir qui sera nommé 
au siège épiscopal du Mans, vacant depuis longtemps ; 
à propos, le docteur, qui trotte toute la journée, doit 
être bien informé : et questions de pleuvoir ; malheu- 
reusement les titulaires prédits par le médecin sont tous 
morts depuis au moins trois ans, et le perspicace prati- 
cien • s'enfuit sous les éclats de rire et court pour 
rattraper le temps perdu ; les malades sont si peu 
patients ^ » Plaichard était encore médecin de Thôpital 
de Laval et y glanait quelques cas curieux, bons sujets 
d'articles pour les journaux médicaux auxquels il colla- 
borait de temps à autre. 

Vint Tannée 1789 ; Plaichard qui, par profession, 
connaissait mieux que personne les misères sociales, 
accueillit avec transport les idées de réforme et se lança 
dans le mouvement politique comme bon nombre de ses 
confrères : « Du moment qu'il s'agit de Constitution, 
disait un almanach du temps, tous les médecins veulent 
donner leur avis. » De fait, les élections municipales 



Cossé, les Tonelières, commune de Viré, le Garoulai et la Rousselière, 
commune d'Avénière». — De son chef, Plaichard possédait en 1789-1792 
la Grancière, commune d'Astillé, la Fauvelière, commune de Vaiges, 
une maison rue du Hameau et diverses sommes en rentes et place- 
ments. — Le total de la fortune du ménage, en biens mobiliers et immo- 
biliers, se montait à 46.470 livres. — En 1791-1792, Plaichard acheta des 
biens nationaux : une maison à Laval ; la Gougeonnière, commune de 
Bonchamp, pour 12.500 livres ; l'état de sa fortune, en 1795, était de 
40.120 livres. 

1. Sa fille épousa M. Bigot pendant la Révolution. 

2. Queruau-Lamerie, La vie à Laval au X VJIJ* siècle. Extrait des 
correspondances de Mesdames Lemonnier de la Jourdonnière et 
Royer-Dubignon. Laval, 1883, p. 21. 



— 125 — 

des 10-16 février 1790 proclamèrent Plaichard et Cho- 
quet, tous deux médecins, officiers municipaux, le chir 
rurgien Lebourdais-Durocher notable, le chirurgien 
Hubert maire de Laval. Le 18 juillet 1790, notre 
homme fut nommé membre du bureau de la municipa- 
lité. En août 1791, Plaichard était au nombre des élec- 
teurs réunis aux Cordeliers de Laval, sous la présidence 
de Tévêque Villar, pour nommer les députés à la Légis- 
lative ; les Mayennais, furieux d'avoir vu Laval sup- 
planter leur ville comme chef-lieu du département et 
siège de Tévêché constitutionnel, se coalisèrent pour 
faire échec aux candidats de la cité rivale ; en vain les 
Lavallois prônaient Enjubault-Bouessay et Plaichard ; 
le 30 août 1791, Richard de Villiers leur enleva le hui- 
tième siège. Il fallait encore nommer les suppléants : 
deux scrutins ne donnèrent pas de résultat ; au troi- 
sième, Plaichard obtint 134 voix, Serveau-Touchevalier, 
d'Evron, 112 ; ils furent désignés comme suppléants, 
avec Jourdain-Durocher, d'Ernée, en troisième lieu *. 

Au mois de novembre suivant, Laval procéda à de 
nouvelles élections municipales, mais la position était 
difficile : les finances en détresse, les approvisionne- 
ments entravés; la populace, misérable d'ailleurs, tou- 
jours prête aux violences, à Témeute ; une situation 
équivoque entre les excès du jacobinisme et les menaces 
de la contre-révolution ; tout cela n'était guère encoura- 
geant, et personne ne se souciait d'accepter la place de 
maire de Laval ; un premier, un deuxième élu démis- 
sionnèrent ; le 15 novembre, on nomma Plaichard : il 
était alors à Paris ; à son retour il déclina cet honneur 
qui échut enfin, le 12 décembre, à son confrère Lepes- 
cheux d'Auvais 2. 

Vinrent les élections à la Convention nationale ; le 
2 septembre 1792, an quatrième de la Liberté et pre- 

i. Archives nat., O (46-60) 3; C 137. 

2. Abbé Angot, Mémoires épistolaires sur la Révolution à Laval, de 
Duchemin de Vmiers. Laval, 1896, p. 217. 



— 126 — 

mier de TEgalité, les électeurs du département de la 
Mayenne se rassemblèrent à dix heures du matin en 
Téglise Notre-Dame de Mayenne ; au bureau provisoire 
siégeaient Chouquet, président, doyen d'âge, Bault, 
Homo, Paillard et Gaultier; le lendemain, Tévêque Vil- 
lar fut nommé président, Ghartier secrétaire, Midy 
scrutateur avec Lejeune et Jamet; chacun jura de main- 
tenir la Liberté et TEgalité. L'après-midi, le citoyen 
Lair de la Motte vint, au nom des administrateurs du 
district, témoigner aux électeurs la joie de la ville de 
Mayenne, fière de les posséder dans ses murs ; il flétrit 
« les rois ligués », les « cohortes ennemies », les escla- 
ves avilis des tyrans orgueilleux, le joug honteux de la 
servitude, et déclara aux délégués que dans cette cité 
leur patriotisme leur valait « autant de frères et d'amis 
que de citoyens. » Discours du président, allocution de 
Gheminant au nom des juges de paix, nouvelle réponse 
de Villar, c'étaient des frais d'éloquence bien longs 
pour l'attente des ambitions impatientes : enfin le scru- 
tin s'ouvrit et le premier député nommé fut Bissy le 
jeune. Le 4 septembre, Esnue-Lavallée, Grosse-Duro- 
cher, Enjubault, le 5, Serveau, furent promus représen- 
tants du peuple; le jeudi 6, à sept heures du matin, la 
séance reprit ; le premier tour ne donna pas de majorité ; 
au deuxième, les voix se partagèrent sur Ghartier et 
Plaichard ; au troisième, le président proclama conven- 
tionnel le citoyen Plaichard-Gholtière, désigné par 
287 voix contre 113, et les applaudissements de l'assem- 
blée réveillèrent les échos de Notre-Dame *. 

La Gonvention devait se réunir le 20 septembre ; 
Plaichard gagna Paris et s'installa 72, rue d'Argen- 
teuil -, non loin du local de l'Assemblée, le Manège des 
Tuileries ; il était encore à deux pas de la Maison-Bre- 



1. Archives nat., Convention. C»»2 ; C 179. Procès-verbal des élec- 
tions de la Mayenne. 

2. Àlmanach de la Convention nationcUe pour Pan III de l*ère 
républicaine. Paris, 3' année de l'ère républicaine. 



— 127 — 

teuil, où siégeait la Commission des secours publics, 
créée le 2 octobre au sein de la Convention, et dont il 
était membre : secours publics, mendicité, vagabon- 
dage, salubrité des hôpitaux et des prisons, aumônes 
pour les grandes catastrophes, police sanitaire et 
hygiène publique, tels sont les nombreux chapitres qui 
rentraient dans les attributions de ce Comité. 

L'année 1793 commence, le procès de Louis XVI 
attise les haines ; les lourdes et basses voûtes du 
Manège sont pleines de murmures : invectives des 
Montagnards, applaudissements des tricoteuses, gro- 
gnements des jacobins des tribunes à la dévotion de 
Marat, grondent par-dessus la houle des députés. Le 
15 janvier 1793, Plaichard répond : oui à la question : 
Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la 
liberté publique ? Au deuxième appel nominal : Le 
jugement sera-t-il ratifié par les assemblées primai- 
res ? il est absent ; le 16, se joue la tête du roi, et pen- 
dant plus de soixante-douze heures, des voix, du haut 
de la tribune, scandent la rumeur de la salle ; sur les 
bancs du public, tricoteuses et pères Duchéne fument, 
boivent, guettent les verdicts, les accueillent de cris de 
joie quand c'est : la mort ! de hurlements de fureur 
quand un courageux opinant comme Plaichard ne 
réclame que la détention du coupable et son bannisse- 
ment à la paix ; des cris de forcenés lorsque, le 19, ne 
pouvant plus sauver la tète de Louis XVI, quelques 
modérés votent, sans succès, pour le sursis ; et Plai- 
chard est du nombre ; il est de ceux que Marat chaque 
soir dénonce dans VAmi du Peuple aux fureurs jaco- 
bines comme « suppôts de la clique, partisans du des- 
potisme, tètes à perruque qui tremblent de condamner 
le tyran *. » 

De plus en plus les démagogues l'emportent ; en 
vain Plaichard, avec la Plaine, vote le 13 avril 1793 

i. Journal de la République française, par Marat, l'ami du peuple. 
Samedi 19 Janvier 1793. 



— 128 — 

la mise en accusation de Marat : c'est lui fournir, avec 
Tacquittement prévu, l'occasion d'un nouveau triom- 
phe ; la Montagne prend l'offensive, les Girondins suc- 
combent le 31 mai : c'est la dictature de Robespierre et 
le règne de la Terreur jusqu'au 9 thermidor (26 juillet 
1794). La chute du tyran fut vite suivie de la mise en 
accusation de ses partisans : le 3 frimaire an III 
(29 novembre 1794) Plaichard vota celle de Carrier. 

Des opinions modérées, des votes favorables à 
Louis XVI, c'est plus qu'il n'en fallait, avant la réac- 
tion thermidorienne, pour menacer la tête de notre 
homme, quoiqu'il n'ouvrît jamais la bouche pour pren- 
dre part aux débats ; il était de ces muets de la Plaine 
ou du Marais qui attendaient silencieusement la fin des 
orages politiques ; et, voyant la guillotine ou la prison 
éclaircir d'inquiétante façon les rangs de son parti, il 
alla s'enterrer sans bruit dans le moins dangereux des 
Comités : depuis le 29 prairial an II (7 juin 1794), il est 
secrétaire du Comité d'instruction publique et en signe 
à ce titre les arrêtés et procès-verbaux ; il y retrouve 
l'évéque Noël Villar, que son mandat législatif a éloigné 
de son trône épiscopal; il en est réélu membre le 17 fri- 
maire an III, le 18 germinal et le 17 thermidor an III * ; 
il n'y fait pas grand tapage, sommeillant paisiblement 
dans un coin des vastes appartements de la Maison 
Elbeuf 2, du commencement à la fin des séances ^ ; il 
considérait probablement le sommeil comme la moins 
compromettante des attitudes. Parfois, cependant, le 
brave homme se décidait à travailler et l'occasion était 

1. Le Ck)mité comprenait en l'an III : Boissy d'Anglas, Plaichard, 
Lakanal, Petit, Grégoire, Massieu, Noél Villar, Thibaudeau, Bonet, 
Arbogast, Coupé, Guy ton de Morveau, L. Bourdon, Lindet, Chénier et 
Lequinio. 

2. Maison Elbeuf, place Marat et rue Saint- Nicaise, tout contre l'an- 
cien hôtel de LongueviUe, sur remplacement actuel de la place du Car- 
rousel. 

3. « Plaichard-Choltière, bon et brave homme qui dormait depuis le 
commencement jusqu'à la fln des séances, probablement le plus sage et 
sans contredit le plus heureux de nous tous. » {Mémoires sur la Con- 
vention et le Directoire, par A.-C. Thibaudeau, 2* éd., Paris, 1827, p. 76.) 



— 129 — 

belle : relever de ses ruines renseignement public à 
tous les degrés et le rétablir sur de nouvelles bases, 
telle était Ténorme tâche du Comité ; en outre il fallait, 
à chaque instant, faire face aux exigences urgentes : 
ainsi, la suppression de l'antique Faculté de médecine 
en septembre 1793 a suspendu le recrutement médical, 
et Ton manque d'officiers de santé : en dix-huit mois 
plus de six cents sont morts aux armées de la Républi- 
que ; il faut y pourvoir : trois médecins, Fourcroy, 
Duhem et Plaichard, au nom du Comité d'instruction 
publique, se concertent avec A. Prieur, Treilhard et 
Thuriot du Comité de Salut public ; c'est de ces confé- 
rences que sortit trois mois après, le 7 frimaire an III 
(27 novembre 1794), le rapport de Fourcroy : il créait à 
Paris une Ecole de santé, et le règlement qu'il édictait 
est encore la base de l'organisation intérieure des Facul- 
tés de médecine ; ce projet fut voté le 14 frimaire avec 
une simple modification adjoignant à Paris deux autres 
écoles, Strasbourg et Montpellier ; celle de Paris devait 
compter trois cents étudiants ; dans chaque district de 
la République un élève de 17 à 26 ans devait être 
choisi par deux officiers de santé du chef-lieu de district 
et par un citoyen notoirement républicain, après exa- 
men de son civisme et de ses connaissances scientifi- 
ques élémentaires. Ces élèves, qu'on appela Elèves de 
la Patrie, recevaient pendant trois ans un traitement 
annuel égal à celui des élèves de l'Ecole centrale; au 
cas d'envoi d'un élève aux armées, son district fournis- 
sait son successeur à l'Ecole *. 

Après l'émeute du 12 germinal an III (l**" avril 1795), 
la Convention proscrivit Billaud-Varennes, CoUot 
d'Herbois, Huguet, Barrère et Léonard Bourdon 
comme complices des perturbateurs. Léonard Bourdon 
dirigeait l'Institut des Jeunes Français : il fallut pour- 
voir à son remplacement. Le 19 prairial an III (7 juin 

i. Ce mode de recrutement des élèves dura trois ans. Voy. A. Préyost, 
La Faculté de médecine de Paris... de 4794 à 4900. Parti, 1900, p. 6. 



— 130 — 

1795), la Convention décida d'entendre dès le lende- 
main sur ce sujet le rapporteur du Comité d'instruction 
publique ; le 20 prairial donc (8 juin 1795), Plaichard 
vint lire son travail * : l'Institut des Jeunes Français, 
installé dans les ci-devant prieurés Martin et Popin- 
court, était, dit-il, dans un état pitoyable et présentait 
« Tailligeant tableau du désordre dans toutes ses par- 
ties : presque point de discipline intérieure, peu de 
moralité, peu de progrès dans les connoissances élé- 
mentaires et nulle base de comptabilité ; les dépenses, 
qui se font toujours par les mains de la citoyenne 
Bourdon, s'accroissent d'une manière excessive : le 
quartier courant aura coûté plus de 100.000 livres, sans 
compter les vêtements des élèves, car ils sont aujour- 
d'hui presque nus 2. » L'orateur conclut donc à la sup- 
pression de cette école ruineuse ; mais que faire des 
orphelins des militaires indigents morts pour la Patrie, 
des enfants des soldats pauvres en service actif, des 
morts ou des blessés de l'explosion de Grenelle et des 
colons victimes de la Révolution ? La Convention doit 
assurer l'existence des fils de ses défenseurs ; « elle leur 
doit le vêtement et la nourriture, elle leur doit aussi 
l'instruction, mais sans luxe et sans superfluités, et 
bornée aux connoissances essentielles qui suffisent pour 
en faire des citoyens utiles à eux-mêmes et à la 
Patrie ^ ». 

Justement, il existait à Liancourt (Oise) un Institut 
militaire fondé en 1780 par le duc de la Rochefoucauld 
et transformé, par une ordonnance du 10 août 1786, en 
une sorte de maison d'éducation pour le^ enfants des 

i. Rapport fait à la Convention nationale au fwm des Comités 
réunis d*instruction publique et des finances, sur la question de 
savoir s'il est utile ou non de conserver l'Institut des Jeunes Français 
établi dans le ci-devant prieuré Martin, sous la direction de Léonard 
Bourdon^ par le citoyen Plaichard-Choltiëre, député du département de 
la Mayenne. Imprimé par ordre de la Ck)nTention nationale. Paris, s. d. 
Imprimerie Nationale, in-8*, 8 p. 

2. PUichard, Ibid. 

3. Plaichard, Ibid. 




René-François PLAICHARD de la CHOLTIÈRE 

DÉPUTÉ A LA Convention nationale 
Membre du Conseil des Anciens 






— 131 — 

soldats invalides ou retraités ; son directeur, le capitaine 
en retraite Morieux, avait su en faire un « chef-d'œuvre 
d'économie rurale et domestique, une école de frugalité, 
de travail et de bonnes mœurs *. » Plaichard proposa de 
fusionner Tlnstitut des Jeunes Français et l'Institut 
Morieux ; les deux cent dix élèves de Léonard Bourdon 
n'y coûteraient que 547 livres 10 sols de pension 
annuelle, soit un total de 114.870 livres, le quart des 
dépenses de l'Institut des Jeunes Français ; le pro- 
gramme des études comprendrait la lecture, l'écriture, 
les mathématiques, la musique, l'exercice militaire et 
l'apprentissage de l'habillement, de la cordonnerie, de 
la serrurerie, de la menuiserie et de la charpenterie. 



i. Dire de V Ecole nationale de Liancourt qu'elle était une école de 
frugalité n'était pas exagéré, s'il faut en croire la description que nous 
en a faite un élève entré en 1795, Guillaume Bosquillon, plus connu 
dans les annales de la musique sous le nom de Wilhem. 

(I Elevés et entretenus aux frais de la République, écrit-il, nous man- 
quions à peu près de tout. Je me souviens qu'en une certaine année, cou- 
yerts de vestes assez légères et portant des culottes courtes, nous étions 
presque tous sans bas et sans souliers, au mois de nivôse ; alors nous 
n'avions pas de pain non plus et chaque jour on envoyait quelques-uns 
de nous sur la route de Paris, pour voir s'il n'arrivait pas de la farine. 

« Dans ce chftteau, les vastes appartements sans vitres nous servaient 
de dortoirs et nous avions des couchettes d'hôpital sur lesquelles était 
une paillasse surmontée d'un mince matelas dont nous nous servions 
en guise de couverture. D'autres salles, à double et triple courant d'air, 
formaient les classes où le pauvre professeur cherchait à ne pas tran- 
sir, en concentrant la chaleur de sa respiration dans les plis de 
l'énorme cravate qui lui montait jusqu'au nez ; nous, sans cols et la 
face violette, nous l'écoutions en grelottant 

« Au réfectoire, nous étions tous debout et rangés par escouades de 
dix à treize, autour de petites tables rondes et grossières; l'élève de cor- 
vée pour chaque table apportait de la cuisine souterraine une soupe 
claire dont chacun prenait une cuillerée à son rang ; arrivaient après, 
en nombre exact, de petites portions de basse viande ; la ration de pain 
brun et p&teux était grande et épaisse comme un jeu de cartes. Au 
souper, c'était une grande gamellée de riz liquide où surnageaient quel- 
ques grignons de lard qui étaient enlevés au premier tour par les plus 
adroits. Cet unique plat du soir variait, selon la saison, en vieux fro- 
mage de gruyère ou en salade au pur vinaigre, en pois chargés de 
pucerons, en haricots tachés ou en pommes de terre mal épluchées. 
Tandis que nous étions attablés pour si peu, un habile lisait à haute 
voix les Hommes illustres de Plutarque ou VBistoire générale des 
voyages; mais les mauvais conseils de notre estomac l'emportaient 
quelquefois sur les bons exemples de vertus et de dures privations. » 
{Semeur de l'Oise du 14 juillet 184S.) 



— 132 — 

Enfin, pour loger les six cents élèves que devait conte- 
nir Técole réorganisée, on s'empresserait de lui afTecter 
le ci-devant château de Liancourt. 

La Convention adopta le projet et chargea de l'orga- 
nisation les Comités d'instruction publique et des 
finances ; tout le poids en retomba sur Plaichard, et 
pendant trois semaines il n'y eut point, dans toute 
la Convention, d'homme plus affairé ; il maintint comme 
inspecteur et promut au grade de chef de bataillon 
le citoyen Morieux ; mais il fallait compléter l'enseigne- 
ment, devenu fort insuffisant, que le brave capitaine 
donnait avec ses vétérans ,• le 30 prairial Plaichard, au 
nom des Comités réunis, proposa comme directeur 
comptable, avec 6.000 livres d'appointements, le citoyen 
Crouzet, ancien principal et professeur de rhétorique en 
la ci-devant Université de Paris ; il demanda qu'on 
ajoutât au programme des études le dessin et les mathé- 
matiques, avec le concours de deux professeurs à 3.000 
livres, et qu'on fixât à sept ans l'âge d'admission des 
recrues. La Convention y souscrivit. 

Enfin tout fut prêt, et Plaichard, lassé de courir tou- 
jours de Liancourt à Paris et de Paris à Liancourt, 
poussa un soupir de satisfaction en pensant aux bons 
petits sommes qu'il allait pouvoir refaire dans les fau- 
teuils du Comité. Il écrivait le 11 messidor à son ami 
Midy, membre du Tribunal criminel du département de 
la Mayenne : « J'ai été six jours absent pour le place- 
ment de cinq ou six cents enfants, orphelins des défen- 
seurs de la Patrie. Ce n'est pas, comme tu le vois, 
un petit embarras, et me voilà aujourd'hui père et 
chargé de la plus nombreuse famille de la République, 
qu'il faut alimenter, vêtir et loger, ce que j'espère met- 
tre à exécution dans le courant de cette décade, non 
sans beaucoup d'obstacles et bien de l'embarras * ». 

Le 30 fructidor, l'Ecole reconnaissante envoya une 

1. Lettre citée par M. Queruau-Lamerte (Com\ de la Majfenne), 



— 133 — 

délégation conduite par Crouzet porter les remercie- 
ments des pupilles de la patrie à la Convention, aux 
Comités, et surtout à Plaichard. « Ils ne sont plus 
orphelins, s'écria Torateur, puisque la patrie les a 
accueillis dans son sein maternel et qu'elle a voulu leur 
tenir lieu de père !» Le 3 vendémiaire (25 septembre 
1795), sur la réclamation de Crouzet, Plaichard, au nom 
des Comités d'instruction publique et des finances, 
demanda à la Convention de nommer à Liancourt un 
sous-directeur à 5.000 livres, un professeur de gram- 
maire, un professeur de géographie et un officier de 
santé à 4.000 livres ; de porter à 4.000 livres les hono- 
raires des maîtres de mathématiques et de dessin, de 
fixer à six cents le nombre des élèves, alors réduit à 
quatre cents. Le projet de Plaichard fut voté : l'école de 
Liancourt, origine des futures écoles d'arts et métiers, 
était fondée. 

Le 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795), l'insurrec- 
tion des royalistes vint encore troubler Paris ; les émeu- 
tiers occupaient la rue Honoré, la place Vendôme, le 
Palais-Egalité, et furent écrasés à Saint- Roch. Plai- 
chard qui, pour son malheur, habitait à côté, rue d'Ar- 
genteuil, fut pris dans la bagarre, arrêté, retenu dans 
une section. Le lendemain, la Convention se comptait : 
Lesage-Senault se lève et demande que le Comité de 
sûreté générale fasse délivrer le représentant de la 
Mayenne ; mais les ordres ont été déjà donnés et le 
Président annonce à l'Assemblée que le citoyen Plai- 
chard a été mis en liberté. 

Avant de se séparer, la Convention promulgua, le 
22 août 1795 (5 fructidor an III), la Constitution de 
Tan III et décida que les deux tiers des membres du 
nouveau corps législatif seraient pris dans son sein ; le 
13 fructidor (30 août) on tira au sort les conventionnels 
à maintenir ; Plaichard n'en fut point ; mais comme le 
total des députés élus n'atteignit pas le taux voulu, on 
reprit cent quatre législateurs au sein de la Convention : 

9 



— 134 — 

Plaichard fut du nombre le 4 brumaire an IV (26 octo- 
bre 1795) ; le lendemain, 5 brumaire, il était affecté par 
le sort au Conseil des Anciens, séant aux Tuileries, 
dans Tancienne salle de la Convention. 

On y délégua Plaichard à une infinité de commissions, 
et plus spécialement à celles qui traitaient des questions 
sur lesquelles il avait prouvé sa compétence : enseigne- 
ment public, écoles centrales, écoles de santé, exercice 
de la médecine, etc. Il siège le 2 pluviôse an IV dans le 
Comité chargé d^examiner la résolution du l'*" pluviôse 
touchant Tenvoi aux départements et aux armées du 
discours du Président des Cinq-Cents sur Tanniversaire 
du 21 janvier ; le 18 prairial, il étudie rétablissement 
d'un cinquième Tribunal correctionnel dans THérault 
voté le 16 ; le même jour une commission est formée 
pour examiner la résolution du 16 concernant Técole de 
Liancourt, et le 23, les commissaires rendent aux tra- 
vaux antérieurs de Plaichard un délicat hommage 
en demandant qu'il leur soit adjoint, ce qu'ils obtien- 
nent. Le 10 messidor, il s'agit du projet du 8 sur les 
écoles centrales des départements ; le 26, le député de 
la Mayenne réclame et se fait accorder un congé de 
quatre décades et va se reposer des soucis de son man- 
dat dans sa bonne ville de Laval. 

A son retour, il examine, le 20 vendémiaire an V, la 
résolution du 19 mettant 100.000 francs à la disposition 
des deux commissions d'inspecteurs ; le l**" nivôse, la 
décision du 28 frimaire exemptant du droit de patente 
les médecins, chirurgiens, officiers de santé, les pein- 
tres, sculpteurs et graveurs en tant qu'artistes non 
mercantiles ; le 25 nivôse, la décision du 22 sur l'exploi- 
tation et la fabrication des poudres et salpêtres ; le 
26 pluviôse, la décision du 25 sur la libre circulation 
des grains en France ; le 5 ventôse, le projet du 3 rédui- 
sant à 25 francs par mois l'indemnité accordée aux 
élèves des écoles de santé de Paris, Montpellier et 
Strasbourg par la loi du 14 frimaire an III. 



— 135 — 

Le l^"* germinal an V (21 mars 1796), Plaichard est 
élu secrétaire du Conseil des Anciens et signe en cette 
qualité les procès-verbaux de l'Assemblée ; il n'en est 
pas moins encore, le 9 floréal, membre de la commission 
chargée de rendre compte du résultat des travaux de 
rinstitut national sur l'établissement des Bibliothèques 
nationales et le dépôt des livres. 

En dehors de la Convention et du Corps législatif, 
Plaichard prit encore une part active à la restauration 
des études médicales : Académie de chirurgie, Société 
Royale, Faculté de médecine, avaient disparu dans la 
tourmente ; la Terreur passée, quelques hommes de 
valeur décidèrent de former une nouvelle Société ^ ; à la 
sollicitation de Sédillot 2, le ministre les assura de son 
approbation, et le 29 ventôse an IV la municipalité du 
IV arrondissement émit également un avis favorable. 
Le 2 germinal an IV (22 mars 1796), la « Société de 
santé de Paris » ouvrit sa première séance dans une 
des salles du Lycée des Arts, au Palais-Egalité, ci- 
devant Royal ; trente-trois assistants signèrent le pro- 
cès-verbal, et parmi eux les députés Fourcroy et 
Plaichard, anciens membres du Comité d'instruction 
publique de la Convention ; Noël Villar, l'accoucheur 
Baudelocque, Chaussier, Cadet-Devaux, Antoine Du- 
bois, Desgenettes, Heurteloup, Halle, Portai, Sabatier, 
Vauquelin. L'Assemblée, qui prit le 27 pluviôse an V le 
nom de « Société de médecine de Paris », était organi- 
sée sur le plan de l'ancienne Société Royale : elle se 
réunissait tous les dix jours et tenait séance publique 
deux fois par an ; son bureau organisa des concours, 
décerna des prix et établit un service de consultations 

1. Voy. Recueil périodique de la Société de santé de Paris. Paris, 
an V, t. I, p. 13. — Historique de la Société, par Sédillot, dans Mémoi- 
res de la Société de médecine de Paris séante à rHôtel de Ville, Paris, 
i817, In^-. 

2. Le bureau de la Société se composait de : Desessarts, président ; 
Sédillot atné, vice-président ; Sédillot Jeune, secrétaire général ; 
Bouillon-la- Grange et RousslUe-Chamseru, secrétaires ; Venier, vice* 
secrétaire. 



— 136 — 

gratuites Taprès-midi de chaque décade ; il publia aussi 
un bulletin et des mémoires; Plaichard-Choltière, alors 
membre résidant, faisait partie avec Pelletier, Piet, 
Lafisse, Andry, Auvity, Botentuit et Bousquet, du 
Comité de rédaction. 

Le l**" prairial an V, Plaichard sortit du Conseil des 
Anciens, ainsi que Tavait décidé le 15 ventôse le tirage 
au sort pour le renouvellement partiel du Corps législa- 
tif. Il reprit alors à Laval Texercice de la médecine ; de 
membre résidant, il passa au rang d'associé national de 
la Société de médecine de Paris ^ L'année suivante, un 
coup terrible vint le frapper, la mort de son fils aîné. 

Ce jeune homme, ancien capitaine des grenadiers du 
Corps législatif et adjudant général des armées de la 
République, dans le corps du général Bonaparte 2, vint 
passer quelques jours à Laval ; il décida d'aller faire 
une partie de chasse dans la forêt de Concise, dont son 
père possédait quelques taillis ; le fusil sur l'épaule, il 
partit le 17 thermidor an VI, après midi, avec trois 
compagnons : J.-B. Michel, employé aux bureaux du 
payeur général de la Mayenne ; Paillard- Dubignon et 
Pierre Guays ; ils avaient fait une lieue gaiement et 
cheminaient sur la route de la Gravelle, au point où elle 
relie la forêt de Concise au Pont-Valentin : tout à coup, 
une quinzaine de brigands, vêtus de carmagnoles, se 
démasquent, mettent en joue Paillard et Guays en leur 
criant : « Bas les armes ! on veut vous causer ! on ne 
vous veut point de mal ! » Guays, effrayé, hèle Choltière 
et Michel, restés à vingt pas en arrière : « Bas les 
armes ! » répètent les chouans, qui se précipitent sur les 
chasseurs, les entourent, leur demandent des passe- 
ports. « Qui êtes- vous, dit Choltière? De quel droit nous 
arrêtez-vous? » Les agresseurs, sans répondre, reculent 



1. Journal général de médecine, de chirurgie et de pharmacie 
françaises et étrangères, ou Recueil périodique de la Société de méde- 
cine de Paris. Paris, 1817, t. LIX (Liste des membres de la Soc). 

2. Àlinanach national, an IW 



— 137 — 

et tirent sur la petite troupe ; Dubignon reçoit deux 
balles à bout portant et se laisse choir, sans aucun mal ; 
à la deuxième décharge, Plaichard tombe en criant : 
« Je suis mort ! » Les assassins l'achèvent à coups de 
crosse sur la tête, dépouillent son cadavre, en partagent 
le butin, non sans disputes : Tun d'eux brandit le cha- 
peau de la victime, orné du bouton d'or d'adjudant 
général, et crie joyeusement : « On a tué un pataud ! 
c'est un pataud ! » Paillard-Dubignon et Michel, ligotés, 
brutalisés, étaient les témoins impuissants de cette 
scène sauvage ; les chouans voulurent d'abord les gar- 
der comme otages jusqu'à plus ample informé ; finale- 
ment, ils se décidèrent à relâcher les deux captifs 
désarmés ; les « bleus » ne se le firent pas dire deux fois 
et coururent, tout tremblants, prévenir la famille Plai- 
chard et le commissaire du Directoire *. 

Dès le lendemain, 5 août 1798, ce fonctionnaire 
transmit au Ministre de l'Intérieur la déposition des 
survivants; une nouvelle lettre, le 19, avisa le Ministre 
que toutes les recherches pour mettre la main sur les 
coupables étaient demeurées vaines. Le crime avait eu 
Heu à une portée de fusil à peine de la ferme des Buttes, 
sans que les habitants, qui battaient le blé dans l'aire, 
se fussent portés au secours des victimes ; quant à leur 
témoignage, il fut nul : personne n'avait rien vu ou 
voulu voir, tant était grande la terreur qu'inspiraient 
les brigands, et sûre la vengeance qu'ils tiraient des 
dépositions défavorables ; ils assassinaient en plein 
jour, en plein village, sans opposition, et les témoins 
n'hésitaient pas entre le silence et la mort. Le 24 jan- 
vier 1824, M. Bernard Plaichard de la Choltière acheta 
au prince de la Trémoïlle quelques hectares de cette 
forêt de Concise où son frère avait péri de si tragique 
façon. 

Un arrêté préfectoral du 8 juillet 1803 nomma Plai- 

1. Archives nat. F'cs, Mayenne, 8. 



— 138 — • 

chard médecin consultant de Thôpital de Laval ; un 
autre, du 18 vendémiaire an XII, le promut président 
du Conseil de santé des hôpitaux. Enfin, le 3 frimaire 
an XII (25 novembre 1803), le préfet de la Mayenne, 
baron Harmand, proposa notre homme au Ministre de 
l'Intérieur comme membre du Jury médical de la 
Mayenne : « Il est, écrit-il, ancien médecin, fort ins- 
truit, plein de zèle et de désintéressement ; il a les idées 
libérales ; il est médecin consultant de nos hôpi- 
taux ^ » Le 25 nivôse an XII (16 janvier 1804), Plai- 
chard fut désigné comme membre du jury, ainsi que 
Bucquet, jeune médecin de la nouvelle école, instruit et 
actif, qu'il avait accueilli et soutenu contre la malveil- 
lance jalouse et la cabale des médecins de vieille roche. 
Cet aréopage était chargé d'examiner les candidats aux 
diplômes d'officier de santé, pharmacien, sage-femme, 
herboriste, désirant exercer dans le département ; le 
président du jury devait être un professeur de l'Ecole 
de Paris : ce fut, cette année-là, Lassus, l'ancien pro- 
fesseur de médecine légale qui avait été chargé en 1795 
de procéder à l'autopsie du « petit Capet », Louis XVII. 
Les examinateurs touchèrent chacun 300 livres d'indem- 
nité, ainsi qu'il appert du reçu contresigné le 21 ther- 
midor an XII pai» Victor Plaichard-Dutertre, receveur 
des hospices de Laval. Nous verrons dans une étude 
ultérieure dans quelles conditions fonctionna le jury 
médical mayennais. 

Le 4 octobre 1808, Plaichard-Choltière fut élu mem- 
bre du Corps électoral par 957 voix sur 1.277 ; il figure 
même en cette qualité sur la liste dressée en 1808 des 
cinq cent cinquante contribuables mayennais les plus 
imposés. 

La loi du 28 pluviôse an VIII avait créé les Conseils 
généraux des départements ; l'arrêté consulaire du 
8 prairial convoqua celui de la Mayenne pour le premier 

1. Archives nai. Lettre du Préfet de la Mayenne au Ministre de l'inté- 
rteur du 3 frimaire an XII. (Ck)te F^ II.) 



— 139 — 

thermidor an VIII : il se tint à la date indiquée, à 
10 heures du matin, sous la présidence du préfet Har- 
mand et du secrétaire général Defermon ; Plaichard 
était conseiller général * : il fut nommé, le 4, membre 
de la commission du rapport sur les pertes causées par 
la guerre civile, rédigea son mémoire en deux jours et le 
lut à la séance du 6 en demandant un dégrèvement pour 
les intéressés. 11 siégea au Conseil général jusqu'à sa 
mort; en 1812, il apposa sa grosse signature au bas de 
l'adresse du Conseil félicitant Sa Majesté l'Empereur et 
Roi de la naissance « de l'Enfant Royal, espoir de la 
France. » 

M. Plaichard-Choltière s'éteignit le 25 août 1815, à 
l'âge de soixante-quinze ans 2. 

1. Archives nat., Fic*, Mayenne, 1. 

2. M. le comte de Lastlc a bien voulu nous autoriser à reproduire le 
portrait de Plaichard, pastel de Ducreux, qu'il possède dans sa collec- 
tion. Nous lui en exprimons tous nos remerciements. 

Consulter pour la biographie de Plaichard : Petite biographie con- 
ventionnelle, ou Tableau moral et raisonné des 749 députés, etc. 
Paris, chez Eymery, 18i5. — Vie politique de tous les députés à la Con- 
vention nationale pendant et après la Révolution, par M. Robert. 
Paris, i8i4, p. 337. — Les députés de la Mayenne à l'Assemblée législa- 
tive, par Queruau-Lamerie. Mayenne, s. d. — Les médecins à l'Assem- 
blée législative^ par Miquel Dalton (Chronique médicale du !•' mai 
i902). — Dictionnaire des parlementaires français, par Robert et 
Cougny. Paris, 1889. — Histoire de Laval, par S. Couanier de Launay. 
LAval, 1856, p. 534. — Les Conventionnels du département de la 
Mayenne, par E. Queruau-Lamerie. Laval, 1885. — Procès-verbaux du 
Comité d'instruction publique de la Convention nationale, publiés 
par J. Guillaume. Paris, 1894, t. II, p. ci. — Dictionnaire historique de 
la Mayenne, par l'abbé Angot, t. III. Laval, 1902. — Proces-verbaux des 
séances de la Convention Nationale et du Conseil des Anciens et Moni- 
teur universel, passim. 



P -H.-H. BODARD DE LA JACOPIÈRE 



Sans la Révolution, M. de la Jacopière aurait coulé 
une vie paisible d'homme de finance jouissant de rentes 
respectables, possédant hôtel à la ville et « folie » à la 
campagne, herborisant avec passion, et les botanistes 
marseillais l'eussent appelé leur Mécène. Grâce à la 
Révolution, le citoyen Bodard vécut pauvre, sous les 
déguisements divers d'officier royaliste, de major sans 
troupes, de lecteur d'un prince polonais, de chirurgien 
militaire et de docteur en médecine ; son existence tient 
du roman, et c'est le roman d'un botaniste. 

Pierre-Henri-Hippolyte Bodard de la Jacopière naquit 
à Craon, le 12 avril 1758, d'une vieille famille de robe 
depuis longtemps établie dans le pays *. Il était le cadet. 
Son frère aîné, Henri, fut procureur du roi au présidial 
d'Angers, et échevin de cette ville. Quant à Pierre, il 
fit ses humanités au collège de La Flèche. Très jeune 
encore, il vint à Paris et entra au contrôle des finances ; 
mais il profitait de ses instants de liberté pour se délas- 
ser de l'aridité des comptes et du prosaïsme du papier 
timbré en faisant de la botanique. C'était d'ailleurs une 
passion de famille, car son frère l'échevin s'en occupait 
lui aussi et figura en 1778 parmi les fondateurs du Jardin 
botanique d'Angers, en 1789 parmi les membres de la 
Société des botanophiles de cette ville ; et je gage que 
les séjours du cadet à Angers avivaient encore leur 
réciproque amour des plantes. 

A Paris, Bodard était un assidu des cours du célèbre 

1. Armes : d*azur, au dard d*or accompagné de S têtes de loup d'ar- 
gent ; au chef d*or, chargé d'une épée posée en fasce. 



— 142 — 

Antoine-Laurent de Jussieu, alors démonstrateur de 
botanique au jardin du roi, et le maître et le disciple, 
rapprochés par leur passion commune, ne tardèrent 
point à se lier d'amitié. De temps à autre, le jeune 
homme allait rendre visite à sa tante, la présidente 
Thiroux d' Arconville ; et c'était là encore aller au cours, 
car cette dame, femme de capacité, femme de grand 
savoir et de conversation aussi riante qu'édifiante, avait 
composé un Traité des passions, un gros livre de pen- 
sées et de réflexions morales, et un Essai sur la putré- 
faction ! Aussi ne s'étonnera-t-on point que ses salons de 
Paris ou de Meudon aient été le rendez-vous des savants 
et des beaux esprits ; Macquer et Bernard de Jussieu y 
coudoyaient Anquetil, Poultier et Lavoisier, et M. de 
Malesherbes y voisinait avec La Curne de Sainte-Pal aye. 
Bientôt Bodard obtint à Marseille une place lucrative, 
belle occasion d'étudier la flore méridionale ; il n'y man-. 
qua point, et parcourut la Provence, le Languedoc, et 
les landes bordelaises ; il eut la joie de découvrir aux 
environs de Bordeaux des plantes rares, la Vallisnérie, 
VAnthericum planifoliuni Lin, ; trouvaille précieuse si 
l'on pense que son maître Jussieu n'en possédait point 
d'exemplaire dans son herbier, et que le docte Desfon- 
taines, professeur de botanique au jardin du roi, n'avait 
rencontré VAnthericum qu'en Barbarie. Desfontaines 
et Jussieu reçurent donc un exemplaire de VAnthericum ; 
la présidente d'Arconville, qui s'occupait de botanique 
à ses heures, dut accueillir la nouvelle avec intérêt, et 
Bodard fut réjoui dans son cœur. 

Il ne tarda pas à avoir d'autres soucis, plus pénibles : 
la Révolution suivait son cours ; après le 20 juin, le 
10 août, après la Législative, la Convention, la Terreur. 
La ville de Marseille, que les commissaires de la Con- 
vention voudront démolir et appeler Ville-sans-nom, 
Marseille tenta de résister ; une armée royaliste se ras- 
sembla, pour se disperser, sans chefs, presque tout de 
suite. Ceux qui s'étaient compromis dans ce mouvement 



— 143 — 

gagnèrent Toulon, que les royalistes avaient livré aux 
anglo-espagnols. Bodard s'y réfugia avec sa jeune 
femme, une demoiselle Viret. Le 17 novembre 1793, 
elle lui donna un fils qui reçut les noms de Diego- 
Antoine- Jérôme-Marius. 

La place investie par Dugommier, foudroyée par Tar- 
tillerie de Bonaparte, dut capituler. Les proconsuls de la 
République vont éclaircir les rangs des rebelles par des 
massacres, en attendant d'envoyer le reste à la guillotine ; 
il faut fuir, la mer seule est libre : en pleine nuit d'hiver, 
le 18 décembre 1793, douze mille personnes affolées se 
ruent dans le port, sautent dans les barques, voguent 
vers le large: beaucoup de chaloupes, surchargées, 
chavirent ou se heurtent dans l'obscurité, le flot roule 
des épaves et des cadavres, et l'horreur de ces scènes 
sinistres est éclairée par la lueur des flammes qui dévo- 
rent les forts, des explosions de leurs poudrières. Bodard, 
l'uniforme en lambeaux, faisait force de rames, pour 
sauver sa femme et son fils nouveau-né ; il arriva au 
milieu de la flotte britannique : les marins anglais refu- 
sèrent de le prendre à leur bord : cette générosité ne 
leur eût rien rapporté. Heureusement, les fugitifs furent 
recueillis par la LouiscardCy vaisseau napolitain de 
74 canons. La traversée dura trente jours, et 2.400 per- 
sonnes s'entassaient à bord du bâtiment! Enfin on fit 
relâche à Porto-Longone, dans l'île d'Elbe. Bodard et 
les siens furent charitablement accueillis par la famille 
Catalani, et la jeune hôtesse donna au bébé le lait que 
le sein maternel, tari, lui refusait. En retour, Bodard 
ne pouvait offrir à ces braves gens d'autre récompense 
que celle de la reconnaissance : il n'avait rien pu em- 
porter, dans sa hâte, et il lui restait huit sous! Par 
bonheur, il n'avait point affaire à l'hospitalité anglaise. 

Le 25 janvier 1794, le bateau jeta l'ancre dans le port 
de Naples. Le roi, les tantes de Louis XVI rivalisèrent 
de générosité envers les réfugiés, qui formèrent une 
colonie à Castellone de Gaëte. L'antique voie Appienne 



— 144 — 

traversait ce site enchanteur ; là les patriciens romains 
venaient goûter les charmes de la campagne, dans ces 
maisons somptueuses dont les débris parsèment encore 
la région ; là Cicéron tenait d'éloquents propos sous les 
pins et les térébinthes de sa villa de Formian, avant d y 
périr sous les coups des assassins soudoyés par Antoine. 
Bodard, qui avait puisé dans l'éducation de son siècle 
un vif amour de l'antiquité, parcourait ces lieux célèbres, 
admirant les restes de la puissance romaine, la majesté 
de ces ruines gigantesques qui bravaient les menaces du 
temps : « C'est, dit-il, sur les collines qui dominent 
Castellone de Gaëte au royaume de Naples, bâtie sur 
les ruines de l'antique Formian, maison célèbre de 
Cicéron, que j'ai été à portée d'observer les plus beaux 
monumens antiques. Je ne puis me rappeler sans étonne- 
ment la solidité du ciment avec lequel ces entonnoirs, 
ces réservoirs dépuratoires et ces aqueducs sont con- 
struits, les frais immenses qu'ils ont dû coûter, et l'art 
avec lequel ils ont été exécutés... Je publierai dans un 
ouvrage séparé quelques observations sur plusieurs 
points d'antiquité peu connus et remarquables à Gaëte, 
à Formian et aux environs, tels que les tombeaux de 
Cicéron, de Munatius Plancus (aujourd'hui appelé Torre 
d'Orlando), de Vitruve, la Fontaine d'Artacie ^ » 

Bodard faisait de l'archéologie sans que l'histoire natu- 
relle y perdît rien ; il explorait les coteaux brûlés par le 
soleil, couverts d'un maigre tapis d'euphorbe épineuse 
et de sarriette de montagne qui parfume l'atmosphère 
tiède de ses senteurs aromatiques ; il s'enfonçait dans 
les frais vallons, à l'ombre des oliviers et des caroubiers, 
et cueillait sur la tombe de Munatius Plancus les jolies 
corolles des crocus ; dans les fissures des murailles anti- 
ques, il prenait des insectes, et guettait sur la pierre l'ap- 
parition de ces petits lézards qui aiment à faire la sieste 
au soleil et qu'on appelle des geckos ; il étudiait leurs 

1. Des engorgemtns des glandes, p. i28-i29. 



— 145 — 

mœurs, et les étudia si bien que, pour avoir touché Tirri- 
tant liquide de leurs glandes, il en garda le souvenir 
cuisant d'une dermatite labiale. Un autre jour, il décou- 
vrit avec bonheur, dans un des pans du riche manteau 
de verdure que le temps avait jeté sur une ruine romaine, 
certaine touffe de véronique cymbalaire dont nous aurons 
à reparler. 

Bodard resta deux ans à Gaëte ; mais la santé de sa 
femme s'altérait de plus en plus, et il résolut d'aller 
chercher pour elle à Naples des soins plus éclairés. A 
Naples, il se lia avec le docteur Vicenzo Petagna, 
professeur de botanique à l'Université, l'aida même à 
rédiger son ouvrage Délia faculta délie plante^ 
Naples, 1796. Mais il faisait cher vivre dans cette 
grande cité, et bien qu'un peu plus riche que le Juif 
errant, puisqu'il possédait huit sous à l'Ile d'Elbe, 
Bodard dut se mettre à la recherche d'une position 
sociale et quelque peu lucrative. Des amis lui procurè- 
rent un brevet de major au service de l'ordre de Malte ; 
il allait partir, lorsque sa femme mourut, lui laissant la 
charge d'un orphelin de trois ans ; le malheureux ne 
voulut point cilors abandonner l'enfant à des mains 
étrangères et demanda un congé ; et lorsqu'il aurait pu 
gagner son poste, Malte tomba au pouvoir des Fran- 
çais (1798) en attendant l'invasion anglaise (1800). Le 
brevet de l'ordre de Malte n'avait plus de valeur, et 
M. Bodard n'était plus qu'un chevalier errant. 

Cependant, les affaires intérieures de la France sem- 
blaient s'améliorer pour lui : les élections de l'an V 
indiquaient des tendances royalistes, des émigrés se 
hâtaient de rentrer dans leur pays. L'exilé, prudem- 
ment, attendit, mais il commença à se rapprocher du 
nord de la péninsule, et gagna Rome (1796). En sa qua- 
lité de botaniste, il trouvait partout des confrères, c'est- 
à-dire des amis : il fit connaissance, dans la ville 
éternelle, d'un jésuite péruvien, Dom Gaspard Xuarez, 
connu par sa réédition, en 1777, du Prodrome de la 



— 146 — 

Flore du Pérou et du Chili. Ce religieux cultivait avec 
amour, dans un jardinet qu'il possédait près du Vatican, 
quelques plantes rares ; un jour que Bodard et le 
Révérend Père étaient fort altérés par une discussion 
botanique, ce dernier prépara quelques tasses d'un cer- 
tain chocolat que le Français, gourmet par nationalité 
et par tempérament, déclara incomparable ; il s'em- 
pressa d'en demander la recette, et son hôte lui com- 
muniqua en grand mystère qu'il avait mêlé au cacao 
des fruits des arachides de son jardin. Essayer ce breu- 
vage, c'était l'adopter ; mais comme Bodard était 
curieux, et botaniste, il résolut en outre d'étudier minu- 
tieusement l'arachide. Or, un certain abbé Radel entre- 
tenait aussi cette plante dans son jardin botanique de 
Saint- Pierre-aux-Liens ; Bodard entra en relations avec 
ce savant homme, qui classait déjà ses végétaux par 
familles naturelles alors que les systèmes de Linné et 
de Tournefort étaient encore presque partout suivis ; et, 
du jardin de M. Radel au jardin de Dom Xuarez, 
M. Bodard allait, venait, infatigable, surveillant la 
germination, la croissance, la floraison, la fructification 
curieuse de son arachide ; et ce temps ne fut point 
perdu, comme nous Talions voir. 

Le 4 août 1797, notre homme était encore à Rome, 
car il herborisait ce jour-là dans les ruines du Colisée, 
et dressait la liste des plantes sauvages et des herbes 
folles qui enguirlandaient ces arcades géantes ; mais 
son séjour allait prendre fin, et Bodard, après avoir 
reçu, en compagnie d'autres émigrés, la bénédiction du 
Pape Pie VI, se dirigea vers Pise. 

C'est là qu'il apprit la nouvelle du coup d'Etat du 
18 fructidor (4 septembre 1797) : le chemin de la France 
lui était de nouveau fermé. Il rencontra là un compa- 
triote, un certain M. de Bienville, médecin et auteur 
d'un Traité des Erreurs populaires sur la santé, 
édité à La Haye en 1775 ; cet homme de bien, émigré 
comme lui, l'engagea à étudier les sciences médicales; 



— 147 — 

mais, en attendant le diplôme doctoral, il fallait vivre : 
Bodard s'engagea en qualité de lecteur chez un prince 
polonais exilé à Pise, le prince Rzevuski, et suivit, le 
reste du temps, les cours de TUniversité. Un beau jour, 
le prince fut, je ne sais pour quelle cause, atteint d'une 
fluxion érysipélateuse du visage : et rouge, hideux, 
méconnaissable, enflé comme un magot, étouffant et 
gémissant, il appela M. Bodard à son secours. 
M. Bodard, botaniste, avait une grande connaissance 
des simples ; il envoya chercher du tussilage, le fit 
fumer en feuilles et boire en infusion au malade ; le 
prince cracha comme une fontaine, et dégonfla d'autant : 
au bout de deux heures il avait retrouvé son faciès nor- 
mal, il fit rappeler Bodard et se confondit en remercie- 
ments. 

C'est dire que les études médicales n'avaient point 
détourné Bodard de sa science de prédilection ; il s'était 
fait agréger à l'Académie des Géorgophiles ou Société 
d'agriculture de Florence, et communiqua à cette docte 
compagnie deux mémoires de botanique, mémoires qui 
furent imprimés à Pise en 1798. Le premier concernait 
la Veronica cymbalaria, cette jolie plante qu'il avait 
rencontrée déjà à Gastellone et retrouvée aux environs 
de Pise. 

« La véronique cymbalaire, dit Boreau, assez répan- 
due dans les contrées voisines de la Méditerranée, 
avait été connue de Tournefort et déjà figurée par 
Buxbaum, mais Linné l'avait méconnue et l'avait ratta- 
chée à la triviale véronique hédérée ; notre auteur en 
donna une description complète et l'établit sur des 
caractères positifs et irréfragables ; elle a été adoptée 
depuis par tous les botanistes, et tant que la science 
sera cultivée parmi les hommes, le nom de Bodard res- 
tera inséparable de celui de la plante qu'il a su le pre- 
mier signaler d'une manière rationnelle. Peut-être le 
célèbre Savi, auteur du Flora PisanUy avait-il vu avec 
peine qu'un étranger fit connaître une plante si répan- 



— 148 — 

due dans son pays : tout en l'admettant dans son Bota- 
nicon Etruscum publié en 1808, il en fait honneur à 
Bertoloni sans faire aucune mention du nom du premier 
descripteur. » Soit, rendons à Bodard ce qui est à 
Bodard ; ne lui marchandons point Timmortalité qu'une 
humble plante confère à son premier descripteur, et qpie 
sa mémoire revive à jamais dans le souvenir des auteurs 
de Flores et des fervents de la nomenclature ! Mais, 
hélas ! il n'en faut point jurer : à leur tour, les botanis- 
tes modernes, trop avides de conquérir à ce compte 
quelque renommée, s'empressent de débaptiser et de 
rebaptiser les pauvres fleurs, et il n'est plus guère de 
végétal qui ne possède aujourd'hui une douzaine de 
vocables spécifiques accolés aux noms d'autant de par- 
rains. 

Le deuxième travail de Bodard traite des plantes 
qu'il appelle hypocarpogéeSy c'est-à-dire celles qui 
enfouissent leur fruit dans le sol, où il arrive à matu- 
rité ; il prit comme exemples Arachis hypogea^ qu'il 
avait si longuement étudiée à Rome, de visu et de 
gustUy Anthirrhinum cymbalaria Linné, Trifolium 
subterraneum Lin., Cyclamen FMropœum Lin., Gly- 
cine subterranea Lin., Glycine monoïca Lin., Lathy- 
rus amphicarpos Lin., Vicia hypocarpogea Bodard. 
Cet opuscule fut remarqué, même au loin, et M. Tessier 
en rendit compte à l'Institut de France *. 

Ces recherches et la conquête du titre de docteur en 
médecine de la Faculté de Pise (25 mars 1799) procurè- 
rent à notre homme d'agréables relations avec les pro- 
fesseurs de l'Université de Pise, Georges Santi, titulaire 
de la chaire d'histoire naturelle, et son collaborateur 
Dom Gaëtano Savi, Raddi, Vitman, professeur à Milan, 
etc. Il s'occupa de traduire en français, sous les yeux de 
l'auteur, le Voyage au Montamiatay de G. Santi, tra- 
duction qui parut à Lyon en 1802. Il publia également 

1. Journal de l'Agriculture française, t. IX, p. S96. 



— 149 — 

des traductions en langue italienne de deux ouvrages 
du docteur Voulonne, dont Tun, relatif à la valeur de la 
médecine active par rapport à la médecine expectante, 
avait été couronné par TAcadémie de Dijon. Plus tard, 
profitant de sa science de polyglotte, il donnera encore 
des versions italiennes de quelques volumes d'Octave 
de Ségur. 

Bodard était attaché à l'hôpital Sainte-Claire de Pise, 
et il y multipliait les expériences sur son thème favori, 
Tétude des simples et leur substitution aux médica- 
ments exotiques. Dès 1797 il essaya sans succès le 
Conium maculatum contre le cancer du sein ; et plus 
tard, avec un meilleur résultat, le remplacement de 
VAsa fœtida par un mélange d'extraits de pavot et de 
diverses plantes fétides ; mais il n'avait garde de délais- 
ser en thérapeutique ses plantes favorites, la Veronica 
cymbalaria et le tussilage. Cependant, l'invasion 
française faisait des progrès dans la Péninsule : en 
1799, les troupes françaises envahirent la Toscane, 
entrèrent dans Pise ; Bodard ne s'enfuit pas, il attendit; 
il soigna avec le plus grand dévouement ses compa- 
triotes malades ou blessés qui encombraient l'hôpital de 
Pise ; il sauva la vie de l'adjudant-général Gauthier, 
gravement atteint, conquit son amitié, lui raconta sa 
triste odyssée ; le médecin en chef Andral * s'intéressa 
également à son confrère exilé. Bodard fut attaché 
comme médecin à Tétat-major, et, en 1801, reprit avec 
les soldats le chemin de sa patrie. Ils arrivèrent au 
sommet du Mont-Cenis : devant eux l'horizon s'éten- 
dait, immense et lumineux ; les yeux de l'exilé se rem- 
plirent de larmes, et il montra la France à son fils. 

Chemin faisant, la botanique reprenant ses droits, 
Bodard recueillait les plantes de la montagne, des 
fleurs de France, cette fois. Il courut, au plus tôt, 

i. Andral, médecin en chef de l'armée d'Italie, devint médecin du roi 
Murât et membre de l'Académie de médecine. Il fut le père de Gabriel 
Andral, le célèbre adversaire de Brousaals. 

10 



— 150 — 

revoir son pays natal : la tempête y avait laissé bien 
des ruines et son frère, délégué par le comte d'Artois 
auprès de Charette, avait été tué, le 8 mars 1796, au 
combat de Sainte-Marie-du-Bois. A Paris, il retrouva 
avec bonheur son vieux maître Desfontaines, devenu 
membre de Tlnstitut, et sa tante Thiroux d'Arconville ; 
elle eut le temps d'entendre tout à loisir le récit des 
aventures de son neveu, car elle ne s'éteignit que le 
23 décembre 1805. « A Tâge de 85 ans, écrit Bodard, 
son esprit avait conservé toute son amabilité, tout son 
feu, et son imagination n'avait rien perdu de la fraî- 
cheur et des grâces de la jeunesse. » De fait, bien que 
les œuvres complètes de la bonne dame formassent un 
nombre respectable de volumes, le travail intellectuel 
n'avait point, chose rare, hâté l'heure de sa fin. 

Bodard s'installa dans la capitale et reprit l'exercice 
de la médecine : il habita d'abord 3, boulevard Saint- 
Denis, puis 56, rue du Faubourg-Poissonnière. M. Bo- 
dard était un homme très occupé, excessivement occupé, 
si j'en juge par ses titres nombreux de médecin légiste 
du Tribunal de la Seine, de secrétaire de la Section 
d'histoire naturelle de la Société de médecine pratique 
de Paris, de membre du Cercle médical séant au Collège 
de France, de correspondant des Sociétés de médecine 
pratique de Montpellier, de Bordeaux, des Sociétés des 
Amis des arts d'Aix et d'Évreux, des Sciences et Let- 
tres de Livourne, des Géorgophiles de Florence, de 
l'Ordre académique des Indefessi d'Alexandrie. Encore 
trouvait-il le temps de faire, depuis 1804, un cours 
public de botanique. Il faut dire qu'il envisageait cette 
science à un point de vue tout spécial : en 1808, lors du 
blocus continental, la Société de médecine de Bordeaux 
mit au concours la question suivante : « Quelles sont 
les substances indigènes qui peuvent être substituées 
avec succès aux médicaments étrangers ? » Bodard 
envoya un mémoire qui obtint le second prix. L'année 
suivante, il mettait son cours, tout d'actualité, sous le 



— 151 — 

patronage du Ministre de Tlntérieur (27 mars 1809) et 
inaugurait solennellement ses leçons dans la Salle de 
TAthénée des Arts, à Toratoire de la rue Saint-Honoré, 
le 28 août 1809. Les encouragements officiels ne lui 
manquèrent pas : le 24 novembre 1809, le duc de Fel- 
tre, ministre de la guerre, lui écrivait : « Nos contrées 
renferment dans leur propre sein les richesses qu'elles 
sont forcées d'arracher à un sol étranger » ; et M. Bodard 
se trouvait fort honoré des félicitations de Monseigneur 
TArchichancelier (17 octobre 1809), de Monseigneur TAr- 
chitrésorier (18 novembre 1809), de Monseigneur le 
Ministre des finances (21 octobre 1809) et de Monsei- 
gneur le Prince-primat (29 janvier 1810). Il en reçut 
d'autres de tous les souverains que l'impérieuse volonté 
de Napoléon contraignait à subir le blocus continental, 
les empereurs d'Autriche, de Russie, les rois de 
Prusse, de Wurtemberg et de Danemark. C'est que 
M. Bodard s'était fait l'apôtre de la pharmacopée natio- 
nale ; il démontrait « qu'il est possible d'exercer la 
médecine sans le secours de la plus grande partie des 
productions étrangères * » ; à chaque plante médicinale 
exotique, il opposait, dans ses leçons, tout un cortège 
d'espèces indigènes; il prétendait que, dans plus de la 
moitié des cas, on peut substituer au quinquina, comme 
fébrifuge, la camomille ; on avait essayé, dans les 
Landes, la culture de l'arachide, et Bodard ne parlait 
rien moins que de lui faire supplanter le cacao. Et Ras- 
pail ne fut jamais plus enthousiaste pour le camphre que 
le docteur Bodard pour la camomille et le tussilage. 

Il avait demandé au Ministre de l'intérieur, Montali- 
vet, l'autorisation d'entretenir une correspondance offi- 
cielle avec un ou deux médecins de chacun des cent 
trente départements de l'empire, à seule fin de propager 
ses doctrines et de découvrir, dans les végétaux euro- 
péens, de nouvelles ressources thérapeutiques ^; cette 

1. Cours de bot, méd. comp, 

2. a Grftce au zèle des praticiens tavans qui, bous les auspices d'un 



— 152 — 

besogne lui demandait un travail énorme, et la subven- 
tion gouvernementale suffisait à peine à payer son 
secrétaire ; mais il était plein d'enthousiasme ; il recom- 
mandait son tussilage au Comité médical de consulta- 
tion gratuite du X" arrondissement, et il importunait 
son confrère Gaillard, un médecin de THôtel-Dieu, pour 
qu'il essayât la camomille contre la fièvre tierce. 

En 1810, Bodard donna un exposé complet de ses 
théories dans son Cours de botanique médicale com- 
parée qui parut en 2 volumes in-S**. — En 1816 il 
réédita un opuscule qu'il avait publié en 1807 sur la 
scrofule ! Mais qu'on ne se trompe pas au titre : il s'agit 
bien moins des ravages de la scrofule que de l'apologie 
du tussilage, ce Tussilago petasites et T. far far a que 
Pline et Galien recommandaient déjà sous le nom de 
bechion, et que préconisent aussi Mattiole, Forestus et 
le D"^ Petagna. Et comment ne pas l'adopter quand on 
saura que cette plante jouit de « propriétés éminemment 
toniques, alexitères, balsamiques, incisives, résolutives 
et minoratives *, » par conséquent anti-scrofuleuses ? 

Quant à la pathogénie du lymphatisme formulée par 
Bodard, elle est à peu près celle qu'enseignaient les 
auteurs à son époque : il considère la scrofule comme 
un état de faiblesse de l'organisme caractérisé par 
l'atonie des solides et les altérations du système lym- 
phatique ; elle est due à une alimentation défectueuse de 
l'enfant, à la succion d'un mauvais lait, c'est-à-dire. 



gouvernement paternel, veulent bien s'associer à nos travaux en cor- 
respondant avec nous des divers points de la France, nous découvrons 
fréquemment dans nos plantes indigènes des moyens de remplacer un 
grand nombre d'autres médicamens que nous faisons venir à grands 
frais du Nouveau-Monde. Ces derniers, souvent avariés dans les 
magasins, dans les traversées, ou sophistiqués par la cupidité mercan- 
tile, sont toujours d'un prix trop élevé pour que la classe peu aisée 
puisse se les procurer, tandis que les premiers, croissant pour ainsi dire 
sous nos yeux, peuvent s'obtenir toujours frais, peuvent être renouvelés 
à volonté et offrir constamment des secours non moins efficaces, plus 
analogues aux constitutions européennes, et d'un prix auquel tout le 
monde peut atteindre. » (Des engorgemeiis des glandes, p. 180.) 
1. Des aff, scrofuleuses, p. i7. 



r 



— 153 — 

écrit-il, « des sucs imparfaits, plutôt séreux que laiteux, 
prompts à s'aigrir, et d'autant plus disposés à s'épais- 
sir qu'ils sont reçus dans des vaisseaux trop affaiblis 
pour corriger l'imperfection de ce fluide ; il obstrue 
insensiblement les couloirs délicats du système lympha- 
tique et surtout du système glandulaire dont les fibrilles 
sont prodigieusement déliées et peu susceptibles de 
mouvement. Arrêtée dans son trajet, cette lymphe s'y 
dénature de plus en plus, corrode et détruit de proche 
en proche les fibres vasculaires qui la renferment ; 
celles-ci se décomposent, s'affaissent les unes sur les 
autres, se confondent et se changent en une suppura- 
tion cotoneuse, laiteuse, séreuse ou albumineuse. 
Lorsque la chaleur vitale enlève la partie la plus fluide 
de cette masse décomposée, elle laisse comme sédiment 
ces amas fibreux et inorganiques que l'on remarque 
dans les tumeurs écrouelleuses ^ » D'ailleurs, l'auteur 
regarde comme « engorgements » scrofuleux beaucoup 
de choses qui n'en sont pas : ganglions, tophus, nodus, 
exostoses (!), goitres, bubons, carreau, hydatides, 
stéatomes, athérome et mélicéris ; il y a dans cette liste 
de Bodard bien des lésions à rayer du chapitre de la 
scrofule. 

Ce que tous ces vieux médecins avaient bien vu, et 
bien décrit, c'était le tempérament scrofuleux, c'étaient 
les relations habituelles entre cette constitution et ce 
que l'on appelle aujourd'hui les manifestations ganglion- 
naires, péritonéales, pulmonaires et osseuses de la 
tuberculose ; ils connaissaient le terrain, ils ignoraient 
le microbe qui germe de préférence sur ce milieu, et ils 
en expliquaient tant bien que mal les effets tangibles 
par Faction de cette lymphe corrosive que tout le 
monde invoquait, faute de mieux, depuis Galien. 

La levée du blocus continental porta un grand coup à 
la propagande du docteur Bodard, et les plantes étran- 

1. Loc. eit, p. 55-56. 



— 154 — 

gères recommencèrent à faire concurrence aux nôtres 
dans les bocaux des pharmaciens. Bodard, fatigué de la 
vie de Paris, se décida à revenir finir ses jours à Craon, 
dans les domaines familiaux rachetés après la Révolu- 
tion *. Souvent d'ailleurs il était venu, loin des tracas 
de la capitale, se retremper dans Tair natal et y semer 
la bonne parole en matière de thérapeutique : il racon- 
tait à qui voulait l'entendre comme quoi, à ses vacances 
de 1803, il avait guéri avec sa poudre de camomille. 
Anthémis nobilis^ une épidémie de fièvres qui avait 
sévi sur le Craonnais, et, en juin 1809, rétabli, toujours 
grâce à la camomille, un tisserand de Livré atteint 
depuis dix mois d'une fièvre que le quinquina avait été 
impuissant à juguler. 

Redevenu provincial, notre médecin put se livrer 
tout à son aise à son étude favorite : il connaissait les 
stations des plantes rares, il vous eût enseigné sur quel 
coin des rives de la Loire et de la Mayenne vous pour- 
riez trouver VEuphorbia palustris et il n'aurait point 
manqué, en passant par Saint-Clément de Craon, de 
vous signaler l'endroit où il avait rencontré, en juillet 
1809, certaine tige de digitale qui était haute de six 
pieds. Il apportait à la botanique tout l'enthousiasme 
d'une imagination vive, d'un cœur sensible et d'un 
esprit investigateur; et partout, dans tous ses écrits, 
cette préférence se fait jour : « L'étude de la nature, 
dit-il, est une source inépuisable de jouissances ; mais 
de toutes les parties dont elle se compose, la connais- 
sance des plantes, que le citoyen de Genève appelle la 
plus riche et la plus aimable des trois divisions de l'his- 
toire naturelle, est celle qui a toujours réuni le plus de 
suffrages. Chérie par la jeunesse à laquelle elle inspire 
le goût des plaisirs vrais et de la vertu, elle continue de 
nous charmer jusque dans l'âge le plus avancé. Culti- 
vée dans tous les temps par l'artiste et par le philoso- 

1. Probablement vers i825. Il ne figure plus sur la liste des médecins 
parisiens donnée par VAlmanach royal pour 48t€, 



— 155 — 

phe, par Thabitant des campagnes comme par le riche 
habitant des cités, la botanique fut même honorée des 
héros et des plus grands monarques. Cette étude atta- 
chante et sublime calme les passions tumultueuses, 
donne de l'élévation à Tâme, fait admirer Tlntelligence 
suprême qui veille sans cesse à la conservation et au 
renouvellement des êtres, et conduit à cette philosophie 
douce qui fait le charme de la vie *. » 

Ainsi Bodard avait pu goûter dans Texil, comme 
Jean- Jacques fugitif au val de Travers, le calme apai- 
sant de Tétude ; Texilé n'est plus seul lorsqu'il sait 
communier avec la nature, y trouver un aliment à sa 
curiosité, une diversion à ses tristesses ; au savant 
perdu loin des siens, l'humble fleur est une amie, et 
pourtant il n'a point mangé cette plante mystérieuse 
qui fait oublier la patrie. 

Bodard était arrivé au soir de sa journée ; le travail 
et la charité l'avaient bien remplie ; il s'éteignit à 
Craon, au milieu de sa famille, le 25 décembre 1826. 
Son nom fut noblement porté par son fils, qui devint 
l'historien de son pays, l'auteur des Chroniques craon- 
nuises. 

i. CowB de bot. méd. comp,, 1. 1, p. XIII. 

Pour la biographie de P. -H. -H. Bodard de la Jacopière, consulter : 
Boreau, Notice historique sur la vie et les travaux de P. -H. H. Bodard 
de la Jacopière /"in Mém. de la Société Académique de Maine-et-Loire]^ 
Angers, i860, t. VIII, pp. 24 et suivantes. — Bodard de la Jacopière, 
Chroniques craonnaises. Le Mans,i871, p.370. — AbbéAngot, Diction- 
naire de la Mayenne, Layal, 1900, 1. 1. 



— 156 — 



OUVRAGES DE BODARD 

1* Mémoire sur la Véronique cymhalaire, — Disserta- 
lion sur les plantes hypocarpogées, Pise. 1798, in-8**. 

2* Phénomène obserçé sur une femme de Pise^ franc, 
et ital. Pise. 1800. (Cas de tumeur maligne greffée sur 
un kyste dermoïde de Tovaire droit, avec ascite hémor- 
rhagique. — Obs. reproduite à la p. 101 du livre 
Des Engorgemens des glandes), 

3* Trad. italienne de Vous^rage du Z)"" Voulonne sur la 
médecine actii^e et expectante, Florence, 1801. 

4* Trad, italienne du Mémoire sur les fièvres intermit- 
tentes du Df Voulonne. Florence, 1801. 

5® Examen du Manuel de toxicologie du D' Franky 
moyens proposés par le Z)' Bodard de composer une 
toxicologie plus complète, Paris, 1805, in-8*. 

6* Trad, française du Voyage au Montamiata et dans 
le Siennois, de G. Santi. Lyon, an X (1802), 2 vol. in-8®. 

7* Trad, italienne de la Flore des jeunes personnes, 
déjà traduite en français par Octave de Ségur, de l'an- 
glais de Miss Priscilla Wakefield. 

8® Trad, italienne des Lettres élémentaires sur la chi" 
mie d'Octas^e de Ségur, 

9® Mémoire sur la Camomille romaine, (In Journal de 
médecine pratique et de bibliographie médicale, 
août 1809). 

10* Propriétés médicales de la Camomille noble em- 
ployée comme fébrifuge, Paris, 1810, brochure in-8®. 

11® A nalyse du Cours de botanique médicale comparée, , . 
Paris, 1809, brochure in-4® de 19 pages. 

12® Cours de botanique médicale comparée, ou exposé 
des substances végétales exotiques comparées aux 
plantes indigènes, Paris, 1810, 2 vol. in-8®. 

13® Des affections scrofuleuses vulgairement connues 
sous le nom d'écrouelles ou humeurs froides et obser- 
vations sur l'utilité des feuilles et des racines du tussi- 
lage dans le traitement de cette maladie. Paris, 1807, 



— 157 — 



IV 



in-18. — 2* édition, Paris ? — Des Engorgemens des 
glandes, {vulgairement connus sous le nom de scrofu- 
les, écrouelles ou humeurs froides; de Vutililé des 
dii^erses préparations des feuilles et des racines de 
tussilage dans le traitement de ces maladies,.,,, 
ouvrage utile... suivi d'une dissertation sur les plantes 
hypocarpogées. 3' éd., Paris, 1816, in-8*. 

Selon Boreau, Bodard a donné quelques articles au 
Dictionnaire des Sciences médicales. Il ne figure pas 
sur la liste des collaborateurs donnée en tête du 
tome I, 1812. 



BUGQUET 



Parmi les membres les plus jeunes de F Académie 
royale des sciences on citait M. Jean-Baptiste-Marie 
Bucquet, que la savante assemblée nomma en 1777 
adjoint dans sa section de chimie. Le nouvel acadé- 
micien était en outre docteur-régent de la Faculté de 
médecine de Paris, membre de la Société royale de 
médecine, et censeur royal. Il mourut le 24 janvier 1780, 
âgé de trente-trois ans à peine, en sa maison de la rue 
Jacob, près la rue des Deux- Anges. Il avait professé la 
chimie pendant dix ans : c'est un de ses élèves, le 
célèbre Fourcroy, qui lui succéda dans sa chaire parti- 
culière * avant d'obtenir celle du Jardin du Roi. 

Bucquet laissait à la charge de sa femme, Claude 
Leredde de Launay, un orphelin, Jean-Baptiste-Denis, 
né à Paris le 15 novembre 1771, rue des Fossés-Saint- 
Jacques, à TEstrapade. L'enfant commença ses études 
au collège Sainte-Barbe qu'il quitta en 1787 ; puis il 
entra, sur les conseils de sa mère, dans la carrière 
médicale. Il fut attaché à THôtel-Dieu d'abord comme 
élève externe, dans le service de Corvisart; puis comme 



1. Fourcroy, protégé du secrétaire de la Société royale de médecine, 
Vicq d'Azyr, s'était présenté en 1778 pour obtenir le bénéfice du legs 
Diest (gratuité de la réception au doctorat en médecine). En haine de la 
Société Royale, la Faculté de médecine de Paris rejeta sa demande. 
Bucquet protesta vivement contre cette injustice et offrit d'avancer les 
fonds pour la réception du candidat; Fourcroy refusa à son tour, mais 
d'autres amis l'obligèrent, et il put être reçu en 1780. 



— 160 — 

interne *. La Révolution avait alors baptisé, ou plutôt 
débaptisé rétablissement du nom de « Grand Hospice 
de THumanité. » Elle n'avait besoin ni de savants ni de 
chimistes, au dire de Coflinhal; mais elle manquait tout 
à fait de médecins, tant les épidémies, les balles des 
chouans, des Vendéens et des coalisés faisaient de 
vides dans le corps de santé militaire ! Bucquet avait 
épousé à Paris, en 1793, Mlle Balluet des Tournelles; 
on l'envoya faire son voyage de noces à Niort, en qua- 
lité de chirurgien de deuxième classe de Tarmée de 
rOuest. Les pérégrinations de la campagne ramenèrent 
en 1798 à Laval ; la ville lui plut, et il résolut de s'y 
établir. 

Bucquet, rentré dans la vie civile, eut des débuts 
assez pénibles : en butte à l'hostilité mal déguisée de 
ses confrères, médecins de la vieille école, il ne trouva 
guère d'appui que chez l'ancien conventionnel Plai- 
chard-Choltière ; mais les faveurs administratives ne 
tardèrent pas à le dédommager de ses déboires : il fut 
nommé en 1799 médecin des prisons de Laval, à 
400 livres d'appointements ; la même année, le 4 messi- 
dor an VII, il fut chargé de suppléer dans la chaire 
d'histoire naturelle de l'Ecole centrale de Laval le pro- 
fesseur titulaire Fanneau-Lahorie 2. 

La loi du 3 brumaire an IV avait créé dans chaque 
département une école centrale ; celle de Laval fut 
installée dans les bâtiments de l'ancien Collège. L'en- 
seignement comprenait trois sections, de deux ans 
d'études chacune ; la première, réservée aux enfants de 
douze ans au moins, était pourvue de trois chaires : 

1. n y avait alors un nombre illimité d'élèves externes et treize élèves 
internes attachés au service des hôpitaux de Paris; les internes, choisis 
par les chefs de service, étaient nommés pour un temps indéterminé. 
Cet état de choses dura jusqu'au 4 ventôse an IX (23 février 1802). A 
cette date on réorganisa le service de santé, et le corps de l'internat des 
hôpitaux de Paris fut fondé : il a célébré son centenaire en 1902. (Voy. 
la préface de V Annuaire de r Internat. Paris, 1897). 

2. Queruau-Lamerie, L'Ecole centrale du département de la 
Mayenne {Bull, de la Comm. historique et archéologique de la 
Mayenne, t. VII, 1893). 



— 161 — 

dessin, langues anciennes et sciences naturelles. Fan- 
neau-Lahorie *, administrateur du département, fut élu 
professeur d'histoire naturelle le 6 ventôse an VI, mais 
il n'ouvrit sans doute jamais son cours, car il fut envoyé 
comme député au Conseil des Cinq Cents. Bucquçt le 
remplaça avec plaisir pour attendre, sans trop d'ennui, 
de voir grossir sa clientèle ; il commença ses leçons par 
l'étude des minéraux. A l'expiration de son mandat 
législatif, Panneau accepta le poste de conservateur 
des forêts de Liège ; Bucquet fit alors valoir ses titres 
auprès du préfet de la Mayenne, qui le nomma profes- 
seur titulaire le 18 ventôse an XI ; il inaugura son cours 
par l'étude des corps. 

Ce furent là ses belles années de naturaliste ; il cou- 
rait, infatigable, par monts et par vaux, fouillant les 
haies, les chemins creux, les rochers escarpés des bords 
de la Mayenne, pour enrichir son herbier et faire des 
échanges avec le botaniste fougerais Bachelot de la 
Pilaye. Les profanes peuvent rire de ces cartons gon- 
flés de végétaux, où la plante ressemble à la fleur 
comme une momie à une jolie femme ; mais c'est une 
momie dotée d'un état civil, et qui garde en outre, dans 
son parfum de fleur sèche, le charme d'un souvenir. 
D'ailleurs, le D"" Bucquet ne bornait pas ses soins à la 
conservation de ces squelettes de plantes : il organisa le 
Jardin botanique de l'Ecole centrale qui, sans coûter 
plus de 1.800 livres d'entretien annuel, finit par conte- 
nir treize cents végétaux exotiques et plus de trois mille 
espèces indigènes, classées d'après le système de Linné : 
les savants ne conçoivent pas la nature sans étiquettes. 
Notre médecin créa en outre une serre, orgueil du jar- 
dinier Doudet, et planta une pépinière modèle. Sa qua- 
lité de directeur du Jardin lui donnait le droit d'habiter 
près de ses fleurs, dans la cour du Collège, et il occupa 
ce logis jusqu'en 1837. 

1. Panneau de la Horie (Charles- JuUen), élu député le 20 germinal 
an VU (avril 1799). 



— 162 — 

Bucquet est donc un des premiers botanistes mayen- 
nais, un précurseur de Desportes ^ et des auteurs ano- 
nymes du Catalogue de 1838 2. Son herbier, qui fut 
offert par son fils au Musée de Laval, renferme des 
raretés locales : « Plus d'un botaniste mayennais, dit 
M. L. Daniel, à qui j'emprunte quelques-uns de ces 
détails, s'estimerait heureux d'avoir à son actif la 
découverte du Chrysosplenium oppositifolium^ du 
Doronicum, du Quercus ilex^ du Lycopodium clava- 
tum, du Geaster hygrometricus, du Phallus impudi- 
cus^ et la série des lichens que nous venons d'énu- 
mérer ^. » 

Si le jardin botanique était riche, le cabinet d'histoire 
naturelle de l'Ecole était fort pauvre et ce n'était pas 
trop du zèle de Bucquet à parcourir les carrières voisi- 
nes de Laval pour en meubler un peu les vitrines. Notre 
médecin, minéralogiste à ses heures, nota les princi- 
pales roches de la Mayenne, les marbres de Saint- 
Berthevin et d'Argentré, les calcaires de Laval, de 
Saint-Germain-le-Fouilloux chargés « d'empreintes de 
coquillages » ; la « mine limoneuse en rognons ou en 
grains » d'oxyde de fer, abondante à Evron, Châtres, 
Saint-Christophe, Saint- Pierre-la-Cour, du Bourgneuf, 
et exploitée par cinq grosses forges ; et les concrétions 
calcaires des grottes de Saulges, et la « serpentine » (?) 
de Montigné. Je devine la secrète allégresse du bon- 
homme en train d'étiqueter la collection, contemplant 
les facettes scintillantes des cristaux d'une géode, les 
mamelons d'une stalactite ; ils sont pleins de poussière, 
mais d'une si vénérable poussière ! Et dans la pièce où 
flotte un vague parfum de moisissure et d'alcool émané 
des bocaux, un rayon de soleil vient frôler la vitrine, 



i. Desportes, Flore de la Sarthe et de la Mayenne. Le Mans, i838. 

2. Catalogue des plantes monocotylédones et dicotylédones qui 
croissent spontanément dans le département de la Mayenne, par une 
Société de botanistes. Laval, i838. — Bucquet y collabora peut-être. 

3. L. Daniel, lac. cit., p. 53. 



— 163 — 

iriser la nacre d'un gypse, cribler un morceau de gra- 
nit des étincelles du mica, chatoyer sur Tor éteint du 
dos des vieux livres, et reluire sur un crâne aux tons de 
vieille cire. Je vous le dis en vérité, ce sont là les 
jouissances du naturaliste. 

Malheureusement, Bucquet n'eut pas le temps de 
poursuivre ces études; sans quoi nous aurions à le 
citer comme l'ancêtre des géologues mayennais, bien 
avant Boullier qui décrira en 1826 l'une des premières 
espèces signalées dans la riche faune dévonienne de la 
région * ; bien avant Blavier, l'auteur de la Statistique 
minéralogique de 1837 ^ ! Pourtant il convient de le 
signaler, pour lui faire prendre rang, comme l'auteur 
des notices d'histoire naturelle départementale insérées 
dans V Annuaire de la Mayenne pour l'an XII ^. 

Bucquet codifia à l'usage de ses élèves une partie de 
ses observations ; il composa des « Tableaux élémen- 
taires d'histoire naturelle pour servir aux leçons de 
l'Ecole centrale de la Mayenne », Laval, an IX et an X. 
Sur les huit exemplaires qu'il a pu consulter, M. Que- 
ruau-Lamerie en compte un de généralités, cinq de 
minéralogie, mentionnant les gisements principaux du 
département ; deux de botanique. Bucquet professa la 
zoologie en l'an X, mais n'en dressa pas de tableau 
synoptique. Ainsi se succédaient dans ses leçons la 
botanique, la zoologie, la minéralogie, la chimie, la 
physique, l'agriculture, la médecine usuelle, la météoro- 
logie même, car il avait installé à l'école un petit obser- 
vatoire. 

La loi de floréal an X supprima les écoles centrales ; 
celle de Laval subsista jusqu'en l'an XII; puis, aux ter- 



1. E. BouUier, Note sur une espèce de polypier fossile {Favosites 
punctatusj^ in Annales linnéennes, 1826. 

2. Blavier, Essai de statistique minéralogique et géologique du 
département de la Mayenne. Paris, 1837. 

3. D'après M. L. Daniel. — Cité comme auteur anonyme par M. D. 
OEtilert dans ses Notes géologiques sur le département de la Mayenne, 
Angers, 1882, p. 7. 



— 164 — 

mes de Tarrêté du 27 floréal an XII, elle fut remplacée 
définitivement par TEcole secondaire, origine du lycée 
actuel. Bucquet perdit sa place de professeur, au plus 
grand dam de l'histoire naturelle locale ; il demeura 
néanmoins à la tête du jardin botanique, mais avec la 
douleur de voir disparaître la pépinière qu'il avait eu 
tant de peine à planter. Barbarus has segetes !... 

Libéré de ses fonctions pédagogiques, Bucquet se 
donna tout entier à la médecine. La loi du 19 ventôse 
an XI allait le forcer d'échanger son certificat d'aptitude 
de 1794 contre un diplôme doctoral : il en prévint 
l'effet en se décidant, dès pluviôse an XI (1803), à pré- 
senter et soutenir sa thèse devant l'Ecole de médecine 
de Paris. Ce travail, dédié à son oncle J.-B. Bucquet, 
porte pour titre : Dissertation sur une maladie parti- 
culière du poumon. Il faut avouer que ce n'est pas le 
meilleur de ses travaux, et pour cause : Laënnec n'a 
pas encore publié son immortel Traité de l'ausculta- 
tion médiate (1819). Aussi, faute de signes physiques 
d'auscultation, l'observation reste-t-elle pour nous un 
ensemble de considérations vagues, sur un cas de dia- 
gnostic imprécis, ce qui lui enlève aujourd'hui tout inté- 
rêt scientifique. 

Le 19 messidor an XI, le nouveau docteur fut nommé 
médecin titulaire de l'hospice de Laval, et par arrêté 
préfectoral du 18 vendémiaire an XII (11 octobre 1803), 
secrétaire du conseil de santé des hôpitaux. Sur la 
recommandation du préfet Harmand, le ministre de l'in- 
térieur le créa membre du Jury médical du départe- 
ment, qm tint sa première session en l'an XII. En l'an 
XIII, Bucquet fut investi de la charge de médecin des 
épidémies de l'arrondissement. Vers la même époque, il 
fut nommé membre correspondant de la Société de 
l'Ecole de médecine de Paris. 

C'est un arrêté du ministre de l'intérieur en date 
du 12 fructidor an VIII qui avait constitué au sein de la 
Faculté de médecine réorganisée cette société savante ; 



— 165 — 

elle comptait parmi ses adhérents Halle, Thénard, 
Dupuytren, Chaussier, Laënnec. Un arrêté du 30 ven- 
tôse an XII compléta ses cadres, la pourvut d'associés 
nationaux, étrangers, et de correspondants. Elle n*eut 
certes pas de membre plus zélé que Bucquet qui lui 
transmettait régulièrement des communications : le 
8 messidor an XIII, une observation d'accidents ner- 
veux graves après une pyrexie guéris par la galvanisa- 
tion; le 4 juillet 1811, un cas de diathèse cancéreuse 
chez un enfant, accompagné de deux dessins coloriés ; 
Alibert en fut nommé rapporteur ; le 9 avril 1812, un 
mémoire sur une luxation du genou en arrière (luxation 
du tibia en avant, des auteurs modernes) ; Percy fit un 
rapport à ce sujet le 17 avril 1817. Nous donnerons plus 
loin un bref résumé de l'observation de Bucquet, car 
elle est peu connue, et il s'agit d'une lésion rare. Adam, 
qui mentionne d'ailleurs le travail de Bucquet, n'a pu 
en relever que soixante cas dans la science ^ 

Mais la climatologie médicale surtout passionnait 
notre homme ; en 1806, en 1807, en 1808, en 1809, il ne 
se passe guère de semestre sans qu'il envoie à la 
Société un volumineux travail de statistique pathologi- 
que et nosométéorique. Ce genre d'études était alors à 
la mode ; l'ancienne Société Royale de médecine, la 
Faculté elle-même, dans ses prima mensls^ en avaient 
encouragé l'essor, et le mouvement se réveillait, par 
delà la Révolution, au sein des nouvelles sociétés 
savantes, héritières de la Société royale. Toute sa vie, 
Bucquet s'appliqua, avec une persévérance, une pa- 
tience dignes d'un meilleur sort, à la nosographie : 
relevés météorologiques journaliers, relevés des mala- 
dies régnantes, des conditions épidémiques locales et 
saisonnières, telle est l'ingrate besogne à laquelle il 
consacrait ses loisirs. Sans doute, il y a des rapports 
entre les conditions climatériques et les maladies, mais, 

1. Adam, La luxation travmatique du genou en avant {Gazette des 
Hôpitaux, 30 Janvier 18d2). 

11 



— 166 — 

même à l'heure actuelle, ils sont bien loin d'être préci- 
sés. Bucquet se basait sur des données au moins pro- 
blématiques, sinon bizarres ; aussi peut-on craindre 
que, malgré quelques constatations vraies et intéres- 
santes, une grande partie de ses longues recherches ne 
soit demeurée stérile. Voici, en effet, quel est le sys- 
tème de notre auteur ; il est exposé dans un rapport de 
Pinel sur les observations de Bucquet, lu à la Société 
de médecine le 26 mars 1807, avec des conclusions 
d'éloges et d'encouragement. 

« L'auteur a entièrement pris pour guide V Annuaire 
météorologique que publie M. Lamarck, c'est-à-dire 
qu'il a subordonné ses considérations sur le caractère, 
le nombre et la succession des maladies régnantes aux 
variations de position que prend la lune par rapport au 
soleil et à une région particulière de la terre. » Avec 
Lamarck, Bucquet appelle constitution boréale le nom- 
bre de jours que la lune met à parcourir la portion de 
son orbite qui a une déclinaison boréale ; de même pour 
la constitution australe ; il divise donc l'année en équi- 
noxes lunaires, c'est-à-dire en vingt-six ou vingt-sept 
constitutions tant australes que boréales. Sur ces bases 
il dresse des tables synoptiques, divisées en trois 
parties : 

1" Partie, subdivisée en treize colonnes. — 1® Jour du 
mois, 2® jour correspondant de la constitution boréale 
ou australe, 3® points lunaires, 4** et 5** maxima et 
minima thermométriques, 6** température en général, 
7** température de l'atmosphère, 8® lumière du jour, 
9** vents, 10** et 11° pression barométrique, 12** état 
hygrométrique, 13** état du ciel. 

2^ Partie. — 1** Date et durée de la constitution 
boréale ou australe ; 2^ division lamarckienne des jours 
en équinoxiaux antérieurs, moyens antérieurs, lunisti- 
ciaux, moyens postérieurs, équinoxiaux postérieurs ; 
3** caractères généraux de la constitution ; 4° désigna- 
tion des maladies observées dans la « catastase » cor- 



— 167 — 

respondante. Bucquet entendait par ce mot Taction 
combinée des points lunaires et de l'état atmosphé- 
rique de la constitution boréale ou australe sur les 
maladies de la constitution immédiatement consécutive ; 
5" mortalité particulière des cinq ordres de jours de 
la catastase ; 6® rapprochement des lésions organiques 
constatées anatomopathologiquement pendant la catas- 
tase ; 7* traitement employé contre ces maladies. 

3* Partie. — Sommaire de la mortalité, des maladies 
d'une constitution ; remarques particulières, thérapeu- 
tique, etc. 

« On voit par cette exposition succincte, remarquait 

Pinel, que le principal changement qu'il a introduit 

dans la méthode de décrire une constitution médicale 
tient à la considération de l'influence lunaire sur l'at- 
mosphère terrestre et à celle de ses inégalités. M. le 
rapporteur pense qu'un pareil rapprochement donnera 
peut-être dans la suite quelques résultats ignorés. » 

L'œuvre la plus intéressante de Bucquet, parce 
qu'elle parle beaucoup moins des catastases, des jours 
lunisticiaux et des planètes, et beaucoup plus des réali- 
tés tangibles, c'est la Topographie médicale de la ville 
de Laval et de son territoire j écrite en 1808, commu- 
niquée le 17 août 1809 à la Société de l'Ecole de méde- 
cine ; elle n'a été publiée que récemment par M. 
L. Daniel. C'est une étude élégamment écrite et encore 
exacte sur beaucoup de points. 

Bucquet commence par invoquer Hippocrate, im- 
mortel auteur du Traité de Vair^ des eaux et des lieux ^ 
le premier des livres d'hygiène publique et de géogra- 
phie médicale, trésor d'observations judicieuses, en 
dépit de théories parfois erronées. C'est d'ailleurs le 
moment où l'homme de Cos va revenir à la mode et 
patronner une partie de l'école médicale du début du 
XIX* siècle. Bucquet s'en inspire, lui aussi : il en citera 
plus d'un passage. 

Nous passerons rapidement sur l'esquisse un peu fan- 



— 168 — 

taisiste qu'il trace de Thistoire de Laval, sur sa descrip- 
tion du pays, du climat, des productions naturelles, de 
la nature du sol : le bassin de Laval, quoique sans 
grands reliefs, n'est jamais plat, toujours ondulé, 
mamelonné par mille coteaux enchevêtrés, coupés de 
vallons où courent de nombreux ruisseaux ; des mares 
stagnent dans tous les trous, dans les chemins creux, 
impraticables en hiver, bourbiers au printemps, orniè- 
res desséchées en été ; trop souvent Teau est trouble, 
infestée de débris organiques en putréfaction, et les gens 
viennent en puiser là où les bêtes ont déjà barboté. Le 
climat est froid, humide, incessamment rafraîchi par les 
nuages et les brouillards de la Manche qui prolongent 
les hivers et font l'automne plus précoce. 

Les habitants qui vivent sous ce ciel ont une hygiène 
déplorable. L'enfant est sale, allaité par de mauvaises 
nourrices, ou gavé d'un lait aigri dans des biberons 
malpropres ; dès six mois, ou plus tôt, on le bourre 
d'une lourde bouillie de sarrasin cuite dans un poêlon 
crasseux, de soupe même ! Si l'enfant parvient à vivre 
et à grandir, malgré ce régime, le surmenage précoce, 
les journées entières passées à faire courir la navette 
sur la trame du métier, au fond d'une cave noire, 
accroîtront sa misère physiologique, dans la classe 
pauvre. Aussi la mortalité infantile est-elle effroyable : 
les quinze centièmes des enfants meurent au cours de la 
première année, un tiers avant dix ans. L'adulte vit de 
soupe, de lourdes galettes de blé noir, de pain de seigle 
ou de sarrasin mal levé, mal cuit; il mange rarement de 
la viande, et boit de l'eau croupie, prise au puits proche 
du fumier ; il s'en dédommage le dimanche au cabaret, 
en avalant de nombreuses bolées de cidre, ou des ver- 
res d'eau-de-vie de cidre, et rentre cuver son ivresse 
dans une maison sans étage, basse, humide, pres- 
qu'aussi sombre que la cave à tisser, et dont le plancher 
de terre battue recueille précieusement tous les mias- 
mes et s'imbibe de toutes les ordures. Voilà pour le phy- 



— 169 — 

sique : le tableau est peu flatté ; il est encore vrai pour 
beaucoup de traits, dans la classe agricole et pauvre. 

Quant au moral, Bucquet ne se montre pas censeur 
plus bienveillant : le Lavallois — le Mayennais, en 
général — n'est ni très imaginatif ni très intellectuel ; 
son jugement est sain, mais lent, et il cache sous une 
écorce un peu épaisse, un bon sens robuste doublé d'une 
roublardise tenace ; paysan, il aura une méfiance très 
grande pour toute innovation; petit propriétaire terrien, 
il vivra, casanier, dans la routine de ses petites occu- 
pations, de ses petites habitudes, lisant peu, chassant, 
péchant, mangeant bien, buvant volontiers et dormant 
mieux encore ; il n'est pas très gai, pas très triste non 
plus, indolent, apathique. Les femmes, tard formées, 
tôt fanées, ne sont guère plus exubérantes que les 
hommes, et vieillissent vite. Enfin, sous le rapport de 
la propreté, la Mayenne ne ressemble que de très loin à 
la Hollande. 

Ceci dit, l'auteur passe à l'énumération des maladies 
endémiques, et elles sont nombreuses sous ce climat 
automnal : « Autumnus morborum nutritor », dit 
Hippocrate. Ce ciel entretient, en effet, un tempérament 
« mol et humide », le laxum des méthodistes, l'asthé- 
nique de Brown, le lymphatisme en un mot : « Ici, dit 
Bucquet, le chorion est dense et serré, la peau flasque 
et sans force expulsive, toujours imbibée par une 
atmosphère humide, nullement dissolvante, son inhala- 
tion est considérable Il ne peut dès lors rien trans- 
pirer et toutes ces matières viciées retenues donnent 
naissance aux altérations des liquides et facilitent celles 
de la peau ^ » C'est à cette pathogénie un peu fantai- 
siste qu'il attribue la fréquence des dermatoses, teignes, 
gale, impétigo, etc. 

Ces affections ne sont pas d'ailleurs les plus graves : 
le pire, c'est que, grâce au mode de puériculture que 

1. Bucquet, in Daniel, p. 113. 



— 170 — 

nous signalions tout à Theure, la gastro-entérite et le 
muguet sévissent d'une façon désastreuse sur les nour- 
rissons ; le muguet, si fréquent, « et presque toujours 
méconnu, ce qui occasionne la mort d'un très grand 
nombre d'enfants parce qu'il devient confluent et qu'il 
gagne le tube intestinal ^ » Ces deux facteurs de mor- 
talité persistent encore de nos jours, grâce à la rou- 
tine du biberon à tube, si dangereux pour les bébés, 
mais si commode pour les nourrices ! et que les efforts 
des médecins ont tant de peine à déraciner. Le rachi- 
tisme, dû aux mêmes causes, est banal ; la scrofule 
aussi domine : un tiers de la population en présente, 
d'après Bucquet, les stigmates frustes ou patents ! La 
péritonite tuberculeuse, la phtisie pulmonaire, surtout, 
moissonnent chaque année un fort contingent ; il signale 
encore la fréquence du goitre, de l'idiotie, de l'imbécil- 
lité, de l'épilepsie, et enfin des manifestations arthriti- 
ques : goutte, rhumatisme, cancer. Il consacre encore 
quelques pages à « l'affection de la rate » bien fréquente, 
dit-il, parce que « les forces digestives doivent être 
écrasées, le système de la veine-porte embarrassé et 
les vaisseaux chylifères disposés à Tengouement dans 
un pays où la transpiration est sans cesse contrariée 
par l'humidité froide des habitations et de l'atmosphère, 
où la circulation abdominale est ralentie par une vie 
sédentaire qui concourt puissamment à refroidir la sur- 
face du corps, où enfin la nourriture est lourde, aces- 
cente, et dépourvue de sucs nourriciers 2. » Le tableau 
symptomatique qu'il en donne est un peu complexe ; il y 
englobe probablement des cas de péritonite tubercu- 
leuse avec ascite, de cirrhose de Laënnec, et surtout de 
paludisme : c'est avec raison qu'il incrimine à ce der- 
nier point de vue, comme son maître Hippocrate, les 
« eaux sans mouvement et sans profondeur telles que 



1. Bucquet, m Daniel, p. 125. 

2. /fttd., p. i23. 



— 171 — 

sont les nôtres, bibentibus autem lienes semper ma- 
gnos esse et compressas^ ventres vero duros et tenues 
accalidos *. » 

Avec le régime alimentaire précité, personne ne 
s'étonnera non plus de la fréquence de la dyspepsie 
chez les Lavallois. 

Au chapitre des maladies épidémiques saisonnières 
les plus communes, Bucquet signale en été la fièvre 
bilieuse (la typhoïde) — elle n'a guère diminué depuis; 
— en automne la fièvre intermittente ; enfin, l'hiver 
réalise le maximum de mortalité annuel : au début, les 
cacochymes et les vieillards sont emportés par les pre- 
miers froids ; à la fin (« quarante jours avant l'équi- 
noxe vernal »), font rage les affections pulmonaires 
aiguës, pleurésies et péripneumonies ; le printemps, 
heureusement, fait compensation : saluberrimum ver 
est. 

L'auteur remarque, et à juste titre, que, dans la 
Mayenne, toutes ces pyrexies ont un caractère commun, 
la faiblesse des réactions organiques : chez des tempé- 
raments asthéniques, la maladie avorte, demeure 
subaiguë, peu franche, et traîne ; les crises sont peu 
accusées, les sudorales en particulier, « et la peau ne 
sert véritablement d'émonctoire que par les nombreuses 
variétés d'exanthèmes chroniques dont elle devient le 
siège ^. » Je souligne cette phrase, car la théorie 
du rôle du tissu cellulaire et cutané comme émonctoire 
est revenue en faveur de nos jours, cette fois avec 
des preuves cliniques et expérimentales. 

Bucquet en conclut que le thérapeute aura plutôt 
recours ici à la médication stimulante, car « il y a plus 
à soutenir la nature qu'à la réfréner. » 

Il termine son ouvrage en signalant la fâcheuse réper- 
cussion de l'incurie administrative sur un état sanitaire 
déjà peu brillant : des cimetières sont installés en 

1. Bucquet, in Daniel, p. 124. 

2. Ihid,, p. 128-129. 



— 172 — 

pleine ville, en plein bourg, contre Téglise; les cadavres 
enterrés trop près de la surface : ce sont là des foyers 
permanents d'infection. On voit, au coin des rues, des 
bourbiers, des eaux stagnantes, des dépotoirs immon- 
des qui rivalisent de pestilence avec les tanneries et les 
abattoirs. Les vidanges sont déposées trop près des 
agglomérations, l'inspection des viandes est mal faite, 
Teau insalubre, sale, souillée encore par le rouissage du 
chanvre et du lin. Je n'oserais affirmer que les critiques 
de Bucquet ne fussent encore malheureusement fondées 
pour bon nombre de villes du département. 

Ce travail fut la première étude sérieuse sur la 
géographie médicale mayennaise, et le docteur Lemer- 
cier-Motterie, de Mayenne, exploita plus tard la même 
mine en écrivant, pour V Annuaire de la Mayenne de 
1841, son Aperçu sur la statistique et sur la topogra^ 
phie médicale du département de la Mayenne. Une 
énorme liasse de manuscrits a été consacrée par Buc- 
quet à des études analogues, demeurées manuscrites : 
Ephémérides médicales de Laval (trésor d'observations 
cliniques et anatomo-pathologiques minutieusement pri- 
ses), rapports, comptes-rendus au Conseil de santé des 
hôpitaux; il dépouilla même, pour parfaire ses statisti- 
ques, les anciens registres paroissiaux de la Trinité de 
1660 à 1830, et une partie de ces notes a servi à Boul- 
lier pour son livre sur VEglise et la Paroisse de la 
Trinité de Laval ^ Enfin il dut prendre une grande 
part à la rédaction du rapport sur la situation sanitaire 
de la ville de Laval en 1812, dressé par le Conseil de 
salubrité dont il était alors secrétaire ^. 

Le 1" mars 1821, la Société de l'École de médecine 

\. BouUier, Rech, hUt, sur l'église et la paroisse de la Trinité de 
Laval, sur le prieuré de Prix et sur le chapitre de S, Tugal. Laval, 
1845, p. 89. 

2. Rapport sur l'histoire médicale de l'année 181t fait à M. le Maire 
de la ville de Laval par le Conseil de salubrité le 15 octobre 4845, 
Laval, 1 broch. imprimée de 28 p., sigrnée de Plaichard, Lepescheuz, 
Rozières, docteurs en médecine; Rondelou, docteur en chirurgie; Tel- 
lot et Dry, chirurgiens ; docteur Bucquet, secrétaire, 




Jkan-Baptiste-Dknis BUCQUET 



>:> 



(Cliché de M. Prosper Brou). 



- 173- 

de Paris avait tenu sa dernière séance; la création de 
TAcadémie royale de médecine la rendait désormais 
inutile, et boft hotnbt^ de éeé membres échangèrent ett 
^(ifet leUt* titre de Sotîiélaîi*é cbnti-ë ùh falilèUtl àeàdémi» 
que. Lfe i***^ juin iëââ, Bùcquel fut nommé membre tbf- 
l^éspondant de l'Académie de médecine. 

Il faisait encore partie de nombreuses commissions et 
sociétés savantes : il fut correspondant de la Société 
d'agriculture de Seine-et-Oise, de la Société libre des 
arts du Mans, et, en 1809, correspondant de la Société 
de médecine de Paris, qu'il ne faut pas confondre avec 
la Société de l'École de médecine. Plus tard, un arrêté 
ministériel du 12 avril 1827 le confirma dans ses fonc- 
tions de membre du jury médical du département que 
présidaient Orfila et Pelletan, professeurs de la Faculté 
de Paris. Médecin en chef des hôpitaux de Laval, prési- 
dent du Conseil de santé des hôpitaux de cette ville, 
nous le retrouvons en 1840 dans les rangs de la com- 
mission du monument d'Ambroise Paré. Le 19 octobre 
1830, une ordonnance royale l'avait nommé conseiller 
municipal, mais il avait toujours décliné toute fonction 
politique et refusa. Le dernier portrait que nous ayons 
de lui, et que M. Daniel a reproduit dans sa Notice, 
date de la fin de sa vie : sous le haut front dégarni, l'œil 
brille, vif encore, et l'on devine que les lèvres, malgré 
leur pli morose, ne sont point déshabituées du bon sou- 
rire consolateur. Ce visage glabre émerge des plis 
d'une immense cravate, sur laquelle ondulent de longs 
cheveux, blancs comme les boucles d'une perruque 
bien poudrée. La silhouette qu'a dessinée le crayon de 
Beauvais ne manque pas de pittoresque, et ce petit 
vieillard mahcieux, boutonné jusqu'au col dans sa lon- 
gue redingote, courbé sur sa canne à pommeau, semble 
un personnage échappé des contes d'Hoffmanp ou du 
Cabinet des antiques de Balzac. Il ne tarda p^s à slII^X" 
rejoindre chez les ombres les ombres des vieu^ piarquis» 
des vieux chevaliers et deg vieux conseillera \ il s'étei-» 



— 174 — 

gnit le 12 juillet 1841, laissant la réputation méritée 
d'un médecin instruit et dévoué, et d'un croyant chari- 
table. N'est-ce pas, d'ailleurs, l'indice infaillible d'une 
grande bonté d'âme que d'avoir pratiqué la médecine 
pendant plus de quarante ans sans devenir misan- 
thrope * ? 



1. Bucquet fit souche de médecins : son fils, le D' Louis-Marie- Anatole 
Bucquet, et son petit-fils, le D' Henri Bucquet, exercèrent à Laval. 

Voy. Recherches historiques sur les botanistes mayennais et leurs 
travaux. M. Bucquet, par Lucien Daniel. {Bull, de la Société d'études 
scientifiques d*Àngers, nouvelle série, XXIIP année, 1893, avec deux 
portraits). — Die/ lownairc historique de la Mayenne, par l'abbé Angot. 
— M. Gustave Lelièvre, de Mayenne, nous a également fourni des 
documents généalogiques dont nous le remercions. 



— 175 — 



OUVRAGES DE BUCQUET 
Imprimes. 

Tableaux élémentaires d'histoire naturelle pour 
servir aux leçons de l'Ecole centrale de la Mayenne y 
par le citoyen Bucquet, professeur ; à Laval, chez Por- 
tier, an IX et an X. 

Dissertation sur une maladie particulière des pou- 
monsy présentée et soutenue à TEcole de médecine de 

Paris le pluviôse an XI, par J.-B.-D. Bucquet. 

Paris, an XI, 1803. (Observation d'une femme de tem- 
pérament pléthorique, souffrant, depuis Tâge de 
46 ans, d'une dyspnée chronique avec poussées conges- 
tives aiguës intercurrentes; Bucquet attribue, avec rai- 
son, semble-t-il, ces troubles à la ménopause, mais, 
faute de signes d'auscultation, il est impossible de 
savoir s'il s'agit d'un cas d'emphysème avec poussées 
congestives, ou d'accidents asthmatiques vrais, ou de 
congestion pulmonaire à répétition chez une arthri- 
tique.) 

Dans \ Annuaire du département de la Mayenne 
pour Tan XII. Laval, an XII. Notes d'hist. naturelle. 
(Anonyme.) 

Topographie médicale de la ville de Laval et de son 
territoire^ par M. Bucquet, médecin. (In Bull, de la 
Soc. d'ét, scient. d'Angers. Angers, 1894, XXIIP 
année, 1893, nouv. série, publ. par M. L. Daniel.) 

Rapport au Conseil de salubrité de la cille de 
Laçaly 1812. (Anonyme.) 

Extrait d'une observation sur le galvanisme^ par 
M. Bucquet, médecin à Laval, associé correspondant. 
[Bulletin de la Faculté de médecine de Paris et de la 
Société établie dans son sein, V^ série, an XIII, n* 12, 
t, I, p. 173. Paris, 1812.) 

Sur une luxation du genou en arrière. (Luxation en 
avant, des auteurs modernes). (Ibid., 1817, n**' 3 et 4, 
p. 318-352). (Homme de 49 ans, blessé au cours d'un 



— 176 — 

incendie par la chute d'un mur, dans la nuit du 
5-6 avril 1811. — Plaie du creux poplUé^ large de 
4 pouces, donnant issue à 3 pouces des condyles fémo- 
raux; tibia remonté en avant du fémur, rotule au tiers 
inféro-antérieur de la cuisse. Pas de douleur, pas d'hé- 
morrhagie. Réduction et pose d'un appareil par le 
D"" Rondelou, la famille ayant refusé Tamputation. Sup- 
puration, fusées purulentes; mort au deuxième jour 
dans un état typhoïde ataxo-adynamique. — A Taulop- 
sie, réduction parfaite; paquet vasculonerveux intact; 
face antérieure de Tarticulation intacte ; déchirure de la 
face postérieurè^ de la capsule, des muscles et liga- 
ments postérieurs, sauf les insertions du biceps et de 
la patte d'oie ; infiltration séropurulente et lardacée des 
parties molles. Dénudation des condyles fémoraux jus- 
qu'à 1 pouce au-dessus d'eux. Bord du condyle tihial 
interne fracturé^ mais le petit fragment est maintenu 
par le périoste. — Ainsi le choc sur le côté externe de 
la cuisse a luxé le fémur d'abord en dedans ; l'homme 
est tombé, le pied fixé par les débris, et l'épiphyse 
fémorale, contournant le tibia, a passé en arrière et 
perforé le creux poplité. — Bucquet ajoute de longues 
considérations sur l'historique et le traitement). 

Notice historique sur les hôpitaux de la i^ille de 
Laçai, dans V Annuaire du département de la Mayenne 
pour 1838. 



Manuscrits (en partie d'après M. L. Daniel). 

9* Cours d'histoire naturelle, 

10** Ephémérides médicales de Laçai ( 1803-181 î) açec 
notes médicales (1811-:1830), continuées par son fils 
jusqu'en 1860. Ce registre, bien rédigé, contient un 
grand nombre d'observations intéressantes avec résul- 
tats d'autopsie. (Bibl. de Laval.) 

11® Observations météorologiques (1803-1815), en coUab. 
avec Maupetit. (Bibl. de Laval.) 

12** Releçé statistique de Vétat-civil de la cille de Laval 
pendant 110 ans (1660-1830). 

13* Histoire médicale des années XII, XIII, du premier 
trimestre de l'an XIV et de l'an 1806; Mémoire sur 
les maladies ayant régné à Laçai le i*' semestre de 



— 177 — 

1806; Suite de l'histoire médicale de 1806; Histoire 
médicale de 1801. (Rapports communiqués à la Société 
de TEcole de médecine de Paris en 1807 et 1808. Voy. 
le Bull, de la Société.) 

14® Rapport sur la mortalité dans la Mayenne. (Commu- 
niqué à la Société de l'Ecole de médecine de Paris le 
31 mars 1808.) 

15" Obsen^ation de diathèse cancéreuse chez l'enfant. 
(Envoyé à la Société de TEcole de médecine de Paris 
le 4 juillet 1811, lue le 16 août.) 

16® Notices historiques sur Ambroise Paré. (Complétées 
par son fils vers 1838-1840.) 

17® Documents pour sentir à l'histoire de Laçai. 

18® Documents relatifs aujr hospices de Laçai et spécia- 
lement à l'hôpital Saint-Julien. (Notes nombreuses.) 



LE MONDE MÉDICAL MAYENNAIS 

I>ENr>ANT LA FtiÉVOLUTION 

(17 89.an XIV). 



I 

LE MONDE MÉDICAL MAYENNAIS AU XVIIIV SIÈCLE 

I. — L'une des solennités les plus brillantes que con- 
nussent, après leur fête patronale, nos vieilles corpora- 
tions, c'était la grande procession de la Fête-Dieu. A 
Laval, elles se groupaient ce jour-là de grand matin, dans 
Tordre de préséance fixé par l'ordonnance de Maître 
Hardy de Levaré (27 avril 1689). Voici donc, sur le coup 
de sept heures du matin, le cortège qui se met en branle 
au son des cloches de la Trinité, lancées à toute volée. Les 
vieilles rues tortueuses sont jonchées de fleurs et tendues 
de blanc : chaque habitant a drapé la façade de son logis 
de sa plus belle toile lavalloise, piquée de bouquets de 
roses, et les riches bourgeois ont orné leurs fenêtres de 
« tapisseries, tableaux et autres choses honnêtes ». Tous 
les curieux sont aux balcons, tête nue, accompagnant les 
psaumes à mi-voix, en regardant scintiller à perte de vue 
le double cordon de cierges, et chatoyer les bannières 
des corporations. En tête, s'avancent les terrassiers et 
maçons ; plus loin, les tissiers, potiers d'étain, poëliers, 
teinturiers, tanneurs, ciergiers, barbiers, chirurgiens et 
apothicaires, puis les orfèvres, les gardes des marchands, 



— iso- 
les négociants en draps, les toiliers, enfin, devant le dais, 
les notables bourgeois, le corps de ville, les pèlerins de 
Saint-Jacques et les pauvres de l'Hôpital général ; mais, 
à droite et à gauche du clergé, défilent, comme une escorte 
d'honneur, messieurs les avocats et médecins ; ils portent 
à la main un cierge ou un bouquet, et s'avancent par 
rang d'ancienneté, prenant le pas sur les notaires et pro- 
cureurs * . A Craon, l'ordonnance est la même : les recarre- 
leurs de souliers ouvrent la marche, suivis des maçons, 
tailleurs et vendeurs de victuailles ; les chirurgiens et 
apothicaires sont perdus dans la foule des corps de mé- 
tiers, derrière les ciergiers et orfèvres, devant les mar- 
chands toiliers, le corps de ville, les notables, les pauvres 
et le clergé ; mais autour du dais se pressent « messires » 
les médecins, gardant la préséance sur les gens de robe 
qui ferment le défilé avec les huissiers et sergents, les 
gens de la gabelle et de la maréchaussée ^. 

Ainsi, les gens de Saint-Luc affirment leur supériorité 
sur les gens de Saint-Côme, et le Collège des médecins 
pontifie au rang d'honneur tandis que la communauté 
des chirurgiens piétine parmi le troupeau des métiers 
serviles. Ne croirez-vous pas après cela le médecin s'il 
vous affirme que son titre doctoral le tire de roture ? qu'il 
est plus noble que ces bourgeois cossus qui s'entichent 
d'un vain simulacre en doublant leur nom de celui d'un 
champ ou d'une lande à grand renfort de particules ? Si 
vous en doutez, il vous rappellera que, sur le cercueil des 
docteurs de Paris et de Montpellier, on place l'épée et les 
éperons ; qu'au « doigt médical » des nouveaux docteurs 
de Montpellier, on passe l'anneau d'or, l'anneau qui est, 
dit Rabelais, « le signe antique de noblesse ». 

A tout seigneur tout honneur! Commençons par 
Messieurs les médecins. Vingt-trois universités se par- 

1. La nouvelle ordonnance do 24 mai 1777 ne parle plus des médecins. 
Voy. J. Raulin, La Procession de la Fête-Dieu à Laval. {Bull. Comm. 
de la Mayenne, t. IV, 1884-85, page 201). 

8. Bodard de la Jacopière» Chroniques craonnaises, V* éd., p. 619-620. 



— 181 — 

tageaient, au xviii® siècle, l'honneur de les former : 
c'étaient celles de Paris (fondée en 1200), Montpellier 
(1289), Avignon (1303), Orléans (1306), Cahors (1332), 
Angers (1364), Orange (1365), Aix (1409), Poitiers (1431), 
Caen (1432), Valence (1452), Nantes (1460), Bourges 
(1464), Bordeaux (1441), Reims (1547); les écoles de Pau 
et de Dijon avaient été ouvertes au xviii® siècle ; enfin il 
en existait dans les pays annexés, à Douai (1562), Dôle 
(1424), Besançon (1564), Pont-à-Mousson (1572) et 
Strasbourg (1621). La plupart de nos médecins mayen- 
nais se firent recevoir à Angers ou à Caen, quelques-uns 
à Montpellier. 

Ainsi pourvus de leur diplôme universitaire, les jeunes 
docteurs allaient s'installer dans la ville de leur choix. 
Dans les localités où il n'y avait pas d'agrégation, tout 
docteur ou licencié pouvait exercer la médecine à condi- 
tion de présenter ses lettres au juge de police du lieu et 
de les faire enregistrer au greffe de la juridiction K Mais 
dans les agglomérations importantes, les médecins for- 
maient une communauté ou collège qui, sans conférer 
aucun grade universitaire, exigeait de ses nouveaux 
adeptes la formalité de l'agrégation. Le collège des mé- 
decins était présidé par le doyen. 11 avait ses statuts, 
ses fêtes, ses armoiries. Celui de Château-Gontier, 
formé en 1789 des trois médecins Theulier, Allard et 
Jousselin, blasonnait : d'argent à une bande d'azur 
chargée de trois larmes d'argent ; il célébrait la Saint- 
Luc, le 18 novembre ^. A Mayenne, le corps des médecins 
portait : d'azur à deux bottes couvertes d'or posées en 
fasce, 

L'édit de février 1692 avait créé des ofiTices vénaux 
héréditaires de conseiller médecin juré ordinaire du 
roi. Le Conseiller médecin du roi s'occupait, de concert 
avec les chirurgiens jurés, des rapports de justice : 

1. Edit royal de Marly, mars 1707. 

2. Foucault, Documents historiques sur Château-Gontier ^lAYàlyidSS. 
— Angot, Dictionnaire de la Mayenne, art. Château-Gontier, 

12 



— 182 — 

mais, comme il était leur supérieur hiérarchique, il tou- 
chait une indemnité de 5 # par jour en cas de déplace- 
ment, de 50 sols pour un rapport dans le lieu de sa rési- 
dence, tandis que le chirurgien n'était payé que 4 # pour 
son voyage, 40 sols pour un rapport ou une visite dans 
sa ville, et 4 # pour une exhumation ou une autopsie. 
Le conseiller-médecin du roi affirmait encore la supré- 
matie médicale en assistant à la tentative, au premier, 
au dernier examen et à la prestation de serment des 
candidats à la maîtrise en chirurgie * ; il lui était alloué 
3 # pour sa présence. Il assistait également à Texamen 
des candidats apothicaires et inspectait les boutiques des 
pharmaciens : il avait le droit de régler leur tarif de 
vente des médicaments. Parmi les conseillers-médecins 
mayennais au xviii® siècle, nous citerons, à Mayenne, 
Emmanuel-Alexandre Boullevraye et Michel Palicot de 
la Touche (1770), A.-J.-B.-F.-G. Ponthault (1776); à 
Laval, les deux Jean Deschamps de la Bellangerie, père 
et fils. 

Le médecin étant réputé exercer un art libéral était 
dispensé de taille et de collecte, « privilège qui lui a été 
confirmé par un arrêt de la Cour des Aydes de Paris, 
rendu en 1657, en faveur du sieur Saint- Agnan ; par un 
second arrêt de la même cour en faveur d'un médecin 
de Chinon et par un troisième arrêt encore plus récent 
du 11 janvier 1730 qui confirma une sentence qui 
déchargeoit M. Charpentier, médecin, de la collecte 
et de la taille à laquelle les habitants de la ville de 
Craon Tavoient nommé ». Les médecins avaient même 
part, non seulement aux faveurs, mais encore aux hon- 
neurs : à Laval, le règlement du 31 août 1683 pour 
l'administration de l'hôtel de ville, décida que parmi 
les conseillers de ville assistant le juge-maire et les 
quatre échevins, figurerait un délégué du corps des mé- 
decins, chirurgiens et apothicaires ; dans l'assemblée 

1. Arrêt du Parlement» 3 septembre 1740. 



— 183 — 

générale de Thôtel de ville on convoquait en outre les 
six plus anciens avocats, les quatre doyens des mar- 
chands toiliers, les deux anciens des marchands de vin, 
le grand garde des merciers, Tancien des tissiers, des 
notaires royaux et des médecins *. Le nouveau règlement 
promulgué en 1730 décida même que, non seulement un 
député des médecins serait délégué à l'assemblée géné- 
rale, mais encore que le deuxième échevin serait pris 
dans le corps des avocats et des médecins. — A Ernée, 
les médecins étaient également représentés dans le corps 
de ville ^. 

Montrer cette déférence au corps médical, ce n'était 
que justice, car les médecins donnaient gratuitement aux 
pauvres leurs bons offices. M. Ch. Trouillard dit, dans 
ses notes, que, à Mayenne par exemple, ils se réunis- 
saient dans ce but à Feutrée de Téglise Notre-Dame, 
dans la tour de droite ; on lit ailleurs dans un vieil acte 
que les docteurs se rassemblèrent ad cupam Nostrœ 
Dominée. Les médecins soignaient encore les malades 
des hôpitaux sinon gratis, du moins pour une rémunéra- 
tion extrêmement faible ; tantôt ils s'en chargeaient à 
tour de rôle, tantôt ils se partageaient le service. Parfois 
même il y avait tant de docteurs que les malades étaient 
traités fort mal ou pas du tout, chacun faisant sa visite 
à son heure, et les prescriptions se contredisant : c'est 
ainsi qu'une véritable anarchie régnait de 1699 à 1722 
à l'hôpital Saint- Julien de Laval, tant les guérisseurs y 
étaient nombreux : François et Mathurin Devernay, 
Guillaume Savari, Tauvry, Dubourg-Guays, René Le 
Hirbec, Lemercier, Douard ! En 1722, on n'en comptait 
plus que trois : Dubourg-Guays, Lemercier et Douard 
qui fut remplacé à sa mort par J. Deschamps ; en 1734, 

1. Voyez LéoD Maître, Le Maine sous l'ancien régime. LAval, 1867, 
p. 65 et 74. 

2. La municipalité comprenait des représentants des quatre classes 
d'habitants : 1* ecclésiastiques ; 2* juges, avocats, médecins ; 3* bour- 
geois ; 4* marchands (E. Delaunay, Etude historique sur Ernée avant 
la Révolution, Laral, 1879, p. 20). 



— 184 — 

les abus reparurent et le désordre fut si grand que le 
bureau de Thôpital décida de ne conserver qu'un seul 
médecin, Jean Deschamps ; les autres lurent remerciés, 
mais ne se retirèrent pas sans protester. Lemercier 
rédigea ainsi sa dernière quittance d'appointements : 
« Je reconnois avoir reçu 70 # en conséquence de la 
sentence de ce jour, pour honoraire du quartier de jan- 
vier fini le 31 mars, sans approbation de la susdite sen- 
tence et sauf à me pourvoir par appel. Laval, le 31 mai 
1734. » Cette opposition ajourna sans doute Texécution 
de la mesure, car ce n'est que le 29 décembre 1747 que 
le Conseil de Ville décida de ne garder à Saint-Julien 
qu'un médecin, nommé pour deux ans et rééligible. De 
nouvelles contestations s'élevèrent au sujet du droit de 
nomination ; l'affaire alla jusqu'à Paris. En 1758, le 
procureur général JoUy de Fleury invita les administra- 
teurs à admettre dans l'établissement tous les médecins 
et chirurgiens de Laval, et en 1764 tous avaient repris 
part en effet, comme par le passé, au traitement des 
malades. 

Les médecins de l'hôpital eurent aussi parfois maille 
à partir avec... leurs victimes. Le 1®"" novembre 1747, 
un soldat trépasse à l'hôpital Saint-Julien ; le chapelain 
arrive tranquillement, muni de son gros livre et de son 
goupillon, pour procéder à l'inhumation ; mais de mort, 
point ; le « tombeau » est vide : et l'aumônier de courir 
à la recherche du défunt, et celui-ci de rester introu- 
vable, et l'ecclésiastique d'écrire de sa plus belle encre 
un procès-verbal de ce fait extraordinaire ! On apprit 
enfin que le médecin de quartier, Dubuisson, ayant eu 
besoin d'un sujet pour une démonstration publique 
d'anatomie avait fait enlever subrepticement et trans- 
porter nuitamment au Jeu de Paume l'infortuné soldat. 
Le 4 novembre, le cadavre disséqué fut ramené dans sa 
chapelle sépulcrale, et le chapelain invité à lui rendre 
les derniers devoirs ; mais le bonhomme prétendit qu'on 
lui avait changé son mort, refusa de l'enterrer et rédigea 



— 185 — 

un nouveau procès-verbal. Il fallut que Dubuisson vint 
en personne témoigner de Tidentité de feu son client, et 
le pauvre soldat put enfin goûter le repos éternel qu'il 
avait bien mérité *. 

Ayant entendu gémir toute la journée Thumanité 
souffrante, les médecins avaient à chasser chaque soir 
une forte dose de mélancolie ; ils n'y manquaient point : 
tel, à Ernée, le docteur Le Nicolais, brave homme et 
d'humeur gaie, qui, chaque soir, délaissait les joies sévè- 
res du foyer pour aller à sa « Société » deviser, boire 
frais, et jouer aux dames polonaises. Il y trouvait d'ail- 
leurs bonne compagnie d'honnêtes pères de famille : les 
avocats Jeudry et Guyard de la Touche, M. Tanquerel, 
rapporteur du point d'honneur, M. Aubin, chevalier 
d'honneur au bureau des finances d'Alençon, Bichain, 
officier commensal de la maison du roi, le père Le 
Pannetier, Jacques Le Nicolais et autres bons bourgeois, 
sans compter le curé, l'abbé de Gruel, qui venait de 
temps en temps perdre quelques liards aux dames. Or 
un beau jour, ou plutôt une vilaine nuit de l'année 1760, 
voici que des malfaiteurs s'introduisent dans le jardin 
Saint- Jacques, enfoncent les contrevents du vide-bou- 
teilles, y pénètrent, boivent les liqueurs, brisent poêle 
en faïence et jeu de dames. Le lendemain matin les 
sociétaires surpris en trouvèrent les débris dans les 
massifs, et constatèrent avec horreur le sac de leur 
pavillon. Furieux de cette audacieuse violation du droit 
de propriété, ils coururent porter plainte auprès du 
bailli d'Ernée contre cette « noirceur sans exemple ». 
Malheureusement les talents du docteur Le Nicolais ne 
purent guérir les fractures multiples du poêle et des 
fauteuils, et il fallut racheter un autre mobilier 2. 

II. — Les chirurgiens formaient, lorsqu'ils étaient 
en nombre suffisant, des corporations qui se recrutaient 

1. Voyez sur les médecins de l'hôpital de Laval les dossiers manuscrits 
Bucquet, à la Bibliothèque municipale de Layal. 

2. Arch. de la Mayenne, B 1.693-1.760. 



— 186 — 

soit par réception, soit par agrégation, et possédaient 
elles aussi statuts et armoiries. A Mayenne, ils célé- 
braient en grande pompe, le 27 septembre, la fête de 
saint Côme et saint Damien ; ils assistaient en corps, ce 
jour-là, en Téglise Notre-Dame, à une grand'messe 
solennelle qui leur coûtait la somme de 10# ; leur blason 
portait dCazur à 3 lancettes cTor posées 2 et 1 K A 
Laval, Técu était coupé d'argent et de gueules, à 
3 boites, 2 en chef, 1 en pointe, de Pun dans Cautre, 
A Château-Gontier, existait également une communauté 
de chirurgiens; à Craon, en 1700, ils étaient sept dans 
la corporation. 

Quant à l'administration intérieure de ces corporations, 
elle fut plus d'une fois modifiée dans le courant du 
xviii* siècle ; elle subit le contre-coup des luttes de 
préséance qui divisaient à Paris la Faculté de médecine 
et les chirurgiens de Saint-Côme. Peu à peu ceux-ci 
s'affranchirent du joug des médecins, et chaque édit 
royal sur la chirurgie marque une nouvelle étape dans 
l'émancipation des chirurgiens. 

En janvier 1606, un édit de Henri IV avait créé dans 
chaque communauté de chiinirgiens du royaume deux 
chirurgiens jurés commis aux rapports de justice, choisis 
par le premier médecin de Sa Majesté ; d'autre part, le 
premier barbier du roi, supplanté en 1668 parle premier 
chirurgien du roi, nommait dans chaque communauté un 
lieutenant juré, ayant droit de juridiction et charge 
d'examiner et de recevoir les candidats à la maîtrise en 
chirurgie. 

Il y eut tant de conflits de pouvoir entre ces fonction- 
naires relevant de suzerains ennemis qu'un édit royal 
de février 1692, confirmé par arrêt du Conseil d'Etat du 
2 septembre 1692, dépouilla le premier médecin de son 
privilège et fusionna les deux charges. Du même coup, 
le roi apaisa les dissensions et remplit les coffres de 

1. Grosse-Duperon, Vancien Hôtel-Dieu de Mayenne, Mayenne, 1902, 
pp. 88-89. 



— 187 — 

rÉtat : il créa des offices héréditaires de chirurgiens 
jurés royaux, ayant droit de juridiction et d'inspection 
sur les chirurgiens du ressort, procédant à la réception 
des aspirants, et commis aux rapports de justice conjoin- 
tement avec le conseiller-médecin du roi. Ces dignités 
exemptaient de taille et de collecte ; elles étaient indépen- 
dantes du premier médecin, du premier chirurgien, et des 
communautés de chirurgiens, car elles étaient vénales et 
n'importe quel chirurgien pouvait les acheter, sans même 
s'agréger à la communauté du lieu : il suffisait qu'il 
s'installât dans la ville pour laquelle cette place était 
créée. Il y avait deux de ces offices dans les villes pour- 
vues de communautés, un dans les autres localités. 
Cependant, on permit aux corporations d'acquérir ces 
offices, ce qu'elles firent presque toutes pour s'éviter des 
concurrents dangereux ; en 1693, les chirurgiens de 
Château-Gontier empruntèrent 1.320# à cet effet ; ceux 
de Laval les imitèrent, et requirent homologation de ce 
traité le 4 octobre 1721. 

En septembre 1723, le chirurgien Maréchal, très en 
faveur auprès du Roi, obtint un nouvel édit qui rétablit 
les offices de lieutenant et de greffier du premier chirur- 
gien dans les communautés de province, en leur confé- 
rant les droits et devoirs des offices précédents ; c'était 
les ramener sous sa juridiction. Maréchal choisit ses 
représentants sur trois candidats présentés par les auto- 
rités municipales et pris parmi les membres de la com- 
munauté du lieu; ces lieutenants n'existaient d'ailleurs 
que dans les villes sièges de cours royales, archevêchés, 
évêchés, parlements, chambres des aides, des comptes, 
bailliages, sénéchaussées, présidiaux. En attendant plus 
ample informé, l'édit de 1723 imposa provisoirement 
aux corporations provinciales les statuts de la compagnie 
des chirurgiens de Versailles. 

Le 16 septembre 1727, un arrêt du Conseil d'État 
décida que, pour être admis dans la communauté des 
villes non pourvues de lieutenant, les candidats auraient 



— 188 — 

à se faire recevoir par le lieutenant de la ville la plus 
proche, indiqué parle premier chirurgien, puis à se faire 
agréger à la compagnie de la localité de leur choix ; en 
cas de refus de cette communauté, Taspirant n'aurait 
qu'à présenter dans le délai d'un mois ses lettres de 
maîtrise et l'indication du premier chirurgien au prévôt 
de la corporation récalcitrante ; alors il y serait agrégé 
d'office. 

Le 24 février 1730, un édit de Marly promulgua des 
statuts définitifs, qui furent imposés à toutes les commu- 
nautés du royaume ; il créa de plus des places de lieute- 
nant et de greffier dans toute ville, quelle qu'elle fût, 
comptant un corps de six chirurgiens au moins. C'était 
faire trop de lieutenants, et créer d'innombrables conflits 
de juridiction : une nouvelle déclaration du 3 septembre 
1736 vint en restreindre le nombre, ne les maintint que 
dans les villes sièges de cours royales ; elle décida en 
outre que les lieutenants ne devaient le serment qu'au 
premier chirurgien du roi, et non aux autorités muni- 
cipales. Malgré cela, il y eut souvent des altercations, 
les lieutenants du siège du bailliage prétendant régir 
tout le bailliage, ceux de l'évéché tout le diocèse, et tous 
deux la portion de bailliage ou de diocèse qui tombait 
dans leur ressort. Il fallut qu'une déclaration du 29 mars 
1760 leur rappelât l'article IX des statuts de 1730 : leur 
juridiction était limitée à celle de la justice ordinaire 
ou spéciale du lieu, et non aux bornes, beaucoup trop 
étendues, du ressort. 

Quelle était donc, au moment de la Révolution, l'orga- 
nisation d'une communautéde chirurgiens*, par exemple 
celle de Laval, dont les statuts, du 13 août 1729, avaient 
été confirmés par lettres patentes du 24 février 1730 ? 
A la tète de la compagnie était un lieutenant, choisi par 
le premier chirurgien du roi sur trois candidats présen- 
tés par le maire et les échevins ; il exerçait également 

1. Voy. Statuts et réglemefis pour les chirurgiens des provinces, etc. 
Paris, 1749. 



— i89 — 

la suprématie sur les communautés des villes de son 
ressort, à moins qu'une de ces villes n'eût, elle aussi, 
son lieutenant ^ 

Un greffier 2, également choisi par le premier chirur- 
gien, s'occupait du contentieux, tenait à jour les regis- 
tres des réceptions et des délibérations, qui étaient visés 
également par le lieutenant ; au mois de janvier de 
chaque année, il rédigeait la liste des maîtres anciens, et 
des candidats reçus, et cet état était transmis au premier 
chirurgien du roi. Le greffier était ordinairement un 
maître chirurgien « entendant les affaires », et n'en 
jouissait pas moins de ses prérogatives de maîtrise. A 
défaut d'un chirurgien, on pouvait prendre un homme de 
bonne vie et mœurs, présentant les capacités requises. 
C'est ainsi qu'à Mayenne, en 1752, le greffier de la 
communauté des chirurgiens était un apothicaire, 
R. Liger. 

Une fois par an, le lieutenant du premier chirurgien, 
accompagné de son greffier, inspectait les boutiques et 
les instruments des maîtres chirurgiens de sa ville; 
il touchait pour ce dérangement la somme de 3#, son 
greffier 1#. 

Quant aux chirurgiens de la circonscription, ils 
étaient inspectés une fois par an par le lieutenant seul. 
11 examinait leurs instruments, leur provision de drogues, 
entendait leurs doléances et recevait les plaintes formu- 
lées contre eux. 

A côté de ces représentants du suzerain, la compagnie 
possédait ses dignitaires particuliers : le doyen ^ et le 

1. Voici quelques noms de lieutenants au xviii* siècle : à CiiAteau- 
Gontier, Recoquillé (1771) ; à Mayenne, Martin Le Faucheux (1752), 
Georget- Breton nière ; à Laval, Joseph-André Hubert, nommé par lettres 
de M. de la Pe.vronie, le 18 janvier 1743 ; François Hubert, son flls. 

2. Voici quelques noms de greltlers au xviir siècle : à Laval, Tellot 
(1789), François Hubert (1780), Jean Le Chauve (1758), Fr. Esnaut (1765) ; 
à Mayenne, R. Liger (1752), Salin (1784). 

3. Au XVIII' siècle, citons parmi les doyens : à Laval, Joseph Hubert 
(1783), Perier {\TôH) ; à Mayenne, René Mesnage (1752) ; à Chàteau- 
Gontier, François Jousselin (1778). Parmi les prévôts : à Laval, Roche 
(1758), Fr. Hubert (1765) ; à Mayenne, Barthélémy Mesnage (1752). 



— 190 — 

prévôt. Celui-ci devait prêter serment entre les mains 
du lieutenant ; élu pour un an, il était chargé de la ges- 
tion des affaires particulières de la communauté, de la 
recette des deniers communs, de l'application des règle- 
ments et de la distribution des pénalités ; il faisait 
également les visites nécessitées par Thygiène publique. 

Les dignitaires s'assemblaient tous les lundis, et 
convoquaient les maîtres au besoin ; ceux-ci siégeaient 
par rang de réception. 

La communauté des maîtres en chirurgie, ainsi orga- 
nisée, assurait son recrutement de deux façons : ou bien 
en s'agrégeant un chirurgien reçu maître dans la commu- 
nauté d'une autre ville, ou bien en recevant des aspi- 
rants à la maîtrise. 

Pour se faire agréger à la communauté de la ville 
où il voulait désormais arborer son enseigne, le 
chirurgien n'avait qu'à subir un examen probatoire 
de trois heures devant la compagnie tout entière. 
Mais cette tolérance donna lieu à quelques abus : des 
candidats insuffisamment instruits se faisaient recevoir 
maîtres dans de petites communautés peu sévères, et 
puis facilement agréger à des communautés moins indul- 
gentes, qui les eussent certainement éliminés s'ils n'en 
avaient ainsi éludé les épreuves. Des lettres patentes du 
31 décembre 1750 réprimèrent cette fraude, en ordon- 
nant plus de rigueur dans les examens, un contrôle plus 
sérieux des titres du candidat, une mention de ses 
épreuves et de ses certificats sur les lettres de maîtrise, 
enfin en défendant d'agréger à une communauté tout 
chirurgien qui n'aurait pas exercé pendant dix ans au 
moins dans sa précédente résidence. 

Quant à l'aspirant au grade de maître en chirurgie, il 
avait à subir un nombre d'épreuves et un temps de stage 
variables selon l'importance du lieu où il voulait exercer. 
Voici ce qu'on exigeait de lui s'il voulait exercer dans 
une ville pourvue d'une communauté et d'une lieutenance 
du premier chirurgien : il devait d'abord être « apprentif » 



— 191 — 

chez un maître en chirurgie appartenant à une commu- 
nauté, pendant deux années ininterrompues ; ce maître 
ne pouvait avoir qu'un apprenti à la fois ; le certificat 
d'apprentissage qu'il délivrait devait être enregistré 
dans la quinzaine de sa date par le greffier du premier 
chirurgien. Ensuite, l'apprenti allait faire un stage de 
trois ans chez un maître, dans une ville pourvue ou non 
d'une communauté; ce stage fait chez un chirurgien 
d'armée ou dans un hôpital des frontières était réduit à 
deux ans ; il ne durait plus qu'un an à l'Hôtel-Dieu, à 
la Charité ou à l'Hôtel des Invalides à Paris. 

L'apprentissage maintenu dans les statuts de 1730 fut 
supprimé par la Déclaration royale du 12 avril 1772. On 
n'exigea plus alors qu'un stage de trois ans chez un 
maître en chirurgie quelconque, ou de deux ans dans les 
hôpitaux de Paris, plus un an de cours au moins dans 
les Ecoles de chirurgie de Paris, ou sous les professeurs 
des communautés de province. 

Voici le modèle d'un traité passé entre J.-G. Sauvé, 
chirurgien à Bourgon, et R. Duchesne, chirurgien à 
Vitré, pour l'éducation de J.-J. Sauvé : 

« Entre nous soussignés d'une part Jacques Sauvé, 
maître en chirurgie, et Jean Sauvé, moy dit Jean Sauvé 
sous l'autorité de mon père, et René Duchesne, maître 
en chirurgie en cette ville d'autre part, avons fait le 
présent traité qui suit, savoir que moy dit Duchesne 
m'oblige de montrer la chirurgie au dit Jean Sauvé, 
sans rien luy cacher, comme aussi moy dit Sauvé promet 
et m'oblige de travailler assidûment pendant l'espace de 
deux ans, auxquelles conditions le présent traité a été 
réglé comme suit : savoir que moy dit Sauvé père 
m'oblige de payer pour mon fils cent vingt-cinq livres le 
premier jour de son entrée en apprentissage, pareille 
somme de quatre mois en quatre mois jusqu'à la fin de 
deux ans, au moyen duquel payement moy dit Duchesne 
m'oblige de donner la pension, le coucher, comme égal- 
ement si ledit Sauvé ne se trouve pas content d'être 



— 192 — 

chez moy comme moy mécontent de luy, il nous sera 
libre à Tun et à l'autre de se quitter sans dédomage fors 
la pension de cent vingt-cinq livres qu'il payera au 
prorata du tems qu'il aura resté chez moy, comme est 
expliqué ci-dessus, comme aussi moy Duchesne m'oblige 
de l'exempter de tirer à la milice. Le présent fait double 
sous nos seings à Vitré le quatorze may mil sept cent 
quatre-vingts. 

« J. Sauve, Jean Sauvé, Duchesne * ». 

Une fois muni de ses certificats d'apprentissage, de 
stage et de cours, le récipiendaire faisait choix d'un 
conducteur, parmi les maîtres reçus au moins depuis 
cinq ans de la ville où il allait subir ses examens. Ce 
parrain signait avec le candidat une requête au lieute- 
nant, y joignait les certificats précités, plus un extrait 
baptistaire, un certificat de catholicisme, un de bonne vie 
et mœurs. Sur le vu de ces pièces, le lieutenant et le 
prévôt convoquaient l'aspirant, lui faisaient subir une 
interrogation sommaire ou « tentative » et, s'ils le 
jugeaient digne, l'immatriculaient et l'assignaient à un 
mois pour passer le premier examen. 

Neuf jours avant ce terme, le candidat, escorté de son 
conducteur, allait porter au domicile de chacun des 
maîtres des billets de convocation dressés par le greffier 
et signés par le lieutenant. Au jour dit, il comparaissait 
devant le jury, composé du lieutenant, du prévôt, de 
quatre maîtres désignés par le sort, et pendant deux 
heures on l'interrogeait sur les principes de la chirurgie, 
les tumeurs, les plaies et les ulcères. Reçu, on le 
renvoyait à deux mois, sinon, on l'ajournait à trois mois. 

Le deuxième examen durait trois semaines. Pendant 
la première (semaine d'ostéologie), le prévôt, le lieutenant 
et deux maîtres interrogeaient le patient un jour sur 
l'ostéologie, puis, à quarante-huit heures d'intervalle, un 
jour sur les fractures et luxations, les bandages et appa- 

1. Document communiqué par M. Léon Sauvé, de Vitré. 



— 193 — 

reils. — Pendant le second septénaire (semaine d'ana- 
tomie) le candidat subissait un jour une épreuve orale 
d'anatomie et une épreuve pratique de médecine opéra- 
toire sur un cadavre ou un animal ; deux jours après, les 
questions portaient sur les opérations chirurgicales, 
amputations, opérations du trépan, de la taille, de la 
hernie, de la fistule, traitement des plaies. — Enfin, à la 
troisième reprise (semaine des médicaments), venait un 
examen sur la saignée et les médicaments. 

Echappé à ces multiples embûches, l'aspirant n'avait 
plus qu'à subir l'examen final ou de rigueur; il était 
toujours flanqué de son parrain, qui répondait de lui, et 
réparait, sage Mentor, la faute commise par son pupille 
dans ses épreuves. Devant toute la communauté assem- 
blée et le médecin du roi, le récipiendaire était interrogé 
par le lieutenant, le prévôt et six maîtres tirés au sort ; 
son conducteur n'avait, bien entendu, ni voix délibérative 
ni part à l'interrogation. En cas de succès, le jury déli- 
bère, rend son verdict; alors, sur le vu des certificats et 
actes dont ses lettres de maîtrise feront mention, le 
nouveau maître est admis à prêter serment entre les 
mains du lieutenant du premier chirurgien ; il jure de se 
conformer aux lois et règlements sur l'exercice de sa 
profession, de se faire assister d'un maître de la commu- 
nauté dans les opérations décisives, d'avertir le curé de 
la paroisse lorsque l'un de ses clients sera en danger de 
mort, enfin de s'établir dans la localité qu'il a désignée 
et non ailleurs, sauf permission écrite de la communauté. 
Le jury prend acte de ce serment, signe les lettres de 
maîtrise que contresigne le greffier; l'élu n'aura plus 
qu'à les faire enregistrer au siège royal. 

Voici le modèle d'une de ces lettres de maîtrise : nous 
la reproduisons in extenso, car elle n'est pas tout à fait 
conforme à la formule prescrite « pour les villes où il y a 
communauté ». 

« Martin Le Faucheux, lieutenant de M. le l®"" Chirur- 
gien du Roy en la ville, duché pairie, ressort et élection 



— 194 — 

de Mayenne, à tous ceux qui présentes lettres verront 
salut, sçavoir faisons que, veu la requête à nous 
présentée par René Cherbonnier, chyrurgien issu du 
mariage de François Cherbonnier et de Renée Gouaux, 
en date du seize septembre présent mois, expositive que 
depuis dix-neuf ans environ il auroit fait aprentissage de 
Tart de chyrurgie chez Barthélemi Mesnage, maître 
chyrurgien de T Hôtel-Dieu de cette ville, et ensuitte 
exercé le mesme art en différentes villes de ce Royaume 
avec honneur et sans reproches, et désirant aujourd'huy 
se faire recevoir maître chyrurgien pour la ville et 
dépendences de Mayenne il offroit subir ses trois 
examens, ce qu'il a fait en trois jours différens, le 
premier sur les principes de chyrurgie, chapitre singu- 
lier, le second sur les playes, apostemes, fractures et 
luxations, le troisième sur les maladies des os, la saignée, 
les médicamens et les bandages, auxquels trois examens 
ayant suffisamment satisfait ainsy qu'il paroist par les 
actes inscrits sur le registre de notre Communauté 
arrestez en notre ditte chambre, tout considéré, nous 
Lieutenant susdit avons iceluy Cherbonnier, en vertu du 
pouvoir à nous donné par Sa Majesté par Tédit du mois 
de septembre 1703, receu et recevons par ces présentes 
maître barbier et chyrurgien pour la ville de Mayenne et 
dépendances pour dorsenavant exercer ledit art de chy- 
rurgie, tenir boutique ouverte et jouir des privilèges tout 
ainsy que les autres maîtres, à la charge de luy de bien et 
fidèlement garder et observer les statuts et ordonnances 
Royaux concernants ledit art selon leur forme et teneur, 
tout quoy le serment de luy préalablement pris il a 
promis exécuter; et luy avons délivré ces présentes 
signées de notre main et fait en notre chambre de juridic- 
tion le 25 septembre 1752, du consentement de maître 
Emanuel Alexandre Boulvaye, conseiller du Roy et son 
médecin ordinaire pour la ville de Mayenne, de Martin 
Le Faucheux, lieutenant, de Barthélemi Mesnage, pré- 
vost, de René Mesnage, doyen, de Jean Cordelay et 



— 195 — 

Charles Sénéchal. [Signé) : M. Le Faucheux, B. Mes- 
nage, R. Mesnage, J. Cordelay, Sénéchal, R. Liger, 
greflSer * ». 

C'est en raison de la proportion décroissante des 
épreuves et des frais d'examen avec l'importance du 
futur théâtre de ses exploits, que le candidat devait faire 
mettre sur les lettres l'indication de sa résidence, et 
jurait de ne s'installer que là. En effet, le candidat qui 
voulait exercer dans une ville de seconde classe, sans 
communauté ni lieutenance, était encore soumis à deux 
ans d'apprentissage et à trois ans de stage, mais il 
n'avait à passer que deux examens de trois heures 
chacun, devant le lieutenant, le prévôt et deux maîtres ; 
l'un sur l'anatomie (spécialement sur l'ostéologie) et les 
fractures et luxations ; l'autre sur la saignée, la patho- 
logie externe et les médicaments. La prestation de serment 
suivait la réception. 

Enfin, le chirurgien des bourgs et villages n'était plus 
assujetti qu'à deux ans d'apprentissage, deux ans de 
stage, et un seid examen de trois heures devant le lieu- 
tenant, le prévôt et le doyen de la communauté dans le 
ressort de laquelle il comptait s'établir et vivre de trente- 
six métiers ; c'est un pauvre chirurgien de campagne 
que nous montre un facétieux almanach d'Epinal sous 
cette rubrique : « Voilà l'homme sans pareil qui donne 
des lavemens et fait des envois dans l'intérieur, il rase, 
vend toutes sortes de confitures et de cire luisante, plaide 
les procès et ferre les ânes, enseigne la danse, racco- 
mode la faïence et joue la comédie, le tout proprement 
et à bon marché *. » Et il faisait encore de la médecine, 
illégale sans doute, mais il était le seul guérisseur patenté 
qu'on trouvât alors dans les campagnes. 

Les candidats payaient pour leur réception dans une 
ville possédant communauté : 10# au lieutenant, 4# au 

1. Document obligeamment communiqué par M. Grosse-Duperon. 

2. Le facétieux Réveille-matin, ou choix de bons mots, etc. Epinal 
8. d., in-12. 



— 196 — 

greffier, au prévôt, au doyen et aux examinateurs ; 2-H- 
à chacun des maîtres présents, pour le premier examen ; 
mêmes frais pour chaque examen de trois semaines, 
sauf aux maîtres présents ; à la dernière épreuve, mêmes 
droits qu'à la première ; et, pour finir, les frais de 
réception, plus 100 y^ pour la bourse commune de la 
communauté. Enfin le médecin convoqué trois jours à 
l'avance à la tentative, au premier et au dernier examen, 
et au serment, touchait 3# par assistance. 

Dans une ville de seconde classe, c'est-à-dire sans 
communauté, l'aspirant payait pour tous frais d'examen 
et de réception une somme de 106#, 30# au lieutenant, 
30# pour les interrogateurs, 20# au greffier, 6# au 
médecin, 20# à la bourse commune. — Enfin, pour 
exercer dans un bourg ou village, le récipiendaire ne 
déboursait plus que 70#. 

Si l'on ajoute à tout cela les frais accessoires, la pen- 
sion des années d'apprentissage ou de stage, on voit 
que les charges étaient en somme considérables *. 
Cependant la carrière n'était pas fermée aux pauvres 
méritants : les garçons chirurgiens qui donnaient leurs 
soins aux indigents dans les hôpitaux gagnaient maî- 
trise presque sans débours. L'article XXIV des lettres 
patentes d'août 1682, créant à Laval l'Hôpital général, 
disait en effet : « Nous voulons que le corps des Chirur- 
giens de la ville de Laval donnent et nomment un 

\ . Le chirurgien Lemercier, de Graon, écrivait, le 20 avril 1774, à des 
personnes qui lui proposaient un apprenti : « Vous me demandez. 
Monsieur, si je puis me charger d'enseigner les premiers principes de la 
chirurgie & l'élève pour lequel vous vous intéressez : je suis mortifié de 
vous refuser ; une santé trop délicate, des talents bornés sont des causes 
plus que suffisantes pour m'engager à de pareilles obligations. Si toute- 
fois ce jeune homme persiste à vouloir être chirurgien et à commencer 
en province, si vous me trouvez bon à quelque chose, je me charge de 
lui trouver une place préférable à la mienne. Le temps des apprentis- 
sages est de deux années. Cette loi ancienne est encore d'usage ; elle est 
utile pour des élèves bornés du côté du génie, abusive, ennuyeuse et 
dispendieuse pour les commençans favorisés des dons de l'esprit et de la 
nature. Les Chirurgiens d'Angers, capitale de l'Anjou, prennent pour 
deux années d'apprentissage 900# et 1.000^. Dans les vUles inférieures, 
on pourroit trouver à 700 ou 800^ ». L'apprentissage fut supprimé en 1772. 



— 197 — 

d'entre eux tour à tour ou un compagnon capable, pour 
servir gratuitement audit hôpital et y assister les pau- 
vres et les officiers domestiques d'iceluy, pour les 
indispositions communes et les maladies ordinaires des 
officiers et domestiques. Et après six ans de service, 
ledit compagnon chirurgien gagnera sa maîtrise sur les 
certificats des directeurs au nombre de six, et aux 
mêmes droits et privilèges que tous les autres maîtres, 
sans être tenu de païer aucunes jurandes ni autres droits 
ni faire par lui aucun chef-d'œuvre * ». Ces dispositions 
n'étaient d'ailleurs pas particulières à Laval, et les 
gagnant-maîtrise des hôpitaux étaient également favo- 
risés ailleurs. Les statuts de 1730 confirmèrent leurs 
privilèges en portant qu'ils ne subiraient, pour être 
agrégés à la communauté, qu'un seul examen de trois 
heures, et ne paieraient que le quart des droits ordi- 
naires et la moitié du don à la bourse commune. 

D'autre part, beaucoup d'aspirants, leur stage terminé, 
s'engageaient comme chirurgiens dans la marine, aux 
colonies ou aux armées, afin d'amasser un léger pécule 
pour leurs frais de maîtrise. 

IIL — Nous arrivons maintenant à l'intéressante 
corporation des barbiers. Un édit de mars 1673 avait 
créé des places de barbiers-perruquiers-baigneurs- 
étuvistes, ayant le privilège exclusif de faire le commerce 
des cheveux, de fabriquer et vendre les perruques ; en 
novembre 1691, un nouvel édit réserva aux seules villes à 
cours royales, parlements, bailliages et sénéchaussées, 
les dignités de maîtres jurés barbiers-perruquiers-bai- 
gneurs-étuvistes. La corporation des barbiers de Laval 
était organisée sur le modèle de celle des chirurgiens, avec 
doyen, prévôt, syndic ; ses membres arboraient comme 
enseigne une bannière de tôle, peinte en bleu, portant 
deux rasoirs en sautoir et trois palettes pendantes ^ ; ils 

1. Art. XXIV et LXIX. 

2. L. delaBeaoluère, Recherches sur les corporations d'arts et métiers 
du comté pairie de Laval avant 4189, LATal, 1853. 

13 



— 198 — 

célébraient leur fête patronale le jour de la Saint-Louis. 
Leurs statuts, accordés par lettres patentes du 6 janvier 
1725, étaient de ceux auxquels il ne faisait pas bon 
contrevenir ; en 1741, la corporation demanda à la 
justice d'interdire à un rebelle d'exercer « Tart de 
barbier-perruquier-baigneur-étuviste, de razer, faire, 
vendre ni débiter aucunes perruques, achepter ny vendre 
aucuns cheveux », et de lui infliger une forte amende, et 
des dommages-intérêts à payer à la caisse commune * . 
Il y eut également des barbiers-perruquiers à Mayenne, 
à Château-Gontier et à Ernée. 

Au début, les chirurgiens avaient prétendu exercer une 
certaine suprématie sur les barbiers-perruquiers ; la 
déclaration royale du 30 novembre 1717 vint leur rappe- 
ler que c'était outrepasser leurs droits, que les deux 
corps étaient indépendants l'un de l'autre. Cette auto- 
nomie persista, alors même qu'ils furent soumis au 
même chef : en effet, le 10 février 1719, une déclaration 
royale ruina les jurandes de 1691 et 1692 et replaça 
sous la juridiction du premier chirurgien du roi aussi 
bien les barbiers que les chirurgiens. Le premier chirur- 
gien ajouta donc à l'état-major de chaque corporation de 
barbiers ses représentants, lieutenant et greffier. Les 
aspirants à la maîtrise, ayant fini leur apprentissage, 
exécuté leur chef-d'œuvre et subi les épreuves défini- 
tives, durent désormais prêter serment entre les mains 
du lieutenant ; celui-ci touchait 5# pour sa peine, et son 
greffier i-H- 10 sols. Parmi ces dignitaires auxviii" siècle, 
nous relevons, à Laval, les noms des sieurs Bodard et 
Cretté, auxquels François de la Peyronie, seigneur de 
Marigny , premier chirurgien, décerna, le 10 octobre 1737, 
des brevets de lieutenant et de greffier de la communauté 
des barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes 2, 

Divers jugements du siège ordinaire de Laval, dit 
La Beauluère, d'après Pichot de la Graverie, déclarent 

1. Arch. de la Mayenne, siège ordinaire du Comté de LAval, B 408. 

2. Arch. de la Mayenne, B i86. 



— 199 — 

que les maîtres barbiers-perruquiers de Laval ne peu- 
vent empêcher les particuliers d'exercer le même état 
dans la paroisse d'Avénières, car elle est considérée 
comme paroisse rurale et aucun maître n'y est établi ; 
mais ils ont ce droit dans la paroisse de Saint- Yénérand, 
où demeurent des maîtres barbiers. D'ailleurs ces parti- 
culiers n'étaient pas leurs seuls concurrents : il y avait 
encore les chirurgiens. En effet, dans la seconde moitié 
du XVII® siècle (1656), les médecins, victorieux des chi- 
rurgiens, avaient fait réunir en un seul et même corps 
les chirurgiens proprement dits, et les barbiers-chirur- 
giens; depuis lors, les chirurgiens avaient gardé le droit 
de raser et de tondre leurs concitoyens, à défaut de 
celui de les affubler de perruques, privilège réservé aux 
barbiers-perruquiers . 

IV. — Cependant, si, à la fin du xvii® siècle, la 
Faculté de Médecine de Paris était parvenue à rabaisser 
les chirurgiens, ses ennemis, jusqu'à l'humiliante 
promiscuité des barbiers-chirurgiens *, au début du 
xviii® siècle le premier chirurgien du roi et le corps de 
Saint-Côme s'efforcèrent de se relever, de reconquérir 
leur indépendance : ils y parvinrent. L'édit de 1618 
avait transféré du premier barbier au premier chirur- 
gien du roi l'autorité sur toute la chirurgie et la barberie 
du royaume, autorité un moment amoindrie par la fon- 
dation des chirurgiens-jurés-royaux, puis rétablie parla 
création des lieutenants du premier chirurgien dans les 
communautés de chirurgiens et de barbiers. Il fallait que 
la chirurgie, art libéral, rompît nettement avec la bar- 
berie, art servile : le 23 avril 1743, une déclaration 
royale enleva au premier chirurgien tout pouvoir sur les 
barbiers ; elle reconnut pour l'avenir aux maîtres bar- 
biers-perruquiers-baigneurs-étuvistes le droit exclusif 



1. Voy. Le Barbier de village, par M. An^rot, amusant récit de Topéra- 
tion malheureuse tentée, en 1528, par le barbier Dominique Corbin, de 
Saint-Pierrela-Cour {BulL de la Comm, hist, et arch. de la Mayenne, 
2* s., t. V, 1892, pp. 318-321). 



— 200 — 

d'exercer la barberie, en leur défendant, bien entendu, de 
se mêler d'aucune besogne chirurgicale. D'autre part, 
pour accentuer la différence entre les barbiers-barbants 
et le corps de Saint-Côme, cette déclaration exigea que 
tout candidat à la maîtrise en chirurgie fût désormais 
pourvu de la maîtrise es arts. Ce grade incorporait les 
chirurgiens à l'Université ; il leur donnait le droit de 
porter la robe ; il en faisait presque les pairs des méde- 
cins. Ceux-ci s'indignèrent fort de cet affranchissement 
de leurs anciens esclaves. De leurs antiques préséances 
les Docteurs ne gardèrent plus qu'un vain simulacre, 
un semblant d'hommage : en effet, l'aspirant à la maîtrise 
en chirurgie, escorté de son présentateur, allait prier le 
médecin du roi d'assister à sa tentative, à son premier 
et à son dernier examen et à sa prestation de serment ; 
et le Docteur, mis à la place d'honneur, à la droite du 
jury des chirurgiens, n'était qu'un témoin des épreuves : 
n'interrogeant pas, ne votant pas, il contresignait seule- 
ment les lettres de maîtrise et recevait 3# pour ce rôle 
muet. 

Le jour où Saint-Côme obtint la charte libératrice, 
l'enthousiasme fut grand dans la capitale aux écoles de 
chirurgie. En province, tout au moins dans les villes 
privées de faculté de médecine, où par conséquent les 
chirurgiens avaient été beaucoup moins molestés par les 
médecins, la joie fut moins vive : quelques vieux chi- 
rurgiens de sens rassis ne manquèrent pas de dire que 
le latin n'était rien moins que nécessaire pour bien 
manier la lancette. Voici ce qu'écrivait à ce sujet un des 
praticiens les plus remarquables de notre pays, le 
chirurgien Lemercier, de Craon, à des gens haut placés 
qui voulaient lui confier l'apprentissage d'un jeune 
protégé : 

« Craon, le 20 avril 1774. Monsieur, j'ai reçu votre 
lettre avec tout le plaisir. Ce qui manque à ma satisfac- 
tion c'est de n'être pas connu de vous, et que vous ne 
m'ayez pas nommé le patriote qui vous a donné une si 



— 201 — 

favorable opinion de moi ; je serois à Foccasion de lui en 
marquer ma juste reconnoissance. Le jeune homme que 
vous me proposez n'a que treize ans, c'est un âge ten- 
dre ; cependant s'il est grand, robuste et fort, il peut 
commencer la chirurgie. La modicité de sa fortune le 
prive-t-elle de la langue latine ? Les chirurgiens de nos 
jours semblent avoir plus d'égards pour un sujet qui sait 
le latin, ne sût-il que cela, que pour celui qui l'ignore, 
quand même ce dernier posséderoit parfaitement sa 
partie. Il faut en convenir, celui qui fait des progrès dans 
la langue latine a plus d'aptitude que celui qui en est 
privé. Dans quelque état que ce soit, on réussit toujours 
si on a envie de s'avancer et l'amour du travail. L'illus- 
tre M. Petit n'apprit le latin qu'à l'âge de quarante-cinq 
à cinquante ans, ce qui prouve que l'on peut être instruit 
en chirurgie sans la connoissance de cette langue. Vous 
ne m'avez point parlé s'il sçait le latin ou s'il ne le sçait 
pas. Je désire que cette digression ne vous déplaise 
pas * ». 

Bien entendu, l'édit de 1743 n'avait pas d'effet rétroactif 
et autorisait les chirurgiens-barbiers actuels à continuer 
jusqu'à leur mort l'exercice de la barberie et de la chi- 
rurgie ; mais ces praticiens avaient la faculté de renoncer, 
par écrit, à la barberie, devant le lieutenant du premier 
chirurgien ; cette abjuration leur permettrait de parti- 
ciper à toutes les prérogatives nouvelles des chirurgiens ; 
mais ils seraient frappés d'une déchéance irrémédiable 
s'ils se risquaient à commettre le moindre acte de 
barberie après cette rétractation. C'est ainsi que s'étei- 
gnirent dans le courant du xviii® siècle les derniers 
barbiers-chirurgiens. 

De nouvelles mesures vinrent encore détourner les 
maîtres en chirurgie de l'exercice de la barberie : le 



I. Cité par Guardia, in Gazette médicale de Paris, 1869. L'obligation 
de la maîtrise es arts pour les chirurgiens, prescrite par l'édit de 1743, 
ne fut pas maintenue : la Déclaration du 12 avril 1772 n'en fait plus 
mention ; ce titre devint facultatif en province. 



— 202 — 

10 août 1756, des lettres patentes royales confirmées 
par arrêt du Conseil d'État, proclamèrent que les maî- 
tres en chirurgie seraient réputés exercer un art libéral 
et scientifique à condition qu'ils renonçassent à la bar- 
berie,n*y mêlassent aucune profession mécanique, aucun 
négoce ou trafic ; dès lors ils devenaient exempts de 
l'inscription au rôle des métiers, de la taxe de l'industrie, 
du guet, de la corvée, de la collecte ; ils étaient rangés 
parmi les notables bourgeois, éligibles aux charges 
municipales, et autorisés à avoir deux élèves dispensés 
de tirer à la milice. Plusieurs des nouveaux privilégiés 
ne se hâtèrent pas de profiter de ces avantages, et 
attendirent tranquillement une occasion pour faire valoir 
leurs droits. Ainsi le chirurgien Jean Sauvé, sieur du 
Bourg, établi, depuis 1759 au Bourgneuf-la-Forêt, ne 
fit enregistrer qu'en 1769 ses lettres de maîtrise au 
siège de l'élection, lorsqu'il se vit nommé assesseur- 
collecteur de la taille pour 1770 ; un arrêt de l'élection, 
du 2 juin 1769, notifia cette mesure aux manants du 
Bourgneuf et leur enjoignit de décharger Sauvé de la 
collecte. De même encore le chirurgien René Sauvé, de 
la Croixille, reçu en 1765, ne fit enregistrer ses lettres 
sur les remembrances de l'élection de Laval que le 
23 juin 1769. Pierre Maurice, sergent du duché-pairie 
de Mayenne résidant à Juvigné-des- Landes en avertit, 
le 3 septembre 1769, le général des habitants de la 
paroisse de la Croixille; aussi lorsque Sauvé fut nommé, 
le 9 décembre 1780, collecteur de la taille, on dut accepter 
sa démission et en élire un autre. 

V. — Pour en finir avec l'ancien régime, un mot sur 
les sages-femmes. Elles devaient d'abord faire deux ans 
d'apprentissage soit chez une maîtresse sage-femme, 
soit chez un chirurgien-accoucheur, soit dans une 
Maternité. Dans certaines villes les élèves sages- 
femmes étaient défrayées de leurs dépenses d'entretien, 
et on leur faisait des cours. Parmi les démonstrateurs 
qui se chargèrent de leur instruction, il faut citer : 



— 203 — 

G. Le Vayer, chirurgien à Château-Gontier ; Georget- 
Bretonnière, à Mayenne (1778) ; Segretain, à Laval. Le 
stage fini, Faspirante présentait au lieutenant du premier 
chirurgien dans le ressort duquel elle voulait s'établir, 
une requête accompagnée de son extrait de baptême, de 
ses certificats d'apprentissage, de bonne vie et mœurs, 
de religion catholique ; au jour fixé, elle venait subir 
pendant trois heures les interrogations du lieutenant, 
du prévôt, du doyen, des chirurgiens et de la sage- 
femme jurée ; si elle y satisfaisait, elle prêtait serment 
entre les mains du lieutenant. Les frais étaient de 37 # 
dans les villes de première classe. — Dans les villes de 
seconde classe, le jury n'était plus composé que du lieu- 
tenant, du prévôt et du doyen, et le débours montait 
à 23#. — Enfin les sages-femmes des bourgs et des 
villages ne comparaissaient que devant le lieutenant et 
le prévôt, en versant iO-H- ; on pouvait même les recevoir 
gratuitement sur le vu d'un certificat d'indigence délivré 
par leur curé. 

VI. — Nous n'avons pu trouver beaucoup de docu- 
ments nous renseignant sur le taux des honoraires médi- 
caux au xviii* siècle. Ils n'étaient pas, paralt-il, extrê- 
mement élevés : en 1725, le chirurgien Lemercier, de 
Craon, toucha 150# pour avoir fait une castration à un 
laboureur aisé. Pour des interventions plus modestes, 
nous voyons, en 1739, le juge du comté de Laval 
condamner à son audience du lundi le sieur Hignard, 
maître d'école, à payer à Joseph Hubert, maître chirur- 
gien, la somme de 14# 10 sols, «pour s'être fait raser et 
poudrer pendant quatre ans et deux mois et saigner deux 
fois * ». Cela n'était pas cher, et il fallait que ce 
M. Hignard fût un fesse-mathieu pour contester cette 
note : mais je n'en veux point médire. 

Une visite de médecin se payait selon l'état social du 
client, de 10 à 40 sous sous l'ancien régime ; en 1732, un 

I. Arch. de la Mayenne, B 394. 



— 204 — 

médecin de Craon demandait 3 livres pour aller voir un 
malade à Athée. Encore ne devait-il pas laisser dormir 
ses notes : l'article 508 de la Coutume d'Anjou spécifiait 
que les médecins, chirurgiens et tous gens de métier ne 
pouvaient, après deux ans, réclamer leur salaire sans 
titre écrit. Pendant la Révolution, 2 francs étaient le 
tarif moyen : en Tan VIII, à Paris, le célèbre Jussieu 
faisait ses visites pour 2 francs chez des bourgeois 
cossus 1 ! 

Quant aux appointements hospitaliers ils variaient, 
mais étaient modiques : à l'hôpital Saint-Julien de Laval, 
les comptes de 1685 portent 80# aux deux médecins et 
80# au chirurgien 2, De 1699 à 1713, les deux chirur- 
giens, René Devernay et François Le Chauve, touchent 
chacun 80# par an ; de 1713 à 1722, ils sont quatre 
(Périer, Trillon, Démaillé et Pouget) et n'ont plus que 
40/^ par tête ; mais, de 1728 à 1736, leurs collègues et 
successeurs Le Chauve et Barbé gagnent 120# chacun. 
En 1764, on alloue au médecin de l'hôpital Saint-Julien 
un traitement annuel de 200#, au chirurgien 240#, 
alors que quarante ans plus tard, le même établissement 
paiera, par décision du 14 vendémiaire an XII, 600 francs 
à son médecin ordinaire 3, 400 francs au chirurgien 
ordinaire, 100 francs au médecin et au chirurgien consul- 
tants. — A Mayenne, en 1742, dit M. Grosse-Duperon, 
le chirurgien Ménage se contentait de 45 # par an pour 
faire le service de l'hôpital du Saint-Esprit *. — A 
Craon, en 1748, le chirurgien devait assister deux fois 
par jour les blessés de l'hôpital, faire les saignées et 
donner les lavements aux hommes, le tout pour 50# 
par an. Quant aux médecins, ils visitaient par quartier 
les hospitalisés, chaque jour, sans aucune rétribution ^. 

i, Voy. La France médicale, 25 juin 1903, p. 233. 

2. La Beauluère, Les Comptes de rHôtel-Dieu Saint-Julien de Laval 
{Bull, de la Comm. hist. et arch. de la Mayenne, 1890/t. II). 

3. Bibl. de Laval. Dossiers mss. Bucquet. 

4. L'ancien HôteUDieu de Mayenne, p. 87. 

5. Bodard de la Jacopière, Chroniques Craonnaises^ 2< éd., p. 672, 



— 205 — 

VII. — Puisqu'il s'agit de comptes, * c'est bien le 
moment de parler de MM. les apothicaires. Pour par- 
venir au grade de maître apothicaire, il fallait se sou- 
mettre à l'obligation de l'apprentissage, du stage, passer 
deux examens et faire un chef-d'œuvre. Les apothicaires 
étaient ordinairement dans la même corporation que les 
épiciers, ciriers et confiseurs. A Laval pourtant, les 
épiciers droguistes, au lieu de frayer avec les apothi- 
caires, faisaient partie de la communauté des marchands. 
Le chef-d'œuvre avait lieu en présence des délégués de 
ces diverses professions ; le candidat apothicaire était 
examiné sur le choix, la préparation et le mélange des 
médicaments, sur les plantes médicinales et le droguier ; 
il devait exécuter trois compositions pharmaceutiques. 
Le candidat épicier-droguiste devait « faire le discerne- 
ment et l'eslection des drogues et épices » ; l'aspirant 
cirier, un cierge ; et l'aspirant confiseur, une « confiture 
de la saison ». Notons que cette association de la phar- 
macie et de l'épicerie-confiserie persista très longtemps : 
en 1814, le prospectus de « M. Foubert, pharmacien, rue 
de Beaudais, à Mayenne » annonce que cet honorable 
commerçant « tient fabrique de chocolat de santé, 
liqueurs fines, épicerie et eaux-de-vie en gros et détail. » 

La police de ces professions était exercée par leurs 
divers représentants ; les gardes des apothicaires, élus 
pour trois ans, inspectaient avant la mise en vente les 

f . Voici entre miUe autres une note d'apothicaire mayennais et un 
échantillon des prix : 

(( Turcan à La Fosse doit à Liger, apothicaire : 

Du 6 juin 1739 par luy une médecine purg 1# 

Du 7 six onces de sirop à 3' l'once 18* 

Plus 2 gros confection d'hyaclnte 10* 

Une prise de cltro 5' 

Une once huille laurier 4* 

Du 23 7"* pour sa f* une prise de citro avec 5 gr. vomitif IC 

3# 7* 
« Receu le contenu au mémoire cy-dessus par Turcan fils dont quitte 

à Mayenne ce dernier juin f743. R. Liger. » 
En 1732, un apothicaire de Craon délivrait une médecine purgative au 

prix de 30 sous. 



— 206 — 

sucreries, les épiées, câpres, safran, cannelle, etc., et 
convoquaient les gardes des épiciers pour la visite de 
ces marchandises ; ils inspectaient également les pro- 
duits pharmaceutiques, mais sans l'assistance des gardes 
des épiciers, ceux-ci n'ayant pas le droit de vendre les 
drogues médicales. Les gardes visitaient aussi les bou- 
tiques des apothicaires et des épiciers. 

Il y avait à Laval un corps d'apothicaires, ayant 
comme blason : d'azw\ au mortier d*or, garni de son 
pilon de même, et accompagné en chef de deux ifipères 
affrontées d'argent. Ces armes étaient sculptées sur 
une poutre d'une maison portant le numéro 9 de la rue 
du Pilier- Vert, à côté d'une plaque de marbre portant 
cette inscription : Arx vitœ^ f^g^ mortis. C'était là 
évidemment une enseigne d'apothicaire *. Les pharma- 
ciens de Laval n'étaient pas nombreux au début, si l'on 
en croit la Chronique de Guillaume Le Doyen : 

Ung seul apoticaire avoit 
En Laval, qui bien peu avoit 
De bouestes pour parer boutique 



Gaudin on dit qu'estoit nommé 
Homme de bien moult famé. 

Le 23 janvier 1598, des lettres patentes, enregistrées 
le 21 février 1598, confirmèrent les statuts de la corpo- 
ration. En 1703, la communauté comptait treize maîtres. 
M. La Beauluère dit qu'un arrêt du Conseil du 3 avril 1703 
et une ordonnance de l'intendant l'imposèrent à 390/^ 
pour les deux sous par livre ; et qu'en 1708, elle fut taxée 
à 126# et les deux sous par livre pour la suppression 
des offices des greffiers des insinuations et enregistre- 
ment des brevets d'apprentissage et autres actes, 
charges que la déclaration royale du 19 mai 1705 réunit 
aux communautés d'arts et métiers. Les pauvres apothi- 

i. Voy. Bull, de la Comm, hist, de la Mayenne, V* part, 1. 111,1881-83, 
p. 20 ; — et La Beauluère, Rech. sur les corp, d'arts et métiers du 
comté-pairie de Laval avant 4189, LATal, 1853. 



— 207 — 

caires-confiseurs-ciriers avaient encore d'autres débours : 
ils devaient fournir la torche blanche de cire neuve qui 
allumait chaque année le feu de la Saint-Jean ; les flam- 
beaux de cire blanche portés à la procession de la Fête- 
Dieu par les officiers du roi et de la ville ; enfin les épices 
ou présents d usage au seigneur de Laval et aux grands 
personnages de passage. La Beauluère a donné la liste 
des friandises qui furent offertes, en 1653, à la princesse 
de Tarente ^ 

A Mayenne, les apothicaires avaient comme armes : 
de sable à un pot couvert d'argent. Citons, parmi ceux 
qui tinrent boutique en cette ville au xviii' siècle, Jean 
Godard, natif de Villaines, époux de Marie Goussault, 
établi paroisse Saint-Martin (1750); son fils, Jean-Julien 
Godard-Beauchesne ; Jacques Chevalier, sieur du Taillis, 
époux de Marie-Louise Godard ; René-Joseph Esnault 
de Grazon, qui fut conseiller de ville (1771) : enfin deux 
jansénistes fervents, Guillaume Alis et Michel La Cour, 
qui distribuaient autant de portraits de M. Paris et 
d'écrits jansénistes que de potions à leurs clients. 

Les pharmaciens de Château -Gontier portaient : 
d' argent j à deux vipères tortillées y affrontées de 
gueules surmontées d'une couronne d'or, les fameuses 
vipères qui entraient dans la composition de la 
thériaque. 

En février 1776, un édit royal, daté de Versailles, 
abolit les jurandes, communautés de commerce, d'arts 
et métiers, y compris celles des apothicaires, et pro- 
clama la liberté des métiers. Necker rétablit ce qu'avait 
ruiné Turgot ; le 25 avril 1777, un édit royal créa à Paris 
un Collège de pharmacie comprenant les maîtres apo- 
thicaires, et leur défendit d'exercer l'épicerie. Ces 
mesures ne furent pas appliquées aux apothicaires de 
province. 

i. Loc. ciLy p. 74. 



— 208 — 



II 

LA RÉVOLUTION ET LA DÉSORGANISATION MÉDICALE. 
MÉDECINS POLITIQUES, SOLDATS ET FONCTIONNAIRES. 

I. — A l'aurore de la Révolution, on manquait de 
secours médicaux dans les campagnes mayennaises : 
les cahiers de doléances de 1789 s'en plaignent plus 
d'une fois. Celui de Torcé-en-Charnie demande des 
religieuses, les médecins et chirurgiens « étant très rares 
dans ce canton ». Celui d'Ahuillé réclame une sœur de 
charité pour secourir les malades, exposés à périr faute 
de remèdes ; à Sainte-Marie-du-Bois, à Vimarcé, on 
demande qu'il y ait dans chaque paroisse au moins une 
sage-femme examinée et reçue par des chirurgiens 
habiles : de fait, les femmes mouraient souvent en cou- 
ches par défaut de soins, et la mortalité infantile était 
considérable. Le 25 avril 1777, un arrêt du Conseil 
d'État avait bien prescrit d'envoyer annuellement cent 
boites de remèdes pour les enfants, dans les provinces 
du Maine, du Perche, de Normandie, de l'Orléanais, de 
la Bourgogne, de la Champagne, de l'Ile-de-France, de 
la Picardie et de la Flandre ; mais elles étaient destinées 
seulement aux nourrissons des pauvres de Paris élevés 
à la campagne, et les autres n'en profitaient pas. Le 
cahier de Connée, lui, propose tout un plan de réorgani- 
satioii : il y aurait des médecins et des chirurgiens des 
pauvres, un par circonscription de 5.000 âmes, soit en 
moyenne quatre paroisses ; le receveur des impôts de la 
paroisse paierait à l'homme de l'art 10 sols par visite, 
sur certificat du curé ; ce fonctionnaire serait forcé de 
marcher à la première sommation, puni d'une amende 
en cas de refus ; enfin il fournirait les remèdes, à moins 
qu'on n'appelât un apothicaire dans chaque bureau de 



— 209 — 

district. Le cahier de Vimarcé propose également la 
création d'un médecin des pauvres pour quatre paroisses, 
payé 19 sols la visite. 

Avec une telle pénurie de médecins, bien des gens 
périssaient sans secours, ou se faisaient estropier, 
empoisonner ou duper par les charlatans : ceux-ci pullu- 
lent. Ce sont les rebouteurs qui, de père en fils, traitent 
les entorses, remettent les côtes et les « brichets décro- 
chés », « cernent » les maux de toute espèce en pronon- 
çant des paroles cabalistiques ; il y a encore la sorcière ^ 
avec ses herbes et ses incantations ; le jugeur d'eau qui 
fait de Furomancie et soigne bêtes et gens ; sans compter 
le marchand de spécifiques et de remèdes secrets qui, 
dans les foires, vient dresser ses tréteaux et débiter sa 
panacée aux badauds, avec Tautorisation de Sa Majesté 
et de la Société royale de médecine. 

Mais tous ces guérisseurs sont considérés, on les 
révère ou on les craint, et peu de voix s'élèvent contre 
eux : seuls les cahiers de Connée et de Sablé demandent 
qu'on les poursuive. Mais il y en avait tant ! Les archives 
judiciaires du xviii" siècle sont pleines de procès pour 
exercice illégal de l'art de guérir ; la communauté des chi- 
rurgiens de Laval en intente à chaque instant. En 1722, 
elle fait interdire à Renée Le Bail d'exercer la chirurgie : 
la coupable est condamnée à 500# d'amende 2; en 1727, 
on instruit contre le laboureur Joseph Raison, qui pres- 
crit et distribue des médicaments ^ ; le lieutenant du 
premier chirurgien, Joseph Hubert, fait poursuivre, en 
1747, la femme Lebec qui fait des saignées tout comme 
un maître chirurgien juré * ; en 1765, Farcy, qui vend 
des médecines et soigne les malades à domicile ^. Vers 



1. Voy. P. de Farcy, Un procès de sorcellerie à Château Gantier (en 
1774-75) {Bull, de la Comm. hist. et arch. de la Mayenne^ t. IV, 1892, 
p. H9). 

2. Arch. de la Mayenne, B 571 (1722). 

3. Arch. de la Mayenne, B 121 (1727). 

4. Arch. de la Mayenne, B 428 (1747). 

5. Arch. de la Mayenne, B 139 (1765-66). 



— 210 — 

la même époque, la sénéchaussée de Saint-Ouen-des- 
Toits bannit de la chàtellenie pour neuf ans le charlatan 
Biaise D. . . dont les remèdes ont tué Françoise Messager, 
femme de Henri Huneau, de Saint-Ouen, car c'est là un 
privilège que la loi réserve aux médecins ^ 

Si Ton manquait de médecins et de chirurgiens, à 
cette époque, que dire des spécialistes? Il n'y avait 
d'oculistes ni à Craon, ni à Angers, ni à Rennes, ni à 
Nantes ; en 1717, le chirurgien Lemercier, de Craon, ne 
connaît comme oculistes dans toute cette région de 
rOuest que deux frères bénédictins : l'un à Marmoutiers 
en Touraine, l'autre à Tiron dans le Maine ; il est forcé 
d'écrire au célèbre Louis pour lui demander de faire 
admettre à l'Hôtel-Dieu de Paris un pauvre cidtivateur 
de Denazé atteint de cataracte double qu'il ne sait où 
faire opérer ailleurs. — Quant aux spécialistes dentistes 
et herniaires, l'article LXX des statuts de 1730 leur 
demande bien de subir un examen de pratique devant 
une communauté de chirurgiens, mais ils ont souvent 
plus de dextérité que de science et commettent des impru- 
dences fâcheuses. 

II. — Nous venons de parler des cahiers de doléan- 
ces : presque partout les membres du corps médical 
prirent part à leur rédaction. N'étaient-ils pas mieux 
placés que les autres pour apprécier l'étendue des 
misères sociales ? Citons, entre mille, parmi les signa- 
taires, Rondelou et Bameule à Argentré, J.-P. Sauvé à 
Saint-Ouen, Deslandes à FougeroHes, Delamare à 
Bouère, Duhoux, Vettier, Le Nicolais à Ernée dont le 
médecin Jeudry présida l'assemblée. 

L'influence, la popularité des médecins et chirurgiens 
les désignaient également aux suffrages de leurs conci- 
toyens, et plus d'un glissa sur la pente et se lança dans 
la politique. A Laval, dans les rangs de la municipalité 
élue les 10, 11 et 16 février 1790, figurent le chirurgien 

i. Arch. de la Mayenne, B 1.199. 



— 211 — 

François Hubert, maire, les médecins Plaichard etCho- 
quet, Tapothicaire Paillard-Houisière, officiers munici- 
paux, le chirurgien Le Bourdais du Rocher, notable. Le 
18 novembre de la môme année, le médecin Boullevraye 
est nommé officier municipal. En novembre 1791, au 
contraire, devant la gravité de la situation, des répu- 
gnances se manifestent : successivement élus, Choquet 
et Plaichard refusent la place de maire ; elle passe à 
Paillard-Houisière, qui Taccepte d'abord, mais démis- 
sionne le lendemain ; et c'est à Lepescheux d'Auvais 
qu'échoit définitivement, le 12 décembre, la dignité tant 
redoutée. En décembre 1792, Lepescheux réélu sera 
assisté de Boullevraye comme officier municipal et du 
chirurgien Hubert fils, des apothicaires François Hubert 
et Bidault, comme notables, jusqu'au jour de sa révoca- 
tion par Thirion et Esnue-Lavallée. En novembre 1794, 
le représentant en mission Boursault désignera Pierre 
Hubert comme substitut du procureur de la Commune. 
Pendant ce temps, Plaichard siège à la Convention. — 
Dans les rangs de l'opposition, nous trouvons au con- 
traire le chirurgien Segretain, lithotomiste de Monsieur, 
qui signe, le 5 juillet 1792, avec cinq cents royalistes de 
Laval, une adresse au roi protestant contre les vio- 
lences des Jacobins et l'internement des prêtres réfrac- 
taires. 

A Meslay, les insermentés trouvèrent un détracteur, 
et les intrus un apologiste enthousiaste en la personne 
du citoyen Duchesne, chirurgien. Ce praticien rédigea, 
en faveur de la Constitution civile du clergé, une sorte 
de catéchisme intitulé : La maladie à la mode *, par 
demandes et réponses. Il dédia sa brochure au citoyen 
Villar, évéque constitutionnel de la Mayenne. Voici un 
échantillon de ses arguments chirurgico-théologiques : 

« Je dis que les démocrates sont les seuls vrais obser- 
vateurs de la loi de Jésus-Christ, oui les seuls, parce 

i. La maladie à la mode, par demandes et réponses. LATal, Faur et 
C'% 1792, lii-8« de 40 p. 



— 212 — 

que sans s^inquiéter de toutes les affaires d'aujourd'hui 
ils ont juré sur les fonts baptismaux de demeurer ferme- 
ment attachés à leur religion. — Et pourquoi ? — Parce 
qu'ils savent qu'elle ne peut changer et que, fidèles à 
leur serment, quelque événement qui puisse arriver, 
jamais rien ne sera capable d'ébranler leur foi, leur 
confiance et surtout de leur faire oublier ce grand com- 
mandement : Un seul Dieu tu adoreras. — Je dis au 
contraire que les aristocrates sont les seuls qui veulent 
renoncer à la loi de Jésus-Christ parce que, sans cesse 
occupés des affaires du temps, ils oublient l'essentiel qui 
est les premiers principes de la religion, disent-ils. — Et 
pourquoi ? — Parce qu'ils n'ont pas cette foi ferme des 
démocrates qui leur donne la force de résister aux insi- 
nuations perfides de ces prêtres ambitieux qui se font un 
devoir scrupuleux de troubler des consciences faibles et 
chancelantes dans la pratique de la vertu. — Et pour- 
quoi ? — Pour se faire un parti nombreux, il est vrai, 
mais aussi peu redoutable que difiicile à faire revenir de 
son erreur. Pauvres aristocrates ! Si vous aviez comme 
les démocrates cette confiance en Dieu, je vous le 
demande, verrions-nous cette division aflligeante régner 
parmi nous ? O aveuglement de l'esprit humain ! » 
Duchesne avait d'ailleurs des procédés spéciaux pour 
dissiper cet aveuglement : avec l'aide des patriotes de 
Meslay, il attachait sur des ânes les catholiques réfrac- 
taires et les menait ainsi de force à la messe de l'intrus. 
Le curé jureur, son grand ami, était im sieur Le 
Bastard-Razelière, ci-devant ouvrier à Lassay, ordonné 
prêtre, en 1792, par l'évêque constitutionnel. Le chirur- 
gien et le curé s'entendaient fort bien et dénonçaient de 
concert force suspects : en une nuit, ils en firent arrêter 
et conduire à Laval une douzaine. Le 4 juin 1793, le 
Directoire du département ordonna à nouveau de fermer 
les églises non desservies par des prêtres assermentés ; 
Duchesne, escorté de gardes nationaux de Meslay, alla 
clore celles d'Arquenay, de Bazouges, de Saint-Denis- 



— 213 — 

du-Maine. En dépit de son zèle pour la Révolution et de 
son ardeur à acheter des biens nationaux, il fut empri- 
sonné comme fédéraliste en Tan II, mais bientôt relâché. 
D'autres périls Tattendaient dans ses foyers. 

En février 1796, les chouans de Lechandelier et de 
Tercier attaquèrent Meslay, refoulèrent les bleus (deux 
compagnies) dans Téglise, mais battirent en retraite à 
l'arrivée des volontaires de Ballée. D'ailleurs, la com- 
mune de Meslay, en dépit des moyens de persuasion du 
citoyen Duchesne, était fort mal vue du Directoire pour 
son « insouciance et son incivisme » (mars 1797), et 
quand notre chirurgien se présenta en qualité de com- 
missaire du pouvoir exécutif, la municipalité ne daigna 
même pas le recevoir. Le 20 octobre 1799, les chouans 
revinrent encore, au nombre de douze à quinze cents ; 
patriotes et soldats se réfugièrent dans l'ancienne cha- 
pelle du château, que Duchesne avait acquise nationale- 
ment ,• il était du nombre des assiégés ; ils y entassèrent 
leurs objets les plus précieux, les archives de la mairie, 
des vivres et des munitions, s'y barricadèrent solidement, 
et repoussèrent l'assaut. Les royalistes firent alors jouer 
la mine : l'explosion coupa en deux le juge de paix, 
fracassa les cuisses de l'agent de la commune, en blessa 
cinq ou six autres, le reste se rendit. Trois des gendarmes 
furent fusillés ; Duchesne, plus heureux, fut gardé pour 
soigner les blessés ; il put s'échapper avec sa malle, bien 
garnie ; les soldats réfugiés dans l'église purent s'enfuir 
à Château-Gontier. Les brigands brûlèrent les archives 
et demandèrent à leurs captifs une rançon de 10.000# ^ 

A Craon, nous trouvons, en 1790, dans les rangs du 
Conseil de district le chirurgien Fronteau, maire de 
Denazé. Château-Gontier a député Allard à la Consti- 
tuante, Gennes enverra son confrère Paigis à la Légis- 
lative. 

i. Voy.'Dom Piolin, V Eglise du Mans pendant la Révolution, Le 
Mans, 1868, 1. 1, p. ^4-255, et A. Angot, Dictionnaire de la Mayenne^ 
arUeles Duchesne et Meslay. 

14 



— 214 — 

Le 4 février 1790, les habitants d'Ernée maintinrent 
à la mairie le médecin Jeudry, maire depuis 1761 ; le 
docteur Le Nicolais fut officier municipal, et l'apothi- 
caire Millaut de Claireau, notable. Par contre, le Conseil 
de district d'Ernée, élu le 15 juillet 1790, ne compta dans 
son sein aucun représentant du corps médical. 

A Lassay, le docteur Piette de Montfoucaut, membre 
du district, était un des plus fidèles lecteurs, et même 
correspondant, de la royaliste Gazette de Paris^ où ful- 
minait le journaliste Durozoy. 

Le médecin Letourneux, de Landivy, fut élu, en 
juin 1790, Tun des trente-six administrateurs du dépar- 
tement. 

A Mayenne, trois chirurgiens figurent sur la liste des 
membres du Club des amis de la Constitution; en 1791, 
le président de cette société est le docteur Morice de la 
Rue, ancien échevin. En pluviôse an III, le représentant 
Baudran nomme maire de Mayenne le médecin Voile, 
qui refuse ce poste ; son collègue Ponthault, par contre, 
acceptera, en Tan XI, de faire partie de la municipalité. 

Pour faire de la politique, il fallait encore à cette 
époque-là, outre la dose habituelle d'ambition, un 
certain degré de conviction : car Tenjeu pouvait être 
sérieux. Parmi ceux qui en retirèrent de cruelles mésa- 
ventures, on peut citer trois chirurgiens, deux de Bour- 
gon, im de Saint-Hilaire-des-Landes, les Sauvé. 

Jacques -Guillaume Sauvé, ci-devant sieur des Allo- 
teries en Juvigné-des-Landes, exerçait à Bourgon 
depuis plus de trente ans lorsque la Révolution éclata. 
Il suivit le mouvement : en 1791, il assistait comme 
électeur du canton de Juvigné à l'Assemblée électorale 
réunie à Ernée pour nommer les curés constitutionnels. 
De fait, le curé insermenté de Bourgon, Fabbé Boutil- 
lier de la Chèze, ne montrait aucun enthousiasme pour 
les décrets de l'Assemblée Nationale ; le l*"" juin 1792, 
Sauvé l'accusa même, auprès du directoire du district, 
de tenir des propos « d'un incivisme notoire » ; il 



— 215 — 

dénonça également ses acolytes, le vicaire Le Troye et 
l'abbé Dinomais — celui-ci pourvu d'un bénéfice pour 
tenir les petites écoles, — qui manifestaient des senti- 
ments aussi répréhensibles et entretenaient « un foyer 
d'aristocratie ». Le directoire du département, avisé, 
décida de mander ces trois ecclésiastiques à Laval, et 
ordonna à la municipalité de choisir d'autres écolâtres ^ 

Il n'en fallait pas tant pour lui susciter de dangereuses 
inimitiés qui se manifestèrent bientôt. Aux insultes suc- 
cédèrent les actes : dans la nuit du 11 septembre 1792, 
on mit le feu à son bûcher, et l'incendie faillit gagner sa 
maison ; heureusement les secours arrivèrent à temps 
pour la protéger. Les administrateurs du district man- 
dèrent les officiers municipaux de Bourgon, qui ne purent 
ou ne voulurent découvrir les coupables, et leur inti- 
mèrent l'ordre de se montrer plus vigilants. On publia 
au prône que quiconque s'opposerait à l'installation du 
curé constitutionnel serait poursuivi selon toutes les 
rigueurs des lois. Le curé Boutillier de la Chèze quitta 
son presbytère le 20 septembre 1792, avec Le Troye, 
pour aller mourir en exil, à Jersey ; Dinomais resta 
caché à Bourgon ^ ; quant à l'intrus, il se garda bien de 
mettre les pieds dans une paroisse aussi peu sûre. 

Mais les ennemis de Sauvé ne désarmèrent pas : dans 
la nuit du 29 juin 1792, fête patronale de Bourgon, une 
bande de jeunes gens vint casser les vitres du « pataud 
d'chirugien » ; la municipalité n'intervint pas, et Sauvé 
requit trois gendarmes d'Ernée pour dresser procès- 

i. A. Angot, La Révolution et l'instruction populaire dans la 
Mayenne^ LAval, 1891. — A Bourgon, la fondation des petites écoles 
comprenait les deux Mélattières, en Bourgon ; c'est ce qu'on appelait le 
Collège des Mélattières. Contrairement à ce que dit dom Piolin {Eglise 
du Mans^ t. VII, p. 444), Le Troye n'était pas en même temps principal 
de ces écoles. Seul, Dinomais en était chargé, et le faisait en une maison 
de la prestimonie des BouTrons au bourg de Bourgon, louée à cet effet 
de M. Michel Le Roux, chanoine de la Collégiale de la Madeleine de 
Vitré, pourvu de ce bénéflce dont la charge était une messe basse à dire 
par semaine en l'église de Bourgon (M. Léon SauTé). 

2. Au Concordat, Le Troye devint curé de Bourgon et Dinomais, curé 
de la CroiziUe. 



— 216 — 

verbal du délit. II réclama alors au directoire d'Emée 
une douzaine de gardes nationaux pour sa protection ; le 
district lui accorda douze gardes du corps jusqu'à la fin 
des troubles (en fait, ils ne restèrent guère que vingt- 
quatre heures à Bourgon) et chargea le juge de paix de 
Juvigné de chercher les coupables. Le département, 
avisé, blâma sévèrement la municipalité de Bourgon de 
sa mollesse ; il lui intima, le 9 juillet 1792, Tordre d'as- 
surer la tranquillité publique et la sécurité personnelle 
de Sauvé et de sa famille. Mais Sauvé, craignant pis, 
jugea prudent de quitter le pays et alla exercer son art à 
Vitré ; les dangers qu'il avait courus pour la cause de la 
liberté le firent admettre d'acclamation à la Société 
populaire de cette ville. 

Son fils, Jean-Julien Sauvé, également chirurgien, 
habitait à Bourgon dans la même maison ; il était fort 
aimé dans la région, et en bons termes avec le curé 
Boutillier; mais leurs rapports se tendirent un peu par 
suite des divergences de leurs opinions ; néanmoins c'est 
à lui que le pasteur, à son départ pour la déportation, 
confia la relique de la vraie Croix, trésor de son église. 
Jean-Julien Sauvé ne suivit pas son père à Vitré ; il crut 
pouvoir rester à Bourgon où il comptait encore beau- 
coup de sympathies : il en fut même élu maire à la fin 
de 1792. La situation était critique : les communes voi- 
sines, le Bourgneuf, Saint-Ouen-des-Toits, Saint- Pierre- 
la-Cour, étaient pleines de chouans qui donnaient la main 
à ceux de la Bretagne et prenaient leur mot d'ordre au 
château de Launay-Villiers où se cachait le marquis de 
la Rouerie ; la bande des frères Pinson, qui avait déjà 
battu les patriotes au Bourgneuf en septembre, recom- 
mençait ses incursions. Le lendemain même de l'instal- 
lation de Sauvé, des gendarmes d'Ernée et de Gorron, 
en route pour le Bourgneuf, tombèrent la nuit dans une 
embuscade où ils faillirent rester (27 décembre 1792). 
Ceci se passait à un kilomètre à peine de Bourgon. Le 
directoire de la Mayenne envoya sur les lieux un de ses 



— 217 — 

membres, Pottier-Verdrie, à la tête de six cents gardes 
nationaux de Laval, d'Ernée, de Vitré ; la troupe battit 
le pays jusqu'au 1"' janvier 1793, sans découvrir un seul 
brigand. Sa seule conquête fut celle des vases sacrés 
des églises de Bourgon et de Saint-Pierre-la-Cour, où 
aucun intrus n'avait osé se risquer ; elle en dévasta le 
mobilier, pilla la maison du curé, les logis abandonnés 
par les paysans terrorisés, le bourg vide. Les patriotes 
volèrent aussi toutes les provisions du pays, et même 
celles de Sauvé : il réclama et obtint une indemnité en 
février 1793. 

Aux termes du décret de levées militaires du 24 février 
1793, Sauvé fut nommé commissaire de recrutement du 
district. Il se trouvait à ce titre, le 16 mars, à la 
Croixille ; il s'entendit alors avec Marie-Colinière, juge 
de paix de Juvigné, pour faire arrêter le sieur François 
Toulon, qui avait coupé, avec d'autres laquais et fermiers 
des « ci-devant », l'arbre de la Liberté de la Croixille. 
Ces levées, qui allaient provoquer l'explosion de l'insur- 
rection vendéenne, grossirent le nombre des chouans 
d'un fort contingent de réfractaires, et tout le pays fut 
en état de guerre. En juillet 1793, il fallut occuper mili- 
tairement les cinq communes révoltées ; encore les postes 
ne pouvaient-ils réprimer tous les désordres. Pour payer 
la solde de cette armée, le directoire imposa les com- 
munes de Bourgon, Launay, le Bourgneuf, Saint-Pierre, 
Saint-Ouen ; les conseillers généraux de ces localités 
durent garantir ces sommes sur leurs personnes et leurs 
biens. Sauvé avança de sa poche les 4.000# demandées 
à Bourgon, mais il menaça le district de démissionner, 
si on le jugeait suspect au point d'en venir à de pareilles 
mesures de coercition. Le directoire du district s'em- 
pressa de reconnaître, dans un arrêté du 14 septembre 
1793, que le chirurgien-maire s'était toujours comporté 
en « bon citoyen et zélé fonctionnaire ». Le directoire du 
département le proclama, le 16 septembre, « bon citoyen 
et excellent patriote » et lui envoya plusieurs exemplaires 



— 218 — 

imprimés de cette motion pour qu'il pût l'afficher. Sauvé 
occupait, on le voit, un poste fort difficile : forcé de 
s'appuyer, pour rétablir Tordre, sur un parti dont les 
maladresses avaient déchaîné le désordre ; n'ayant pour 
réprimer le brigandage des chouans que des gardes 
nationaux indisciplinés commandés par des orateurs de 
club, et presque aussi dévastateurs que les révoltés ; 
bravant la haine des uns, défiant la suspicion des autres, 
il tint tête, coûte que coûte, à l'anarchie. Trop d'hon- 
nêtes gens courbèrent alors le front et se tinrent cois, 
regrettant un passé impossible ou laissant prendre le pas 
à des exaltés dont les excès compromirent la cause des 
réformes nécessaires ; Sauvé eut le mérite d'agir, de 
faire pour le mieux ; il montra de l'énergie et du courage 
civique : sa vie fut plusieurs fois en péril, et les troubles 
firent des victimes dans sa famille. Le 21 thermidor an 11 
(8 août 1794), les chouans tuèrent, en plein bourg de 
Bourgon, son cousin Paul-Jacques Bodin, jeune homme 
de vingt-cinq ans, qui refusait de les suivre, et deux 
autres garçons. Le beau-père de Sauvé, Lodiel, n'avait 
pas voulu suivre sa famille réfugiée à Vitré, et était 
resté malgré le danger dans sa terre de Montguyon, en 
Saint-M'hervé (llle-et- Vilaine) ; quatre chouans péné- 
trèrent dans la maison, dans la nuit du 1®' au 2 août 
1794, attachèrent le vieillard, lui ouvrirent les veines ; 
ils firent ripaille avec ses provisions en le regardant 
mourir saigné à blanc ^ 

D'ailleurs, la commune de Bourgon était si peu sûre, 
dès 1793, que, au début d'octobre. Sauvé jugea prudent 
de se séparer de sa fillette, Thérèse-Perrine ; la domes- 
tique, une femme Bertier, fit à pied, la nuit, avec l'enfant 
dans ses bras, les trois lieues qui séparaient Bourgon 
de Vitré pour échapper aux chouans ; elle la remit 

I. Les assassins furent connus. C'étaient les nommés Hubert, Carré 
dit Piquet, Coeffé dit Poil-de-Vactie, Bourni dit Grandjean. Us eurent 
leur ch&timent : Bourni fut probablement exécuté à Rennes ; Hubert et 
Carré, pensionnés par la Restauration, furent tués, le dO mai 1S32, à 
Touchaineau, dans une rencontre avec les troupes de Vitré. 



— 219 — 

saine et sauve à son grand-père J.-G. Sauvé, réfugié à 
Vitré comme nous Tavons vu. Le chirurgien lui-même 
faillit être tué : un jour qu'on le convoquait à Ernée, il 
dut emprunter au détachement de Vitré cantonné à 
Bourgon une escorte de quatre hommes ; le district lui 
remboursa les frais d'étape de ses gardes. Mais, quel- 
ques jours après, les troupes étant absentes de Bourgon, 
voici que les chouans, peut-être commandés par l'un des 
Cottereau, pénètrent dans le bourg en demandant la 
tête du maire. Celui-ci, prévenu à temps, s'esquive, 
gagne les champs, puis Vitré ; les brigands cernent sa 
maison, la fouillent de fond en comble malgré les protes- 
tations de la maîtresse du logis qui affirme que son mari 
a été appelé près d'un malade. Tout-à-coup retentit le 
cri de sauve qui peut ! Les bleus rentrent à Bourgon ; les 
chouans s^enfuirent à la débandade, salués de quelques 
salves qui en jetèrent quelques-uns sur le carreau. 
Parmi ces morts on reconnut un nommé Foucher ; on ne 
s'étonnera pas d'apprendre que Sauvé avait rendu, 
autrefois, à cet homme d'importants services. Après 
cette chaude alerte. Sauvé se décida à rester à Vitré ; 
sa femme et sa fille quittèrent le bourg presque désert, 
et vinrent le rejoindre ; il ne put revenir rendre ses 
comptes de gestion municipale que le 17 novembre 1800. 
Un dernier mot sur les mésaventures d'un cousin de 
J.-G. Sauvé des Alloteries, François-René Sauvé, chi- 
rurgien à la Templerie d'Echerbay. Représentant de ce 
hameau à la municipalité de Saint-Hilaire-des-Landes, il 
se signala parmi les partisans du nouveau régime : le 
25 mars 1791, il signe avec les autres officiers munici- 
paux le constat du refus du serment civique opposé à 
leurs injonctions par le curé Cormier et ses vicaires ; le 
30 décembre 1791, il signe l'acquisition d'un immeuble 
dépendant de la cure et acheté nationalement par la 
commune pour servir d'hôtel de ville ; le 17 décembre 1792, 
il prend lui-même à bail quelques terres du temporel de 
la Templerie. Il fut mal inspiré d'afficher de pareils sen- 



— 220 — 

timents 8i près du foyer contre-révolutionnaire de Bour- 
gon ; une nuit, des chouans vinrent en armes heurter à 
sa porte pour en tirer vengeance ; Sauvé n'eut que le 
temps de s'enfuir en costume 'sommaire par un escalier 
dérobé, et d'aller se terrer dans le taillis voisin, pendant 
que son fils, pour gagner quelques minutes, parlemen- 
tait par la fenêtre avec les nocturnes visiteurs. Ceux-ci 
impatientés enfoncent la porte, fouillent la maison, 
pillent les armoires sans oublier la cave, s'emparent de 
Ricoux, beau-frère du chirurgien, l'entrainent et le 
tuent à quelques mètres du hameau (1793). Sauvé put 
gagner Ernée, où il resta. 

III. — A ceux que n'intéressait pas la politique, la 
Révoluion fournit d'autres délassements : l'une des ins- 
titutions qui valurent le plus de popularité au nouveau 
régime, ce fut certainement de permettre aux bourgeois 
paisibles de se déguiser en guerriers ; en se ménageant 
ainsi l'appui de la vanité publique, il devint intangible. 
L'apothicaire quitte sa seringue et prend le fusil ; le 
médecin, le chirurgien eux-mêmes peuvent ceindre 
l'épée, porter le gracieux habit bleu à revers écarlate,le 
bicorne en bataille : ils sont chirurgiens des gardes natio- 
nales. Ainsi les citoyens de Mayenne ont pour chirurgien 
major Lemaire ; les habitants d'Ernée peuvent admirer 
aux parades le chirurgien Jean-René Jeudry du Hameau, 
en tenue de chirurgien aide-major ; et son compatriote 
et collègue, Jacques-Philippe Sauvé, est du nombre des 
vingt gardes délégués par le district à la Fédération 
parisienne du 14 juillet 1790. 

Mais bientôt il fallut être soldat pour de bon : le 
25 octobre 1791, le ministre de la guerre, Duportail, aux 
termes du décret rendu le 15 par l'Assemblée Nationale, 
écrit au directoire du département de nommer un chirur- 
gien pour le bataillon des volontaires nationaux de la 
Mayenne : ce fut Lemesle de la Maisonneuve qui partit ^ 

i. Arch. nat., Fie, m^ Mayenne 5. 



— 221 — 

— Plus tard, le décret de la Convention du 1*' août 1793, 
met à la disposition du ministre de la ^erre, en réqui- 
sition permanente, tous les pharmaciens, officiers de 
santé, chirurgiens et médecins de dix-huit à quarante 
ans, et plus d'un fait la grimace. Puis la chouannerie 
éclate ; on requiert des praticiens pour escorter les 
colonnes mobiles qui battent le pays à la poursuite des 
brigands. En septembre 1798, le médecin BouUevraye 
courut les champs pendant trois jours, sous une pluie 
battante, à la suite d un détachement qui d'ailleurs ne 
prit pas un seul chouan. Il rentra chez lui grelottant et 
crachant le sang, envoyant au diable le métier de chirur- 
gien militaire et de gendarme ^ Qu'ils étaient loin, ces 
défilés en grand apparat, ces belles revues des Fédéra- 
tions de 1790 et de 1791, où Ton retrempait de bon vin 
son patriotisme et son éloquence ! 

IV. — Des coups fâcheux atteignirent, à l'époque qui 
nous occupe, les études médico- chirurgicales. La 
Société royale de médecine dut se dissoudre : mais elle 
comptait peu de membres correspondants dans notre 
pays : citons pourtant Frebet-Labrière, de Craon. Puis 
vinrent la suppression de l'Académie de chirurgie et 
celle des corporations. 

L'Académie de chirurgie avait imprimé à son art le 
plus bel essor et, grâce à elle, l'école française, fière des 
noms de La Peyronie, La Martinière, Morand, Louis, 
Garengeot, brilla d'un vif éclat au xviii® siècle ; son 
grand mérite avait été de faire pour les chirurgiens ce 
que la Société royale de médecine fît plus tard pour les 
médecins : coordonner et grouper les efforts des prati- 
ciens de province et de ceux de la capitale, et exciter 
entre eux une utile émulation. Elle comptait dans le pays 
mayennais quelques correspondants de mérite : à Laval, 
Segretain ; à Craon, Lemercier 2, homme aussi modeste 

1. A. Angot, Mém. épistolaires sur la Révolution à Laval, Layal, 
iS96, p. 181. 

2. Lemercier (Marin-Etienne) étudia la chirurgie à Paris sous le pro- 
fesseur Dlsdier, de l'Académie de chirurgie, et vint s'établir à Craon : il 



— 222 — 

qu'habile et d'un renom mérité ; lié avec quelques-unes 
des célébrités de Tépoque, Bouvart, Sabatier, Petit, il 
entretint une correspondance suivie avec Louis, secré- 
taire de TAcadémie de chirurgie. Ce dernier lui envoyait 
chaque année les sujets de prix mis au concours par 
TAcadémie, et Lemercier lui transmettait à son tour des 
observations intéressantes et des mémoires de chirurgie. 
Aussi, le 18 avril 1776, Lemercier obtint-il une des cinq 
petites médailles d'or que Ton décernait aux chirurgiens 
provinciaux les plus zélés ; Louis s'empressa de l'en 
aviser, et Lemercier de lui en exprimer sa plus vive 
reconnaissance. Le brave homme conserva même avec 
un soin jaloux, au fond d'un tiroir, le numéro de la 
Gazette de France^ du 29 avril 1776, qui mentionnait 
son nom avec celui des autres lauréats. 



y acquit bientôt une assez grande réputation pour s'attirer la jalousie 
des chirurgiens d'Angers; il était, dès 1768, chirurgien de l'hôpital de 
Craon. Il envoya à l'Académie de chirurgie plusieurs mémoires, un 
entre autres sur « l'hydropisie de l'article du genou, » et à Louis de nom- 
breuses observations de clinique ou de technique chirurgicale ; il lui 
demandait très souvent conseil. Louis, de son côté, lui apprenait les 
nouvelles scientifiques ; fort enragé contre l'opération de la symphyséo- 
tomie que venait de découvrir le médecin Sigault (1768), il finit par 
convertir Lemercier à sa façon de voir. — Lemercier avait deux fils 
pour lesquels il composa un petit traité d'éducation. — Une partie de la 
correspondance de Lemercier avec Louis a été publiée par M. Guardia 
(Les mœurs chirurgicales au XVIll' siècle, in Gazette médicale de 
Paris, août-septembre 1869), et par M. le docteur Lacronique (Etude hist. 
sur les médailles et jetons de l'Àcad. roy. de chirurgie, Chftlon-sur- 
Saône, 1902, p. 24). J'en détache ce court billet : « Monsieur Louis, je vous 
aurois plutôt fait mes sincères remercimens des deux exemplaires que 
vous m'avez fait passer sur la symphyse des os pubis, si j'eusse joui d'une 
parfaite santé depuis quelques mois ; j'ai lutté contre une fluxion de 
poitrine : heureusement j'ai été le vainqueur de cette maladie. Les parti- 
sans de M. Sigault ne peuvent être que des médecins de sa classe et des 
chirurgiens aveugles : presque tous les médecins et chirurgiens des pro- 
vinces se laissent persuader et croient avec le peuple que les nouvelles 
découvertes sont dos présens de la Divinité. Que de victimes sacrifiées à 
l'ignorance! — Vous m'obligerez. Monsieur, de recevoir avec plaisir une 
bourriche contenant trois perdrix rouges, trois perdrix grises et une 
bécasse, laquelle bourriche doit vous arriver par le coche du Mans ; elle 
est chargée le 4 du présent mois. J'ai beaucoup de joie à vous prouver 
ma reconnoissance, je désirerois pouvoir plus. Les bontés que vous avez 
continuellement pour moi ne s'effacent point de ma mémoire, j'y répon- 
drai sans cesse en faisant des vœux à l'Eternel pour votre conservation. 
J'ai l'honneur... etc. LEMEnaER ». 



— 223 — 

A Ernée, TAcadémie de chirurgie comptait encore un 
affilié en la personne de Jacques-Philippe Sauvé ; déjà 
titulaire d'une médaille de bronze décernée par cette 
savante compagnie, ce chirurgien obtint pour ses tra- 
vaux, en 1792, Tune des cinq médailles d'or de iOO-H- 
que l'Académie prenait sur les fonds à elle légués par 
La Peyronie et distribuait chaque année aux cinq chi- 
rurgiens français qui auraient envoyé le meilleur 
mémoire ou les trois plus intéressantes observations. 
Le 21 avril 1792, Louis écrivit cette bonne nouvelle au 
protecteur du lauréat, Richard de Villiers, alors député 
d'Emée à l'Assemblée législative : 

« Monsieur, l'Académie de chirurgie vient de récom- 
penser l'émulation de M. Sauvé qui a l'honneur d'être 
connu de vous ; au lieu d'une médaille d'or de la valeur 
de 100#, je viens de lui envoyer un assignat parce que 
la médaille aurait doublé de prix par celui où se trouve 
l'or par le malheur des temps. Mais l'Académie a fait 
frapper, cette année, en bronze les médailles qui auraient 
dû être en or. Voudriez-vous bien. Monsieur, faire par- 
venir à M. Sauvé celle qui est cy-jointe avec un pro- 
gramme qui lui apprendra que l'année prochaine 
l'Académie de chirurgie aura pour 1.5()0# de récom- 
penses à distribuer, et l'année prochaine pour mille écus 
à l'occasion d*un prix triple sur une question de.... pante 
dont on n'a pas donné solution satisfaisante dans deux 
précédens concours. Nous voyons avec douleur, par 
affection pour l'humanité, au bien de laquelle notre art 
est consacré, que sa culture est négligée et que les têtes 
sont exaltées sur d'autres objets que ceux relatifs aux 
progrès des sciences et des arts. Permettez-moi de me 
féliciter de l'occasion qui me procure l'avantage de vous 
assurer du respect avec lequel je suis, Monsieur, votre 
très humble et très obéissant serviteur. 

« Louis, aux Ecoles de chirurgie * ». 

1. Cette lettre nous a été obligeamment communiquée par notre collè< 
gue et ami, M. Louis Sauvé. 



— 224 — 

De Villiers écrivit à son tour à Sauvé pour le féliciter ; 
comme les routes n'étaient pas sûres, il l'informa qu'il 
attendrait une occasion de toute sécurité pour lui faire 
parvenir la médaille, bien qu'en un bronze vil l'or pur se 
fût changé. « Je vous réitère, lui dit-il, mes félicitations 
et vous proteste du plaisir que je ressens à apprendre 
qu'un de mes chers compatriotes se distingue glorieuse- 
ment dans un art aussi nécessaire à l'humanité ». Les 
événements privèrent notre chirurgien de l'honneur de 
se distinguer dans un nouveau concours : le 8 août 1793, 
un décret de la Convention supprima l'Académie de 
chirurgie. 

Cette savante compagnie avait cependant vécu plus 
longtemps que les corporations médicales : les décrets 
de mars et juin 1791 avaient dissous les corporations, 
aboli maîtrises et jurandes ; la loi du 19 juin 1791 
liquida les offices de barbiers-perruquiers-baigneurs- 
étuvistes. Ces décisions ne furent pas acceptées sans 
protestations : le 13 août 1791, les chirurgiens et apo- 
thicairesdeChâteau-Gontierécrivirent au docteur Allard, 
leur député à l'Assemblée constituante, pour réclamer le 
maintien de leur communauté ; ce fut d'ailleurs en pure 
perte. Collèges de médecins, communautés de chirur- 
giens, corporations de barbiers furent dissous, et une 
époque vint où chacun eut assez à faire de sauver sa 
tête, sans encore se mêler de sauver les institutions. 

V. — Cependant, nos héros échappèrent, en général, 
à la guillotine, et même à la prison ; sans doute, Moreau- 
Duboulay fut incarcéré, en 1793, comme suspect ; Boul- 
levraye, en 1794, comme aristocrate ; Duchesne, de 
Meslay, comme fédéraliste; J.-B-M. Sauvé, de Saint- 
Flilaire, en 1795, comme dangereux; et Douard, revenu 
de Marie-Galante dans sa ville natale, comme espion 
américain, en 1793. Mais la majorité de leurs collègues 
prirent le sage parti de ne pénétrer dans les prisons 
qu'à titre de fonctionnaires : en 1792, quanâ les prêtres 
insermentés du département furent réunis aux Corde- 



— 225 — 

tiers de Laval, on dispensa de la détention ceux que la 
maladie rendait intransportables ; mais on exigea de ces 
privilégiés un certificat de maladie renouvelé tous les 
trois jours, délivré par Tun des trois médecins désignés 
à cet effet, et qui n'étaient pas des moins « patriotes ». 
Une fois les prêtres déportés, nobles, ecclésiastiques 
réfractaires, chouans, suspects, vinrent prendre leur 
place dans les prisons de Laval. Il fallait des médecins 
pour en surveiller Tétat sanitaire, qui était d'ailleurs 
déplorable, et la maison d'arrêt devint un foyer d'épidé- 
mies ; deux médecins succombèrent à la contagion ^ Le 
chirurgien Hubert ^ et le médecin Choquet occupèrent ce 
poste pendant quelque temps. 

Mais, en dépit des arrestations, la conspiration — la 
conspiration des regrets — avait partout des affiliés. 
Les prêtres réfractaires, cachés à Laval et aux environs, 
gardaient des fidèles et des bienfaiteurs. Parmi leurs 
zélatrices les plus ferventes on comptait les demoiselles 
Lepecq, couturières-chasublières, rue Paradis, commen- 
sales habituelles de mademoiselle Choquet, et dispensa- 
trices de ses aumônes. Mademoiselle Choquet était la 
la sœur du médecin, mais personne n'eût osé soupçonner 
de charités contre-révolutionnaires la famille d'un si bon 
républicain ; et les bonnes filles, à l'abri de son nom et 
de son patriotisme, purent continuer, pendant toute la 
Terreur, leur périlleux dévouement. Au fond, le brave 
docteur, qui grommelait toujours contre les ci-devant, se 
douta bien un peu, je gage, de tout ce manège-là : mais 
il n'en voulut rien dire ; il était trop philanthrope pour 
désapprouver la pitié ^. 

Lorsque les têtes des prisonniers commencèrent à 
tomber, l'ingéniosité du comité révolutionnaire créa un 
beau jour pour les médecins une fonction nouvelle, iné- 

i. Dom Piolin, VEglise du Mans durant la Révolution, Le Mans, 
1868, t. III f p. 87. Nous n'avons pu trouver leurs noms. 

2. Hubert fut nommé chirurgien des prisons de Laval en octobre 1791. 

3. BouUier, Mémoires ecclésiastiques concernant Laval et ses envi- 
rans pendant la Révolution^ Laval, 1841. 



— 226 — 

dite, horrible : celle d'empailleur des guillotinés ! Le 
8 pluviôse an II (27 janvier 1792), on amena à Laval un 
des chefs vendéens, le prince de Talmont, mourant 
presque du typhus, et, à la lueur des torches, on le guil- 
lotina sur rheure. Le conventionnel Esnue-Lavallée 
avait ordonné d'exposer sa tête sur une pique à la porte 
du ci-devant château de Laval ; le 9 pluviôse, les 
citoyens Brutus Bescher et Publicola Garot, membres 
du comité révolutionnaire, mandèrent le chirurgien 
Tellot. Tellot arrive, Bescher et Guilbert lui intiment 
Tordre de vider sur le champ et de momifier le chef du 
prince, afin qu'il se conserve plus longtemps, salutaire 
épouvantail des aristocrates ; le chirurgien, surpris, 
objecte qu'il n'a ni drogues ni instruments. — Qu'à cela 
ne tienne ! Va chercher le nécessaire, et si tu ne reviens 
pas, les fusiliers sauront te trouver ! — Tellot rapporte 
un crochet, trouve sur la table la pièce anatomique, deux 
bouteilles d'eau-de-vie et un boisseau de tan, et exécute, 
par force, la répugnante besogne. Cinq jours après, 
le 13 pluviôse, Enjubault de la Roche, ancien député à 
la Constituante, et Jourdain du Rocher, ex-administra- 
teur du département, furent décapités comme fédéra- 
listes ; un membre de la Commission Clément, sabre au 
côté, pistolets à la ceinture, escorté de quelques acolytes 
armés jusqu'aux dents, revint chercher Tellot ; le pra- 
ticien dut recommencer le même travail. Pendant qu'il 
enlevait la cervelle et bourrait le crâne de tan, Bescher, 
Guilbert, Garot, Le Roux, Marat Quantin, jouaient 
avec les têtes, les insultaient, les piquaient avec des 
épingles ! Ils voulurent les ficher eux-mêmes sur les 
piques, qui furent plantées à côté de la précédente à la 
porte du château ! On força Tellot d'accepter 36# pour 
ces opérations ^ 

Après les fédéralistes, on tuait des chouans, à tel 
point que la masse des cadavres enterrés en 1796 ren- 

i. E. Queniau-LAmerie, Notice sur quelques députés du département 
de la Mayenne pendant la Révolution, Laval, 1881, pp. 77-78. 



— 227 — 

dait bossu le cimetière de Mayenne, menaçait la ville 
d'une épidémie et soulevait les protestations des officiers 
de santé. Mais il en restait toujours et la besogne jour- 
nalière des médecins était fort périlleuse : trottant par 
tous les temps dans les campagnes, ils risquaient de 
recevoir les balles des brigands ; et s'ils rencontraient 
une patrouille de bleus, c'étaient des interrogatoires 
sans fin à subir, des papiers à exhiber ; heureux encore 
le praticien, s'il n'était pas arrêté et mené au chef-lieu 
du district le plus voisin où l'on vérifiait son identité. 
Avec cela, le pauvre homme est mal payé, ou pas du 
tout, tant la misère est grande : la clientèle riche a dis- 
parue : elle est à l'étranger ou en prison ; les gros jaco- 
bins ne lui offrent que des assignats, et il n'ose réclamer 
quelques sous au vulgaire sans-culotte de peur de se faire 
traiter d'antidémocrate. 

Il y avait pourtant lieu de prendre des mesures 
urgentes d'assistance publique, d'assurer des soins aux 
indigents et une rémunération légitime à leurs médecins: 
la loi du 22 floréal an II, titre IV, créa les médecins de 
district. Un officier de santé à 500 # résidant au chef- 
lieu de district, deux autres à 350yf pris dans le terri- 
toire du district, furent chargés de secourir à domicile 
les malheureux inscrits sur « le livre de la bienfaisance 
nationale ». Ils marchaient à la première réquisition de 
l'agent national ; sur un billet du médecin remis à cet 
agent, la municipalité du lieu avançait au malade les 
honoraires du médecin et se faisait elle-même rembour- 
ser par la caisse du district. 

Tellot, Boutevillain-Grandpré, à Laval, remplirent la 
charge de médecins des pauvres ; Autin, à Mayenne, 
demanda à son ami, le conventionnel François, un mot 
de recommandation pour l'obtenir ; le 12 brumaire an III, 
le directoire d'Ernée nomma à cet office Mulot-Buffe- 
tière, Rousseau et F.-R. Sauvé, fugitif de Saint-Hilaire- 
des-Landes. 

VI. — L'abolition des corporations de chirurgiens, 



— 228 — 

avait supprimé, par contre-coup, rinstruction et la 
réception des sages-femmes. Aussi toutes les matrones 
du pays s'étaient faites sages-femmes, non sans soule- 
ver les protestations des diplômées. En août 1792, la 
femme Etièvre, de Saint-Sulpice, dénonce au directoire 
du département la femme Doucin, qui, sans brevet, lui 
fait une concurrence illégale : mais l'autorité n'inflige à 
la coupable aucun châtiment et se borne à lui ordonner 
de suivre des cours d'obstétrique * ! 

Il est juste de dire que les administrateurs mayennais 
cherchèrent de bonne heure à promulguer des mesures 
efficaces pour recruter de nouvelles sages-femmes. Dès 
1791, à la session générale des administrateurs du 
département, séance du 8 décembre, Sourdille lut un 
projet d'organisation de cours d'obstétrique provisoires 
à Laval. Quelques chirurgiens s'étant trouvés dans les 
rangs de l'Assemblée, l'orateur demanda au président 
d'appeler à la tribune ceux d'entre eux qui voudraient 
prendre la parole et faire les observations dictées par 
leur compétence. Hubert, qui avait déjà professé la toco- 
logie à Laval, vint donner son avis, ainsi que Segretain. 
Ainsi remanié, le règlement élaboré par Sourdille fut lu 
et adopté. En voici le texte : 

Un seul cours est ouvert provisoirement ; le démons- 
trateur sera choisi au concours parmi les chirurgiens 
établis dans le département depuis quatre ans au moins 
et pourvus d'un certificat de bonnes vie et mœurs de leur 
municipalité ; il sera nommé pour trois ans, et rééligible. 
Il fera par an deux cours, l'un à partir du 1**" avril, l'autre 
à partir du 1*"" septembre ; à leur ouverture il prêtera le 
serment civique et recevra celui des élèves, en présence 
des commissaires du directoire du département. 

Les élèves admises seront des femmes ou filles âgées 
de vingt à trente ans, pourvoies d'un certificat de bonnes 
vie et mœurs et présentées par leur municipalité ; s'il y 

1. Arch. nat., F^c, III, Mayenne 5 : C. R. des opéraUont du Directoire 
du département, août 1792. 



— 229 — 

a plus de deux aspirants par district, le directoire dépar- 
temental fera son choix sur l'avis du démonstrateur ; au 
contraire, si les districts ne fournissent pas les deux 
élèves réglementaires, on complétera les cadres en choi- 
sissant dans les autres. 

L'école sera installée à l'Hôtel-Dieu de Laval ; chaque 
cours comprendra quatorze élèves, et les sages- femmes 
de la ville seront tenues d'y assister. Les élèves reçoi- 
vent une indemnité de 20 sols par jour, les administra- 
teurs de l'hôpital mettront six lits à la disposition de la 
clinique obstétricale. 

L'examen final durera deux jours, chaque séance au 
moins trois heures ; tous les médecins et chirurgiens du 
département seront invités à s'y rendre comme exami- 
nateurs ; deux commissaires du directoire surveilleront 
les épreuves ; le président du jury sera élu à la majorité 
des voix *. 

Un arrêté du directoire du département, de février 
1792, fixa au l**" avril la date du concours pour la place 
de démonstrateur : Boute villain fut nommé. 

Malheureusement les événements politiques troublè- 
rent fortement tous ces beaux projets, qui restèrent à peu 
près lettre morte. Ils furent repris plus tard, comme 
nous le verrons. 



III 

LÀ RÉORGANISATION MÉDICALE 
LA LOI DE VENTOSE AN XI ET LES JURYS MÉDICAUX 

I . — La suppression des collèges de médecins, des 
communautés de chirurgiens et de sages-femmes, avait 
laissé le champ libre aux empiriques. Personne ne pou- 

1. Procès-verbal de la session des adm. du dép. de la Mayenne, 
séance du jeudi 8 décembre 1791 (Archives nat., Pic m, Mayenne 5). 

15 



— 230 — 

vant plus les attaquer ou les contrôler, ils profitèrent de 
Taubaine; barbiers, herboristes, rebouteurs, religieuses 
sécularisées, se mirent en devoir de soigner, à qui mieux 
mieux, Thumanité souffrante. 

D'autre part, bon nombre d'étudiants en médecine ou 
d'apprentis en chirurgie, surpris en cours d'études par 
la suppression des Facultés de médecine, de l'Académie 
et des communautés de chirurgiens, avaient complété, 
tant bien que mal, leurs connaissances scientifiques et 
s'étaient installés dans la ville de leur choix sans pou- 
voir s'autoriser de la sanction d'un diplôme. Sans doute, 
la Convention, qui avait besoin de médecins pour ses 
armées, avait créé, par la loi du 14 frimaire an III, les 
trois écoles de santé de Paris, Montpellier et Strasbourg, 
sans compter celles qu'on organisa dans les pays con- 
quis, à Pavie par exemple ; mais les officiers de santé, 
formés en hâte dans ces écoles, étaient envoyés aux 
ambulances des armées de la République. Aussi les trois 
quarts des nouveaux médecins qui vinrent s'installer 
dans la Mayenne sous le Directoire et le Consulat 
étaient-ils d'anciens médecins militaires : les uns avaient 
servi dans la marine : Haillon à Nantes, Plessis et L.-F. 
Sauvé à Brest ; les autres dans les armées de terre, 
comme Lottin, Christophe, Enjubault, Lemesle-Maison- 
neuve, Talvat, Rondelou qui fit la campagne d'Italie, 
Le Vayer et Bucquet qui servirent dans l'armée de 
l'Ouest, Pradel qui fut chirurgien-major à la 76* demi- 
brigade. Serres à la 148*, Louis Bessin à l'armée des 
Ardennes, Guynot à l'armée du Nord et Rossignol au 
8* hussards. 

Enfin, les vieux maîtres en chirurgie, les docteurs des 
anciennes Facultés, qui avaient survécu à la Révolution 
exerçaient encore leur art ; ils firent la grimace en voyant 
leurs nouveaux concurrents, des officiers de santé ins- 
truits à la diable aux armées, entre deux victoires, et des 
docteurs qui n'avaient passé qu'une thèse au lieu de 
quatre, et en français encore ! Rozière, un docteur de 



— 231 — 

Pavie ! Randelou, un docteur de « TÉcole de santé de 
Paris !» Fi ! Cependant, pour des gens qui avaient vécu 
dans les camps, ils ne parlaient pas trop mal leur langue ; 
voici le préambule que Rondelou mit à la tête de sa 
thèse sur les hémorrhagies utérines, un vrai cours de 
galanterie médicale, comme un chapitre de physiologie 
écrit par M. de Florian! 

« Le sexe destiné par la Nature à propager l'espèce et 
à conserver les êtres qu'il protège et alimente pendant 
neuf mois dans son sein, destiné à écarter des faibles 
enfans les épines qui entourent les premiers jours de 
l'existence ; le sexe qui répand le charme sur la vie et fait 
l'ornement des sociétés, qui vivifie tout par sa présence 
et dont les grâces viennent calmer les inquiétudes qui 
obscurcissent la carrière de l'homme, ce sexe, dis-je, est 
aussi celui que la Nature a rendu le plus faible et qu'elle 
a le plus exposé aux causes destructives. 

« Il fallait, pour la conception, le développement et 
l'accroissement du germe, que la femme jouit d'une sen- 
sibilité exquise, d'une flexibilité générale, et d'une dou- 
ceur qui la pliât à toutes les vicissitudes de la maternité. 
Mais peut-on ne pas gémir quand on voit la foule des 
maux qui l'accablent dès son berceau, ou plutôt dès 
l'époque où elle jouit du sentiment d'elle-même ? Ne 
semblerait-il pas que la Nature veut l'avertir de bonne 
heure que les plaisirs sont toujours rapprochés des maux, 
et que, pour jouir des uns, il faut se préparer aux autres ? 
Peut-être ces rudes épreuves sont-elles une préparation 
à de plus rudes encore. 

« Le tempérament de la femme est si différent de celui 
de l'homme que quelques écrivains, plus enthousiastes 
que justes, plus occupés de leur imagination que de la 
vérité et de la raison, en avaient fait un être d'une 
nature essentiellement différente de celle de l'homme. 
Aristote avait poussé le délire jusqu'au point de la consi- 
dérer comme une espèce de monstre, comme un homme 
manqué. 



— 232 — 

« Il est plus convenable d^adopter Tidée de ceux qui 
regardent Thomme et la femme comme un seul être 
séparé en deux parties pour Taccomplissement des lois 
de l'économie vivante, parties qui ont besoin de la réu- 
nion pour former un tout parfait, un ensemble exact. 
Cette idée, si elle n'est pas juste, est au moins celle d'une 
imagination riante, embellie par les idées du bonheur et 
par les grâces de la sensibilité. S'il faut caresser des 
idées chéries, occuper son âme d'hypothèses, encore 
vaut-il mieux embrasser celles qui rendent à la précieuse 
moitié de la société les droits qu'elle mérite, la place et 
la dignité qu'elle doit occuper * ». 

IL — En somme, des empiriques, des étudiants sans 
diplômes, d'anciens médecins militaires, des docteurs et 
des maîtres en chirurgie de l'ancien régime, tel était le 
personnel hétéroclite du monde médical mayennais sous 
le Consulat; l'anarchie régnait, la loi du 19 ventôse 
an XI (10 mars 1803) tenta la réorganisation, et voici 
les mesures qu'elle édicta. 

Les docteurs en médecine des anciennes Facultés, les 
maîtres en chirurgie reçus dans les communautés de 
chirurgiens purent continuer à exercer comme par le 
passé ; mais Saint-Luc et Saint-Côme eurent désormais 
mêmes droits, mêmes prérogatives. 

Les praticiens installés sans diplôme depuis moins de 
trois ans (car les autres bénéficiaient de l'article 23, dont 
nous reparlerons) durent se faire recevoir docteurs ou 
oflBciers de santé; on leur accorda de ne payer que le 
tiers des droits d'examen. 

On ne maintint plus, en efTet, que deux grades dans la 
hiérarchie médicale : l'un, le doctorat en médecine ou 
en chirurgie, était conféré par les écoles de santé après 
soutenance d'une thèse ; le diplôme d'officier de santé 
était, au contraire, délivré, après trois examens, par un 

i. Bémorrhagies utérines. Dissertation présentée et soutenue à 
l'école de médecine de Paris, le 3 vendémiaire an XI, par J.-B. Rondelou 
(de Laval). Paris, an XI, 1802. 



— 233 — 

jury départemental ; les candidats devaient avoir étudié 
pendant six ans chez un docteur, ou cinq ans dans un 
hôpital civil ou militaire, ou trois ans dans une école de 
médecine ; les trois épreuves portaient : 1* sur l'anato- 
mie ; 2** sur la pathologie interne ; 3* sur la pathologie 
externe et la pharmacie. Mais, tandis que le docteur pou- 
vait exercer partout, Tofficier de santé était cantonné 
dans son département. 

La loi de ventôse créa donc dans chaque département 
un jury médical présidé par un professeur de Faculté, 
assisté de deux docteurs en médecine du département 
choisis par le Premier Consul. Ce jury était chargé 
d'examiner les candidats à Tofficiat de santé et les aspi- 
rantes sages-femmes désirant s'établir dans son ressort, 
tout comme autrefois les prévôts des communautés de 
chirurgiens. La loi du 21 germinal an XI le préposa 
également à la réception des pharmaciens de deuxième 
classe et des herboristes. 

Pour constituer le jury médical de la Mayenne, le 
préfet Harmand transmit au ministre de Tlntérieur la 
liste des praticiens du département, avec ses apprécia- 
tions personnelles. « Trois, dit-il, particulièrement 
méritent d'être distingués par leurs talents, leurs con- 
naissances, leur zèle pour les progrès de l'art et leur 
dévouement au gouvernement. 

« Le premier est le citoyen Bucquet (Jean-Baptiste- 
Denis) ; quoique le plus jeune des médecins, des études 
commencées de bonne heure et pendant longtemps sui- 
vies sous les meilleurs maîtres, les dispositions naturelles 
les plus heureuses soutenues de la plus vive ardeur pour 
le travail ont porté ses connoissances et son expérience 
à un degré fort supérieur à son âge. Instruit de toutesles 
sciences qui favorisent le progrès de celle à laquelle il 
s'applique particulièrement, il réunit tout ce qu'il faut 
pour soutenir un nom que son père et son oncle ont 
honoré. Dans l'exercice de ses fonctions de professeur 
d'histoire naturelle, il a acquis une facilité précieuse dans 



— 234 — 

toute espèce d'enseignements et de démonstrations. 
C'est, en tout, un sujet très distingué, et le témoignage 
que je vous en rends est aussi celui du citoyen Corvisart 
qui Ta formé et qui est content de son ouvrage. C'est à 
tous ces titres que je lui ai confié le soin et la surveillance 
de nos hôpitaux, dont il est le médecin ordinaire. Je ne 
pouvais mettre en meilleures mains la santé et la vie des 
pauvres... Le citoyen Plaichard-Choltière (René-Fran- 
çois);il est ancien médecin, fort instruit, pleindezèleetde 
désintéressement ; il a les idées libérales ; il a accueilli 
et soutenu le citoyen Bucquet dans ses premiers pas 
dans la carrière, contre la cabale et la jalousie qui lui 
préparaient tous les dégoûts ; il est médecin consultant 
de nos hôpitaux. Le troisième est le citoyen Segretain 
(Esprit-Louis-François). Il est depuis longtems docteur 
en chirurgie et en possession de la plus grande réputa- 
tion. A rinstruction et aux talens dont il a donné des 
preuves brillantes, il a joint Tamour de son art et de 
ceux qui y apportent des dispositions. Il est chirurgien 
consultant et honoraire des hospices, son âge ne lui per- 
mettant pas les travaux journaliers, n'ayant plus la main 
assez sûre pour les grandes opérations. Ces trois 
citoyens forment le Comité de santé; la plus parfaite 
harmonie existe entre eux, ce qui est assez rare entre les 
médecins et chirurgiens * ». 

Le ministre désigna Bucquet et Plaichard ; les autres 
membres du jury furent les pharmaciens Louis Jarry, 
Gabriel Bidault, L.-Jér. Cottereau, Paillard-Houisière. 
Le président fut le professeur Lassus, de Paris. 
L'aréopage reçut cette année-là, dans sa session du 18 
au 21 thermidor an XII, sept officiers de santé, sixphar- 
maciens, deux sages-femmes, aucun herboriste. Les 
pharmaciens et oflBciers payèrent un total de 1.260 francs 
pour les honoraires du jury et 1.340 pour les hospices de 
Laval, somme qui fut encaissée par le receveur Plaichard- 
Dutertre. 

1. Arcb. nat., F 8, II. 



— 235 ^ 

En Tan XIII, le jury se réunit de nouveau ; le mercredi 
premier jour complémentaire de Tan XIII, il reçut deux 
officiers de santé, Alex. Sauvé, de Saint-Hilaire-des- 
Landes, et Le Chauve ; un pharmacien, Augustin Mar- 
gferie, de Lassay. Les 600 francs de droits perçus sur 
eux furent partagés entre les examinateurs (285 francs) et 
le receveur des hospices (315 francs). 

Dès sa première session, le jury s'était plaint des abus 
de toute sorte qui régnaient dans l'exercice de l'obsté- 
trique et de la médecine. 

D'abord, de nombreuses matrones s'occupaient des 
accouchements, mais les sages-femmes étaient eïi nom- 
bre insuffisant : en l'an XIV, un relevé officiel n'en 
compta que cinq dans tout l'arrondissement de Mayenne, 
dont deux seulement nouvellement reçues ^ Cette pénu- 
rie de sages-femmes tenait à ce que les louables décisions 
prises par l'administration mayennaise, en 1791, n'avaient 
guère eu de suite : les malheurs du temps n'avaient pas 
tardé à interrompre les cours de tocologie organisés par 
Sourdille. Le titre V de la loi du 19 ventôse an XI 
ordonna, à son tour, la création, dans les hospices dépar- 
tementaux, de cours annuels et gratuits pour les élèves 
sages-femmes, et c'est aux frais de cette institution que 
subvenaient les droits perçus par le receveur des hos- 
pices sur les candidats jugés par le jury médical. Ce 
jury mayennais émit, lui aussi, le 21 thermidor an XII, 
le vœu qu'un cours de tocologie fût professé à Laval, et 
confié à Bucquet ; mais il l'attendit longtemps. En l'an 
XIII, le ministre de l'Intérieur en était encore à délibérer 
avec Baudelocque, Lassus, Chaussier et Dubois, profes- 
seurs à rÉcole de santé de Paris, sur les meilleures 
mesures à prendre pour assurer l'exécution de la loi de 

1. Sages-femmes anciennement reçues exerçant à Mayenne : Marie 
Gatin, femme Pierre Carré, reçue le 5 octobre 177i ; — Julienne Lie Roy, 
femme J. Ferré, reçue le 25 janvier 1781 ; — Marie Guenée, femme Loy- 
son, reçue le éi juillet 1793 . — Sages-femmes nouvellement reçues : 
Anne Bouzeau, femme Leroy (19 thermidor an XII), à Izé ; — Marie 
Delelée, à Pré-en-Pail. 



— 236 — 

ventôse à ce sujet. Longtemps après, les sages-femmes 
étaient encore très peu nombreuses, trop nombreuses 
pourtant eu égard à la nocivité de leur ignorance crasse. 
Quant à l'exercice de la médecine et de la pharmacie 
il était en aussi piteux état ; les « ci-devant religieuses » 
prescrivaient et vendaient des médicaments dans les 
campagnes ; les charlatans, les rebouteurs avaient pro- 
fité de l'anarchie pour se faire une situation avouée, 
imprescriptible, et l'article 23 de la loi de ventôse admit 
à pratiquer sans diplômes * des individus qui, à la faveur 
des troubles, s'étaient improvisés, de leur propre auto- 
rité, ofiîciers de santé ; c'était là respecter des droits mal 
acquis. D'ailleurs, sans vouloir les décrier en général, 
on peut dire qu'ils n'étaient pas tous recommandables : 
en l'an XI, un certain Davout cherchait à se faire rece- 
voir officier de santé dans l'arrondissement de Mayenne ; 
il produisit des certificats attestant qu'il avait étudié à 
Caen en l'an VIII, en l'an IX, en l'an X, et qu'il exer- 
çait depuis trois ans à la satisfaction de tous. Or, ces 
certificats mentaient, et le sous-préfet de Mayenne pré- 
venait le préfet, le 24 thermidor an XI, que le sieur 
Davout avait tout simplement passé pourvoi, à la prison 
de Mayenne, la majeure partie du temps qu'il prétendait 
avoir consacré à Tétude et à l'exercice de la médecine ^. 
L'audace des empiriques allait plus loin : en dépit de la 
loi de ventôse qui confiait aux seuls docteurs le soin de 
rédiger les procès-verbaux, les officiers de santé non 
reçus se faisaient adjuger les rapports médico-légaux au 
détriment des vrais praticiens. Et la justice laissait faire : 
Bucquet vit même produire devant les juges des rapports 
faits par des sœurs de charité. Non seulement les irré- 



1. « Art. 23. Les médecins ou chirurgiens établis depuis la suppression 
des universités, facultés, collèges et communautés sans avoir pu se faire 
recevoir, et qui exercent depuis trois ans, se muniront d'un certificat 
délivré par le sous-préfet de leur arrondissement, sur l'attestation du 
maire et de deux notables des communes où ils résident... Ce certificat... 
leur tiendra lieu du diplôme d'officier de santé. » 

2. Arcb. de la Mayenne, M. 



— 237 — 

guliers discréditaient la profession par leur incapacité, 
mais encore ils l'encombraient : on comptait, en Fan XIV, 
dans l'arrondissement de Mayenne, quinze officiers de 
santé sans réception ; un médecin et cinq chirurgiens 
ejusdem farinœ dans l'arrondissement de Château- 
Gontier. 

Le 21 thermidor an XII, le jury mayennais, Lassus en 
tète, demanda qu'on décidât la nécessité des visites 
annuelles chez les pharmaciens et droguistes du dépar- 
tement, avec indemnité aux médecins inspecteurs ; — 
qu'on abrogeât la loi qui protégeait les officiers de santé 
non reçus, le funeste article 23 ; — qu'on poursuivît 
rigoureusement toute infraction à l'exercice légal de la 
médecine *. 

En l'an XIII, le jury passa du vœu à l'acte ; le deuxième 
jour complémentaire, il dressa la liste générale définitive 
des médecins, chirurgiens, et officiers de santé reconnus 
capables d'exercer dans la Mayenne ; il raya vingt-neuf 
officiers de santé qui n'avaient pas présenté dans les 
délais légaux le certificat tenant lieu de diplôme prescrit 
par l'article 23 de la loi de ventôse 2. 

Bien entendu les victimes protestèrent, étourdirent de 
leurs cris le préfet Harmand ^. Cependant les retarda- 

1. Arch. nat., F8, II. 

2. Arch. nat., ibid, 

3. Un pauvre diable de chirurgien de Souigé , nommé Guillot- 
Delamotte, reçu chirurgien & Laval le 4 juin 1772, avait perdu, disait-il, 
ses titres pendant la Révolution ; il ne fut pas autorisé & exercer. Il écrivit 
au préfet Harmand, le 25 février 1806, la lettre à la fois navrante et 
comique que voici : « Monsieur et respectable preffet... Me voilà rendu 
à près de soixante ans et sans reproche de qui que ce soit et sans fortune. 
Si vous désirés m'envoyer par humanité un diplôme de chirurgien 
gratis comme je crois le mériter, cela m'obligeroit infiniment. Dans tous 
les temps je me suis fait un devoir d'obéir aux lois du gouvernement. 
Mais à mon &ge et ruiné comme je suis, mon état malheureux ne me per- 
met pas de faire aucune dépensse. Monsieur de la Gholtiëre, médecin, 
qui est un des conseils près de vous me connoft et vous dira, Monsieur 
et respectable preffet, que sortant de me faire recevoir à l'époque mar- 
quée je fus diner chez lui. En conséquence j'ai l'honneur de vous 
marquer la vérité et je vous prie d'avoir égard. Je jouis d'une mauvaise 
santé et peut-être un ou deux ans que je pourrai vivre encore ce n'est 
pas la peine que je prenne d'autre état que celui de mon cher perre qui 
était lieutenant du premier chirurgien du roy. Pardon, Monsieur et très 



— 238 — 

taires n'avaient à s'en prendre qu'à eux-mêmes, ayant 
déjà bénéficié, pour la plupart, d'un sursis : lorsque les 
médecins du département avaient dû présenter, aux 
termes de la loi de ventôse, leurs lettres, certificats et 
diplômes, au tribunal du chef-lieu de leur arrondisse- 
ment, en Tan XI, plusieurs avaient fait défaut; et le 
commissaire du gouvernement près le tribunal de Laval 
avait écrit au ministre de la justice, réclamant le pardon 
de ces réfractaires *. Le préfet Harmand, à son tour, 
arrêta les foudres du jury, trouva l'exécution un peu trop 
radicale ; c'était un préfet plein de mansuétude. Il en 
référa au ministredel'Intérieur : celui-ci, dans sa réponse, 
donna tort au jury, annula sa décision et accorda aux 
intéressés un nouveau délai pour produire leurs titres. 
C'est ainsi qu'éludant la loi sous le couvert des com- 
plaisances administratives, quelques médecins sans 
diplômes valables ni capacités suffisantes purent conti- 
nuer à estropier ou à empoisonner leurs contemporains^, 
malgré la juste sévérité du jury médical. 

respectable preffet, si je vous ennuis, j'ai l'honneur de vous saluer très 
respectueusement et de vous prier de m 'honorer de votre amitié..., etc. » 
(Arch. de la Mayenne, M). 

1. Foucher, commissaire du gouvernement au tribunal de Laval, au 
ministrede la justice,le 15 brumaire an XII. « Citoyen grand juge ! Desofii- 
ciers de santé dont les titres sont valables, mais qui ont négligé de les pro- 
duire dans les délais de la loi, peuvent-ils suppléer à leur négligence ? 
Quoi qu'on ne puisse guère admettre leur excuse d'ignorer la loi, je 
demande à leur égard l'indulgence du gouvonement et, avec votre auto- 
risation, je resterai tranquille et ajouterai leur nom au tableau » (Arch. 
nat., BBl). 

2. Le sous-préfet de l'arrondissement de Mayenne écrit au préfet, le 
24 mai 1806: « Vous verrez que le sieur Belloche, chirurgien à Lignières- 
laDoucelle, donne à ses malades des médecines qui opèrent au moins 
pendant soixante heures.... Cependant il est en règle avec la loi... » 
Signé : Chevallier. — De son côté, le curé Grandin, dePré-enPail, écrit 
à ce fonctionnaire: « J'ai vu avec peine dans l'Almanach du départe- 
ment, inscrit au nombre des docteurs et maîtres en chirurgie, le sieur 
Belloche.... cet homme est complètement ignare en médecine, il distri- 
bue des purgatifs extrêmement violens, et j'en ai eu la preuve plus d'une 
fois dans ma parroisse. J'ai été appelé dernièrement pour administrer 
une flUe... Cette flUe qui n'avait qu'une fièvre tierce s'avisa de recourir 
au prétendu docteur qui luienvoia une médecine ; elle la prit le samedi 
et le lundi suivant, sur les quatre heures du soir, où j'arrivai chez elle, 
cette médecine opérait encore. Je sais que ce Monsieur, pour apprentis- 
sage dans l'art de guérir, a passé quelques tems à Pré-en-PaU chez un 
charlatan... » (Arch. de la Mayenne, M, Santé publ. et salubrité). 



— 239 — 

Aussi Bucquet pouvait-il tracer, deux ans plus tard, 
ce tableau affligeant de la basse classe médicale dans la 
Mayenne : « Ce qui augmente le crédit des charlatans, 
c'est rignorance des officiers de santé ; ceux qu'une mal- 
heureuse condescendance a soustraits aux examens 
légaux l'emportent encore sur tous les autres ; tous joi- 
gnent au défaut d'instruction une présomption affligeante, 
et quelques-uns une infâme immoralité. J'en connais qui 
n'ont aucune idée de la structure du corps humain dont ils 
se sont constitués les directeurs et les conseillers. Je les 
ai vus prescrire à des femmes délicates de donner le sein 
à un enfant étranger trois semaines ou un mois avant 
l'accouchement et ne pas craindre de faire prolonger 
l'allaitement jusqu'au septième et huitième mois d'une 
grossesse subséquente. Les médicaments qu'ils fournis- 
sent sont toujours de mauvaise qualité et ils portent à 
des prix exorbitants : trop heureux le malade qu'ils veu- 
lent bien ne pas tromper ! Il y a quelques mois, un de 
ces messieurs traitait une fièvre intermittente perni- 
cieuse ; il donnait du quinquina sur le pied de 80 francs 
la livre ; on voulut voir la préparation et il fut obligé de 
convenir que, faute de quinquina, c'était de la poudre de 
centaurée qu'il faisait prendre à ce prix. On sait que le 
quinquina est absolument nécessaire pour sauver la vie 
du malade. Millième avis à l'autorité ! * » 

En somme, après quinze ans de désorganisation et 
d'anarchie, de suppression de toute vie scientifique, 
l'envahissement, l'avilissement du corps médical par des 
intrus indignes, voilà le bilan de la Révolution ; il y a 
beaucoup d'ombres dans ce tableau du monde médical 
mayennais à la fin de l'an XIV, beaucoup plus, de 
l'aveu des contemporains, que sous l'ancien régime. Il 
serait injuste pourtant de terminer sur cette critique ; 
car il se trouva aussi des hommes de valeur et de 



1. Bucquet, Topographie médicale de la ville de Laval et de son ter- 
ritoire. Manuscrit de 1808, pubi. par M. L. Daniel, dans le Bull, de la 
Soc, d'études scientifiques d'Angers, XXUV année, 1893, pp. 132-133. 



— 240 — 

dévouement pour soutenir, pendant cette période trou- 
blée, l'honneur de la profession ; Lemercier, Segretain, 
Plaichard, AUard, Morice de La Rue, Ponthault, 
Jacques-Philippe Sauvé, Bucquet, vieux maîtres d'autre- 
fois ou jeunes docteurs des nouvelles écoles, allièrent la 
science au mérite des charités anonymes et des sacrifices 
obscurs qui sont les petits profits de la profession. On 
leur doit au moins la reconnaissance du souvenir, le 
laconique hommage de la devise antique : Ob cives 
servatos. 



MEDECINS ET CHIRURGIENS 

ayaxit ex.ex*oê daxis la IMIayexixie 

de 1789 à Fan XIV \ 



lo ARRONDISSEMENT DE LAVAL 

ANDOUILLÉ. 

Sauve (Jean-Pierre), dit Rougefeu (V. Saint-Ouën-des- 
Toits). 
Sauvé (Jean), sieur du Bourg (V. Le Bourgneuf), 

ARGENTRÉ. 

RoNDBLou (Clr.ude), chirurgien, signa le l*"" mars 1789 le 
cahier des doléances de la paroisse d'Argenlré. 

Bambule (Joseph-Malhurin), chirurgien, étudia deux ans 
à Rennes, puis deux ans chez son père. Il signe le l*"" mars 
1789 le cahier des doléances de la paroisse d'Argentré. 
Lettres de réception datées de Laval, 18 février 1763. Agé 
de 72 ans, il exerçait encore à Argentré en l'an XII. 

Serres (François), d'abord aide-chirurgien-major au régi- 

i. Cette liste, dont nous ne nous dissimulons pas les erreurs et les 
lacunes, a été dressée d'après les renseignements recueillis dans divers 
ouvrages d'histoire locale et documents d'archives. Citons spécialement : 
Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens français léga- 
lement reçus, etc...^ publié sous les auspices du gouvernement. Paris, 
an X ; — Dictionnaire de la Mayenne, de l'abbé Angot. Laval, 1900- 
1902; — Annuaire du département de la Mayenne pour l'an XII. 
Laval, an XII; — Les Cahiers de plaintes et doléances des paroisses de 
la province du Maine, par BeUée, Duchemin, Brindeau. Le Mans-Paris, 
1881-93 ; — Archives nationales : F^, II ; Pics Mayenne 5 ; BB'. — 
Archives de la Mayenne, M. — Enfin, M. Léon Sauvé, de Vitré, a bien 
voulu nous communiquer des archives familiales et des notes coordon- 
nées par lui, intéressantes et inédites ; nous l'en remercions vivement. 



— 242 — 

ment de la Guadeloupe, de 1786 à 1791 ; reçu (5 août 1792) 
ofTicier de santé de troisième classe au 7® bataillon de la 
Gironde (plus tard 148* demi-brigade). Officier de santé à 
Argentré en Tan XII, il exerçait encore en 1830 (CertiOcat 
du 10 brumaire an XII). 

BAZOUGERS. 

Chantepie (Claude-Michel) étudia d'abord à Laval chez 
le chirurgien Hubert, puis à Paris pendant six ans. Reçu 
maître en chirurgie à Laval le 13 décembre 1770 (Diplôme 
enregistré le 11 avril 1806). 

LE BOURGNEUF. 

LoNGuÈvE (Jean-Baptiste) étudia six ans à l'Ecole de 
médecine de Paris, puis à Laval; reçu officier de santé le 
19 thermidor an XII par le jury médical. 

Sauvé (Jean), sieur du Bourg, né à la Templerie d'Echer- 
bay, baptisé le 26 avril 1731 à Saint-Hilaire-des-Landes, fils 
de René Sauvé, sieur de la Poulaillerie, maître en chirurgie, 
et de Jeanne Fanoûillais. Son père lui donna les premières 
leçons de chirurgie ; il alla ensuite étudier à Angers, puis, 
en compagnie de ses frères (1748-52), à Paris, où il suivit 
les cours de Garengeot, Hévin, Simon, Gervais, Andouillé, 
Sue, Pageot, Verdier. Après un court séjour à la Templerie, 
il s'établit au Bourgneuf-la-Forêt en 1757 ; il y épousa, le 
4 octobre 1757, Perrine Baudet, née le 25 juillet 1731, déjà 
veuve de François Legendre, fille de Pierre Baudet, sieur 
de la Bauffetière, et de Marie Bigot. Le 18 juin 1759, il de- 
manda maîtrise à F. Hubert, lieutenant du premier chirur- 
gien à Laval. Présenté le 22 en la chambre de juridiction de 
la Communauté des maîtres chirurgiens de Laval, par 
Pierre Lemasson, il fut reçu le même jour et autorisé à 
exercer au Bourgneuf. Ses lettres de maîtrise furent enre- 
gistrées le 12 juillet au siège royal de Laval. La Révolution 
le chassa du Bourgneuf. Le 17 février 1795 (29 pluviôse 
an III), il habitait à Laval, rue de la Liberté ; de là il alla à 
Saint-Ouën-des-Toits, puis, toujours vers 1795, à Andouillé 
où il mourut, le 27 juin 1811, à Tàge de quatre-vingts ans. 
Sa femme y mourut le 13 janvier 1820. Il eut huit enfants, 
tous nés au Bourgneuf : 1*» Jean-René, 18 mars 1759 ; 2** Jean- 
Pierre, 23 février 1760 ; 3** Alexandre-René, né le 18 sep- 
tembre 17G1, maître en chirurgie, partit, en 1785, pour 
Saint-Domingue; il mourut officier de santé à la Louisiane, 
en octobre 1813; 4° Jacques-Guillaume-Pierre, né le 9 mars 



— 243 — 

1763, disparut en 1794, probablement dans les guerres 
civiles ; 5** Pierre-Jean-Louis, 25 août 1767 ; 6** Jean-Pierre, 
4 juillet 1769; V Cécile-Marguerite-Perrine, 5 mars 1771 ; 
8* Françoise-Jeanne, 30 janvier 1775. 

Chambord du Ronceray(?). Dom Piolin [Eglise du Mans, 
t. IX, p. 87) cite un certain Chambord du Ronceray. méde- 
cin du Bourgneuf, comme l'un de ceux qui luttèrent contre 
Fépidémie qui ravagea pendant la Révolution les prisons de 
Laval. 

BOURGON. 

GuYGNOT OU GuYNOT (Frauçois), d'abord élève en chirur- 
gie chez Merval, à Bécherel (llle-et- Vilaine), puis pendant 
deux ans dans les hôpitaux militaires de l'armée du Nord, 
on le trouve officier de santé en Tan Xll (Certificat du préfet 
du 23 fructidor an XI). Mort à Bourgon, le 29 avril 1842. Le 
jour de la Saint-Pierre, fête patronale de Bourgon, les rixes 
étaient habituelles : Guynot, praticien prévoyant, mettait, 
dit-on, ce jour-là, un paquet de bâtons près de son logis, 
pour fournir des armes aux combattants, et à lui-même des 
blessés à panser. 

Sauvé (Jacques-Guillaume), sieur des Alloteries, en Juvi- 
gné, deuxième fils de René Sauvé, sieur de la Poulaillerie, 
et de Jeanne Fanoûillais, né le 8 mai 1729, à la Templerie 
d'Echerbay, baptisé, le 10 mai, en Féglise de Saint-Hilaire- 
des-Landes. Son père lui inculqua les premières notions de 
chirurgie, et lui donna un certificat d'apprentissage le 
2 février 1743, bien qu'il n'eût pas encore 14 ans. Il acheva 
à Angers ses études classiques ébauchées à Ernée, tout en 
suivant les leçons d'un maître-chirurgien d'Angers (Certifi- 
cat du 28 novembre 1746). Puis il alla suivre des cours de 
chirurgie à Paris, de 1747 'à 1751, sans doute en même 
temps que son frère René. Son cadet, Jeap, l'y rejoignit en 
1748. J.-G. Sauvé y prit des certificats de Andouillé (15 jan- 
vier), Croissant de Garen^eot (27 avril), Hévin (20 août), 
Simon (4 septembre). Sue (14 septembre), J.-B. Barbant 
(9 octobre), Rouhier (22 octobre 1750), Verdier (8 février), 
Sue (11 mars 1751). L'un de ces professeurs des écoles de 
chirurgie, René Croissant de Garangeot, natif de Vitré, 
était cousin des trois Sauvé, en sa qualité de petit-neveu de 
Jeanne Croissant de Garangeot, qui avait épousé à Vitré, le 
l*"" février 1621, Robert Sauvé, sieur de la Poulaillerie, 
grand-père de Jean Sauvé, sieur de la Poulaillerie, chirur- 
gien à la Templerie. De 1751 à 1757, J.-G. Sauvé servit 



— 244 — 

comme chirurgien de vaisseau (Certificat des sieurs Faguais 
et Lagoux, Saint-Malo, 20 avril 1751), fit plusieurs campa- 
gnes à la côte ouest d'Afrique, coupées par des relâches à 
Saint-Malo (en 1753, par exemple). En 1757, il revint à la 
Templerie; épousa, le 6 juin 1758 (contrat du 26 avril 1758), 
en l'église de Bourgon. Perrine-Etiennette Bodin, fille de 
Paul Bodin, sieur de Martinet, notaire à Bourgon, et de 
Perrine Le Rouge. Le 25 septembre 1758, il demanda à 
passer les examens de maîtrise, qu'il subit à Laval, le 17 oc- 
tobre 1758, devant Roche, prévôt en charge, Perier, doyen, 
et deux autres maîtres ; son présentateur était Jean Le 
Chauve, greffier de la Communauté des chirurgiens de 
Laval. Ses lettres de maîtrise furent signées : Jean Des- 
champs, docteur en médecine, J. Hubert, lieutenant du pre- 
mier chirurgien, Beaugrand, Pichot, Le Masson, Sedillier, 
F. Esnault, maîtres. Le 4 novembre, ces lettres furent enre- 
gistrées sur les remembrances du siège royal de Laval. 
Sauvé s'installa à Bourgon, où il devait exercer trente-trois 
ans. En 1791, il se rendit, comme électeur du canton de 
Juvigné, à l'Assemblée électorale tenue à Ernée pour nom- 
mer les curés constitutionnels. Nous avons vu plus haut les 
mésaventures périlleuses qu'il eut à Bourgon pendant la 
Révolution ; il dut quitter cette localité et alla s'établir à 
Vitré. Malgré ses soixante-trois ans, il y exerça la chirurgie. 
Le 5 janvier 1794, il fut nommé membre du comité de sur- 
veillance par l'Assemblée primaire du canton de Vitré ; peu 
après, le 22 avril, il entra dans la Société populaire 
Vitréenne, affiliée aux Jacobins de Paris, et fut l'un des 
cent quatre-vingt-quinze sociétaires conservés par l'épura- 
tion. Le 23 juillet 1794 enfin (5 thermidor an 11), il prêta à 
la dite Société le serment requis : « Je jure de maintenir la 
République une et indivisible, de préférer la mort plutôt 
qu'il soit porté atteinte à aucune de ses lois, de porter aux 
tyrans une haine implacable, de vivre pour la liberté et 
l'égalité, et de ne me servir que d'objets manufacturés en 
France. » Il mourut à Vitré, en sa maison de la rue de 
l'Union, le 10 nivôse an XIV (31 décembre 1805). Il eut neuf 
enfants : 1* Jacques-Paul, né à Bourgon, le 21 avril 1759 ; 
2** Perrine-Etiennette-Renée, 28 avril 1760; 3* René-Pierre, 
28 avril 1760 ; 4° Jeanne-Marie, 7 août 1761 ; 5° Jean-Julien, 
21 octobre 1762; 6° Pierre-Paul, 16 septembre 1764; 
7° Marguerite-Eléonore, 23 septembre 1766; 8* Perrine- 
Etiennette, 19 mai 1768 ; 9° Marie-Jaequine, 15 février 1770. 
Sauvé (Jean-Julien), fils du précédent, né à Bourgon, le 



— 245 — 

21 octobre 1762, étudia d'abord au collège d'Ernée où il 
était encore en 1778. Ses études finies, il revint à Bourgon 
chez son père, puis fut apprenti à Vitré chez René Du- 
chesne, maître en chirurgie. Il ne resta que peu de temps 
en Bretagne, gagna Angers où il suivit pendant deux ans 
les cours aux écoles de chirurgie. Ses certificats d'assiduité 
furent signés par Garnier-Lagrée, lieutenant du premier 
chirurgien (9 août 1782), Mirault, Baugé, Lachèse-Lagrée 
fils, professeurs. Sauvé partit alors pour Paris, étudia aux 
Ecoles de chirurgie de Saint-Côme (Certificats des 6 juillet, 
10, 12, 13 septembre 1784, signés de Hévin, Louis, Sue, 
Fabre, Pelletan, Lassus, Desormeaux). Le fameux Dubois 
fut son répétiteur d'obstétrique. Le 7 janvier 1785, il obtint 
à Rennes ses lettres de maîtrise, signées Toulmouche, lieu- 
tenant, Dayot, prévôt, Blin, doyen, Chef du Bois, docteur 
en médecine, etc. Le 10 janvier, il prêta à nouveau serment 
devant J. Thomas de la Plesse, sénéchal de Vitré, et exerça 
à Vitré ; il y demeurait à l'hôtel du Mouton-Blanc, Au début 
de 1786, son père le rappela à Bourgon. Le 20 juin 1786, il 
épousa à Saint-M'hervé (Ille-et- Vilaine), Perrine-Andrée 
Lodiel. En 1792, son père, menacé, quitta Bourgon. Jean- 
Julien Sauvé, lui, resta, et fut nommé maire de Bourgon 
vers la fin de 1792. Nous avons vu déjà quels périls le for- 
cèrent, en octobre 1793, à s'enfuir, lui aussi, à Vitré. Là, il 
reprit l'exercice de la chirurgie, et obtint un emploi au secré- 
tariat du district. Le '6 avril 1794, il fut nommé membre 
de la Société populaire de Vitré. Kléber assistait à cette 
séance et y demanda même la création d'une compagnie 
d'éclaireurs volontaires. Le 23 juillet 1794, Sauvé fut main- 
tenu dans les cadres de la Société épurée, réduite à cent 
quatre-vingt quinze membres. D'ailleurs, depuis lors, il se 
retira de la vie politique et renonça à son emploi du secré- 
tariat pour se consacrer tout entier à la chirurgie. Le jour 
il soignait les bleus, la nuit les chouans. Quelques succès 
thérapeutiques accrurent sa réputation et il fut nommé, le 
12 nivôse an VI (l**" janvier 1798), chirurgien de la prison 
et des hospices civils et militaires de Vitré, au traitement 
annuel de 150# en 1798 et de 250 francs en 1838 (pour la 
prison seulement, il est vrai). Ainsi redevenu fonctionnaire, 
il dut prêter, le 21 janvier 1797, le serment requis : « Je 
jure haine à la royauté et à l'anarchie, je jure attache- 
ment et fidélité à la République et à la Constitution de 
l'an III. » L'ancienne victime des Chouans eut l'esprit assez 
large pour ne marchander son dévouement à aucun parti. 

16 



— 246 — 

Aux Cent Jours et en 1832, il soigna tous les blessés sans 
distinction ; le jour, il pansait les soldats de Tempereur ou 
de Louis-Philippe ; la nuit, sortant furtivement de Thôpital 
Saint-Nicolas, il trouvait dans l'ombre quelques royalistes 
qui Tescortaient jusqu'auprès de leurs blessés. Il risqua 
vingt fois sa vie dans ces escapades charitables, et les 
Chouans, qui l'appelaient « leur chirurgien », se fussent fait 
tuer pour l'ancien maire de Bourgon. En 1815, à Cham- 
peaux, il fut conduit au chevet d'un chef royaliste griève- 
ment atteint d'une balle à la cuisse ; le blessé, dans son 
délire, menaça Sauvé de son pistolet et faillit être écharpé 
par les siens. D'ailleurs, des deux cents chouans de Vitré, 
de Fougères et la Guerche qu'il soigna, il ne voulut jamais 
accepter d'honoraires. Le colonel du Bourg, le lieutenant- 
colonel Rossignol, dit Brunswick, et d'autres ofiBciers de 
l'état-major de la légion royaliste de Vitré l'attestèrent, le 
6 mars 1816. En 1816, Louis XVIII conféra au chirurgien 
l'Ordre du Lys qu'il refusa de porter. Le 26 mars 1821, le 
préfet d'Ille-et- Vilaine lui envoya un brevet d'honneur, 
signé du Roi dès le 11 juillet 1817, et contresigné par le 
ministre de la guerre La Tour-Maubourg le 10 février 1821 
seulement. En 1830, il fut nommé conseiller municipal de 
Vitré ; la vieillesse, qui le clouait au lit, le força à démis- 
sionner en 1840. Le l*»" juillet 1840, il résigna aussi ses 
fonctions de chirurgien de l'hospice et de la prison, dont 
il était investi depuis le 1*"" janvier 1798. Il mourut à Vitré, 
rue Baudrairie, le 16 mars 1842, à l'âge de 79 ans. — Il eut 
quatre enfants : 1° Victoire-Perrine, baptisée à Bourgon, le 
29 mars 1787 ; 2** Rose, née et baptisée à Bourgon, le 
23 septembre 1788 ; 3* Thérèse-Perrine, née à Bourgon, le 
15 octobre 1789 ; 4** Prosper-Louis, né à Vitré, le 6 pluviôse 
an VI, reçu docteur en médecine de la Faculté de Stras- 
bourg, le 29 décembre 1836, époux de H.-J.-O. Ravenel 
(5 avril 1837), médecin à Vitré, où il mourut le 19 avril 1880. 

GHEMERE. 

Bernier (François) étudia à Paris, en 1788, 1789, 1790; 
officier de santé en l'an XII (Certificat du préfet, en date du 
6 messidor an XI, constatant qu'il a exercé la chirurgie avec 
succès). 

LA GROIXILLE. 

Gérard (Julien) étudia à Ernée et à Rennes pendant 
trois ans (Certificat du 30 messidor an XI) ; officier de santé 



— 247 — 

en Tan XII (Certificat du préfet, en date du 30 messidor 
an XI). 

Sauvé (René), dit Le Major, fils aîné de René Sauvé, sieur 
de la Poulaillerie, et de Jeanne Fenoûillais, né à la Templerie 
d'Echerbay, en 1725, baptisé à Saint-Hilaire-des-Landes, le 
8 avril 1725 ; il apprit la chirurgie chez son père (Certificat 
du 19 mars 1744) ; fut aide-chirurgien chez Baugé, maître en 
chirurgie à Angers (Certificat du 11 avril 1747); suivit à 
Paris les cours d'anatomie et de chirurgie d'Avernay et 
de Sue en 1748 et 1749 ; fit, comme chirurgien de vaisseau, 
plusieurs croisières de 1750 à 1761 (Certificat de J. Lagous et 
Faguais, maîtres chirurgiens à Saint-Malo, 19 avril 1751); 
et revint à la Templerie. Vers la fin de 1762, il s'établit à 
la Croixille, en la terre de la Foretterie. En 1765, il 
demanda à J. Hubert, lieutenant du premier chirurgien à 
Laval, à subir les épreuves de maîtrise, et y satisfit le 

19 mars 17G5 ; ses lettres furent signées : J. Hubert, 
Fr. Hubert, prévôt ; Sedillier, présentateur ; Fr. Esnault, 
greffier, et enregistrées, le 10 avril, au siège royal de Laval. 
Le 8 novembre 1762, il épousa, à Chailland, Marguerite- 
Anne Doussin, née à la Baconnière le 4 mars 1737. de 
René Doussin, sieur de la Grandinière, notaire, et de Mar- 
guerite Laigneau. Sauvé devint veuf le 18 juillet 1776. 
Pendant les troubles de la chouannerie, il quitta la 
Croixille et se retira à Ernée, où on le trouve le 19 messidor 
an V (7 juillet 1797). Il retourna à la Croixille dès l'an VI ; 
il se retira enfin à la Templerie dès le 20 juillet 1801, et y 
mourut le 26 juillet 1806, à Tâge de quatre-vingt-quatre ans. 
Il eut neuf enfants : 1** Renée-Jeanne-Marguerite, 17 août 1763; 
2° Anne-Jacques, 20 février 1765 ; 3** René-Jean, 24 avril 1766 ; 
4® Marguerite-Perrine, 4 septembre 1767 ; 5° René-César, 
7 février 1769 ; 6<» Perrine, 9 mars 1770 ; 7** Jean-Baptiste, 

20 novembre 1771 ; 8** Renée-Thérèse, 29 novembre 1773 ; 
9*" Anne-Victoire, baptisée à la Croixille, le 9 janvier 1775. 

ÉVRON, 

Galet (Michel), reçu maître en chirurgie à Laval, le 
29 juillet 1790, après avoir étudié à Paris aux écoles de 
Saint-Côme. Exerçait encore en Tan XII. 

Dry (Jean-François), fils de Jean Dry et de Marie Sedillier, 
maître chirurgien à Montsûrs, fut emprisonné « pour liaison 
avec des gens dangereux » pendant la Révolution, transféré 
du Mans à Chartres, puis à Evron, où il se trouvait le 
26 prairial an IL II y exerçait encore en Tan XII. « José- 



— 248 — 

phine Lemoine, sa femme, dit M. Tabbé Angot, et la munici- 
palité de Montsûrs, obtinrent, le 22 thermidor an II, qu'il 
vînt remplacer à Montsûrs son père malade, sous la surveil- 
lance des autorités. » 

Wender (Jean-Baptiste), reçu maître en chirurgie à 
Verneuil, le 24 juin 1780, après avoir étudié chez son père, 
puis chez le chirurgien-major Moittié, au régiment de 
Beauce ; chirurgien à Evron (Diplôme enregistré le 11 fruc- 
tidor an XIII). 

Dblatouche (Jean), reçu maître en chirurgie au Mans, le 
10 décembre 1777, après apprentissage à Fougères et six 
ans d'exercice à Batavia, puis établi à Evron (Diplôme enre- 
gistré le 10 avril 1806). 

LAVAL ^ 

BouLLEVRAYE (Emmanuel-Michel-Rcné), fils d'Emmanuel- 
Alexandre BouUevraye, docteur en médecine à Mayenne et 
à Laval, et d'Anne-Catherine Beudin de la Salle ; né à 
Mayenne ; reçu docteur en médecine de la Faculté de Mont- 
pellier le 10 août 1762 (Lettres signées Imbert, chancelier 
et juge ; Vincent, secrétaire). Il épousa, en 1770, à Saint- 
Vénérand de Laval, Louise-Marie Sorin de la Durantière. 
Etabli à Laval, il y soigna les pauvres et fut attaché aux 
hospices. Le 18 novembre 1790, il fut nommé officier munici- 
pal de Laval. Le 4 octobre 1793, Esnue-Lavallée le destitua, 
et il fut incarcéré deux fois, comme royaliste, en mars et 
avril 1794. Il fut médecin de l'hospice et des prisons, et 
inspecteur des écoles primaires en 1795. Il exerçait encore 
à Laval en l'an XII. 



i . Voici les noms de quelques praticiens lavallois au xvni* siècle : les 
deux Jean Beaugrand, père (f i725) et fils (f 1776) ; François Auratdela 
Chauvinière (f 1770) ; René Devernay (f 1790) ; Gilbert Gandin du 
Quartier (f avant 1723) ; J.-B. La Noë (1780); François-Jean Le Chauve 
(t 1729) ; Jean-François Le Chauve (f 1764) ; François Esnaut (f 1765) ; 
Louis-Charles Roche (f 1775) ; Julien Roche (f 1762) ; Pierre-Christophe 
Lemercier (1766); Pichot (1758) ; Guy -Nicolas Pichot de la Poitevinière 
(1723); Jacques SediUier (1765) ; Etienne THUon de Barbé (f 1751) ; 
Pierre Lemasson (1758) ; Périer (1758) ; Joseph Hubert (f 1783) ; 
Démaillé (1713, 1722); Pouget (f 18 mai 1721), chirurgiens. 

Michel-Etienne Arnault (1762) ; Jacques Auray (f 1779) ; Jean Des- 
champs de la Bellangerie (f 1770) ; Vincent-François Douard (f 1737) ; 
Pierre Dubuisson (1742) ; François Devernay (f 1716) et son flls, Mathu- 
rin Devernay du Ronceray, échevin, en 1729 ; Joseph Esnault (f 1748) ; 
Joseph Lemercier de la Guillottière (1740) ; François Portier de la 
Houssinière (1766) ; René Le Hirbec, Guillaume Savari, Tauvry, 
Dubourg-Guays, Guillaume Davazé (t 17S0), médecins. 



— 249 — 

BucQUET (Jean-Bapliste-Denis), né à Paris, le 15 novembre 
1771, chirurgien militaire à l'armée de TOuest, établi à 
Laval en 1798, professeur à l'Ecole centrale de la Mayenne, 
membre du jury médical de la Mayenne (an XII), correspon- 
dant de la Société de l'Ecole de médecine de Paris, docteur 
en médecine de la Faculté de Paris (pluviôse an XI), corres- 
pondant de la Société de médecine de Paris (1809), médecin 
des hôpitaux de Laval, membre correspondant de l'Acadé- 
démie de médecine (1"" juin 1823), mort à Laval le 
12 juillet 1841. 

Choquet (Charles-Gabriel), né à Laval, en 1738, de Jean 
Choquet, sieur de la Rivière, maître orfèvre, et de Jeanne 
Lasnier, étudia la médecine à Angers. Une fois reçu docteur, 
il épousa Anne Aoustin de Laurière. Il fut juge au tribunal 
du district; nommé officier municipal, en février 1790, il 
refusa les mêmes fonctions en décembre 1792 ; médecin des 
prisons de Laval en 1793, il mourut à Laval le 15 pluviôse 
an II, rue Jean-Jacques-Rousseau. 

Deschamps (Jean), sieur de la Bellangerie. né à Laval, en 
1736, de Jean Deschamps, sieur de la Bellangerie, médecin 
royal, et de Louise Trillon, fut élevé au collège de Laval 
(1751). Reçu docteur en médecine de la Faculté d'Angers, le 
31 mars 1760 (Lettres signées Paulmier, magister antiquus ; 
Berger, Jouanneau, Bonneau, secrétaires), il sUnstalla à 
Laval. Conseiller médecin ordinaire du roi (1765), médecin 
des hospices (1775), il épousa, en 1775, Marguerite Enju- 
bault. fille de l'avocat René Enjubault et de Marguerite 
Pichot de la Graverie. En 1795, il fut désigné pour soigner 
les malades de « l'hôpital Charles » et des prisons. Après 
la Révolution, il fit restaurer et réaffecter l'église du Cime- 
tière-Dieu. 11 exerçait encore en l'an XII. 

Douar D (Charles-François), fils de Vincent-François 
Douard, médecin à Laval, et de Renée Heaulmé, né à Laval, 
d'abord médecin à l'île Marie-Galante en 1788, il revint à 
Laval où il se fit arrêter, en 1793, comme étranger suspect. 

Lbpescheux d'Auvais (François-Joseph), né à Laval, vers 
1757, fut reçu docteur en médecine de la Faculté d'Angers 
le 18 juin 1776, et vint s'établir à Laval. Le 15 novembre 1790, 
il fut nommé procureur de la Commune ; le 12 décembre 1791, 
il accepta le poste de maire de Laval, refusé par les autres; 
réélu en 1792, il fut maintenu dans cette charge en l'an II 
(2 avril 1794), par François-Primaudière, malgré ses atta- 
ches fédéralistes ; Boursault le destitua le 27 brumaire an III 
(17 novembre 1794). En l'an IV, nous le retrouvons membre 



— 250 — 

du jury d'examen des candidats au professoral à l'Ecole 
centrale de la Mayenne, puis commissaire national près le 
tribunal du district ; nommé le 21 brumaire an IV (15 novem- 
bre 1795), commissaire du directoire exécutif près Tadmi- 
nistration municipale de Laval. Il fut médecin attaché au 
service des pauvres et des prisons, membre du Conseil de 
salubrité de Laval, et mourut à Laval le 27 avril 1827. 

MoREAU-DuBOULAY (Louis), lié à Saint-Ouen, vers 1740, 
étudia la médecine à Angers, fut reçu docteur en médecine 
de cette Faculté le 3 avril 17G4 (Lettres signées Paulmier, 
Berger, Bertelot, Gallet, Verrye, Chartier). Il alla exercer 
la médecine à Fresnay pendant trente ans, et fut médecin 
de l'hôpital de cette ville pendant le même laps de temps ; il 
écrivit et transmit à la Société royale de médecine de Paris 
et au gouvernement plusieurs mémoires sur les épidémies 
de 1773, 1779, 1781. En Tan X, nous le trouvons étabh à 
Laval depuis quatre ans, au dire du Dictionnaire des méde- 
cinsy chirurgiens^ pharmaciens de l'an X. Pourtant, d'après 
l'abbé Angot. il aurait été incarcéré dès 1793, comme sus- 
pect, puis libéré le 3 juillet 1793. et nommé par Baudran, le 
30 pluviôse an III, membre du Comité révolutionnaire. Il fut 
aussi juge de paix de la première section de Laval ; maire 
de Laval le 10 brumaire an IV, il démissionna le 15 bru- 
maire. Un arrêté préfectoral, du 31 décembre 1818, le 
nomma médecin consultant et président du Conseil de 
santé des hospices de Laval. Il exerçait encore la médecine 
à Laval en 1820. 

Plaichard-Choltière, né à Laval le 10 octobre 1740, 
docteur en médecine de la Faculté de Montpellier (30 juin 
1762), officier municipal de Laval (1790), élu député à la 
Convention (6 septembre 1792), puis au Conseil des Anciens 
(brumaire an IV), membre de la Société de médecine de 
Paris (an IV), du jury médical de la Mayenne (an XII), du 
Conseil général de la Mayenne, mort à Laval le 25 août 1815. 

RoziÈREs (Daniel-Louis) étudia à Paris de l'an III à 
l'an VI, à l'hôpital d'instruction de Toulon (an Vil), à 
l'armée d'Italie (an VllI-an IX). Reçu docteur en médecine 
de l'Université de Pavie, le 13 ventôse an IX, membre asso- 
cié national de la Société de médecine de Paris, membre 
correspondant de la Société de santé de Grenoble, il exer- 
çait à Laval en l'an XII. Membre du Conseil de salubrité de 
Laval en 1813. 

Talvat (Joseph-Léonard), sieur de la Reinière, né vers 
1766 à Laval, reçu docteur de la Faculté de médecine 



— 251 — 

d'Angers le 23 décembre 1790 (Lettres signées Pantin, 
Choudière, Gaudin du Plessis, Berger, docteurs régents). 
« Exerce depuis douze ans, tant à Paris qu'aux armées et à 
Laval » dit le Dictionnaire de Tan X. 11 mourut à Laval, en 
octobre 1825. 

Boutbvillain-Grandpré (Jean-Clément), fils de Clément 
Boutevillain, cabaretier à Laval, et de Catherine Razon, 
étudia pendant quatre ans à Nantes, sous le chirurgien 
Boscher, puis fut chirurgien de marine, enfin élève, à Paris, 
de Sabatier et de Baudelocque. Il fut reçu maître en chirur- 
gie à Laval le 10 juillet 1780, et s'y établit. Démonstrateur 
d'obstétrique en 1792, il déclara, en 1793, avoir fait recevoir 
trois de ses élèves sages-femmes. Il fut nommé médecin des 
pauvres, le 23 janvier 1793, avec André Tellot, aux appoin- 
tements de 1.200#. Il avait épousé, en 1780, Josèphe Colibet, 
et demeurait à Laval, rue de THôpital, paroisse Saint- 
Vénérand. En 1809, le Bureau de bienfaisance de Laval le 
nomma démonstrateur d'obstétrique et accoucheur à la 
Maternité. 

Dry (Jean-Joseph), né à Evron, étudia six ans à Paris et 
dans les hôpitaux de Laval ; reçu officier de santé à Laval le 
19 thermidor an XII, fut plus tard chirurgien de la Mater- 
nité, professeur d'obstétrique pour les sages-femmes, mem- 
bre du Conseil de salubrité. 11 habitait, en 1830, rue aux 
Mesles. 

Gastinieau-Benoist étudia d'abord à Paris, puis dans les 
hôpitaux de Laval ; reçu officier de santé à Laval, en l'an XII 
(19 thermidor), par le jury médical. 

Hubert (François), fils aîné de Joseph- André Hubert, 
chirurgien du roi, et d'Anne-Renée Guittet, né à Laval, 
baptisé à la Trinité le 12 décembre 1734, maître es arts 
d'Angers en 1752, épousa, en 1761, Anne-Rose Lelièvre, et, 
reçu maître en chirurgie, succéda à son père en la paroisse 
de la Trinité à Laval. Des lettres de Louis-Stanislas-Xavier, 
frère du roi, duc d'Anjou et du Maine, le nommèrent chi- 
rurgien du roi (Arch. de la Mayenne, B 867). Le 10 février 
1790, il fut élu maire de Laval, et, le 30 juin, harangua, 
au nom de la municipalité, les électeurs du département 
réunis dans l'église des Cordeliers; le 31 mai 1791, il féli- 
cita Tévèque Villar à son entrée à Laval. En novembre 1791, 
il fut relevé de ses fonctions de maire et nommé greffier 
du tribunal correctionnel de Laval (25 novembre 1792), 
membre du comité de surveillance (10 juin 1793), juge de 
police correctionnelle (17 novembre 1794), juré adjoint du 



— 252 — 

jury d'examen des candidats au professorat à TEcole cen- 
trale de Laval. Il mourut à Laval, le 16 octobre 1799. — Il 
eut deux fils : 1® François, pharmacien ; 2** Pierre, médecin. 

Hubert (Pierre), fils du précédent, époux de Jeanne 
Lemesle-Maisonneuve. Il étudia d'abord à Paris, en 1788, 
1789, 1790 et 1791 ; il élait officier de santé à Laval en Tan 
XII (Certificat du préfet, du 15 prairial an XI). Nommé 
substitut du procureur de la Commune par Boursault, en 
novembre 1794. En 1801, il était chirurgien de l'hôpital Saint- 
Louis et membre du Conseil de santé des hôpitaux de Laval. 

Lebourdais (René-Joseph-Gabriel), sieur du Rocher, étu- 
dia d'abord à Laval, pendant huit ans, sous le chirurgien 
Hubert, puis sous le chirurgien-major du régiment de 
Planta-Suisse, enfin à Paris. Reçu maître chirurgien à Laval, 
le l*"" février 1765, il épousa Marie Salmon. Propriétaire du 
Domaine (en Louvigné), il figure, en février 1790, sur la 
liste des notables. 11 exerçait encore en l'an XII à Laval. 

Lbmesle de la Maisonneuve, reçu maître en chirurgie à 
Laval, fut attaché comme chirurgien au bataillon des volon- 
taires nationaux de la Mayenne, aux termes du décret de 
l'Assemblée Nationale du 15 octobre 1791. 

RoNDELOu (Jean-Baptiste), né à Laval le 6 novembre 1775, 
commença ses études de médecine à Paris, fut élève de 
l'Ecole pratique de la Faculté de Paris, puis chirurgien des 
hôpitaux militaires et d'instruction de Toulon et de l'armée 
d'Italie (an VII), enfin chirurgien de l'IIôtel-Dieu de Paris 
pendant trois ans ; il eut pour maître le célèbre Boyer. Un 
arrêté préfectoral, du 8 juillet 1803, le nomma chirurgien 
ordinaire de l'hôpital Saint- Julien de Laval, et le 3 vendé- 
miaire an XI il fut reçu docteur en chirurgie de l'Ecole de 
santé de Paris, après soutenance d'une thèse sur les Hémor- 
rhagies utérines^ Paris, an XL 11 dédia ce travail au chi- 
rurgien lavallois Segretain. En l'an XII, il s'établit à Laval, 
fut chirurgien des hôpitaux et prisons de cette ville, vice- 
président du Conseil de santé des hôpitaux de Laval, vice- 
président du Conseil de salubrité de Laval (1837), membre 
de la Société de médecine clinique de Paris. Il vivait encore 
en 1847. 

Segretain (Esprit-Louis-François), né à Laval, de Jacques- 
René Segretain, marchand, et de Pétronille de Condé; reçu 
maître en chirurgie à Laval, le 3 avril 1767, et maître es 
arts, il fut maître accoucheur. Nommé correspondant de 
l'Académie de chirurgie de Paris le 7 avril 1785, il envoya 
à cette Académie plusieurs mémoires, dont l'un fut médaillé. 



— 253 — 

Chirurgien lithotomiste de Monsieur frère du roi, il fut atta- 
ché au service des pauvres et des prisons de Laval. En l'an 
XII, il prit le titre de docteur en chirurgie ; plus tard il fut 
chirurgien consultant (arrêté du 8 juillet 1803), et membre 
du Conseil de santé des hôpitaux de Laval. 

Il avait épousé Ursule-Perrine Biou, née à Nantes de 
Julien Biou de la Roche et de dame Lallemand de Varade. 

Tellot (André-René), né à Laval, en 1750. de René-Jean- 
André Tellot, notaire, et de Marie Pottier. Etudia pendant 
deux ans à Laval, sous Hubert, puis à Paris. Reçu maître 
en chirurgie à Laval, le 9 octobre 1780 (Lettres signées 
Hubert, lieutenant; Durocher, Hubert, greffier; Deschamps, 
docteur en médecine), chirurgien accoucheur (1786), greffier 
du premier chirurgien du roi (1788). Il épousa, en 1782, 
Anne-Louise Girard de la Souhaite, et en eut deux enfants : 
1*» André (1783) ; 2° Anne (1783). Un arrêté préfectoral du 
8 juillet 1803, le nomma chirurgien ordinaire de l'hôpital 
Saint-Julien de Laval. 

MESLAY. 

DucHESNE (Julien-Simon), né en 1764 à Mézeray (Sarlhe), 
fut élevé par son oncle paternel, Tabbé Philibert-Joseph 
Duchesne (curé de Meslay de juillet 1739 au 7 juillet 1782). 
Il voulut d'abord entrer dans les ordres, alla au séminaire 
d'Angers et fut même pourvu d'un bénéfice ; mais il changea 
d'avis, opta pour la chirurgie, et fut reçu maître en chirur- 
gie à Laval, le 30 mai 1789 (Lettres signées Hubert, lieute- 
nant ; Lebourdais du Rocher, Tellot, greffier). Il s'établit à 
Meslay et épousa Renée-Jacquine Echard, ce qui ne l'empê- 
cha pas d'installer chez lui une concubine. Fougueux révo- 
lutionnaire, il fonda un club dont il devint président ; en 
1791, il publia, en faveur de l'église constitutionnelle, un 
factum intitulé : La maladie à la mode par demandes et 
réponses. Malgré son zèle révolutionnaire, il fut jeté en 
prison à Laval, comme fédéraliste, sur la dénonciation du 
Comité révolutionnaire de Meslay ; il fut libéré le 1" fruc- 
tidor an IL En 1797, il fut commissaire du gouvernement 
près l'administration cantonale de Meslay. Nous avons parlé, 
au cours de cette étude, des périls que lui firent courir les 
incursions des chouans à Meslay. Il exerça son art, comme 
par le passé, à Meslay, après la Révolution, et y mourut le 
10 avril 1825, après une longue maladie, refusant tous les 
secours spirituels que lui apportaient le curé et son vicaire ; 
il fut donc enterré civilement (D. Piolin, Eglise du Mans), 



— 254 — 

Raillon (François), né à Mcslay, reçu en 1785, à Nantes, 
chirurgien de la marine marchande (Lettres signées Bisson 
et Godebert), fut commissionné en l'an IV chirurgien auxi- 
liaire de première classe de la marine, par le Conseil de 
santé de Paris ; enfin il s'établit à Meslay en l'an VIII. Il y 
exerçait encore en Tan XI (Certificat du préfet, 8 fructidor 
an XI). 

MONTSURS. 

Dry (Jean), époux de Marie Sedillier, chirurgien à 
Montsûrs. 

Dry (Jean-François), maître en chirurgie, fils du précé- 
dent (Voy. Es^ron), 

Le Chauve (Joseph-François), né à Tours le 14 avril 1766; 
chirurgien ; reçu par le jury médical de la Mayenne le 
deuxième jour complémentaire an XII, il exerçait encore à 
Montsûrs en 1820. 

NUILLÉ-SUR-VIGOIN. 

Le Terme (François-Jean) exerçait la chirurgie à Nuillé 
depius dix-huit ans. lorsqu'il dut produire, en l'an XI, ses 
lettres de maîtrise ; il les avait perdues ; un certificat préfec- 
toral du 16 thermidor an XI lui en tint lieu. 

OLIVKT. 

Dudouet (Julien), né à Olivet, étudia quatre ans à l'Ecole 
de Paris, puis dans les hôpitaux de Vitré: reçu officier de 
santé, le 19 thermidor an XII, par le jury médical. 

SAINT-CYR-LE-GRAVELAIS. 

Sauvé ^Louis-François), fils de François-René Sauvé, 
chirurgien, et de Louise Lucas, né à la Templerie-d'Echer- 
bay le 8 avril 1776. Vers 1793, il fut admis comme chirur- 
gien auxiliaire à Thôpital de la marine à Brest; il était 
probablement à bord d'un des vaisseaux qui prirent part au 
combat naval du l"*" juin 1794, où sombra Le Vengeur, 11 
navigua à bord de La Virginie et du Majestueux, finit ses 
études médicales à Paris, s'y fit recevoir oflicier de santé, 
puis revint, dès 1799, à la Templerie. De là il gagna Saint- 
Cyr-le-Gravelais, y épousa, le 5 octobre 1800, Marie Mignot, 
fille de Louis Mignot et de Marie-Françoise-Pélagie Gail- 
lard, née à la Gravelle le 5 juillet 1782. Un certilicat pré- 
fectoral du 8 prairial an XI lui tint lieu de diplôme. Nommé 



— 255 — 

maire de Saint-Cyr le 3 février 1810, il fut destitué en 1816 
par la Restauration. Un arrêté préfectoral du 22 septembre 
1830 lui rendit cette dignité. Il mourut à La Loge, en Saint- 
Cyr, le 11 mai 1847, et fut enterré à la Templerie. — Il eut 
quatre enfants : 1** Marie-Louise, 30 août 1801 ; 2° Cyr-Louis, 
22 février 1805 ; 3** Eugène-François, 11 octobre 1806, devenu 
docteur en médecine ; 4** Emilie-Delphine, 18 février 1808. 
— Son fils Cyr-Louis fut un des médecins les plus réputés 
de la Rochelle, où il mourut le 30 août 1882. 

SAINT-HILAIRE-DES-LANDES. 

Sauvé (Jacques), sieur de la Maisonneuve en la Bacon- 
nière, né à la Templerie, le 17 janvier 1727, de Jacques 
Sauvé, chirurgien, et de Jeanne Garault. Il étudia à Angers 
et à Paris, fut reçu maître en chirurgie et vint exercer à la 
Templerie en Saint-IIilaire-des-Landes, où pratiquaient déjà 
son père et son oncle, René Sauvé de La Poulaillerie. En 
1772, il fut nommé collecteur des impôts par le général des 
habitants de Saint-Hilaire et demanda le bénéfice des lettres 
patentes royales du 10 août 1756 pour être exempté de 
collecta. Il épousa, le 26 février 1759, Jeanne Laigre, née à 
Chailland, le 12 janvier 1736, de Michel Laigre, sieur de la 
Massonnais, et de Françoise Bahier. Il signa le cahier de 
doléances de Saint-IIilaire en 1789, et mourut à la Templerie 
le 2 septembre 1793. — 11 eut dix enfants : 1° Jacques- 
Philippe, 13 février 1760 ; 2® Jean-Baptiste-Michel, 16 jan- 
vier 1762 ; 3** Jeanne-Françoise, 4 septembre 1763 ; 
4** Jeanne-Renée-Françoise, 22 janvier 1765 ; 5® Jeanne- 
Françoise. 26 mai 1767 ; 6** Augustin-François, 22 décembre 
1769; 7** Françoise-Marie, 11 juillet 1771; 8** X... 9 mars 1773; 
9<* Michel-Louis, 26 septembre 1775; 10" Michel-Toussaint, 
l*"" novembre 1778. 

Sauvé (Jean-Baptiste-Michel), dit Le Blond, fils du précé- 
dent, né à la Templerie le 16 janvier 1762, baptisé le 17 à 
Saint-Hilaire. Il suivit à Angers et à Paris ses cours de chi- 
rurgie, obtint ses lettres de maîtrise, et revint dans le Maine. 
Le 30 juillet 1795, les gardes nationaux de Montenay vin- 
rent l'arrêter à la Templerie, ainsi que M. de Chalus et le 
boulanger Yvon, de Chailland, et le menèrent en prison à 
Ernée. Le 11 cioût, il comparut devant le tribunal d'Ernée 
pour infraction aux mesures de la police de sûreté. Libéré, 
il alla habiter près de sa mère à Chailland, et revint, en 
1799, à la Templerie. Il y mourut célibataire le 23 juin 1834, 
âgé de soixante-douze ans; il fut le dernier des quatre 



— 256 — 

générations de Sauvé, chirurgiens à la Templerie (1684- 
1834). 

Sauvé (François-René), né à la Templerie, le 11 septembre 
1747, de Jacques Sauvé, chirurgien, et de Jeanne Garault, 
baptisé le même jour à Saint-Hilaire-des-Landes, alla suivre 
les cours de chirurgie à Paris en 1767, obtint ses lettres de 
maîtrise à Laval, en 1771, et revint exercer à la Templerie. 
Le 21 janvier 1772, il épousa, à Loiron, Perrine Levrot, fille 
de Pierre Levrot, sieur des Rôties, et de Perrine Fauveau, 
née à Loiron le 10 août 1749. Le 6 février 1775, Sauvé 
épousa en deuxièmes noces à la Templerie Louise-Jeanne- 
Ambroise Lucas, fille de Louis Lucas, sieur de la Frilou- 
zière, procureur au siège royal de l'élection de I^aval, et de 
Marie I^e Masson, née à Laval en 1754. Membre de la muni- 
cipalité de Saint-Hilaire en 1791, percepteur deBourgonen 
1793, il faillit être tué par les chouans en 1793, put s'échap- 
per, gagna Ernée, et s'y établit chez sa fille aînée ; sa femme 
et ses enfants l'y rejoignirent. Le 2 novembre 1794 (12 bru- 
maire an III), il fut nommé officier de santé du district 
d'Ernée, maire d'Ernée en 1796 ; il achète, le 6 août, devant 
le département, l'église, le cimetière, le presbytère et le 
jardin de la Templerie. Par suite de cession volontaire du 
31 décembre 1805. ses enfants et héritiers n'en possédaient 
que le quart quand le tout fut, en 1833. donné à la fabrique 
de la Templerie pour le rétablissement du culte dans cette 
succursale. François-René Sauvé était encore à Ernée en 
1797, et ne rentra à la Templerie que vers 1799. En Tan XII, 
il fut adjoint au maire de Saint-Hilaire. Le 15 octobre 1813, 
il fut nommé maire de Saint-Hilaire pour deux mois. Le 
21 juillet 1815, il fut nommé maire de La Baconnière ; le 
19 mai 1817, il redevint maire de Saint-IIilaire et mourut à 
la Templerie, le 15 mars 1820, à Tàge de soixante-treize 
ans. — Il eut neuf enfants. Du premier lit, Perrine-Fran- 
çoise, 26 novembre 1772. Du second lit : 1** Louis-François, 
8 avril 1776; 2® François-Jean-Antoine, 10 avril 1777; 
3® Joseph-René-François, 23 mai 1778 ; 4® Jean-François, 
18 juillet 1779 ; 5*» Alexandre-Léon, 2 mai 1781 ; 6* Sophie- 
Rosalie, 8 août 1783; 7" Hyacinthe-René, 26 janvier 1786; 
8° X... 18 février 1788. 

Sauvé (Alexandre-Léon), né à la Templerie, le 2 mai 1781, 
de François-René Sauvé et de Louise Lucas, fut d'abord 
élève à TEcole d'Alfort et vétérinaire à Ernée, puis, reçu 
officier de santé par le jury médical de la Mayenne le pre- 
mier jour complémentaire de l'an XIII, il s'établit à la Tem- 



— 257 — 

plerie. Maire de Saint-Hilaire-des-Landes par arrêté du 
17 décembre 1813, il épousa, en 1817, à la Bazouge-du- 
Désert (lUe-et- Vilaine), Mademoiselle Marye. 11 s'établit 
à la Bazouge ; veuf le l*' mars 1845, il se retira à Ernée où 
il mourut le 16 juin 1847. 

SAINTE-SUZANNE. 

CouTELLE (Charles-Louis), sieur de la Tremblaye, né à 
Brûlon, de Charles-François Coutelle et de Marie-Marthe 
Pélisson. Reçu docteur en médecine de la Faculté de Mont- 
pellier le 13 mai 1760 (Lettres signées Imbert, chancelier ; 
Vincent, secrétaire), il vint s'établir à Sainte-Suzanne, où il 
exerçait encore en l'an XII. 

Gastinieau (Louis) étudia pendant deux ans à Vitré, 
chez le chirurgien Paysant-Dubourg, puis à Paris (1789- 
1791) ; chirurgien et officier de santé à Sainte- Suzanne en 
l'an XII (Certificat préfectoral du 9 thermidor an XI). 

Pavbt (Bernard-Charles), sieur de la Clémentière, reçu 
docteur en médecine d'Angers en 1775, puis établi à Sainte- 
Suzanne ; en 1777 il soigna avec les chirurgiens Foubert et 
Longchamp une épidémie qui sévit sur le pays de Trans, 
Izé, Saint-Martin-de-Connée. 

SA1NT-I8LE. 

Denouault-Df.scormiers (Joseph), reçu maître en chi- 
rurgie à Laval le 25 janvier 1766, il exerçait encore à Saint- 
Isle en l'an XII. Il signa, le 3 mars 1789, le cahier de 
doléances de cette paroisse. 

SAINT-OUEN-DES-TOITS. 

Sauvé (Jean-Pierre), dit Rougefeu (en Bourgon), ou 
Gasnerie (en Launay-Villiers), né et baptisé au Bourgneuf 
le 4 juillet 1769, fils de Jean Sauvé, sieur du Bourg, et de 
Perrine Baudet. Reçu maître en chirurgie pendant la 
Révolution, il alla exercer à Saint-Ouen-des-Toits dont il 
signa en 1789 le cahier de doléances, et qu'il quitta bientôt 
pour Andouillé où nous le trouvons installé dès le 12 mai 
1797, dans une maison acquise dès le 22 mars 1794. Ses 
parents l'y suivirent. Il s'y créa une grande réputation et 
mourut à Andouillé le 28 janvier 1822, en essayant, dit-on, 
sur lui-même les effets d'un produit pharmaceutique. Il 
était célibataire. 

Rossignol (Barthélémy-Antoine) étudia la chirurgie à 



— 258 — 

Paris en 1787, 1788, 1789, puis dans les hôpitaux ambulants 
de l'armée des côtes de Cherbourg, enfin chirurgien de 
troisième classe au 8" hussards ; il s'établit chirurgien à 
Saint-Ouen (Certificat du cinquième jour complémentaire 
an XI). 

SOULGÉ. 

Guillot-Delamottb, reçu chirurgien à Laval le 4 juin 
1771, perdit ses diplômes pendant la Révolution; aussi lui 
refusa-t-on, vers l'an XIII, l'autorisation d'exercer. 

TORCÉ. 

Le Maunier ou Le Mbnier (Mathieu), dit Besnard, étudia 
d'abord à Broc (Maine-et-Loire), chez le chirurgien Rolland, 
puis à Paris (1789). Il s'établit chirurgien à Torcé; officier 
de santé en l'an XII (Certificat préfectoral du 9 messidor 
an XI). 

VAIGE8. 

Enjubault (Joseph), chirurgien à Vaiges, officier de santé 
en l'an XI 1 (Certificat du préfet du 13 prairial an XI). Elève 
en chirurgie à Paris en 1792 et 1793, il fut ensuite chirur- 
gien de deuxième classe aux hôpitaux militaires et aux 
armées. 



2o ARRONDISSEMENT DE MAYENNE 

AMBHIËHES. 

Lemaire (Joseph-Jean), né à Mayenne vers 1763, reçu 
maître en chirurgie à Mayenne le 28 septembre 1784 (Lettres 
signées Maunier, Sielié, Salin, greffier). En l'an X il exer- 
çait à Ambrières depuis dix-huit ans l'art de la chirurgie. 

CHARCHIGNÉ. 

DuHAiL (Pierre-Mathurin), reçu maître en chirurgie au 
Mans, le 19 mai 1786, exerçait encore la chirurgie en l'an 
XII à Charchigné, âgé de cinquante et un ans. 

COUPTRAIN. 

MoRiN (Timoléon-JuHen), officier de santé en l'an XII 
(Certificat du 7 fructidor an XI). 



— 259 — 

RiGAULT (Antoine-Patrice), officier de santé sans réception 
en Tan XII (Certificat du 15 thermidor an XI). Il vivait 
encore en 1837. 

BissoN (Paul-Philippe), officier de santé sans réception en 
Tan XII, sur certificat du 19 fructidor an XL 

LA DORÉE. 

Dbslandes-Courdessby ou Courdbssez (Jacques), reçu 
maître en chirurgie à Mayenne le 22 septembre 1774, pra- 
tiquait encore à la Dorée en 1820. 

ERNÉE ^ 

CouTARD (Gilles), sieur de la Chauvinière, reçu maître en 
chirurgie à Mayenne, le 1"" décembre 1767, s'installa à 
Ernée où il fut à la fois chirurgien et apothicaire; il y vivait 
encore en l'an XIV. « Gilles Coutard, chirurgien royal », 
assista à TAssemblée des doléances d'Ernée le 5 mars 1789. 

DuHOux (Pierre-Maurice), chirurgien juré à Ernée, signa 
en 1789 le cahier de doléances de cette ville. 

Grandin (Marin-Pierre-IIenri), reçu docteur en médecine 
à Caen en 1787, vint s'installer en 1787 à P>née, dont son 
frère, François-Henri-Christophe Grandin, venait d'être 
nommé curé ; Tabbé fut nommé député aux Etats Généraux 
de 1789. Le docteur se retira plus tard à Exmes (Orne), sa 
ville natale, où son frère vint le retrouver en 1821. 

Jeudrt (Julien-Louis), né à Ernée, le 25 août 1715, de 
Louis Jeudry, sieur du Cruchet, président du grenier à sel, 
et de Renée Delalande. Docteur en médecine de la Faculté 
de médecine de Paris (?), correspondant de la Société royale 
de médecine, il épousa le 17 septembre 1748 Jeanne Boul- 
lier. Procureur de fabrique et marguillier de Notre-Dame 
d'Ernée (1754), échevin d'Ernée en 1755 et 1764, maire 
d'Ernée en 1761 et de 1774 à 1789, il en fit construire le 
collège (1761-1762), qu'il dota de 300# de rente que l'éta- 
blissement toucha à partir du 1"" janvier 1780. Il fit appeler 
pour les petites écoles les sœurs de la Chapelle-au-Riboul, 
soigna les pauvres et les malades de l'hôpital. Le 5 mars 1789, 
il présida l'Assemblée des habitants réunis pour la rédac- 

1. Parmi les praticiens d'Ernée au xviu' siècle, il faut citer les chi- 
rurgiens François Rotureau de la Dennerie (1764) : René Brault (f avant 
1781) ; les médecins Guillaume Bictiain de ia Martinière, échevin (1774- 
1778) et administrateur de l'hospice d'Ernée (1767-1774) ; François 
Bichain de Montigny (1754) ; Jean Bichon, sieur du Val (1721) ; Nicolas 
Boude vant (1786). 



— 260 — 

tion du cahier de doléances. Le 4 février 1790, il fut réélu 
maire d'Emée. Il s'opposa de tout son pouvoir aux désordres, 
quitta la mairie vers le milieu de 1792, et fut remplacé dans 
sa charge municipale par G.-L. Boullard. Il mourut à Ernée 
le 19 thermidor an III (6 août 1795). 

Jeudrt (Jean-René), sieur du Hameau, frère du précédent, 
chirurgien à Ernée, fut membre du Comité d'Ernée en 
1789 et chirurgien aide-major de la garde nationale de cette 
ville. 

Lambron (Jean-Anne), né en 1770 dans le Bas-Maine, 
reçu docteur en médecine à Paris le 28 prairial an XI, après 
soutenance d'une thèse intitulée : Dissertation sur les frac- 
tures de côtes et sur leurs complications (26 pp. in-4", Paris, 
an XI-1803), dédiée à son oncle Lambron, ancien lieutenant 
du premier chirurgien du roi et professeur des Ecoles de 
chirurgie à Orléans. Il exerçait encore à Ernée en 1820. 

Le Nicolais (René), docteur en médecine, signa, en mars 
1789, le cahier des doléances d'Ernée; membre du Comité 
d'Ernée en septembre 1789, il fut nommé officier municipal 
d'Ernée aux élections du 4 février 1790. Son fils, René- 
Joseph, né à Ernée, fut guillotiné à Paris le 13 juillet 1794. 

MuLOT-BuFFETiÈRE (Jcau-François), reçu maître en chi- 
rurgie à Mayenne le 25 avril 1788, s'établit à Ernée où il fut 
nommé, le 12 brumaire an III, officier de santé du chef-lieu 
du district. Il y vivait encore en 1820. 

Rajeot (Etienne), reçu docteur en médecine à Caen le 
l®*" octobre 1793, exerçait encore à Ernée en l'an XII. 

Sauvé (François-René) (Voy. Saint-Hilaire-des-Landes). 

Sauvé (Jacques-Philippe), né à la Templerie le 13 février 
1760, de Jacques Sauvé de la Maisonneuve, chirurgien, et 
de Jeanne Laigre, baptisé le 14 février à Saint-Hilaire-des- 
Landes. Arrivé à Paris à dix-sept ans, il suivit les cours de 
l'Académie de chirurgie, se fit nommer maître en chirurgie, 
puis, le 30 juin 1788, conquit le diplôme de docteur en méde- 
cine de l'Université de Caen. Il s'établit à Ernée, où ses 
capacités le firent surnommer « le grand docteur ». En 1792, 
l'Académie de chirurgie lui décerne une médaille d'or pour 
un mémoire qu'il lui avait adressé. Le 16 janvier 1812, le 
comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur, lui décerne une 
médaille en argent pour récompenser son zèle de propa- 
gandiste de la vaccination. — Sauvé fut l'un des vingt 
députés que les gardes nationales du district d'Ernée délé- 
guèrent à la Fédération de Paris le 14 juillet 1790. Aux 
Ceut-Jours, il fut commandant de la garde nationale d'Ernée. 



— 261 — 

11 mourut à Ernée le 17 janvier 1841. — Il avait épousé à 
Laval, le 16 janvier 1804, Jeanne-Anne Pottier. née à Laval 
le 8 janvier 1776, de Toussaint Pottier- Verdrie, marchand, 
et de Marie-Julienne Queruau-Desprès (Contrat du 13 décem- 
bre 1803, 21 frimaire an XII, devant Josset, notaire à Laval). 
Six enfants naquirent à Ernée de cette union : 1** Aurélie- 
Sain te- Jeanne, 3 novembre 1804 ; 2* Jacques-Philippe, 
15 décembre 1805 ; 3° Jeanne-Cécile, 22 novembre 1806 ; 
4* Jacques-Philippe, 11 mai 1808, plus tard élève chirurgien 
militaire des hôpitaux de Lille et de Metz, mort à Ernée le 

12 mai 1860; 5«» Jeanne-Anne, 23 septembre 1810; 6« Aldric- 
Jean-Toussaint, 8 février 1813 ; pharmacien à Paris, il était 
pharmacien de la maison du roi lors de la mort accidentelle 
du duc d'Orléans, dont il pratiqua lui-même Tembaumement 
(juiUet 1842). 

Vettier (Guillaume), sieur du Tertre, chirurgien-juré, 
signa, en mars 1789, le cahier de doléances d'Ernée. Officier 
de santé sans réception en Tan XII (Certificat du 20 fruc- 
tidor an XI). 

FOUGEROLLE8. 

Deslandes (Jacques), reçu maître en chirurgie le 22 sep- 
tembre 1774, exerçait encore en l'an XII à Fougerolles. Il 
signa le cahier de doléances de Fougerolles en 1789. — 
Voyez La Dorée^ où il exerça également. 

Lamy (Jacques), officier de santé sans réception en Tan XII, 
certificat du 25 thermidor an XI. 

Rajeot (Pierre-Etienne), chirurgien à Fougerolles en 
Tan XII. 

Letourneur (Jean-Baptiste). Voyez Landivy. 

GORRON^ 

Fleury (François), reçu maître en chirurgie au Mans le 
14 octobre 1767 (Lettres signées Marigné, lieutenant ; 
Labarre, Desbois, Bion, Desviliers. greffier), exerçait à 
Gorron en Tan XII, alors âgé de soixante-cinq ans. 

Garnier (Guillaume-Jean-François), docteur médecin en 
l'an XII à Gorron. Reçu le 7 nivôse an XII. 

James (Guillaume-Julien-René), reçu maître en chirurgie 
à Domfront le 23 mars 1777 ; exerçait encore la chirurgie à 
Gorron en Tan XII. 

1. Parmi les noms des praticiens de Gorron avant la Révolution, rele- 
vons celui du chirurgien Antoine-François Bigeon (1753). 

17 



— 262 — 

Lbmonnibr (Joseph), sieur de TEpine, né à Gorron, reçu 
maître en chirurgie au Mans, en 1785 (Lettres signées Fari- 
bault, prévôt, Bion, Laroche-Desbois, Mallet, docteur-mé- 
decin). Chirurgien-major de la marine, il fit plusieurs croi- 
sières, exerça à la Martinique et à Saint-Domingue, puis 
devint chirurgien du roi à Gk)rron. Agé de quarante-cinq ans, 
il y exerçait depuis dix-sept ans en l'an X. 

Rousseau fut nommé, le 12 brumaire an III, officier de 
la partie nord du district par le Directoire du district 
d'Ernée. 

GRAZAY. 

LoTTiN-HouDOULiÈRE (Philippe), officier de santé sans 
réception en Tan XII (Certificat du 15 prairial an XI). 

HAMBBRS. 

GoBARD (Urbain-Charles), officier de santé sans réception 
en Tan XII (Certificat du 20 messidor an XI). 

LANDIVY. 

Gbsbert (Jean-Baptiste), reçu maître en chirurgie à Mor- 
tain, le 11 novembre 1791, exerçait à Landivy en Tan XII. 

Letourneux (Jean-Baptiste), reçu docteur en médecine à 
Caen, le 7 septembre 1778, s'établit à Landivy. Fut nommé 
membre du Directoire du département le 4 juillet 1790. 11 
mourut à FougeroUes, où on le trouve dès Fan XII. 

LARCHAMP. 

Barrb-Bertrt (François), reçu officier de santé à Mayenne, 
le 12 messidor an XI ; en 1820 il exerçait à Ernée, après 
s'être établi dès Tan XII à Larchamp. 

LASSAY^ 

Grosse-Chbvrib (Guillaume-Pierre) (V. Mayenne). 

Fleury, chirurgien, signe le cahier des doléances de 
Lassay le 2 mars 1789. 

Le Vavasseur (François-Denis), docteur de Caen, exer- 
çait à Lassay dès 1787, signa le cahier des doléances de 
Lassay en 1789, admis à exercer la médecine le premier 
jour complémentaire an XL 

1. Exercèrent à Lassay au xviii* siècle les chirurgiens Jacques-Mathu- 
rin Barré (1734), François Champion (1775), Pierre Fleury (1775), le 
même probablement gui signa le cahier de 1799. 



— 263 — 

Martin (Jean-Pierre), reçu maître en chirurgie au Mans, 
le 2 avril 1776, exerçait encore en Tan XII à Lassay. 

Pbrribr (Jean-François-Michel), reçu docteur en méde- 
cine à Caen, le 11 juillet 1791. En février 1816, le sous- 
préfet de Mayenne le dénonça au préfet comme membre 
d'un complot bonapartiste ; la conjuration n'exista jamais 
que dans l'imagination de ce fonctionnaire. Perrier exerçait 
encore en 1820. 

PiETTE DE MoNTFoucAULT (Christophc), ué à Lassay, le 
22 janvier 1743, étudia la médecine à Angers, fut reçu doc- 
teur en médecine de la faculté de Montpellier, le 2 mars 
1768. et s'installa à Lassay. Membre du district de Lassay, 
il protesta dans une lettre au rédacteur de la Gazette de 
Paris, feuille royaliste à laquelle il était abonné, contre les 
accusations portées contre le détachement du régiment de 
Royal-Roussillon cantonné à Lassay. Voici le texte de cette 
lettre, qui fut saisie avec les autres papiers du journaliste 
du Rozoy (Archives nationales, C 213). 

« Lassay, département de la Mayenne, 7 mai 1791. 
« Monsieur, 

« Comme vous publiez toujours avec le génie de la vérité 
tout ce qui intéresse Thonneur de nos légions, j'ai pensé que 
vous voudriez insérer dans votre Gazette le trait suivant, 
bien fait pour réfuter la basse calomnie des envieux de la 
gloire d'un de nos meilleurs régimens. 

« La petite ville de Lassay, livrée à des divisions funestes, 
avoit le bonheur d'avoir depuis vingt mois un détachement 
de Royal-Roussillon-Cavalerie. Ce détachement, dont la bra- 
voure et la bonne conduite mérite les plus grands éloges, ne 
fut pas longtems sans avoir des ennemis. On osa l'accuser 
près du Directoire du département d'être dans la plus 
grande insubordination. M. Le Brun des Beaumes, son 
commandant, repoussa cette odieuse calomnie d'une ma- 
nière digne de lui, digne d'un militaire de Royal-Roussillon. 
Sa lettre insérée dans votre numéro du 1®"" décembre dernier, 
bien connue de ses aggresseurs, est restée sans réplique ; 
ils ont passé condamnation sur son contenu. 

« Au moment où nous avions le plus grand besoin de la 
protection de ce fidèle détachement, M. des Baumes reçut, 
le 29 mars dernier, l'ordre de rentrer avec son détachement 
à Saumur où étoit son régiment. Alarmée à cette nouvelle, 
la très grande et très certaine majorité de notre ville pria 
M. des Baumes, par une adresse revêtue des signatures 4e 



— 264 — 

soixante-dix-huit chefs de famille ou gens distingués par 
leurs états et leur conduite de suspendre son départ jusqu'à 
de nouveaux ordres qu'on se hâteroit de solliciter. Mais 
toutes nos démarches aiant été infructueuses, nous eûmes, 
le 10 avril dernier, la douleur de perdre ces braves mili- 
taires. 

« Auroit-on dû s'attendre qu'on pût accuser ce digne officier 
d'insubordination, qui aiant connoissance par lui-même du 
besoin de sa présence parmi nous crut pouvoir différer son 
départ? Croiroit-on qu'on a répandu le bruit injurieux que 
ce généreux militaire seroit puni comme coupable de déso- 
béissance ? 

« Mais ce qui le venge bien noblement, c'est l'accueil distin- 
gué, c'est l'approbation qu'il a reçue de ses supérieurs, c'est 
la conduite héroïque des braves cavaliers qu'il commandoit. 
En passant à Laval, ils apprirent que leur officier devoitétre 
mis aux arrêts en arrivant à Saumur ; aussitôt ils s'engagent 
tous sur leur honneur de demander à leurs chefs la permis- 
sion d'entrer en prison et d'y rester autant de temps que 
M. des Baumes seroit aux arrêts. 

(c Voilà ces hommes accusés d'insubordination, voilà ces 
soldats que la calomnie a osé présenter comme aiant perdu 
parmi nous l'esprit de discipline militaire, d'obéissance et 
d'amour pour ses officiers. Je les ai connus pendant près de 
deux ans ; ils ont été, sont et seront toujours, ainsi que leur 
généreux officier, sans reproche comme sans peur. Quel 
souhait il me reste à former. 

« J'ai l'honneur d'être, avec une respectueuse considéra- 
tion. Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur. 

« PiETTE, docteur en médecine. L'un de vos abonnés. 

« P. S. Je n'ai point reçu les numéros 28, 29, 30 avril, je 
les regretterais si j'en étois privé. 

« (Ribay). A Monsieur, Monsieur de Rosoy, auteur de la 
Gazette de Paris, rue Saint-Sauveur, près de celle des 
Deux Portes, port païé, à Paris. » 

Le cachet de Piette portait les deux initiales P. M. enla- 
cées, surmontées d'une couronne de fleurs cantonnée de 
deux étoiles, les initiales cantonnées aussi de deux étoiles. 
Malgré ses sentiments peu jacobins, Piette passa la Révo- 
lution sans encombre. Conseiller général, maire de Lassay 
(1816, 1824), il releva en 1820 le collège de Lassay qui fut 
fermé en 1832. Chevalier de la Légion d'honneur le l*"" mai 
1821. 



— 265 — 

au 



Raimbàult (René-Louis), reçu maître en chirurgie au 
Mans, le 23 février 1790, exerçait encore à Lassay en 1820. 

LIGNIËRES. 

Belloche (Julien), reçu maître en chirurgie à Mayenne, 
le 7 mars 1782, exerçait la chirurgie à Lignières-la-Dou- 
celle en l'an XII. Il en avait signé le cahier de doléances 
le 6 mars 1789. 

MADRÉ. 

CiiESNEAU (Pierre), officier de santé en Tan XII (Certificat 
du 9 fructidor an XI). Admis à exercer le 26 fructidor an XI. 

MARTIGNÉ. 

Oger (Augustin), officier de santé sans réception en 
Tan XII (Certificat du 15 prairial an XI). 

MAYENNE ^ 

AuTiN (Pierre), reçu docteur en médecine à Angers, le 
4 janvier 1777, s'établit à Mayenne. Il demanda à son ami 
le conventionnel François, la liberté de sa sœur, religieuse 
ursuline insermentée, et son appui pour être nommé méde- 
cin des indigents au chef-lieu du district. Il exerçait encore 
en l'an XII, et fut médecin de THôtel-Dieu de Mayenne. — 
Son frère, curé de Châlons, écrivit, le 10 mai 1780, au pro- 
cureur général du Parlement, Joly de Fleury, pour savoir 
s'il était permis d'unir par mariage deux épileptiques de sa 
paroisse ; Joly de Fleury répondit négativement (V. Journal 
de médecine de Parisy 14 juin 1903). 

Grosse-Chevrie (Guillaume-Pierre), né à Mayenne, pa- 
roisse Saint-Martin, le 10 février 1760, reçu maître en chi- 
rurgie au Mans le 7 août 1786, après avoir étudié chez 
Launay, chirurgien à Couptrain, pendant deux ans, et aux 

1. Voici les noms de quelques praticiens ayant exercé à Mayenne au 
xviii* siècle, ayant la Révolution : René Lemesnager, chirurgien (1752), 
Guiilaume-FrançoisSimon Levêque, les chirurgiens Barthélémy et 
René Mesnage (17521, Martin Lefaucheux, Jean Cordelay, Charles Séné- 
chal (1752), Jean-Baptiste Bigot, François Fleury, René Lambert (1700), 
Gabriel Champion (1706), Etienne-Léon Lecomte (1739), René Cherbon- 
nier (1752), les médecins François Griffaton de la Patrière, Thomas 
Lemattre de la Planche (1729), Michel Palicot (1767), Mathurin-Jacques 
Barré (1780), Emmanuel- Alexandre Boulleyraye (1743) et son frère Ale- 
xandre Boullevraye, Augustin Cheminant, sieur du Bourg, François des 
Touchettes (1706), Michel Delacour (1733, 1736), Julien de Briqueyille 
(1733, 1760). 



— 266 — 

écoles de Saînt-Côme, à Paris, pendant trois ans. Il exerça 
à Lassay, puis à Mayenne où il vivait encore en 1820. 

Georgkt (Jean-René), sieur de la Bretonnière, fils de 
René Georget-Bretonnière et de Jeanne-Françoise Char- 
bonnier-Vannerie, reçu maître en chirurgie à Mayenne le 
5 novembre 1770, chirurgien royal en 1772, élu, en 1778, 
chirurgien-démonstrateur d'obstétrique pour les élèves 
sages-femmes, chirurgien de riIôtel-Dieu de Mayenne, 
exerçait encore dans cette ville en l'an XII. Il avait épousé, 
en 1773, Marie-Julienne Richard de la Touche de la Marti- 
nais, fille de Julien-François Richard et de Renée Gasté. 

Lemaire, chirurgien-major de la garde nationale de 
Mayenne en 1790. 

MoRicB DE. LA RuE (Jeau-Baptistc), fils de Thomas Mo- 
rice de La Rue et de Françoise Nocher, reçu docteur en mé- 
decine à Caen le 29 octobre 1753, s'établit à Mayenne; il 
correspondit avec son célèbre collègue Barbeu du Bourg, 
professeur à la Faculté de médecine de Paris ; il fit un rap- 
port sur l'épidémie de mars-septembre 1773; fut échevin de 
Mayenne (1767-1789), président de la Société des amis de 
la Constitution de Mayenne en 1791. Il exerçait encore en 
Tan XII malgré ses quatre-vingt-un ans. — Il avait épousé, 
en 1759, en l'église Notre-Dame de Mayenne, Françoise 
Poulain de Beauchesne, fille de Charles Poulain de Beau- 
chesne et de Geneviève Godde de la Faburais. De ce ma- 
riage, il eut : 1° J.-B. Morice de la Rue, vicaire à Moulay, 
puis vicaire épiscopal de la Mayenne ; 2° Charles-Thomas, 
administrateur du département ; 3** Geneviève- Jeanne, épouse 
d'Urbain Hubert, de Laval. 

Plessis (François-Nicolas), officier de santé de 2* classe 
du port de Brest, vint s'établir à Mayenne en Tan IX. Cer- 
tificat d'officier de santé sans réception du 13 prairial an XL 

PoNTHAULT (André-Jcan-Baptiste-François-GuiUaume), né 
à Oisseau, le 6 août 1748, d'André Ponthault de Lessard, 
docteur en médecine, et de Jeanne Beudin, fut reçu, le 

16 novembre 1772, docteur en médecine de la Faculté de 
Reims; conseiller-médecin du roi à Mayenne (1776), méde- 
cin de l'Hôtel-Dieu, membre de la municipalité en l'an XI, 
il mourut à Mayenne le 17 janvier 1819. Il avait épousé à 
Tessé-la-Madeleine, en 1776, Anne-Marie- Julienne Jardin 
de la Goupillère, fille de Jean-François Jardin, notaire 
royal, et de Julienne Lemoine. De ce mariage naquit, le 

17 mai 1784, Pierre-Clément Ponthault, docteur en médecine, 
maire de Mayenne, mort à Mayenne le 28 octobre 1859. 



— 267 — 

VoiLLE (Jean-Baplisle-François-Constant), né à Mayenne, 
de René Voille, notaire, et de Barbe-Renée Tessier des Poi- 
riers, reçu docteur en médecine à Angers le 5 janvier 1785, 
médecin de THôtel-Dieu de Mayenne ; nommé maire de 
Mayenne par Baudran, le 21 pluviôse an III, il refusa ce 
poste ; porté en Tan IX sur la liste des notables dressée aux 
termes de la loi du 13 ventôse an IX. En Tan XII, le collège 
d'arrondissement de Mayenne le porta comme candidat au 
Corps Législatif. Il mourut à Mayenne le 6 décembre 1819. 

OI88EAU. 

Berthee (Jean), reçu maître en chirurgie à Mayenne le 
7 mars 1782, exerçait encore en Tan XII à Oisseau. 

PLACÉ. 

Le Genissel (Jean-Baptiste-Simon), reçu maître en chi- 
rurgie en 1760, exerçait en Tan XII à Placé. 

LA POOTÉ. 

Deshayes (R.), chirurgien, électeur du département 
en 1790. 

LoTTiN (Marcel-Charles-François), d'abord chirurgien de 
deuxième classe aux armées, vint s'installer à la Poôté 
comme officier de santé, sans réception (Certificat du 
21 prairial an XI). 

IIerbin (Charles-Constant), reçu maître en chirurgie à 
Mayenne le 2 mai 1780, exerçait encore à la Poôté en 
ran XII. 

PRÉ-EN-PAIL. 

RoBERTY (Jean-François), officier de santé reçu le 22 bru- 
maire an XI. 

RAVIGNY. 

Damoiseau (Etienne-Michel), officier de santé sans récep- 
tion, certificat du 18 prairial an XI. 

SAINT-DENIS-DE-GA8TINES. 

Baissin (Julien), reçu officier de santé en Tan XI, le 
cinquième jour complémentaire. 

Baissin (François-Urbain), reçu officier de santé en Tan 
XI, le cinquième jour complémentaire. 

Gauguelin (René), officier de santé sans réception (Certi- 
ficat du 27 fructidor an XI). 



— 268 — 

s AINT-MARS-SUR-L A-FUTAIE . 

RoTUREAu (Gabriel), sieur de la Cointrie, fils du maître en 
chirurgie Jacques-François Rolureau de la Dennerie, 
d'Ernée. Maître en chirurgie à Saint-Mars, mentionné 
en 1783. 

Chorin (Hector-Pierre), officier de santé à Saint-Mars, 
mentionné en Tan XII et en 1825. 

VILLAINES-LA-JUHEL ^ 

FouRÉ (Guillaume-Charles-François), né à Domfront, reçu 
docteur en médecine à Tâge de vingt-neuf ans à la Faculté 
de Pavie (Gaule Cisalpine), le 3 germinal an IX (Lettres 
signées Borda, doyen; Mangilli, recteur). Il était également 
docteur en philosophie. Exerçait à Villaines en Tan XII. 

Laigneau (Ambroise), né à Villaines-la-Juhel, reçu maître 
en chirurgie au Mans le 30 mars 1776 (Lettres signées 
Gontard, lieutenant; Desbois, greffier), fut d'abord chirur- 
gien militaire. En Tan X, âgé de quarante-huit ans, il exerçait 
à Villaines depuis vingt-six ans ; il y vivait encore en 1820. 

Lamarre (Louis), reçu maître en chirurgie au Mans le 
14 août 1783, exerçait à Villaines en Tan XII. 



3o ARRONDISSEMENT DE CHATEAU-GONTIER 

B ALLÉE. 

Nicolas (Pierre), reçu maître en chirurgie à Laval le 
8 mai 1771 (Lettres signées Hubert). 

BOUÈRE. 

Picou ou Priou (Louis) s'installa à Bouère comme officier 
de santé le 2 floréal an VIII, et fut autorisé à continuer ses 
fonctions en l'an XIII sur certificat du sous-préfet de Segré 
du 20 messidor an XL 

Delamare (Juguin), maître chirurgien à Bouère, dont il 
signa le cahier de doléances le 6 mars 1789. 

CHATEAU-GONTIER ^. 

Allard (Louis-François), né à Craon le 10 mai 1734. 
Docteur en médecine de la Faculté d'Angers le 19 novembre 

i. Y exercèrent au xviii' siècle les chirurgiens Pierre Blottière (1752) ; 
Jacques Laigneau (1770); Campaux-Dessaint (1770). 

2. Ayant la Révolution, au xvin' siècle, relevons-y les noms des chi- 
rurgiens Pierre Raimbaut (1728) et René Raimbaut (1749); René 



— 269 — 

1754, élu député aux Etais Généraux en mars 1789, membre 
du Comité de salubrité de l'Assemblée Constituante ; son 
mandat expiré, il renonça à la politique et reprit l'exercice 
de la médecine à Château-Gontier, où il mourut le 
30 juin 1819. 

Bessin (Louis), fils d'André Bessin. chirurgien à Que- 
laines, d'abord officier de santé à l'armée des Ardennes, 
s'installa comme chirurgien à Château-Gontier en l'an VI ; 
maintenu en l'an XII sur certificat du 24 messidor an XL 

BiNET (Constantin), reçu docteur en médecine à Angers 
le 26 novembre 1788, exerçait encore à Château-Gontier 
en 1820. 

Chevallier (Pierre-Jacques) étudia à la Faculté de méde- 
cine d'Angers du 29 novembre 1790 à la fin de 1793 (Certi- 
ficat du 17 fructidor an II, signé Berger), puis à l'Ecole de 
santé de Paris de ventôse an III à l'an V. Il conquit le titre 
d'élève de première classe ; il couronna ses études en se 
faisant recevoir membre de la Société d'émulation (Certificat 
du 25 thermidor an IV, signé Alibert, président). Le 7 ther- 
midor an VI il s'établit à Château-Gontier, il fut maintenu 
en l'an XII, quoique sans réception, sur un certificat du 
22 messidor an XI, signé Mahier, maire, Allard et Theulier, 
médecins. Médecin des épidémies de l'arrondissement de 
Château-Gontier, médecin des hôpitaux de cette ville, mem- 
bre correspondant de la Société médicale de Paris, il soutint, 
le 8 septembre 1806, devant l'Ecole de médecine de Stras- 
bourg une thèse intitulée : Essai sur une épidémie observée 
dans la cille et le canton de Château-Gontier pendant 
rhiçer de 1805 à 1806, Strasbourg, 1806, 18 pages in-8*> 
portant la dédicace : Doctoribus Allard y Theulier , Jousse^ 
lin, artis Hippocraticœ cultoribus peritissimis. Il exerçait 
encore à Château-Gontier en 1837. 

JoussELiN (Louis), reçu docteur en médecine de la Faculté 
d'Angers le 23 décembre 1776 (Lettres signées Dubois, 
Univ, And. sec), s'établit à Château-Gontier en 1779 ; il y 
vivait encore en 1805. 

Le Vayer (Georges), reçu maître en chirurgie le 23 sep- 
tembre 1771 (Lettres signées Recoquillé, lieutenant du pre- 
mier chirurgien du roi à Château-Gontier), démonstrateur 
d'obstétrique, doyen de la communauté des chirurgiens de 
Château-Gontier, y exerçait encore en l'an XII. 

Madelon Jousselin (1749) ; François Jousselin (1746) ; Anselme-François 
Jousselin (1778) ; Pierre Desnoes (1760) et son flls Pierre Desnoes des 
Sourdières (1778) ; RecoquiUé, Ueutenant du premier chirurgien (1771). 



— 270 — 

Le Vater (Georges-Jean), fils du précédent, d'abord chi- 
rurgien-élève des hôpitaux ambulants de l'armée de TOuest 
(an III), puis de Fhôpital militaire de Château-Gontier où il 
exerça dès le 15 vendémiaire an III, fut licencié et rendu à 
la vie civile en Tan VIII, resta dans sa ville natale comme 
officier de santé ; fut maintenu en Tan XII, quoique sans 
réception (Certificat du 23 messidor an XI), et finit négo- 
ciant en draps. 

Le Vayer (Jean-Remy-François), frère du précédent, 
exerça à Château-Gontier depuis Tan XI ; officier de santé 
en Tan XII, il vivait encore en 1837. 

Pradel (Paul), d'abord chirurgien-major à la 76« demi- 
brigade, s'établit comme officier de santé à Château- 
Gontier en l'an VI, maintenu par certificat du 23 messidor 
an XL 

Thbulibr (René), reçu docteur en médecine de la Faculté 
d'Angers le 23 août 1759, exerça à Château-Gontier, où il 
mourut le 12 avril 1808. 

C088É-LE-VIVIEN. 

CosNARD (Henri-René-François), né à Craon, reçu docteur 
en médecine de la Faculté d'Angers le 15 février 1774 
(Lettres signées Pantin, BufTebran, Ducoudray, Chartier, 
doyen; Loiseau, secrétaire), vint exercer à Cossé-le- Vivien 
vers Tan VIII; il y était encore en 1825. 

Thoreau (André), sieur de la Toùchardière, maître en 
chirurgie à Cossé en 1765. — Il fut reçu docteur en méde- 
cine de la Faculté d'Angers le 2 décembre 1788 (Lettres 
signées Pantin, doyen ; Gaudin du Plessis, d. r. ; Guérin, 
Brevet, secrétaire), il vint s'établir à Cossé où il exerçait 
encore en l'an XII. D'après M. l'abbé Angot, il exerçait à 
Laval en 1820. 

CRAON ^ 

Allard (Louis-René), reçu docteur en médecine de la 
Faculté d'Angers le 4 septembre 1781 (Lettres signées 
Dubois), s'établit à Craon où il exerçait encore en l'an XII. 

CosNARD, docteur en médecine à Craon, médecin de l'hô- 
pital de Craon en 1746, mort en 1791. 

Ksnue (François-Jean), sieur de la Vallée, docteur en 



i. Exercèrent à Craon au xviii' siècle les chirurgiens Jean Fronteau 
(fen 1768) et Jamet, père; les médecins Bernard, qui fut échevin (1770), 
et J.-B. Frebet-Labrière (1784, 1787). 



— 271 — 

médecine, médecin de Thôpital de Craon en 1746, mort le 
12 septembre 1795 à Craon, en son domicile, rue de Mont- 
fumier. Il avait épousé Renée Curis, qui lui donna, le 
20 mars 1751, un fils, François-Joachim Esnue-Lavallée, plus 
tard député de la Mayenne à la Convention. 

Gousse de la Lande (Louis-René), reçu docteur en méde- 
cine à Angers le 21 novembre 1770, médecin de l'hôpital de 
Craon en 1771 ; exerçait à Craon en l'an XIL 

D'Hillerin (Claude- Augustin), né à Cholet, reçu maître 
en chirurgie à Angers le 8 août 1772 (Lettres signées 
Ducoudray, Garnier, Aveneau, Chevreuil, Râteau, Lachèse), 
s'installa à Craon où il vivait encore en l'an XIT. 

Jamet (Mathurin-Julien-François), né à Craon, reçu doc- 
teur en médecine à Angers le 1" décembre 1788 (l^ettres 
signées Gaudin du Plessis, d. m. r. ; Delaunay, Pantin, 
d. m. r. et doyen), exerçait encore en l'an XII. Il fut désarmé, 
en 1795, comme terroriste. Il eut un fils, Emile Jamet, né à 
Craon le 30 avril 1799, agriculteur, représentant du peuple 
en 1848. 

JuHEL-DupATY (Julicn), né à Juvigné, reçu maître en chi- 
rurgie à Angers le 25 juillet 1771 (Lettres signées Gaudin 
du Plessis, Garnier, Mirault, Chevreuil, Bretault, Lachèse). 
S'établit à Craon. C'est dans sa maison, rue des Juifs, qu'on 
incarcéra, en 1791, M. et M™* de Lantivy, arrêtés comme 
suspects. Il exerçait encore en l'an XII. 

Le Mercier (Etienne), maître en chirurgie, reçu à Angers 
le 18 janvier 1762, exerçait encore à Craon en l'an XII 
(Voyez plus haut chapitre II). 

Paillard, chirurgien à Craon en 1789. 

DENAZÉ. 

Fronteac (Julien), maître en chirurgie, maire de Denazé 
et membre du directoire du district de Craon en 1790. 

GENNES. 

Néré de la Sannukre (Jean-Pierre), reçu maître en chi- 
rurgie à Laval le 27 avril 1762 (Lettres signées Hubert), 
exerçait à Gennes en l'an XII. 

Paigis (François-Pierre-Marie- Anne), né à Azé le 7 juillet 
1760, médecin à Gennes en 1789, nommé administrateur du 
département de la Mayenne le 3 juillet 1790, député à 
l'Assemblée Législative le 27 août 1791, membre du Club 
des Feuillants, maire de Gennes, conseiller d'arrondisse- 
ment, mort à Château-Gontier le 23 février 1855. 



— 272 — 

GREZ-EN-BOUÊRE . 

Pellerin (Jean), né à Evron, étudia à Angers la chirurgie. 
Un certificat du 7 novembre 1789, signé de deux chirurgiens de 
Craon, Lemercier et Paillard, atteste qu'il demeure alors 
depuis six ans à l'abbaye de la Roë comme chirurgien des Géno- 
véfains et des habitants de La Roë, et s'est acquitté de ses fonc- 
tions « avec attention, zèle et exactitude ». Il s'installa à Grez 
comme chirurgien en fructidor an IV ; le 24 messidor an XI, 
il se présenta au tribunal de Château-Gontier et exhiba, aux 
termes de la loi de ventôse, un certificat du sous-préfet de 
Château-Gontier du 17 messidor an XI, sur attestation du 
maire de Grez et des citoyens Fr. Chartier, cordonnier, 
J.-B. Monnier, tanneur à Grez ; ses pièces et ses titres furent 
jugés insuffisants, le tribunal lui interdit d'exercer jusqu'à 
ce qu'il apportât un certificat de capacité signé de trois 
médecins ; les sieurs Pavet, médecin, Girard et Larieux, 
chirurgiens à Sablé, le lui déhvrèrent. 

Rousseau (Marin), reçu maître en chirurgie à Laval le 
24 janvier 1769 (Lettres signées Hubert, heutenant), s'étabht 
à Grez où il exerçait encore Tan XII. 

QUELAINES. 

Bessin (André), maître en chirurgie, reçu à Angers en 
1764, s'établit la même année à Quelaines. Pendant la Révo- 
lution, ses lettres de maîtrise furent brûlées, dit-il. par les 
brigands, et il dut présenter au Tribunal de Château-Gon- 
tier le 23 messidor an XI un certificat en date du 24 prairial 
an XI, signé des docteurs Allard, Theuher et Jousselin de 
Château-Gontier. 

saint-denis-d'anjou . 

Christophe (Alexandre), né à Nanc7 (Meurthe), étudia à 
Nancy et dans les hôpitaux militaires; reçu oflicier de santé 
le 19 thermidor an XII par le jury médical de la Mayenne. 

Lamotte (Jean), médecin à Saint-Denis-d'Anjou en l'an XII. 

Mary-Roussellikue (Henri-Joseph), reçu maître en chi- 
rurgie à Angers le 19 juillet 1777, exerçait à Saint-Denis en 
l'an XII. 

VILLIERS-CHARLEMAGNE. 

Pellerin (Jean), officier de santé en l'an XII (Voy. Grez^ 
en^Bouere), 



UN RAPPORT MÉDICO-LÉGAL EN 1619 ' 



Des paysans trouvèrent un jour au bas du pâtis de la 
Bataille, non loin de la Templerie d'Echerbay, au Maine, 
le cadavre de maître Guillaume Sauvé ; le malheureux 
avait été traîtreusement assassiné. Fut-il victime de la 
malveillance des habitants du bourg de Saint-Hilaire- 
des-Landes, rivaux des gens de la Templerie ? Tomba- 
t-il sous les coups de quelques forgerons de Chailland, 
ses dangereux voisins, ou d'une de ces bandes de parti- 
sans qui terrorisèrent les campagnes pendant les trou- 
bles de la régence de Marie de Médicis ? Il est plus 
probable qu'il s'agissait d'une vengeance particulière : 
le défunt joignait à sa charge de notaire du duché de 
Mayenne les fonctions de « sergent royal » ; quelque 
plaideur malheureux, quelque locataire saisi voulut sans 
doute faire expier à Sauvé une vente de justice ou une 
contrainte par corps. 

Feu Guillaume Sauvé, fils de Robert Sauvé et de 
Jeanne Courtin, né à la Templerie d'Echerbay et baptisé 
le 19 mars 1569 à Saint-Hilaire-des-Landes, avait épousé 
vers 1595 Jeanne Le Bourdays. Sept enfants naquirent 
de cette union : Léonarde ; Robert*; Anne; Julienne 
(1602) ; Estelle (1604) ; Pierre (1605) ; Hélène (1608). Sur 
requête de la veuve du notaire de la Templerie, la 
justice informa, et le chirurgien Dinomais, du Bourg- 
neuf-la-Forét fut chargé du constat médico-légal. 

Voici cet acte, qui existe aux archives du château de 

1. Voy. P. Delaunay, dans La France médicale, du 25 février 1903. 

2. Robert Sauvée deuxième enfant du notaire Guillaume S., épousa, à 
Saint-Martin de Vitré, le 1" février 1621, Jeanne Croissant de Garengeot, 
grand*tante du célèbre chirurgien Garengeot. 



— 274 — 

Fresnay, au Bourgneuf-la-Forêt, folio 400 de l'un des 
cahiers de titres de la seigneurie de la Bénéhardière *. 
« Je soubz signe francois Dignommais chirurgien 
demeurant au bourgneuf de la forest certifîs à Messieurs 
de la Justice et a quil appartiendra, avoir sondé les plais 
de deffunct Guille Saulvé lequel auroict este tué de coups 
darquebusses carabines ou pistolletz et auroict este 
frappe de quattre postes en la teste scavoir ung desd. 
postes dans los pariétal deux doibtz au desur de la sour- 
cille au coste droict duquel coup ny a aulcune sortis, et 
a sorty du serveau par lad. plais plus gros que deux 
pouces, mesmes ung des aues ung day proche la queux 
de lœil dud. costé droict en los bassilaire lequel na 
aulcune sortis et sont lesd. postes platitz contre los occi- 
pital, mesmes les deux aues postes ont faict sortis 
avecque fraction aud. cranne, longueur de quatre doibtz 
proche la citure coronalle et led. os cassé et ouvert 
comme à mettre le fair dung coutteau lesquelles playe 
jay visites et sondes en pnces de messieurs le Bailly et 
procureur au bailliaige dernes^ cestant transportez de 
lad. ville dernes au bourg de la Templerye pour lever 
led. corps, estant tumbe mort a raison desd. coups au 
bas du pastictz de la Battaille près lechallier de la prées 
dud. lieu de la Templerye, lesquelz ensemble la veufve 
et emfans dud. deffunct mauroient requis le pnt procès 
verbal que leur avons décerne pour leur servir et valloir 
que de raison, cejourd'huy dix huictiesme jour du mois 
de may mil six cens dix neuf appres midy. 

« F. DlNOMAIS ». 

Dinomais était-il un expert de hasard, ou bien Tun 
de ces chirurgiens jurés commis aux rapports de justice, 
au choix du premier médecin du roi, selon les édits de 
i603 et de janvier 1606 ? Rien ne l'indique dans ce 
procès-verbal. 

1. Cet acte et les renseignements à l'appui nous ont été obligeamment 
communiqués par M. Léon Sauvé, de Vitré. 

2. D'£rnée. 



HYGIÉNISTES D'AUTREFOIS 



Un de ces petits volumes, de texte compact et de fins 
caractères, que publiait jadis à Laval Téditeur Feillé- 
Grandpré, et que recherchent maintenant les curieux de 
l'histoire mayennaise. Le titre porte : Aperçu sur la 
statistique et sur la topographie médicales du départe- 
ment de la Mayenne^ par M. Lemercier, docteur en 
médecine à Mayenne. Laval, s. d. 85 pp. in-8*. 

Ce docteur Lemercier était un savant homme, que 
l'Académie de médecine avait appelé, le 5 avril 1825, 
parmi ses membres correspondants ^ Un beau jour, il 

i. François-René Le Mercier ou LemercierMotterie, né à La Penly, 
arrondissement de Mortain (Manche), le i6 janvier 1782 de René Lemer- 
cier et de Jacquine Batel, fit ses études médicales à Paris, en particulier 
à l'hôpital Saint-Louis, et soutint le 19 août 1808, sous la présidence de 
Salmtier, sa thèse doctorale intitulée : Dissertation sur le cancer des 
lèvres, Paris, 1808, 21 pp. in 8*. Etabli à Mayenne, il fut médecin des 
hôpitaux et des prisons, médecin des épidémies de l'arrondissement ; en 
1816, il fut nommé membre du jury médical du département en rem- 
placement de Plaichard-Choltière, et le 3 avril 1825 membre correspon- 
dant de l'Académie de médecine. 11 avait épousé à Mayenne, le 14 sep- 
tembre 1818, Eulalie LotUn, née à Mayenne, le 8 juin 1792, de 
Etienne- François-Victor Lottin, négociant, et de Renée-Françoise 
Guyard. De ce mariage sont issus : 1' Hippolyte-François Le Mercier, né 
à Mayenne le 9 novembre 1820 ; 2* Théophile L., né à Mayenne le 
21 juin 1822, mort à Mayenne le 3 juillet 1822. — Le docteur Lemercier 
mourut à Mayenne le 25 septembre 1844. 

Lemercier a publié : Obserration (Tun vomissement spasmodique 
guéri par la bière {Gazette de santé ou Recueil général et périodique 
de tout ce que l'art offre de plus avantageux en théorie et en pratique, 
etc., 11 février 1815). — Observ. d'une fracture de la jambe suivie 
de difformité pour laquelle on a été obligé de rompre le cal déjà formé 
{Ibid., 1" avril 1815). — Observ. de fièvre pernicieuse intermit- 
tente cardialgique {Ibid., 10 avril 1815). — Observ, de croup spasmo- 
dique {Ibid,, 21 mars 1814). » Observ, d'une affection hystérique 
comateuse revenant périodiquement, etc. (Ibid., 1*' février 1817). — 



— 276 — 

apprit que le Congrès scientifique de France, qui devait 
tenir sa 7* session au Mans en septembre 1839, avait 
porté sur son programme la statistique du département 
de la Sarthe. Cette clause ne fut pas remplie. Mais 
lorsque le Congrès se réunit le 12 septembre, sous la 
présidence de MM. Lair et de Caumont, Lemercier 
apporta à la section de médecine la statistique de la 
Mayenne, et en donna lecture le 20. Il prit également 
part aux discussions inscrites à Tordre du jour de la 
section, sous la présidence d'Etoc-Demazy, en particu- 
lier sur le parallèle de la taille et de la lithotritie; et le 
secrétaire, Lepelletier de la Sarthe, médecin des hôpi- 
taux de Paris, que Tétat de sa santé, ruinée par le tra- 
vail des concours, avait ramené au Mans, intervint plus 
d'une fois dans ces débats avec toute la faconde de son 
talent oratoire. Membre, avec Lepage d'Orléans, et 
Bourjot de Paris, de la Commission chargée de nommer 
les lauréats de la section de médecine, Lemercier ne 

Observ. d'une plaie du sourcil droit suivie de la perte de l'œil de ce 
côté et d'amblyopie de celui du côté gauche {Ibid., il février 1817). — 
Analyse des nouveaux éléments de physiologie, de Richerand (Ibid.^ 
21 août-1" septembre 1817). — Observ. d*une névralgie du nerf facial 
(Ibid., 1»» Janvier 1818). — Observ. d'une névralgie sous-orbitaire qui 
a résisté à tous les moyens employés pour la guérir (Ibid., 11 et 
21 Janvier 1818. — Rapport au préfet de la Mayenne au nom du Jury 
médical du dép. de la Mayenne sur les pharmacies et l'exercice illicite 
de la médecine dans la Mayenne (Ibid.^ 25 avril 1827). — Rapport 
analogue au nom du Jury médical, publié dans la Gazette de santé 
de 1823. 

Lemercier a également publié dans le Recueil général de médecine 
de Sédillot {Journal général de médecine^ de chirurgie et de phar- 
macie) de 1816, t. LVIII, Observation d'une épilepsie sympathique 
produite par la métastase d'un bubon vénérien ; — et Observ. d'une 
plaie du sourcil droit, etc (La même gue celle publiée dans la Gazette 
de santé). — Il a communiqué le 23 Janvier 1817 à la Société de la 
Faculté de médecine de Paris des observations sur une épidémie très 
meurtrière de catarrhe bilieux {Bull, de la Fac. de méd. de Paris et de 
la Société établie dans son sein, t. V (1816-1817), Paris 1818). 

D'après M. l'abbé Angrot / Dictionnaire de la Mayenne}^ Lemercier a 
aussi collaboré au Journal de Mayenne et à VEcho (Considérations de 
philosophie médicale sur la rage '. 

Les autres correspondants de l'Académie de médecine nommés dans 
la Mayenne en môme temps que Lemercier furent : Bucquet, de Laval, 
nommé le 5 avril 1825, Uui>ert, de Laval, et Binet, de Ch&teau-GonUer, 
nommés le 5 Juillet 1825, ces deux derniers dans la section de chirurgie. 



— 277 — 

put être rangé parmi les médaillés ; mais les congres- 
sistes lui votèrent, le 21 septembre, avant de se séparer, 
tous leurs éloges pour l'ensemble de ses travaux *. 

De ses ouvrages, la Statistique^ qui fut publiée en 
partie dans les comptes rendus du Congrès, puis dans 
V Annuaire de la Mayenne de 1841, enfin en un volume 
spécial, la Statistique était le plus original, et le seul 
édité jusque là sur Thygiène mayennaise. Bucquet, de 
Laval, avait bien écrit en 1808 sa Topographie médi- 
cale de la ville de Laval et de son territoire, d'ailleurs 
beaucoup plus complète en son genre que le travail de 
Lemercier, mais son manuscrit, oublié, n'a été mis au 
jour qu'en 1893 par les soins de M. Daniel 2. 

Lemercier nous apparaît dans ces lignes comme le 
type de ces vieux médecins d'autrefois, lettrés, férus 
d'Horace, ayant gardé de leurs études, de leur jeunesse 
passionnée pour l'antiquité et aussi pour Jean-Jacques 
et Delille, une culture classique que ne connaissent 
plus nos modernes docteurs de laboratoire ; on retrouve 
dans ses pages des souvenirs d'églogues, un vif senti- 
ment de la nature et le goût de la botanique, cette 
science amie des médecins, des instituteurs et des curés 
de campagne. 11 faut entendre notre écrivain énumérer 
les richesses florales de nos champs, sans classement 
d'ailleurs, et dans un pêle-mêle à faire frémir nos bota- 
nistes actuels, hommes d'exactitude et d'indications 
méticuleuses : 

« Le circuit des bois, forêts et taillis, présente la 
mytrille utile par ses baies ou morets, du muguet, du 
serpolet, du thym, la sanicle, le ciste, le houx fragon, 
l'oxalide, l'œillet, la reine des bois, l'hypine, le genièvre, 
le fraisier et ses fruits exquis et parfumés, des hépa- 
tiques, de belles touffes de bryes percées de polytric et 



1. Congrès scientifique de France, 7' session, au Mans. Comptes 
rendus. 

2. L. Daniel, dans Bulletin de la Société d'études scient, d'Angers, 
1893. 

18 



— 278 — 

dominées d'étamines filiformes qui se marient ensemble 
et forment les beaux gazons d'Olympe, de magnifiques 
pelouses diaprées, de superbes verdures qui donnent à 
ces parties solitaires un air de jeunesse et de fraîcheur 
qui charment la vue, parent de leur verte émeraude la 
campagne dépouillée d'ornemens, veuve de ses attraits, 
et célèbrent leurs noces secrètes et les charmans mys- 
tères des urnes et des amphores renfermant leur posté- 
térité. Ces hypnes de procréation ignorée enveloppent 
d'un manteau protecteur, avec le lierre éclatant de 
vigueur, plus ami que parasite de la tige qu'il serre de 
ses mains, les pieds d'arbres vieux et décrépits à tête 
chenue, à branches desséchées, à cime morte ». 

« Dans les larges étangs, au sein des eaux tranquilles, 
sur le cours des rivières, aux bords des ruisseaux, on 
aperçoit les longues tiges des joncacées, les pompons 
dorés de plusieurs typhas, brisés ou plies par les oura- 
gans, mollement inclinés par le doux soufHe des zéphyrs, 
ou courbés avec grâce au gré d'Eole au milieu de leur 
humide demeure, se penchant nonchalamment dans la 
direction de l'onde agitée * ». 

Nous voici, à coup sûr, pourvus d'un guide éloquent 
et disert, et nous le suivrons sans peine dans ses études 
d'hygiène locale, tout en interrogeant, à l'occasion, ses 
émules mayennais. Quel était donc l'état de l'hygiène 
dans la Mayenne sous le roi Louis-Philippe, au temps 
où florissaient la méthode Broussais et la méthode 
Raspail ? 

A cette question, l'auteur répond par des gémisse- 
ments ; il nous montre les villes mal percées, sales, les 
immondices entassés aux portes des faubourgs ; les cime- 
tières maintenus en plein centre ; les casernes, les hôpi- 
taux, les prisons, foyers permanents de contagion, ins- 
tallés dans de vieilles bâtisses mal appropriées à cette 

1. Lemercier, loc, cit.,, pp. 10-15. 



— 279 — 

destination nouvelle ; les maternités seulement proje- 
tées ; les salles d'asiles trop peu nombreuses ; les écoles 
insalubres. 

Aussi les épidémies font rage : scarlatine, et « fièvre 
catarrhale avec affection des membranes muqueuses » 
(probablement la grippe) dont Chevallier observa tant de 
modalités dans Thiver de 1805-1806 ^ ; rougeole, variole 
même, car, malheureusement, la vaccination est peu 
répandue et Lemercier observe que : « la vaccine semble 
restreinte à la classe éclairée ; les enfans du peuple et 
des campagnes sont rarement vaccinés. L'administra- 
tion n'accorde aucuns fonds pour propager ou encourager 
cette heureuse découverte qui, loin de se répandre dé 
plus en plus, paraît diminuer de jour en jour ^ ». 

Et quand la fièvre typhoïde, endémique toujours, et 
ataxoadynamique pernicieuse dans sa forme habituelle, 
prend des allures épidémiques, les autorités montrent la 
même inertie, les populations la même incurie : en 1849, 
la typhoïde ravageant la commune de Juvigné, le docteur 
Vilfeu 3, de Laval, aura toutes les peines du monde à 
faire enlever par la municipalité des amas de fumiers 
énormes et infects, et il faudra presque employer la force 
contre les habitants, qui crient à la ruine et préfèrent le 
danger à la perte de vingt sous d'engrais ^. Qu'était-ce 
donc à l'époque où les secours médicaux manquaient 
presque totalement dans les campagnes, où l'épidémie 
se propageait pour ainsi dire sans autres obstacles que 
la quarantaine? Alors, écrit le docteur Mahier, « on 
arborait au clocher du village infesté un drapeau noir. 



4. P.J. Cheyallier, Essai sur une épidémie observée dans la ville et 
le cantan de Château-Gontier pendant r hiver de 4805 à 4806, Thèse de 
la Faculté de médecine de Strasbourg, 8 septembre 1806. 

2. Lemercier, loc, cit., p. 62. 

3. Vilfeu (M.-Victor), né à Laval le 23 mars 4811, élève de V* classe de 
l'Ecole pratique de la Faculté de médecine de Paris, soutint le 27 avril 
1835 devant la Faculté de Paris une thèse intitulée : Dissertation sur la 
prédominance nerveuse, ses effets et son traitement hygiénique ou 
curatif. Paris, 1835, 32 pp. in-4». 

4. Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1850, t. XV, pp. 22-93. 



— 280 — 

lugubre avertissement pour le voyageur égaré dans ces 
parages. Ces choses ne sont pas aussi loin de nous 
qu'on pourrait se l'imaginer ; elles avaient lieu, il y a à 
peine un demi-siècle, sur les communes d'Ampoigné, de 
Pommerieux, de Fontaine-Couverte, de la Rouaudière, 
de Brains-sur-les-Marches, etc., où il existait de grands 
étangs marécageux, des bois et des haies formidables 
qui empêchaient toute aération ^ ». 

Ces étangs, assez répandus dans le département, sont 
des foyers de paludisme : Tétang de la Tannerie, près 
de Cossé-le- Vivien, donne, chaque fois qu'on le vide, 
des épidémies de fièvres typhoïdes ou palustres ; celle 
de 1865, qui fut observée par de Montozon, fut particu- 
lièrement sérieuse -, 

Pendant les saisons froides, l'automne surtout, la 
plus meurtrière, Lemercier note la fréquence du rhu- 
matisme articulaire aigu, des affections broncho-pleuro- 
pulmonaires et des angines ^. 

i. Mahier, Rech. hydrologiques sur Varrond. de Ch.'Goniier^ p. 56. 

2. Joseph-Jean Arnaud de Montozon, né à Auteriye (Haute-Garonne), 
d'abord chirurgien aide-major au 31' de ligne, soutint le 28 août 1832, 
devant la Faculté de médecine de Paris, sa thèse de doctorat : Considé- 
rations générales sur l'hystérie, Paris 1832, 27 pp. in-4«. Son mariage 
avec M"* Bouchet le fixa à ChàteauGontier. Il fut médecin des épidé- 
mies, prit la plus grande part à la fondation de la Société médicale de 
ChàteauGontier en 1833, et en devint président. Il est mort en 1873. 

3. C'est au cours d'une épidémie d'angine diphtérique qui sévit en 
1862-1863 que Trideau d'Andouillé se signala par son zèle. Le fléau 
éclata à Luitré, puis dans les communes de Juvigné et de Saint-Pierre- 
des-Landes, tua d'abord deux cents personnes, et Jeta tant de terreur 
que « la population entière de Saint-Pierredes-Landes se rendit pro- 
cession nellement et pour la première fois de mémoire d'homme en 
pèlerinage à la chapelle de Charnay près d'Ernée ». Du canton de 
Ghailland la diphtérie se propagea à celui d'Andouillé, atteignit plus 
de trois cents malades, et l'on vit rouler par monts et par vaux, à toute 
heure, le cabriolet de Trideau qui n'y pouvait sufllre. C'est dans ces 
circonstances que se révèle l'admirable routine de dévouement du méde- 
cin de campagne qu'a glorifié Balzac ; il est celui qui fait beaucoup de 
bien qu'on ignore, et n'en est guère récompensé ; qui court les routes, 
sous la bise, dans les nuits d'hiver, à l'appel d'une souffrance, témoin 
obscur, et souvent frappé, dans le duel tragique et quotidien de la vie et 
de la mort. 

Trideau (Henri- Pierre), né à Salnt-Germain-le-Guillaume le 4" mars 
1818, avait été reçu officier de santé à Paris le 16 septembre 1841. C'était, 
malgré la modestie de son titre et de ses aUures, un fort savant homme, 



— 281 — 

Enfin, sous ce climat humide et assez froid, la scrofule, 
la phtisie, le rhumatisme chronique, sont endémiques; le 

grand liseur à ses moments perdus (et il n'en avait guère) et qui con- 
naissait fort bien les auteurs médicaux anciens et modernes, Hippocrate 
et Celse comme Cabanis et Trousseau. Observateur sagace, il remarqua 
combien le traitement alors usité dans la diphtérie, la méthode des 
cautérisations, était douloureux et inefficace, et il y substitua la médica- 
tion par les balsamiques. La diphtérie, dit-il, est une affection générale, 
elle ne peut être guérie que par une médication générale. La diphtérie 
est une affection catarrhale des muqueuses, caractérisée par une sécré- 
tion pseudo membraneuse, et guérissable par les anti-catarrhaux ou 
balsamiques, qui tarissent cette sécrétion. En partant de ces principes, 
il administra le copahu, le cubèbe et le styrax ; le copahu amena chez 
quelques malades une éruption scarlatiniforme, et Trideau supposa que 
cette drogrue agissait par voie substitutive, par « antagonisme entre 
l'énanthème morbide et l'exanthème médicamenteux ». Quoi qu'il en 
soit de ces théories, Trideau obtint d'excellents résultats, les fit confir- 
mer par ses confrères du département, adressa à l'Académie des Sciences 
et à l'Académie de médecine des notes qui demeurèrent sans réponse ; 
le 21 octobre 1866, il demandait au Ministère, sans plus de succès, d'être 
délégué officiellement pour traiter une épidémie de diphtérie par son 
procédé. Une Justice tardive lui fut enfin rendue lorsque Trousseau, 
Bergeron, Archambault, Labricet Constantin Paul exposèrent à leur tour 
à la Société médicale des hôpitaux de Paris et à la Société de Thérapeu- 
tique ou dans la presse médicale les bons effets de la méthode de 
Trideau ; elle fit le sujet de la thèse de Moreau fDu traitement médical 
de la diphtérie, et en particulier de son traitement par le cubebe, 
thèse de Paris, 3 juin 1870), et fut recommandée par Trousseau et Pidoux 
dans leur Traité de thérapeutique (édition de 1869). Elle est un peu 
oubliée aujourd'hui, depuis la sérothérapie. — Trideau présenta au 
Conseil général de la Mayenne (session d'août 1873), un mémoire sur la 
question ; l'impression en fut décidée par vote du Conseil, qui attribua 
à l'auteur une médaille d'or. Trideau est mort le 18 mars 1882. Il a 
laissé : Du copahu et du styrax comme spécifiques du croup et de 
rangine couenneuse (Mém. à l'Acad. des sciences, 9 février 1863). — 
Médication ratio7inelle de l'angine couenneuse et du croup d'emblée 
par le baume de copahu et te poivre cubebe (Mém. à l'Acad. de méde- 
cine, 10 octobre 18fô). — Nouveau traitement de l'angine couenneuse, 
du croup et des autres localisations de la diphtérie par le baume de 
copahu et le poivre cubebe, médication anticatarrhale substitutive 
générale, Paris, 1866, 32 pp. ln-8«. — Traitement de Vangine couefi- 
neuse [diphtérie du pharynx) par les balsamiques, mémoire présenté 
au Conseil général de la Mayenne, Paris, 1874, 150 pp. in-8". 

Les premières expériences de Trideau furent confirmées à Laval par 
le docteur Louis-Jean Garreau, chirurgien en chef de l'hôpital. Né à 
Changé-lès- Laval, le 16 septembre 1827, Garreau fit ses études médicales 
à Paris où il fut élève de Briquet, Lenoir, Bichard, Beau, Gibert, etc. 11 
fut reçu interne des hôpitaux, le premier de sa promotion, le20décem- 
bre 18iJ2 et passa sa thèse de doctorat le 18 décembre 1856 / Des hydatides 
du poumon L Etabli à Laval, il contribua à la fondation de l'éphémère 
Journal médical de la Mayenne dont le premier numéro parut à Laval 
le 5 avril 1873. Il y publia : Nouveau moyen à appliquer dans certains 
cas d* hydrocéphalie (5 avril 1873) ; Àtrésie vaginale, fistule vésico- 



— 282 — 

rachitisme, les tumeurs blanches, estropient les enfants 
à foison. Et la propreté étant le moindre souci de la 
population, la gale et les diverses dermatoses sont fort 
répandues. 

A tout cela s'ajoutent les maladies professionnelles : 
rindustrie générale du département étant le tissage, les 
ouvriers s'étiolent dans ces caves malsaines, obscures, 
où toute la journée retentit le tic-tac des métiers. Tisse- 
rands, cardeurs et poupeliers meurent phtisiques ; 
les carriers périssent de coups do froid, et d'alcoolisme: 
les fondeurs et chaufourniers souffrent d'affections ocu- 
laires graves. 

Les paysans sont misérables, un j)eu par leur faute, 
il est vrai : effroyablement routiniers, ils ne veulent 
point employer d'engrais, sauf un léger chaulage, et 
préfèrent laisser reposer les terres en jachère, pendant 
trois, quatre, cinq ans ; ils ignorent la culture fourragère 
et potagère en grand. Leur hygiène est déplorable, dit 
le docteur Tertrais ^, qui signale l'insalubrité de leur 
logis, pièce unique et non dallée, mal éclairée, mal* 
aérée, empestée par les émanations des étables, du 
fumier entassé devant la porte, et dont le purin va colo- 
rer l'eau de la mare ou du puits ; ils sont sales, mal 
habillés, mal couverts en cas de pluie par leur peau de 
bique, et ces bains forcés sont les seuls qu'ils prennent 
de leur existence ; ils se nourrissent mal de vieux pain, 
de vieux lard, de lourdes rillettes et surtout d'énormes 
écuellées de soupe ; ils ne mangent pas assez de viande 

vaginale (1" JuiUet 1873). Miné par la phtisie, il passa en Algérie l'hiver 
de 1875 et y écrivit Journal humorisiùfue d*un médecin phttsique, 
Paris, 1876, in-12. Chevalier de la Légion d'honneur, il mourut à Changé, 
le 5 août 1883 (Voy. le Dictionnaire de la Mayenne, de M. l'abbé Angot). 

1. Recherches et observations sur les conditions hygiéniques de 
rarrond. de Château -Gontier {Mayenne (Ann, d'hygiène pxihl. et de 
méd. légale, 1851, t. XLVI, pp. 72-86). — Tertrais était médecin à Chà- 
teau-Gontier. 

Voyez aussi sur la situation de l'agriculture et des paysans dans le 
Maine à la fin du règne de Louis-Philippe, Bulletin de la Société de 
l'Industrie de la Mayenne, t. 1, 18i)3, p. 133; -- et Paul Delaunay, Tan- 
querel des Planches, dans La France médicale du 25 octobre 1903. 



— 283 — 

pour rénorme travail qu'ils fournissent, et dont ils 
exagèrent la fatigue par Tincommodité de leurs instru- 
ments aratoires ; ils ne boivent que de mauvais cidre, 
aigre, étendu d*eau trop souvent croupie ; ils s'en dédom- 
magent, il est vrai, le dimanche au cabaret ; et les priva- 
tions, le surmenage et les excès les vieillissent et les 
tuent prématurément. 

A toutes ces causes de mortalité, à ces affections 
diverses, qui peut-on, que peut-on opposer? Nous avons 
vu déjà les défectuosités du service de vaccine et des 
établissements d'assistance. Lemercier signale aussi la 
mauvaise organisation de certains hôpitaux encore 
desservis par des médecins par quartier : ces docteurs 
par trimestre n'ont ni le temps ni le goût de s'intéres- 
ser à leur besogne. Dans les trois quarts des cas de 
chirurgie d'urgence, la mort survient faute d'un chirur- 
gien opérateur; il n'y a point de spécialistes. Aussi les 
guérisseurs de bas étage, rebouteurs, jugeurs d'eau, 
guérisseurs de cancer par prières, caustiques et formules 
cabalistiques, ont beau jeu, surtout dans un milieu où 
l'on croit encore aux feux follets, aux « ensorceleurs, 
aux donneurs de rats, aux joueurs de tours, aux noueurs 
d'aiguillettes, au sabbat ». Les charlatans en habits 
dorés, vendeurs de pommades analgésiques, de vermi- 
fuges et d'eau de Cologne, font fortune dans les foires et 
marchés, et les oculistes ambulants, munis des certificats 
trompeurs d'une réclame tapageuse, éborgnent à qui 
mieux mieux leurs clients d'occasion ^ 

Sur plusieurs points, les plaintes du docteur Lemer- 
cier seraient encore de saison. Mais la partie de son livre 
qui traite de l'hygiène spéciale des villes, Laval, Mayenne 
et Chàteau-Gontier, est heureusement plus démodée, et 
la saleté pittoresque de ces localités n'est à peu près, 
maintenant, qu'un souvenir rétrospectif. Aussi vou- 

1. Lemercier, Rapport au nom du Jury médical sur les pharmacies 
et l'exercice illicite de la médecine dans la Mayenne (1826), dans 
Gazette de santé du 25 avril 1827. 



— 284 — 

drions-nous relever en passant quelques croquis du 
Mayenne de 1830. 

C'était encore, à cette époque, le vieux Mayenne, 
traversé d'un bout à l'autre par une longue artère tor- 
tueuse, évasée en places dans le haut de ville, puis res- 
serrée entre deux files de maisons noires, et dévalant 
les pentes rapides de la Grand'Rue jusqu'aux arches 
bossues du vieux pont. Là les masures des grands mou- 
lins s'entassent dans la vase, au pied du roc abrupt du 
château, dont la tour pointue domine, dépasse le clocher 
branlant de Notre-Dame ; là-bas, sur l'autre rive, le pont 
va heurter les murs séculaires de l'hôpital du Saint- 
Esprit, où les malades s'entassent dans des salles basses, 
sombres, sans air, transis par les buées malsaines de la 
rivière ^ Au-delà, la rue, grimpant le raidillon de la 
Galère, monte au faubourg Saint-Martin. Dans ce long 
boyau débouchent des ruelles plus noires encore, et plus 
fétides, où s'entassent, dans les bas quartiers, des lavan- 
diers, des tisserands étiolés dans leurs bouges à métiers. 
Cependant une nouvelle traverse, prolongée par un pont 
neuf, a déjà fait, en arrière de ces masures, une trouée 
d'air et de lumière, et sera l'axe de la ville nouvelle. 

L'asile d'aliénés, la prison, sont mal installés, et la 
Monarchie de Juillet a campé une compagnie d'infanterie 
au milieu du vieux cimetière, dans la chapelle désaffectée 
de l'ancien collège ; elle est malsaine, cette caserne 
devant laquelle la sentinelle promène mélancoliquement 
son gigantesque shako et ses lourdes buflleteries, et 
Lemercier blâme sa situation, et « sa position porte à 
porte d'un grand nombre d'ouvriers tisserands qui se 
mêlent à chaque instant aux militaires groupés à l'entrée 
du quartier qui est placée dans une espèce de carrefour 
sans enclos n'ayant qu'une seule porte qui donne sur le 
bord de deux rues très passantes et populeuses, ce qui 
fait qu'il est difficile et presque impossible de maintenir 

1. Les malades ne furent transférés au nouvel hôpital qu'en 1849. 
Lemercier écrit en 1839. 



— 285 — 

la discipline parmi les jeunes soldats en contact immé- 
diat à chaque moment avec les passans et les voisins ; 
d'ailleurs ce bâtiment, composé de deux pièces, l'une au 
premier éclairée seulement par des abat-jour pratiqués 
dans la toiture, et l'autre au rez-de-chaussée, humide. 
Les militaires y sont souvent atteints de maux de gen- 
cives et stomacaces ; ces deux chambres sont petites et 
peuvent à peine contenir trente-sept couchettes qui se 
touchent presque toutes et dont chacune est de bien trop 
petite pour coucher deux hommes. De plus, le manque 
d'eau et de pièces séparées pour les sous-officiers char- 
gés nuit et jour de la surveillance et de maintenir l'ordre 
font que cette vieille chapelle ne convient point pour la 
garnison * ». 

Sur Laval, sur Château-Gontier, Lemercier est bref; 
mais l'hygiène lavalloise a eu son historien en la personne 
de Bucquet, et toute une lignée d'hygiénistes ont étudié 
la situation sanitaire castrogontérienne. 

Nous avons déjà cité, au passage. Chevallier et Ter- 
trais. Mais Château-Gontier possède une source miné- 
rale que Lemercier souhaitait de voir utiliser « dans le 
traitement des fièvres intermittentes avec ou sans engor- 
gement de la rate ou du foie, dans les leucorrhées, les 
anémies en général et toutes les affections où il est con- 
venable d'user de toniques et d'avoir recours aux prépa- 
rations ferrugineuses ». 

Cette fontaine ferrugineuse, ditedePougues-Rouillée, 
et qui sourd au lieu dit Versailles, près Château-Gon- 
tier, tient une grande place dans la littérature médicale 
castrogontérienne. Ses eaux avaient été analysées dès 
1670-1671 par Duclos, membre de l'Académie des 
Sciences, qui nous apprend que « l'eau de la Fontaine 
estimée minérale de Château-Gontier étoit limpide et 
sans saveur manifeste ; elle a laissé si peu de résidence, 
étant évaporée, que cela ne pouvoit faire que 1/1000 du 

1. Lemercier, loc. cit., pp. 56-57. 



— 286 — 

poids de Teau. C'étoit une terre grise fort salée, dont le 
sel se rapportoit au double sel de Teau marine ^ ». 

Au début du xix® siècle, Touehaleaume, pharmacien à 
Château-Gontier, en fit une nouvelle analyse qu'il com- 
muniqua en 1825 avec Bécœur à FAcadémie de médecine. 
En 1847, un médecin de Paris très versé dans les ques- 
tions d'hygiène et de médecine légale, le docteur 
Bayard '*, consacra à Teau de Pougues-Rouillée un 

1. Observations sur les eaux minérales de plusieurs prorinces de 
France, faites en VXcadémie Roiale des Sciences en l'année 1610 et 
1611 Mém. de VAcad. Roiale des Sciences, t. IV, Paris 1731). 

2. Henri-Louis Bayard , né à Paris, étudia la médecine légale sous 
Ollivier d'Angers, dont il devint le collègue et le successeur comme 
médecin légiste. Il fut reçu docteur à Paris le 25 août 1836, avec une 
thèse intitulée : Essai médico-légal sur V utero manie nymphomanie), 
faite sous l'inspiration d'Esquirol. Il fut inspecteur-adjoint de la vérifi- 
cation des décès de la vilie de Paris, médecin du bureau de bienfaisance 
du IV* arrondissement, médecin expert près les tribunaux, professeur 
particulier de médecine légale, membre de la Société de médecine légale 
du Grand-Duché de Bade, des Sociétés de médecine de Marseille, de 
Stockholm. Un bel avenir lui était ouvert dans la carrière médico-légale, 
lorsque la Révolution de 1^(8 bouleversa tous ses projets; malgré toutes 
les instances de ses maîtres il quitta Paris, et vint s'établir à ChAteau- 
Gontier en 18i9 ; il y éleva l'établissement thermal, fut en outre médecin 
de l'hôpital Saint-Joseph et du dispensaire. Une mort subite le foudroya 
dans sa quarantième année, le 12 octobre 18i>2, dans sa maison de cam- 
pagne, à Cossé près ChAteau-Gontier ; il laissait une veuve, fllle du 
docteur Espiaud, et plusieurs enfants (Voy. sur Bayard, Les médecins de 
Paris jugés par leurs œuvres par C. Lachaise dit Sachaile de la Barre, 
Paris 1845, et IS'otice nécrologique dans Ànn. dliygienepubl. et de méd, 
lég., t. XLIX. iK"»3». 

Membre du comité de rédaction des Annales d'hygiène et de médecine 
légale, Bayard y a écrit un nombre considérable d'articles, soit seul, 
soit en collaboration avec son maître Ollivier d'Angn-s, le chimiste J.-B. 
Chevallier, de l'Académie de médecine, Tardieu, ses co-experts. Nous 
citerons : 

Mémoire sur la police des cimetières {Ann., t. XVIII, 1836, et 1 vol. 
in-8"). — Recherches sur l'utéromanie et la nymphomanie {Ann. 
t. XVII-XVIIIi. — Examen microscopique du sperme desséché sur le 
linge ou sur les tissus dénature et de coloration diverses {Ann., t. XXII, 
et Paris 1839, in.8". Médaille d'or décernée en 1839 par la Société des 
Ann. d'hyg. et de méd. légale \ — Un cas mortel d'intoxication par le 
sulfate de potasse {Ann., t. XXVII), par le bioxalate de potasse {Ann., 
t. XXVII). — De la nécessité des études pratiques en médecine légale. 
Réflexions sur les procès criminels de Veytel et de Mme Lafarge {Ann., 
t. XXV, et Paris, 1840, 30 pp. in-12). — Mémoire sur la topographie 
médicale du IV* arrondissement de Paris, recherches historiques et 
statistiques sur les conditions hygiéniques qui composent cet arron- 
dissement {Ann., t. XXVIII, 1842, et Paris, 1842, in-8% 3 cartes). — 
Examen des taches qui peuvent être l'objet de recherches médico- 



— 287 — 

mémoire qui fut revu par J.-B. Chevallier, professeur à 
rÉcole de pharmacie, et signalant la présence dans cette 
fontaine, non seulement du fer, mais encore d une quan- 
tité infinitésimale d'arsenic. En 1849, Bayard, chassé de 
Paris par la révolution, vint se fixer à Château-Gontier, 
se rendit acquéreur de Fougues, déblaya les griffons, et 
les sources de la Voûte-neuve et de la Vieille-voûte 
furent enfin convenablement captées. 11 avait demandé 
au Ministère du Commerce et de TAgriculture, dont 
dépendaient alors les établissements hydrominéraux, 
qu'une analyse de ces eaux fût faite officiellement au 
laboratoire de TAcadémie de médecine. Une lettre minis- 
térielle, en date du 16 novembre 1859, en saisit la Com- 
mission des eaux minérales, au nom de laquelle Ossian 
Henry fit un rapport favorable à TAcadémie, le 9 juillet 
1850 *. Après ces formalités, rétablissement thermal de 
Château-Gontier ouvrit ses portes au public. 

Bayard publia à ce propos une Notice sur les eaux 
minérales naturelles ferrugineuses et sur Cctablisse- 
ment thermal et d'hydrothérapie de Château-Gontier^ 

légales (Ann., t. XXIX). — Sur le service médical du bureau de bien- 
faisance du /!> arrond. de Paris (Ann., t. XXX). — Recherches 
médico-légales sur le diagnostic différenciel des ecchymoses par cause 
interne et par cause externe {Ann„ l. XXX, 1843). Mémoire cou- 
ronné en août 1840 par la Société de médecine légale du Grand- Duché de 
Bade, et traduit en allemand dans Annalen der Staats- Arzneikunde, 
Friburg en Brisgau, 1841, p. 489). — Mémoire sur la topographie médi- 
cale des .V% XI* et MI' arrondissements de Paris (Ann., t. XXXII, et 
Paris, 1843, 5 cartes). — Notice biographique sur Ollivier d'Angers 
{Ann., t. XXXIV). — Mort violente sans lésion extérieure {Ann., 
t. XXXV). — Sur l'avorlement provoqué {Ann,, l. XXXVI). — Sur les 
maladies simulées {Ann., t. XXXVIII). — Appréciation médico-légale 
de l'action de Vélher et du chloroforme {Ann., t. XLII, et Paris, 1849, 
in-8»). — Considérations médico-légales sur l'influence des impressions 
physiques et morales pendant la grossesse {Ann.^ t. XLVI, 1831). — 
Rapport sur une double asphyxie par la carbonisation de poutres 
(avec A. Tardieu, Awi., t. XXXIV, 1845). 

Bayard a écrit en outre : La Nymphomanie peut-elle être une cause 
d'interdiction, ou les faits qui tendraient à l'établir sont-ils non per- 
tinents? Examen médico-légal de celle question. Paris, 1836, in-8*. — 
Manuel pratique de médecine légale, 1 vol. in-8% Paris 1843. 

Un travail sur les Urines au point de vue hygiénique et agricole lui 
valut une médaille d'argent de la Société d'Encouragement. 

1. Bull, de l'Acad. nationale de médecine, t. XV, 1849-1850, p. 944. 



— 288 — 

département de la Mayenne^ comprenant leur descrip^ 
tion^ le rapport de l Académie de médecine de Paris, 
un certain nombre d'observations médicales, de recher- 
ches historiques et statistiques sur V arrondissement 
de ChâteaU'Gontier. Château - Gontier, 1852, avec 
3 planches. 

Cet opuscule donne quelques renseignements sur les 
conditions géographiques et hygiéniques de Château- 
Gontier, et surtout sur l'emploi des eaux de Fougues 
dans le lymphatisme, le rachitisme, la chlorose, le dia- 
bète, et diverses affections nerveuses. A la mort de 
Bayard, le docteur Mahier * prit la direction de réta- 
blissement et consacra aux eaux de Château-Gontier 
doux notices : De l'emploi médical des eaux minérales 
de Château-Gontier, Paris et Château-Gontier, 1855, 
144 pp. in-12, et Du traitement des nécroses par 
r hydrothérapie et les eaux minérales ferrugineuses de 
Château-Gontier (Mayenne), Château-Gontier, 1869, ce 
dernier mémoire contenant une demi-douzaine d'obser- 

\. Pierre-Emile Mahier, né à Château-Gontier, fils d'un pharmacien, 
d'abord él^ve à l'hôpital militaire du Val-de-Gràce, soutint à Paris le 
13 août ISiJO, sa thèse de doctorat : De l'emphyaeme pulmonaire, 28 pp. 
in -8*. Il fut médecin des hospices de Château-Gontier, membre de la 
Société d'hydrologie médicale et de la Société de médecine légale de 
Paris, de la Société de médecine d'Angers, du Conseil d'hygiène de Châ- 
teau-Gontier, lauréat de l'Académie de médecine (médaille d'argent). Il 
a laissé, outre ses études d'hydrologie locale, des travaux sur l'hygiène 
et la médecine légale : Mémoire sur tes ouvriers qui IravaiUent les 
coquilles de nacre de perle {Ann. d*hyg, publ. et de méd. légale, 
t. XLVIII, I8;J2, pp. 251-251) en collaboration avec le professeur Cheval- 
lier de Paris, à propos d'un cas médico-légal : ce mémoire signale et 
différencie de la phtisie vraie la pseudo phtisie des nacriers. — Les 
questions médicotégales de Paul Zacchias, médecin romain, études 
bibliographiques. Paris 1872, 95 pp. in-8*, bonne étude sur la vie et l'un 
des ouvrages du « père de la médecine légale ». — En 1864, Mahier 
présenta à l'Académie de médecine un très complet Essai de topogra- 
phie médicale. Arrondissement de Château-Gontier, qui donna lieu à 
un élogieux rapport de Vernois au nom d'une Commission composée de 
Chatin, Guérard et Vernois (Séance du 12 juillet 1864). C'est un fragment 
de ce travail que Mahier publia en 1869 sous le titre : Topographie 
médicale. Rech. hydrot. sur l'arrond. de Château-Gontier. Ce chapitre 
fut auparavant revu et contrôlé par Robinet, présenté par lui à 
l'Académie de médecine, et un rapport en fut fait par Vernois (Séance 
du 17 septembre 1867). — Du mode de translation des aliénés, 1 broch. 
ln-8*, Château-Gontier, 1873. 



— 289 — 

valions de diverses formes de chorée soumises au trai- 
tement hydrominéral. Enfin c'est au même auteur que 
Ton doit le volume intitulé : Topographie médicale. 
Recherches hydrologiques sur C arrondissement de 
ChâteaU'Gontier (Mayenne)^ Paris, 1869, 144pp.in-8®, 
renfermant une « carte géologique et hydrotimétrique 
pour servir à l'étude de Fhygiène dans l'arrondissement 
de Chàteau-Gontier ». Cet ouvrage contient une foule 
de renseignements intéressants sur l'hydrographie du 
pays, l'hydrotimétrie, la faune et la flore microsco- 
piques, les rivières du bassin, sur la salubrité publique, 
l'épidémiologie, la distribution des eaux potables de la 
région, et complète les recherches antérieures sur les 
sources de Pougues-Rouillées. Il est fort regrettable que 
l'auteur n'ait publié que cette portion de son grand 
mémoire sur la statistique et la topographie médicales 
de l'arrondissement de Château-Gontier, qui dort dans 
les cartons de l'Académie de médecine : cette étude, 
intégralement éditée, eût été le digne pendant du travail 
que Bucquet avait composé, au début du siècle, sur la 
statistique médicale lavalloise. 

Pour prétendra donner même une simple esquisse du 
milieu médical mayennais depuis cent ans, il y aurait 
encore beaucoup de choses à dire, beaucoup de noms à 
citer. Nous avons seulement voulu tracer quelques 
silhouettes de médecins du siècle passé. Contemporains 
des derniers grognards de l'épopée napoléonienne, ou 
bien des gardes nationaux de la Monarchie, des vieilles 
barbes de 1848 et des ratapoils de l'Empire, ils nous 
intéressent comme figurants de ce monde provincial qui 
a fini avec 1870, de la société autrefois si vivante des 
petites villes maintenant désertées ; ils ne font ici qu'un 
groupe disparate, formé au hasard de notre curiosité. Il 
y a dans le sentiment qu'ils nous inspirent quelque chose 
de ce que l'on éprouve à retrouver des portraits épars 
dans le salon propret, morne et froid d'une antique 
demeure de province : la pièce est silencieuse et dévote 



— 290 — 

comme une chapelle, et fleure le moisi ; au-dessus des 
statuettes pieuses de la cheminée et de la bergère à 
houlette qu'abrite le globe de la pendule, on voit pêle- 
mêle au mur, dans des cadres de bois noir, le médaillon 
d'un bourgeois à jabot du temps de Louis XVIII, un 
portrait miroitant de l'époque de Daguerre et les photo- 
graphies jaunies de Messieurs à la mode de 1860. Et 
Ton s'oublie à contempler avec la curiosité du souvenir 
ces revenants d'un passé dont parlaient nos grand'mères, 
et les traits de ceux qui animèrent autrefois cette maison 
dont peu à peu la vie s'est retirée. 



ERRATA & ADDITIONS 



BARBEU DU BOURG 

Chàp. il — Page 16, — Les trois opérateurs dont parle 
Barbeu dans sa Lettre d'un médecin à une dame, étaient : 
Lamartinière, premier chirurgien du Roi ; Andouillé, chirur- 
gien major de la Charité; Thomas, chirurgien gagnant 
maîtrise à Bicêtre, inventeur d'un lithotome. — Les alléga- 
tions de Barbeu furent réfutées dans un libellé anonyme, dû 
à Andouillé, intitulé : Lettre à M. F., Docteur en médecine, 
au sujet d'une opération de la faille, faite à l'Hôpital de la 
Charité le 22 juin il 5k. 

Chap. il — Page 23. — Le jour du vendredi saint 
de Tannée 17G0, Barbeu, accompagné de Mlle Biberon, 
assista à une séance de crucifiement chez les convulsion- 
naires. On en trouvera les détails dans un récit de M. du 
Doyer de Gastel, reproduit dans la correspondance de 
Grimm à la date du l*"" mars 1760 (Voy. Correspondance 
littéraire et philosophique de Grimm ^ Diderot, etc.. par 
M. Tourneux. Paris, 1878, t. IV, page 209 et suivantes). 

Chap. IV. — Page 32, ligne 27. Lire : parmi les médecins 
les uns s'en tinrent aux anciennes médications ; d'autres en 
promurent d'inédites, et l'on racontait dans tous les salons 
comment le docteur Gatti... 

Chap. IV. Page 32, ligne 37. Lire : mais elles n'avaient 
point par la suite échappé à la contagion. Cependant Gatti, 
enragé partisan de l'inoculation préventive, n'avait point 
perdu la foi dans cette pratique ; il s'en faisait quand même 
l'apôtre, comptant toujours, en cas d'insuccès, sur l'effica- 
cité de sa thérapeutique chorégraphique. 

Œuvres. — Page 79, ligne 21. Lire : Projet d'un corps 
complet de médecine, 16 p. in-12, s. 1. n. d, — Conservé à 
la Bibliothèque nationale dans le tome XVI du Recueil de 
pièces coté T^* 120. — . Barbeu y proposa la publication, par 



— 292 — 

voie de souscription, d'un traité de médecine complet, en 
sept cours, qui serait rédigé par une société de docteurs des 
Facultés de Paris, de province et de l'étranger, de chirur- 
giens et d'apothicaires, sous la direction d'un comité scien- 
tifique. — Ce projet n'eut pas de suite. 

ALLARD 

Le portrait que nous donnons d' AUard est celui que signale 
la note de la page 114, et qui fut dessiné par Moreau. 

PLAICHARD-CHOLTIÈRE 

Le 8 messidor an XI, Plaichard, en collaboration avec 
Bucquet, envoya à la Société de l'école de médecine de 
Paris, par l'intermédiaire du préfet de la Mayenne, une 
curieuse pièce anatomo-pathologique. 

Page 137, ligne 21. — On lit dans le Bull, hisL de la 
20^ division militaire, en l'an VI (6 octobre 1798), in Arch. 
hist, de la guerre, armée d'Angleterre. 

« Une battue dans la Mayenne a produit l'arrestation de 
plusieurs des assassins du trop malheureux ex-adjudant 
général Choltière. L'un d'eux, le fameux Mahue, dit Fleur 
d'Epine, trouvé porteur d'un fusil de chasse, a été tout de 
suite fusillé. Un autre, Lenoir, dit Pain Chaud, a été empri- 
sonné à Laval. Us avaient été signalés par Jean Peau, 
acquéreur de biens nationaux, chez lequel ils devaient venir 
chercher la somme d'argent à laquelle ils l'avaient imposé. » 
Et dans les rapports du général Vimeux (lettre d'octobre- 
décembre, ibid.) « Lenoir, dit Pain Chaud, a été condamné 
à mort par le conseil de guerre le 11 décembre » (Cité par 
Ch.-L. Chassin, Les Pacifications de V Ouest, Paris. 1899, 
t. m, chap. 43, pp. 243-244). 

BODARD 

Page 153, ligne 19. — Lire : « il y a dans cette liste de 
Bodard bien des lésions à rayer du cadre de la scrofule, où 
l'on rangeait alors des dystrophies d'origine adénoïdienne 
ou hérédosyphilitique. » 

Page 150, ligne 37. — « Lundi dernier, dit la Gazette de 
santé du l""" septembre 1809, le professeur Bodard a ouvert 
son cours de botanique médicale comparée dans la salle de 
l'Athénée des arts à l'Oratoire, à onze heures. Si un riche 
et vaste sujet, si ime élocution facile, si un auditoire nom- 



— 293 — 

breux qu'embellissait encore cette portion du genre humain 
qui inspire à l'autre moitié l'amour du travail et de la gloire, 
si tous ces avantages réunis cautionnent des succès, nul 
cours n'aura plus de vogue que celui que nous annonçons. » 
Page 157, ligne 12. — Bodard a encore publié : 
Fait de pratique y goutte (obs. des résultats de l'Klixir de 
Villette. — Gazette de santé, 21 septembre 1809). 

BUCQUET 

Page 173, ligne 6. — D'après le tome I**" des Mémoires 
de l'Académie de médecine, Bucquet aurait été nommé cor- 
respondant de l'Académie le 5 avril 1825. 

Page 177. — Signalons encore parmi les manuscrits 
inédits de Bucquet : 

Obsers^ation sur une altération morbide d'un os^aire, 
comm. à la Soc. de l'Ecole de médecine le 6 thermidor 
an XII. 

Rapport au préfet de la Mayenne sur la conscription de 
l'an XIV comme base de statistique médicale. Comm. à la 
Soc. de l'Ecole de médecine le 29 mai 1806. 



MONDE MEDICAL REVOLUTIONNAIRE 

Page 214, ligne 35. — Au lieu de « le 1'^'' juin 1792, » lire : 
en mai 1792. — La pétition de J.-G. Sauvé fut adressée par 
lui en mai 1792 au Directoire du département qui la renvoya 
au district d'Ernée avec demande d'avis ; sur l'avis du 
district, consigné dans le registre des délibérations du 
Directoire d'Ernée le 31 mai, le département statua le 
4 juin (d'après M. Léon Sauvé). 

MÉDECINS ET CHIRURGIENS (1789-AN XIV) 

Page 241, note 1, ligne 10. — Lire : BB< 204-211. 

Page 245, ligne 40. — Lire : le 21 janvier 1799. 

Page 246, ligne 33. — Lire : le 29 décembre 1826. 

Page 247, ligne 26. — Lire : le 26 juillet 1808. 

Page 255, ligne 7. — Lire : Emilie-Delphine, 15 février 
1808. 

Page 256, ligne 20. — Lire : Maire d'Ernée en 1796 à la 
place de Pierre Renault-Morlière. 

Page 256, ligne 27. — Lire : ne rentra à la Templerie 
qu'en 1798. 

19 



— 294 — 

Page 256, ligne 33. — F. R. Sauvé avait été nommé en 
1816 Chevalier de Tordre du ï.ys. 

Page 260, ligne 35. — Jacques-Philippe Sauvé fut reçu 
maître es arts de la Faculté d'Angers le 21 mars 1785 ; et 
docteur en médecine de la Faculté de Caen le 27 juin 1788 
(Diplôme signé Deschamps, doyen, Desmaneux, Chobourg, 
Roussel, Briard, médecins). 

Page 266, ligne 37. — A. J. B. F. G. Ponthault, inscrit 
à la Faculté de Reims, y soutint les thèses suivantes : 

An felicius ac longius vis>unt qui juniores connubium 
ineuntP (21 août 1772). 

An recens nato recens lac maternum ? (14 novembre 1772). 

Thesis generalis : 16 nov. 1772. 

(Catalogue de Raussin, mss. de la Bibl. munie, de Reims). 

Page 270, note 1. — l.ire : les médecins Bernard 

J.-B. Frebel-f.abrière (1784, 1787), ConsUintin Gendry, 
S' du Boisgiret (1722). 

Page 270. — Cossé-le-Yivien. Parmi les chirurgiens de 
Cossé au xviii^ siècle, citons André Bessin, qui fut de 1756 
à 1771 procureur de la Confrérie du T. S. Sacrement de 
Cossé (d'après J. Croulbois). 



TABLE DES MATIÈRES 



Préface I 

Barbeu du Bourg 5 

Gaspard du Tronchay 81 

André Mellé 89 

Julien Béré ... ; 97 

Allard 103 

Paigis 115 

Plaichard-Choltière 123 

Bodard de la Jacopière 141 

Bucquet 159 

Le Monde médical mayennais pendant la Révolution . . . 179 

Médecins et chirurgiens ayant exercé de 1789 k l'an XIV . 241 

Un rapport médico-légal en 1619 273 

Hygiénistes d'autrefois 275 

Errata et additions 291 



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